La scène se passe dans un petit village de la France profonde, sur un terrain communal criblé de nids de poules et de taupinières. Ça se dit « taupinières » ? J'en sais rien mais bon, maintenant j'lai écrit et ça reste au milieu du texte comme un monticule de terre sur une pelouse. Le ballon s'élève péniblement au-dessus des petites silhouettes qui voudraient défendre mais sont finalement lobées. Un attaquant adverse bombe le torse effrayé pas ce gros ballon qui lui arrive droit dessus et réalise à son corps défendant d'attaquant ce qu'il est communément admis d'appeler un ''amorti de la poitrine'' . Le gros ballon rebondit devant lui et d'un pointu mollasson, le petit avant-centre ouvre la marque et soudain régénéré, se lance dans un sprint effréné histoire de calmer sa joie et surtout d'accorder à l'événement toute son importance. Arrivé devant les mines réjouies des parents des joueurs de ce match - ils ont neuf ans - il les toise et hurle :
- Ferme ta gueule !
Véridique, merci Nasri. Comme le précise un journaliste, ces petits caïds incultes et là je suis revenu à l'équipe de France, auraient plus besoin d'un éducateur que d'un entraîneur. A son poste, Blanc se révèle plutôt mou. Au lieu de fuir les questions et protéger ses joueurs, ce que la nation attendrait de lui, c'est qu'il la relaie auprès d'eux en leur en expliquant les passages obligés (je n'ai pas voulu employer le mot ''valeur'' très à la mode chez l'UMP cela aurait empêché une partie de mon lectorat d'adhérer...). L'équipe de France est à l'évidence, cela se voit dans son jeu, la tristesse de son jeu, dans le non engagement de son jeu, la moins concernée par son pays et par le sport et encore moins par la responsabilité de représenter son pays dans ce sport. Ribéry, Cabaye, LLoris exceptés, en y étant bien obligé pour le dernier rempart nommé.
L'amour du maillot et le pundonor légitime que cela devrait chausser sur les épaules quand on l'enfile, c'est pour les Suédois, les Italiens, les Irlandais qui continuaient à emplir l'enceinte de leurs chants après quatre buts encaissés, mais pas pour eux. Perdre n'est rien, c'est ne pas jouer qui est grave.
Il faudrait leur poser une simple question : Jouer pour la France est un honneur : qui veut porter le maillot sachant que le job ne sera pas forcément payé ? Un tri naturel s'opèrerait. Pas payé à priori, donc pas motivé par ce satané fric, mais on payerait quand même, et même très cher si on atteignait la finale et encore plus si on la gagnait. Mais en deça, niet, rien... Car cent trente mille euros chacun pour ne pas jouer devant la Suède c'est plus scandaleux qu'un million d'euros pour chacun en cas de victoire. Ce sport-spectacle génère énormément d'argent, il est logique d'en retrouver au plus haut niveau.
Aimé Jacquet, lui, et avec le succès que l'on sait, avait estimé que le talent ne suffisait pas et il avait préféré écarter les deux testards de l'époque, Cantona et Ginola, pour constituer un groupe à l'esprit sain. C'est évidemment la clé. Le ciment et la solidarité qui va avec. Les très grands joueurs ne s'épanouissent qu'avec l'aide des autres et leur propre abnégation. Il n'est pas rare de voir Ronaldo pour le Portugal, seigneur racé de l'attaque s'il en est, défendre âprement dans sa surface de réparation pour aider les copains... Si Blanc avait écarté définitivement Nasri à la faveur de sa première déclaration, même prononcé après un but, cela aurait marqué les esprits et montré que ce n'est pas parce qu'on peut avoir de temps en temps un éclair de génie pour lequel on est largement rétribué d'ailleurs à longueur d'année, qu'on peut se permettre n'importe quoi. ''Monsieur'' aurait souffert que sa prestation publique soit librement appréciée comme il se doit, cela lui aurait évité la deuxième altercation et accessoirement n'aurait pas remis une couche de bêtise sur sa petite personne prétentieuse de jeune milliardaire décérébré.
Hier soir l'équipe de France est rentrée et figurez-vous que des ''admirateurs'' vraiment pas bégueules les attendaient sous la pluie. Pas un mot ni un regard, tout le monde s'est engouffré dans les taxis pour regagner ses pénates. Elle est pas belle la vie ? Seul M'vila arrivant en dernier et apercevant les fans, s'est dit qu'ils devaient être là depuis des heures sous la rincée et il est allé signer des autographes et se faire prendre en photo, se mouillant au sens propre et figuré. Expliquant plus tard qu'il avait jugé comme le moindre des respects d'être mouillés ensemble, avec eux qui étaient encore là, malgré leur contre-performance. Chapeau monsieur M'vila, enfin quelqu'un qui a conscience du monde qui l'entoure et prouve un minimum de savoir vivre et d'éducation. Pourtant, il est probable que vos coéquipiers ne vous en remercient pas et poursuivent leur footage de gueule. On est heureux qu'ils ne soient plus là et on voit enfin du football quasi admirable quand est bien joué le plus improbable des sports d'adresse.
Ailleurs, il n'y a guère de raisons de se réjouir. Pas plus dans l'espace aérien international où les Syriens stressés ont dégommé un avion de chasse Turc histoire d'essayer de déclencher la troisième guerre mondiale. Pas plus dans ces campagnes où des enfants innocents disparaissent pendant qu'on imagine leur supplices tellement on a confiance en l'humanité. Pas plus en Egypte où l'on avait le choix entre l'islamisme et le Moyen-Âge ce qui aura conduit la jeune génération internet éprise de libertés et de démocratie à s'abstenir de participer au vote de ce que quelques philosophes lyriques, et Français bien sûr, avaient poétiquement nommé ''Printemps Arabe''. Je t'en foutrai, moi, du ''Printemps Arabe''... ''La révolution part en Coran'' titrait Libé. A y être, prenez-nous Nasri, tiens, comme ministre de l'inculture et des sports, il ralentit tout, surtout le jeu. Nous on voulait voir Valbuena, Giroud, des types pas trop gavés, qui ont encore un peu faim, pas des starlettes susceptibles et mal élevées, fantomatiques dès que ça ne plaisante plus. Pas plus à Saint-Gilles où cinq cents spectateurs à vingt euros tentait d'amortir, quoi, 1/5 du coût du plateau ? Il paraîtrait que deux toreros y auraient triomphé... moi qui avais encore dans la rétine les Cebada Gago de Saint-Martin de Crau régénérés après cinq piques, j'ai surtout remarqué que ces frères en prenaient deux à grand peine et s'en trouvaient faiblots, obtenant quelques cogidas plus par défaut de maîtrise des piétons que par leurs propres qualités de combattants.