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lundi 29 novembre 2010

Prix Goncourt 2010



La Carte et le territoire, prix Goncourt 2010





L’auteur, Michel Houellebecq construit son histoire en trois parties avec deux personnages principaux qui sont pour ainsi dire ses clones. Le narrateur, Jed Martin, photographe de cartes Michelin, puis peintre d’hommes célèbres ou plus humbles. L’autre, c’est Houellebecq, écrivain à succès.



Tous deux sont renommés et s’enrichissent. Ils vivent finalement seuls, les compagnes de Jed l’ont quitté, Houellebecq est divorcé. D’abord exilé en Irlande, après une vie sociale bien remplie à Paris, il retourne dans son territoire, sa petite campagne française, le Loiret. Jed aussi, dans la maison de ses grands-parents dans la Creuse, après le décès de son père architecte qui s’est « euthanasié » à Zurich après passage obligé par une maison de retraite médicalisée.



Jed a besoin de Houellebecq pour préfacer son catalogue d’exposition, ce que l’écrivain accepte sans se presser. En paiement, s’ajoutera un tableau de valeur, son propre portrait, que Jed lui apportera à la campagne. La troisième partie du roman qui aurait pu s’arrêter là, est une intrigue policière habilement enchâssée dans le roman : Jed apprend que Houellebecq a été assassiné et l’auteur met tout son talent à la résolution de l’énigme. Pour une fois la France est en pointe, le cadavre découpé en filaments artistiquement déployés sur la moquette, c’est du Pollock. Jed, aidera à découvrir le meurtrier. D’autres personnages, Jasselin, le policier et sa femme Hélène, forment un couple sans enfant, avec chien, un bichon, et ils sont sur le point, eux aussi de s’en retourner vivre en Bretagne, tandis que mourront aussi, – nous sommes au moins en 2020 – Jed et Beigbeder, l’ami de feu Houellebecq.





Ainsi, nous évoluons dans une belle histoire de carte et de territoire, mais qui vaut surtout, comme c’est toujours le cas chez Houellebecq-auteur, par le regard neuf , incisif ou tendre, porté sur un monde dont publicité, médias, écologie, politiques, artistes, architectes nous imposeraient l’approbation.



La carte, c’est le monde abstrait, froid, technique, infantilisant, déshumanisé, le monde des parleurs, des clowns de télévision, de France-Inter, les prises de parole « pour rien », des cellules psychologiques à tout va, des économistes qui pontifient un jour pour se contredire le lendemain. C’est le monde des murs, des blocs de béton mis à la mode par Le Corbusier et Van der Rohe répartis dans les périphéries des villes, dans les résidences balnéaires à la con pour touristes débiles sous le contrôle de promoteurs foncièrement malhonnêtes et d’une vulgarité presque infinie…



En revanche, le territoire, c’est le monde d’une vie possible, concrète, humaine, le petit village tranquille, c’est le lieu de l’artisanat, des souvenirs d’enfance, des vacances chez les grands-parents, de la communication père-fils rétablie, les arbres, la rivière, l’herbe, le jardin, les intérieurs modestes. C’est aussi l’église où ce prêtre ressemblait un peu à François Hollande, mais contrairement au leader politique, il s’était fait eunuque pour Dieu, pour réconforter de sa parole de moins en moins écoutée car on connaît moins Jésus que Spiderman, pour conférer une humanité à celui qui ne sera pas incinéré (pour nourrir les carpes brésiliennes du lac de Genève), mais enterré, retourné à son territoire, au cimetière.



Pas étonnant que soient largement célébrés dans ce roman, la figure de Jean-Pierre Pernaut et ses titres d’ouvrages à la gloire de la France profonde et des richesses du terroir ; contrairement à Noël Mamère, il ne s’était même pas laissé pousser la moustache. D’autres figures sont l’objet de tendresse. De très belles pages surprennent, qui évoquent la chaleur de Noël quand le vieux père et le fils se parlent, la finesse des femmes si utiles pour établir les contacts, la chanson de Joe Dassin On s’est aimé comme on se quitte… »), l’équilibre du couple âgé. Indulgence même pour les policiers : ils marchent mieux au café ou à l’ alcool, mais certains sont sensibles, tout le monde est si prompt à critiquer leur lenteur et leur incompétence !





Comme toujours Houellebecq fait montre de savoir encyclopédique dans tous les domaines, politiques, sociologiques, médicaux. Il peut parler d’art, de peinture et de peintres, de photographie et d’appareil photo, de compagnies aériennes Low-cost, de menus de restaurants, d’oligospermie, d’euthanasie, de bichon, d’automobiles ou de chauffe-eau... On pourrait trouver ennuyeuses ses fiches techniques à la Roland Barthes. Mais, il nous convainc souvent et nous amuse beaucoup, surtout de ses contemporains soudain surgis sous sa plume pour le tourner lui-même en dérision, qui avait pour ennemis à peu près tous les trous du cul de la place parisienne. Pourtant, certains disent c’est un bon auteur… agréable à lire, et il a une vision assez juste de la société…un auteur célèbre, mondialement célèbre même.

GINA

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