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samedi 12 mai 2012

Libérez Jacques Durand !


Il y avait ce joli coin en bord d'étang sous le saule. En début d'après-midi, après le pique-nique charcutier typiquement alsacien, mon oncle me demandait de surveiller les cannes à pêche et il s'allongeait dans l'herbe pour somnoler. Impressionné par la responsabilité, on sortait des grosses carpes de plusieurs kilos, je le faisais du mieux que je pouvais, fixant les bouchons colorés jusqu'à ce que mes yeux piquent. Pendant sa sieste, jamais la moindre touche, et conjonctivite assurée. Il ne m'a jamais dit qu'à cette heure, il n'y avait aucune chance qu'un poisson morde à l'hameçon. Comme tonton, ils s'assoupissaient. Je lui piquais alors une Gitane filtre dans son paquet que je fumais quitte à me brûler la gorge pour me persuader que j'étais un homme. Parfois, il ouvrait un oeil et faisait semblant de ne pas s'en rendre compte. C'était une langue de terre au milieu de l'eau et le saule était enraciné à l'exact endroit où un peintre l'aurait implanté pour satisfaire aux canons d'une harmonie esthétique idéale. Parfois, le vent pesait sur les rameaux souples et le saule alors pleurait jusqu'à la surface de l'étang dont il rayait le miroir d'une touchette langoureuse qui laissait onduler une trace éphémère. C'était si beau.

Il y avait le mazet d'André. A l'écart sous les grands pins d'Alep, bercé par les cigales, j'y écoutais les adultes se réjouir d'être ensemble, rire, fumer, boire le pastis, manger les picholines et tartiner la brandade. Tout le monde y était heureux. La journée était très ritualisée. Il y aurait surenchère de galéjades, en général à propos d'André ou de mon père, sur qui les autres se défouleraient gentiment. La victime choisie était alors honorée d'être ainsi promue héros de ce ''seul contre tous affectueux'', d'autant qu'elle avait l'occasion de jouter verbalement, de prouver son sens comique de la répartie pour contrer l'amical assaut. Sans doute avaient-ils en tête leurs propres héros qui n'’étaient pas Mad Max ou Terminator, mais Pagnol et Raimu. Puis, André cuisait les frites, mal, à sec dans la poêle brûlante avant de les arroser d'huile froide au grand dam des autres convives qui les avalaient quand même. Puis, les femmes jouaient au Scrabble sous la tonnelle tandis qu'on gagnait le jeu de boules pour une pétanque, tirs aléatoires et peu de carreaux, tant les hommes avaient biberonné le rosé frais des coteaux d'Aix. Des expressions bizarres fleurissaient. André, par exemple, adorait nous dire qu'il allait nous ''faire les mains'' c'est-à-dire nous affronter seul, prenant six boules tandis que mon père et moi en prenions trois chacun. A l'automne, après avoir allumé le feu dans la cheminée auprès de laquelle les femmes discutaient en tricotant, on allait s'embusquer entre hommes au fond du terrain, derrière les cades piquants, pour tirer la grive qui passait bas, rabattue par les rafales du Mistral glacial. Au crépuscule, quand les chauves-souris succédaient aux oiseaux, on ramenait les quelques grives tuées, les montrant fièrement aux femmes qui accueillaient ces trophées avec ces exclamations d'admiration feinte dont il faut parfois gratifier les hommes redevenus aussi naïfs que des enfants, avant de lever les yeux au ciel en pensant à la corvée de plume qui leur écherrait. Les hommes eux, déjà, se donnaient rendez-vous pour le dimanche suivant où l'on cuirait les grives au feu de bois et se lancerait encore des défis boulistes. C'était si bon.

Il y avait le cordon de dunes de la plage du Boucanet. On s'y isolait de la foule ''aôutienne'' veillant sur sa petite amie comme sur le bien le plus précieux de la terre, s'interdisant de tressaillir quand elle plaquait son petit corps tout neuf et tout frais, ruisselant de Méditerranée, contre notre grand corps tout dur et brûlant comme le sable. Comme leurs courbes étaient fascinantes et leurs oeillades mystérieuses. On ne faisait l'amour qu'avec les yeux. J'avais même connu une Hollandaise qui me caressait les joues de ses longs cils blonds... Une caresse qui m'avait laissé pantois. C'était si émouvant.

Trois occurrences de paix et de bonheur. Trois occurrences que le temps m'a ôté. Qui s'en sont allées dans cette fuite en avant de la vie qui passe. Plus tard et même si la comparaison vous semble excessive, la lecture de la page de Jacques Durand dans ''Libération'' m'était aussi un moment spécial, un moment de paix et de joie. De connivence. Une autre parenthèse de bonheur. Un moment délectable, de jubilation, où quelqu'un savait exprimer ce que j'avais confusément ressenti. Un moment particulier où ses trouvailles, ligne après ligne, m'enthousiasmaient. J'y associais souvent le luxe du calme et la volupté d'un café-cigare. Une lecture si lumineuse qu'elle m'inhibait autant qu'elle m'encourageait à écrire. Un style qui me portait la cruelle estocade d'une comparaison impossible à atteindre. Et pourtant j'y venais chaque fois, dans les feuilles de ce journal d'une sensibilité opposée à la mienne, à recibir, découvrant l'échine pour recevoir cette démoralisante littérarité qui décidément m'échapperait toujours... et cette présence me faisait découvrir tous les articles de ce quotidien, me permettait, ainsi qu'à des milliers d'autres, de venir découvrir un autre son que le produit de ma pensée spontanée sur tous les autres sujets traités. Une passerelle vers l'autre camp, cette gauche incompréhensible à ma sensibilité, la seule passerelle assumée de ma propre initiative. Grâce à Jacques Durand, sa langue et son génie. Peut-être faudra-t-il un jour acheter le Figaro pour lire Durand ? C'est cher, Jacques, un article de Durand ? Parce que moi, si j'ai les moyens, je veux bien payer pour avoir l'exclu dans ce blog... (eh oh, les autres de la toile, j'lai dit prem's !) Puisque la tauromachie n'a de couleur que son universalité.

Un jour, j'ai voulu l'appeler mais il n'était pas chez lui. Sa femme, d'une voix hésitante, s'est rassurée en me disant que bon, l'avion devait bien être arrivé maintenant, et qu'il serait de retour de Madrid jeudi prochain, si tout allait bien. Pendant ces quelques secondes où l'on me confiait un peu de son intimité, où je percevais la préoccupation inquiète de sa femme, j'ai eu la très bizarre impression d'être de la famille. Elle m'avait parlé comme si j'avais été son beau-frère. Une drôle de sensation, inédite et complexe. Je ne la connais pas, elle aurait dit la même chose, aurait ainsi associé n'importe lequel de ses lecteurs. Et j'étais à ce moment l'interlocuteur sensible et sensibilisé à son mari qui pouvait recevoir sa préoccupation. Mais, finalement, oui, comment ne pas se sentir de la famille de ceux qui savent vous pénétrer si bien le cœur et les tripes ?

Non loin de moi, à un admirateur qui lui disait un jour avec amusement « Dommage quand même que ce soit dans ''Libé'' » jacques Durand avait répondu : « Qui d'autre pour avoir le courage d'une page sur les toros ? » Il semblerait que ce courage-là, ne veuille plus avoir cours. Nul doute que la force pernicieuse du lobbying ait fini par s'épanouir. Que de rage et de protestations devait susciter l'attraction de cette plume. Alors un jour, pour économiser quelques sous et par la même occasion arrêter le problème de ce flot de protestataires écolos bien associés à la gauche molle, on préfère soudain chausser des lunettes vertes de grenouille scandinave pour s'offusquer de cette ''barbarie'' plus du tout en phase avec la ''modernité de l'Evolution''. Cette modernité qui consiste à sacrifier le singulier sur l'autel de la norme puis de s'en plaindre.

Le premier juillet 2012, avec l'augmentation du smic est donc programmé que vous nous ôtiez un moment de paix et de plaisir, la respiration d'une fenêtre ouverte sur un autre monde, différent, un rare moment de lecture à propos d'une passion séculaire, par une langue que bien peu savent utiliser si bien, une perméabilité à d'autres idées auxquelles on venait s'abreuver aussi, un moment de grâce, une faena langagière, une écriture qui, danger et performance suprême, avait ses supporters dans le camp de ceux qui n'aimaient pas ça, par cette approche en biais, si singulière sur un art si singulier. Je me demande si ce n'est pas le talent qui serait si insupportable aux gens. Les qualités de ''passeur'' qui seraient si dangereuses... pensez au risque de contamination des générations qui montent... (eh oui, d'où la photo lecteur...) Un talent si humble et déroutant sur un art si inclassable.

Alors, quand le monde sera mondialisé, la planète planétisée, la gauche bien gauchie-mollifiée, la pensée unique unifiée, la Culture Disney-Landisée, l'animalité Bougrain-Dubourdisée, le Coca-Cola obligatoire à la cantine des écoles de la république pour enrayer les épidémies de gastro de nos petits merdeux, et les taureaux de combat Hallalisés, à ''Libé'', vous pourrez vous regarder les yeux dans les yeux et vous dire que vous qui êtes si prompts à dénoncer le phénomène, vous y aurez contribué. Question courage, ce sera déjà ça. Merci quand même de celui témoigné jusqu'au jour fatidique, cela aurait été injuste de ne pas le souligner. Et puis, changer d'avis, parfois, est un signe probant d'intelligence, de même que résister à la niaiserie de l'opinion ambiante, suscite l'admiration. De même que maintenir quelque chose qui ne serait éventuellement pas rentable est un principe noble de la gauche qu'il ne suffit pas d'énoncer partout mais de pratiquer un tout petit peu pour être crédibles. Dommage qu'on n'ait pas élu vos candidats de votre vraie gauche, Mélenchon ou Poutou, tiens, ils vous auraient interdit de le licencier.
 Parce que des moments de bonheur comme ça, ça n'a pas vraiment de prix et ils nous accompagnent toute la vie.

mercredi 26 novembre 2008

POURQUOI ALLEZ-VOUS VOIR LES CORRIDAS ?

¡ POBRE DE MI !
de Simone SALOMON


Je vais remonter à la fin des temps, il y a des siècles et des siècles. Je suis en effet de la génération qui a vu toréer Dominguin, Ordonez, Bienvenida, Litri et bien d’autres ! Et pourtant rien ne m’y prédisposait ou presque. Née à Paris, je ne connaissais, quand j’étais petite, que les arènes de Lutèce, où je ne vis que des ruines. Mais voilà, mon père alors qu’il était jeune étudiant en « lettres classiques », des années auparavant, avait eu, un été, une bourse d’études pour enseigner la littérature romantique française aux étudiants portugais de l’université de Porto, et il se prit d’attachement pour la péninsule. De loin ; parce qu’il resta fidèle au grec et au latin ; et très abstraitement ou intellectuellement, puisque c’est la fréquentation d’écrivains français, tel que Prosper Mérimée ( vous savez CARMEN ), dont il éditera plus tard, dans la collection de « La Pléiade » les oeuvres complètes, et George Sand ( Un Hiver à Majorque ) dont il restera un spécialiste toute sa vie durant, qui entretiendront cette petite flamme. Il ne revint en Espagne que sur la fin de sa vie, quelque cinquante ans plus tard, quand nous l’avons emmené avec nous y passer un mois de vacances.
Alors ? Alors, après la guerre, nous avons quitté Paris, et c’est dans une petite ville de l’Ouest que j’entrai en classe de 4ème, au lycée, et que se posa le problème : comme j’avais fait du latin depuis la sixième, allais-je faire du grec, comme papa ou une deuxième langue vivante, par exemple de l’allemand, toujours comme papa ? Ni l’un ni l’autre ne me tentaient ; et mon père me laissa choisir l’étude de l’espagnol, après trois mois de grec, quand même « pour voir ». J’ai tout de suite aimé l’espagnol, ses musiques, sa littérature, ses danses, ses costumes, ses coutumes, son soleil, ses saveurs, ses horizons, son histoire, et son mystère ; parce qu’a cette époque-là, la frontière était toujours fermée . C’était à la fin des années quarante. J’étais bonne élève. En classe de seconde, j’ai eu le prix d’excellence et presque tous les premiers prix. Mes parents voulurent me récompenser.
Depuis quelques temps, j’avais une correspondante à Pamplona, plus âgée que moi, d’une famille très francophile, mais antifranquiste. Comme la frontière venait de s’ouvrir, elle m’invitait à partager un mois avec ses parents, ses quatre sœurs et son frère, comme une enfant venue du pays des libertés. Après quelques semaines d’hésitations et devant mon insistance, mes parents décidèrent de me faire confiance : avec un passeport tout neuf en mains, mon billet de train et ma valise, me voici sur le quai de la gare, en route vers le sud. J’avais quinze ans.
Première étape la gare de Bordeaux, une nuit à attendre la correspondance, un peu angoissée. Au petit matin, je grimpe dans le train pour Hendaye, longue traversée des Landes, puis arrivée à la frontière, cérémonie des papiers d’identité, passeport, fouille de la valise, changement de train, et c’est le plongeon dans l’inconnu.
Au lycée, je n’avais jamais parlé qu’une langue scolaire, enseignée par une malheureuse qui n’avait jamais mis les pieds en Espagne, et je me retrouve de l’autre coté de la frontière, à la nuit tombante, dans un petit train, avec une plate forme centrale comme dans ceux des westerns, escaladant les montagnes du Pays basque et de Navarre, au milieu d’un de ces terribles orages de montagne qui obligeait le train à s'arrêter à chaque éclair, tandis que les femmes réunies au milieu du wagon, à genoux, priaient. En basque ! Dans cette langue dont je ne connaissais pas un traître mot, elles semblaient m’inviter à me joindre à elles : j’étais morte de peur.
Mais je l’avais voulu ce voyage et je fis « de tripas corrazon », comme on m’avait appris, contre mauvaise fortune bon cœur en quelque sorte. Heureusement les éclairs se calmèrent, le train reprit une allure plus régulière, mais c’est brisée de fatigue et d’émotions, sale, fière de moi pourtant, que j’arrivai en gare de Pamplona.
Presque tout de suite, dans la foule, mes amis me reconnurent, d'après les photos que je leur avais envoyées, m’entourèrent et me conduisirent aussitôt à la maison. Il y avait quarante huit heures que je voyageais, et j’étais rompue de fatigue ; je pensais, après les présentations prendre un bon bain et profiter d’un sommeil bien mérité. Pourtant une nouvelle épreuve m’attendait.
Les filles, Carmen, Marite, Luisa et Josefina m’installèrent en face d’un miroir, tandis qu’elles retouchaient leur maquillage ; « prépare-toi, dépêche toi on sort ! » il était prés de minuit, on était le sept juillet . Je me suis donc retrouvée dans la rue, noire de monde - si je puis dire ! - parce que tous les garçons étaient de blanc vêtus, avec le béret rouge, le foulard rouge, la ceinture et les espadrilles de même couleur, chantant, dansant au son du xistu, buvant à leur gourde en peau de chèvre, le vin de Navarre. Les femmes, un oeillet dans les cheveux étaient aussi élégantes que sur les catalogues de mode, jupe étroite et talons hauts, et les bébés dans les landaus dormaient enfouis dans les dentelles, malgré le vacarme assourdissant des bandas. Et moi plus grande que la majorité des filles, avec mes longs cheveux raides, ma robe vichy à carreaux et mes espadrilles, je fus vite engloutie dans ce tourbillon, présentée à Untel, à Machin, à Chose, au novio, à la novia, au cousin, à la belle sœur, à la nena, au primo : « la francesita, la francesita »
J’avais chaud, on me donna à boire, on me fit passer par ici, puis par-là, prendre mon premier bocadillo, encore un peu à boire et, c’est ivre de fatigue qu’avec les quatre sœurs, je rentrai enfin me coucher, toutes les quatre avec nos chaussures à la main, pour ne pas risquer de réveiller Miguelcho, le fils de la maison, qui courrait l’encierro le matin même. Je dormis très peu cette première nuit. Et je ne vis pas Miguelcho courir ce matin là. Les filles avaient d’autres projets : il fallait me rendre, comment dire ? Présentable. Je fis donc l’objet d’une séance de coiffeuse, qui s’évertua, la pauvre, à boucler et à coiffer ma crinière raide afin d’y faire tenir un oeillet rouge, juste derrière l’oreille gauche. On me fit sortir mon plus beau chemisier, ma jupe la plus élégante ( ? ) Et, après avoir en hâte avalé quelques sardines frites et un flan au caramel, il fallut se précipiter au premier « paseo » de la journée, Plaza del Castillo.
Et j'apprit le rite d’alors : les groupes de filles, dans leur plus belle tenues, croisaient les groupes de garçons, interminablement, dans une sorte de parade traditionnelle où s'échangeaient rires, propos, clins d’oeil complices, jusqu’à ce qu’un jour un garçon se décide à aborder franchement une fille et que commencent ainsi ces éternelles fiançailles qui pouvaient durer dix ans, mais donnaient le droit de sortir à deux, les parents faisant confiance au novio, chargé de la bonne conduite du couple.
Je les ai enviées, toutes ces filles, de vivre avec ce que je croyais alors être une forme de liberté : la vie m’a prouvé le contraire. Peu à peu les groupes s’éclaircirent, on se donna rendez-vous pour plus tard. Parce que l’heure arrivait : cinq heures du soir.
C’est alors le père de famille qui me prit en charge. Il me présenta, chemin faisant à ses vieux amis, qu’il retrouvait le soir au casino, là où seuls les hommes étaient admis. C’est avec lui, donc, que j’entrai dans les arènes, pour la première fois, saisie comme dans un frisson par la multitude de couleurs, d’odeurs, de cris, de chants, suffoquée par la chaleur, la poussière, entraînée par les clameurs qui annonçaient l’entrée du paseillo. Et soudain, les larmes aux yeux devant l’or des costumes, la robe noire du toro et l’enjeu du combat, je fus prise si fort par le drame que le premier sang du toro ne me fit même pas détourner la tête : la tragédie classique en parlait tellement de sang versé, je savais ce que c’était en imagination. Et cette fois j’étais au cœur de la tragédie. Ce fut le moment le plus intense que j’avais vécu jusqu’alors. Jusqu’au moment de vérité.
Voilà comment j’eus la « révélation » à l’âge de quinze ans, pendant les San Fermines, à la fin des années quarante. Pendant ma vie, j’ai essayé de transmettre un peu de cette expérience singulière. J’en ai fait ma culture , j’ai appris et enseigné la langue de Cervantes , j’ai fait réciter le « Llanto a la muerte de Ignacio Sanchez Mejias » de Garcia Lorca .Chez moi, j’ai une oreille de toro toute desséchée et une vielle banderille toute fanée ; je ne sais toujours pas si je suis « torista » ou « torerista «, je sais seulement ce qu’est l’aficion.
Tout cela parce qu’un jour de San Fermin , Josefina et son novio Javier attachèrent un oeillet rouge dans mes cheveux , pour que don Miguel , le père , soit fier d’emmener la francesita au tendido sombra voir sa première Corrida . Merci.
Plusieurs années de suite, mes parents me permirent de refaire le voyage : merci. Car c’est ainsi que naît la passion d’une vie.
Merci enfin à tous les acteurs de la Fiesta brava, du plus manso au plus sincère, merci de m’avoir appris ce qu’est la magie du "duende", qu’il faut donner du temps au temps et que le meilleur est toujours à venir, jusqu’au dernier soir du dernier jour, où dans le dernier souffle, il ne reste plus qu’à soupirer :


« ! Pobre de Mi ! »




lundi 13 octobre 2008

NAISSANCE D'UN BLOG

Autrefois, au temps où l'euro était encore en gestation, quand la sage-femme observait la dilatation du col, elle avait pour décrire les stades de cet espèce de diaphragme photographique en attente de petit oiseau, des termes bien codifiés : un franc, cinq francs, petite pomme et grosse pomme. Et puis venait l'accouchement. Eh bien vous êtes le calot sur la tête et la blouse sur le ventre dans l'écartèlement mac et pc, face à la naissance de mon blog ! Le papa c'est moi, Marc Delon. Et c'est, je vous l'assure, par une sorte d'opération du Saint-Esprit que je le conçois parce que le PC et moi, nous ne sommes pas vraiment les deux doigts de la main mais plutôt deux logiques dissemblables et têtues...
Bien qu'il y ait pour l'instant devant l'heureux évènement de cette page, autant de monde que sur les gradins de l'arène ci-dessus, je me dois d'en cerner la motivation. J'ai trois passions principales : les photos, les mots et les toros. Cinq ''O'' en trois mots, vite un divan de psy, je dois aimer le cercle, celui des ruedos, les courbes du toreo, la volupté d'un texte qui boucle la boucle, le giron des femmes où pousse la vie, le ventre d'une passe, l'arrondi des bouches qui s'étonnent, l'éclosion du regard des nourrissons. J'aime le cercle du soleil qui rend si tributaire de lumière tous les méditerranéens même s'ils savent mieux que personne s'abriter dans l'ellipse de l'ombre. J'aime cette lumière intérieure qu'allume le mystère des toros bravos, que joue la musique des bons textes et l'interpellation des photographies. C'est ce qui me conduit aujourd'hui à rejoindre la blogosphère seule à offrir le libre accès public et l'alléchante faculté de la conjugaison des trois. Une sorte de prisme, de trichromie fondamentale par lesquels percevoir le relief de la vie qui me plait. La décision n'est pas si simple à prendre : comment ne pas rejoindre le monton des bloggeurs pour qui "parlez-moi de moi, y'a que ça qui m'intéresse" est plus ou moins la seule justification, avec le "je" de l'écriture engagée et sincère ?
Comment trouver une place entre cet écrivain soit-disant incomprise pestant jour après jour contre les agents littéraires et les éditeurs qui la refusent, signant ses billets par la posologie des anti-dépresseurs ingurgités (aujourd'hui un AD et 1/2) et ceux qui ont réellement une compétence ou un talent avéré ? Il est modeste de se poser publiquement la question et... prétentieux de n'y pas céder ! Des ''O'' ne se cacheraient-ils pas aussi dans l'embounigue, le nombril si vous préférez, l'ego quoi, qui finalement s'arrange avec la notion de plaisir, rarement barré par l'éthique, réalisant toujours ce qui est le mieux pour lui ? (hors personnes irréprochables dont je ne fais bien sûr pas partie) Ma mère m'a toujours inculqué l'idée qu'offrir était plus jouissif que recevoir. Elle aura réussi à me contaminer, emballer un cadeau m'excite bien plus que déballer celui qui m'est offert. (Oh ? ben tiens je ne suis pas si mauvais...) Mais en l'occurrence, déclarer entreprendre ce blog par plaisir, serait aussi court et vulgaire que serait prétentieuse la suggestion qu'il pourrait en donner... Donc, au final, que déclarer comme postulat de base ? Pour moi l'intérêt est évident : saisir toutes les occasions d'écrire, donner mes textes à lire et mes photos à voir après des années de pratique solitaire, est une confrontation à laquelle j'aspire naturellement surtout par les retours, les rencontres et les participations que cela sous-tend. Participations désirées et acceptées pourvu qu'elles me plaisent, sur un seul critère quasi arbitraire : qu'elles touchent ma sensibilité ( C'est fou le pouvoir que me promet déjà ce blog...)
Pour ceux qui ne sont pas amputés de leur index, s'annonce désormais une nouvelle question existentielle à résoudre : sur mon blog, cliquer ou ne pas cliquer ? Cela ne devrait pas trop provoquer d'insomnies. Ce blog, j'aurais pu l'intituler "RESENAS" si je n'avais pas craint de trop le connoter ''tauromachie'' d'une langue qu'en outre je ne possède pas. Des toros y apparaîtront souvent puisque tel est mon goût mais ne feront pas de ce blog la spécialité exclusive. "TOUS COMPTES RENDUS" aurait pu me plaire aussi, mais n'évoquait en rien le contenu sur lequel donner son sentiment. Car il s'agit bien de ça, donner son sentiment, à propos d'un film, d'un livre, d'une corrida, d'un bon repas, d'une discussion agréable, de ce qui m'aura ou vous aura fait vibrer. Le "BLOG A DELON VIENT NOUS SERVIR A VOIR" était envisageable aussi, mais le côté jeu de mots à deux balles d'un temps que les moins de cinquante ans n'ont jamais entendu chanter... poussif, non, pour le ouèbe ? Et puis vous savez comment sont les gens : quel egotique celui-là, etc...

Ce bébé mesdames et messieurs, dont la plaisante particularité oblige à revenir sans cesse à la gymnastique de sa conception, s'appelle donc :


DES PHOTOS, DES MOTS et DES TOROS !


Là... vous venez d'en apercevoir la tête... Des photos, des mots et des toros, je sais, n'est pas un trés bon titre et a priori ça fait beaucoup...maaais...n'aurait-on pas plus tourné en rond si ma passion s'était épanouie dans les motos, les tombolos et les roploplos ? mmm ?