Lors de la conférence du 23 mars à Nîmes (La corrida doit-elle s’adapter à la modernité ?) le sens précis « la modernité » n’aurait-il pas été défini par les intervenants ?
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En réalité, Francis Wolff notamment s’est attaché à définir les termes du sujet dans le corps d’une dissertation que je vais essayer de vous rapporter. Mais Marc DELON ne m’en voudra sans doute pas de faire connaître mon point de vue personnel en contrepoint de ses piquants commentaires auxquels seul le chanceux Francis Wolff a échappé grâce à son éclipse prématurée de la conférence…
« Vingt passes, pas plus » : ces mots évoquent la perfection, la justesse, la finalité essentielle des passes, face à la fiereza d’un toro agressif qui impose sa lidia, antinomique du bonbon qui sert gentiment cent passes durant… M’en tenir à cette injonction péremptoire comme unique précepte m’aurait simplement conduit à répondre définitivement NON à la question, et même à écarter le thème de la modernité comme sujet possible de cette conférence. Mais la question n’est pas simple. En témoignent la pertinence et la richesse des arguments avancés par chaque intervenant en faveur du OUI comme du NON.
« Mourir fièrement, emporté par le torrent de la modernité mortifère de la corrida est une alternative », comme le dit « Pedrito ». Dénoncer cette modernité ne suffit donc pas. Critiquer COMPAN dès qu’il prononce « DOMECQ », devenu un nom commun dissonant, un exutoire commode pour l’aficionado, l’arbre qui cache la forêt, c’est un peu tout cela. Lui prêter l’intention de faciliter par ses positions « la vile sélection » de certains éleveurs n’a pas davantage de sens et ne sert qu’à dénaturer l’engagement d’un vétérinaire-aficionado, ou plutôt un aficionado vétérinaire passionné qui se bat depuis quarante ans pour mettre en valeur la force, la vigueur et l’intégrité du toro brave. Hubert COMPAN agit, « pour que la fête commence au premier tercio ». Pour la disparition de la bravoure, il faut voir ailleurs ! Que faisons nous de notre côté, sinon regarder et critiquer savamment chaque pique, sinon faire le constat d’un problème inquiétant, tout en continuant, sans bouger, de pérorer en feignant d’ignorer les causes profondes de la disparition annoncée du premier tercio ? Après, être d’accord ou pas avec les évolutions envisagées, c’est une autre question.
Venons-en au but de ce propos qui est de relater le discours de Francis Wolff. Pour soutenir ma mémoire, j’ai consulté les notes prises par un de mes proches lors de la conférence. D’abord, un conseil avant la dissertation : attention au hors sujet ! Analyser soigneusement les termes :
- La modernité, c’est à peu près l’époque où commence la corrida. Nous, aficionados, sommes les enfants de la modernité. Ensuite, ne pas confondre tauromachie et corrida.
- La tauromachie est diverse, avec sa part de drame, de religieux, de sport même, dans tout le monde méditerranéen et au delà.
- La corrida, c’est plus précis : elle s’est adaptée aux « temps modernes » (Joseph Bonaparte, 1808, établit la billetterie, préfigurant le spectacle de masse, facilité au début du XXe par le développement des chemins de fer. Elle est dans sa forme achevée depuis Paquiro (1835) qui en a fixé dans un traité la forme et les règles. Et nous aimerions que la corrida tienne sa place parallèlement à l’évolution des mœurs actuelles. La corrida doit-elle s’adapter à l’évolution des mœurs actuelle?
F. WOLFF a précisé en préambule de son intervention, « la tauromachie est coextensive de l’humanité : là où il y a eu des taureaux sauvages, il y a eu une forme de tauromachie. Cependant, la corrida proprement dite est récente : elle n’a acquis sa forme (…) qu’au cours de la première moitié du XIXe siècle, peu avant qu’elle ne s’installe en France. Elle est le fruit de la modernité. Il n’y a donc pas de sens à se demander si elle doit s’adapter à cette sensibilité moderne dont elle est issue. Il est vrai, pourtant, qu’elle n’a cessé d’évoluer, sous la triple pression de l’évolution de la « bravoure » du taureau, de la technique du toreo et des goûts des publics. Cette évolution est inévitable et il n’y a ni à s’en réjouir, ni à s’en plaindre ; elle va continuer, qu’on le veuille ou non. Toute la question est de savoir quelles sont les limites de cette évolution au-delà desquelles la corrida cesserait d’être elle-même et par conséquent renierait sa nature et perdrait son sens. La réponse est simple. Elle est contenue dans sa définition même : les trois tiers du combat et l’estocade finale (…) ».
- La corrida est un spectacle « urbain » : née dans les abattoirs de Séville, la corrida moderne est un spectacle « urbain » fortement pénétré par la ruralité, ce qui va se retrouver dans l’arène avec l’apport de l’agressivité naturelle et sauvage, et en fin de compte, de la bravoure.
-La corrida doit-elle évoluer pour respecter la sensibilité actuelle ? :
. moins de piques, poids réduit du taureau et, en définitive, tercio de piques édulcoré, serait suicidaire
. le combat violent serait-il devenu insupportable ? C’est absurde. Au contraire, un animal fragile et inapte au combat fait figure de victime, suggérant la compassion alors qu’un animal qui sans être attaqué combat naturellement force l’admiration. Le taureau reste un animal fier et agressif qui ne doit pas être « humanisé » (sensiblerie, immoralité).
- Pour autant, faut-il en conclure que tout changement est impossible ? : Oui et non
Ce qui ne doit pas changer
. la forme : elle est fixe. 3 tercios et la mort. Ex : la tragédie classique, comme le football ont trouvé chacun leur forme fixe. La tragédie, ça se joue en 5 actes, et ça finit mal. Le foot, ça se joue à onze, au pied, sur un terrain rectangulaire. Jouer à la main n’est plus du foot !
. la notion des terrains…
. l’art de l’esquive, la domination, l’adresse et la ruse
. la mort, où culmine la vérité
Ce qui peut changer : les archaïsmes qui ne rendent pas service à la corrida
. la corrida, c’est aussi cher que l’opéra, et on est moins bien assis que dans un stade de foot…
. où en sont les achats de billets sur le Net ? où sont les réseaux sociaux ? les réseaux d’entraide sur le web ? Quelle image positive pour la corrida ? (communication)
. Quid de la traçabilité ? Pas d’annonce claire de l’origine des encastes, pas de présentation des protagonistes (picadors, chevaux, cuadrillas…)
. archaïsmes propres à la Lidia : 2ème picador ( intérêt bassement corporatiste ?), poids du cheval, etc…
Conclusion :
