Affichage des articles dont le libellé est Jacques Durand. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jacques Durand. Afficher tous les articles

jeudi 20 juin 2013

La page de Jacques Durand du 20/06/2013

...Morante... a toréé avec ce qui apparaissait comme un bonheur d'être qui ne l'a pas quitté et a contaminé les spectateurs. Ce fut devant trois toros de condition différente comme une explosion jubilatoire de toreo "arrebujao", littéralement emmitouflé, comme disent les aficionados andalous. De toreo toujours dans le terrain du toro, toujours comme cousu avec lui, toujours hacia adentro, toujours ne faisant qu'un avec lui qui ne faisait qu'un avec lui-même et qu'un avec sa cape et sa muleta dans quoi il avait oublié son être borderline et déposé son art resplendissant...

... Sur le bravo Deseadito qui paraissait avoir un défaut de vision mais que Morante à force de douceur, de lenteur, de fluidité finira par mettre dans sa poche pour en mettre lui, plein la vue dans une faena de plus en plus habitée, de plus en plus sensible, une faena de deux oreilles voire plus, une faena lumineuse donnée au bord de l'onirisme, conclue par deux pinchazos et une estocade a recibir aussi soudaine que foudroyante. A Istres, à travers son absence de mécanisation et de "rascado" d'accord brusque disent les guitaristes, l'art de la conjonction chez le disjoint Morante témoignait aussi de l'efficacité de la finesse et de la puissance de l'harmonieux.

samedi 4 mai 2013

Jacques Durand, 25 avril 2013, extrait...

 Séville. Me cago en la mar !



... Donc, à Sanlucar de Barrameda un novillo a envoyé le jeune Pepe vers le métier de son père Agustin : la photographie. Métier qu'il inoculera à son propre fils Agustin, lui-même père et oncle de photographes qui collent également leur oeil dans le viseur d'un Nikon pour dans la corrida, saisir le si peu saisissable ou ce que Cartier-Bresson nommait le << moment décisif>>. A savoir le point-clef d'un lance de muletazo, sa perfection, son incandescence, sa vérité. Pas si simple. Dans une interview, le fils de Pepe précisait qu'il fallait bien connaître le torero, l'avoir <<étudié>> pour favoriser cette << intuition >> qui fait que l'on appuie au moment rapide, fugitif où le toreo va apparaître avant de filer comme une anguille.
A propos de Pepe Arjona, grand ami de Pepe Luis et Manolo Vasquez, Antonio Ordonnez prétendait que << rien ne capte plus le sentiment du toreo que la photographie >>
Capter le sentiment ? ...

... Cependant sa photo la plus célèbre et la plus lucrative ne parle pas de tauromachie : c'est la photo de la chute de cheval d'Ava Gardner chez Angel Peralta. Elle sera publiée dans Paris-Match et, selon Agustin a rapporté à Pepe l'équivalent de ce que gagne en un mois, Cristiano Ronaldo...

jeudi 25 avril 2013

Jacques Durand, 18 avril 2013, extrait...

Pour les pingres qui ne se seraient pas encore abonnés à la lettre taurine de Durand, ces quelques gouttes de l'élixir. A prendre un quart d'heure après le dîner, au calme, avant de s'endormir.

... Solo de Manzanares. Son premier. la Maestranza comme un oeuf. 6 toros d'élevage différents dont un Victorino Martin. La rumeur de friture des grandes corridas. Les revendeurs du marché noir gueulent leurs ordres dans leur portable. Le grésillement de la bourse. A l'heure du calamar frit le tendido sol grimpait à 500 euros...

...Et puis, à la nuit, la lumière manzanariste revient. Plutôt que de le siffler ou de se taire ce qui est pire, Séville, avant la sortie de Guason de Juan Pedro Domecq, l'applaudit, l'ovationne, le console. Séville, à la différence de Madrid, n'est pas une arène de jugement dernier. Elle veut voir la magnificence du toreo. Manzanares qu'elle chérit dispense cette magnificence du toreo. Alors elle l'encourage pour qu'il accouche, qu'il soit lui et elle, elle... 

jeudi 28 mars 2013

la Pensée du Jour

"Les Miuras ? Au mieux, Pompéi, au pire Valencia mardi : l'insignifiant torista devant des gradins vides et le toreo réduit aux zigzag anxiolytique. La désobéissance ontologique du Miura aurait de la vertu si elle s'accompagnait d'un minimum de bravoure. Leurs admirateurs se gargarisent du << danger sourd >> de leur comportement. Certes ils ont un danger sourd mais il faut être aveugle pour ne pas reconnaître que José Tomas qui n'en a jamais combattu a pris beaucoup plus de coups de cornes que Ruiz Miguel qui s'en est bouffé 184."
                                                               Jacques Durand
Extrait de "Paella Valenciana", la page taurine de JD diffusée par l'Atelier Baie.

jeudi 20 septembre 2012

Torero Blanc, Astre Noir

Loin, très loin des ratiocineurs pointilleux de préalables suspicieux, s'il y en avait un pour signer un texte capable de se hisser à la hauteur stratosphérique de l'actuacion de Tomas, on savait que ce serait lui. Jacques Durand dans sa lettre hebdomadaire nous coupe les oreilles de tous ces acouphènes parasites et la queue des quelques Mickeys plus préoccupés par le souci de s'affirmer "connoisseurs" que d'être capable de ressentir et de rendre compte de l'expresson ultime de l'art de toréer. Pour vous allécher, les premières lignes :

<< José Tomãs, torero blanc, astre noir. Il porte en lui l'exigence du blanc et la rigueur du noir. le blanc autour de José Tomãs, le blanc qui mange ses traits sous la lumière écrasante de Nîmes, c'est encore lui. José Tomãs torée dans un silence blanc. Il oppose au raffut noir de l'arène un silence blanc. Celui du souffle coupé, celui de la rectitude, de la pureté et de l'immaculé. Quelque chose entre le chut et le olé accompagne ses gestes réduits à des épures. En trois gestes elles règlent la violence du deuxième toro, le jandilla. >>

Si vous n'aviez pas encore souscrit, faites-le, cette page à elle seule vaut le prix de l'abono !

samedi 12 mai 2012

Libérez Jacques Durand !


Il y avait ce joli coin en bord d'étang sous le saule. En début d'après-midi, après le pique-nique charcutier typiquement alsacien, mon oncle me demandait de surveiller les cannes à pêche et il s'allongeait dans l'herbe pour somnoler. Impressionné par la responsabilité, on sortait des grosses carpes de plusieurs kilos, je le faisais du mieux que je pouvais, fixant les bouchons colorés jusqu'à ce que mes yeux piquent. Pendant sa sieste, jamais la moindre touche, et conjonctivite assurée. Il ne m'a jamais dit qu'à cette heure, il n'y avait aucune chance qu'un poisson morde à l'hameçon. Comme tonton, ils s'assoupissaient. Je lui piquais alors une Gitane filtre dans son paquet que je fumais quitte à me brûler la gorge pour me persuader que j'étais un homme. Parfois, il ouvrait un oeil et faisait semblant de ne pas s'en rendre compte. C'était une langue de terre au milieu de l'eau et le saule était enraciné à l'exact endroit où un peintre l'aurait implanté pour satisfaire aux canons d'une harmonie esthétique idéale. Parfois, le vent pesait sur les rameaux souples et le saule alors pleurait jusqu'à la surface de l'étang dont il rayait le miroir d'une touchette langoureuse qui laissait onduler une trace éphémère. C'était si beau.

Il y avait le mazet d'André. A l'écart sous les grands pins d'Alep, bercé par les cigales, j'y écoutais les adultes se réjouir d'être ensemble, rire, fumer, boire le pastis, manger les picholines et tartiner la brandade. Tout le monde y était heureux. La journée était très ritualisée. Il y aurait surenchère de galéjades, en général à propos d'André ou de mon père, sur qui les autres se défouleraient gentiment. La victime choisie était alors honorée d'être ainsi promue héros de ce ''seul contre tous affectueux'', d'autant qu'elle avait l'occasion de jouter verbalement, de prouver son sens comique de la répartie pour contrer l'amical assaut. Sans doute avaient-ils en tête leurs propres héros qui n'’étaient pas Mad Max ou Terminator, mais Pagnol et Raimu. Puis, André cuisait les frites, mal, à sec dans la poêle brûlante avant de les arroser d'huile froide au grand dam des autres convives qui les avalaient quand même. Puis, les femmes jouaient au Scrabble sous la tonnelle tandis qu'on gagnait le jeu de boules pour une pétanque, tirs aléatoires et peu de carreaux, tant les hommes avaient biberonné le rosé frais des coteaux d'Aix. Des expressions bizarres fleurissaient. André, par exemple, adorait nous dire qu'il allait nous ''faire les mains'' c'est-à-dire nous affronter seul, prenant six boules tandis que mon père et moi en prenions trois chacun. A l'automne, après avoir allumé le feu dans la cheminée auprès de laquelle les femmes discutaient en tricotant, on allait s'embusquer entre hommes au fond du terrain, derrière les cades piquants, pour tirer la grive qui passait bas, rabattue par les rafales du Mistral glacial. Au crépuscule, quand les chauves-souris succédaient aux oiseaux, on ramenait les quelques grives tuées, les montrant fièrement aux femmes qui accueillaient ces trophées avec ces exclamations d'admiration feinte dont il faut parfois gratifier les hommes redevenus aussi naïfs que des enfants, avant de lever les yeux au ciel en pensant à la corvée de plume qui leur écherrait. Les hommes eux, déjà, se donnaient rendez-vous pour le dimanche suivant où l'on cuirait les grives au feu de bois et se lancerait encore des défis boulistes. C'était si bon.

Il y avait le cordon de dunes de la plage du Boucanet. On s'y isolait de la foule ''aôutienne'' veillant sur sa petite amie comme sur le bien le plus précieux de la terre, s'interdisant de tressaillir quand elle plaquait son petit corps tout neuf et tout frais, ruisselant de Méditerranée, contre notre grand corps tout dur et brûlant comme le sable. Comme leurs courbes étaient fascinantes et leurs oeillades mystérieuses. On ne faisait l'amour qu'avec les yeux. J'avais même connu une Hollandaise qui me caressait les joues de ses longs cils blonds... Une caresse qui m'avait laissé pantois. C'était si émouvant.

Trois occurrences de paix et de bonheur. Trois occurrences que le temps m'a ôté. Qui s'en sont allées dans cette fuite en avant de la vie qui passe. Plus tard et même si la comparaison vous semble excessive, la lecture de la page de Jacques Durand dans ''Libération'' m'était aussi un moment spécial, un moment de paix et de joie. De connivence. Une autre parenthèse de bonheur. Un moment délectable, de jubilation, où quelqu'un savait exprimer ce que j'avais confusément ressenti. Un moment particulier où ses trouvailles, ligne après ligne, m'enthousiasmaient. J'y associais souvent le luxe du calme et la volupté d'un café-cigare. Une lecture si lumineuse qu'elle m'inhibait autant qu'elle m'encourageait à écrire. Un style qui me portait la cruelle estocade d'une comparaison impossible à atteindre. Et pourtant j'y venais chaque fois, dans les feuilles de ce journal d'une sensibilité opposée à la mienne, à recibir, découvrant l'échine pour recevoir cette démoralisante littérarité qui décidément m'échapperait toujours... et cette présence me faisait découvrir tous les articles de ce quotidien, me permettait, ainsi qu'à des milliers d'autres, de venir découvrir un autre son que le produit de ma pensée spontanée sur tous les autres sujets traités. Une passerelle vers l'autre camp, cette gauche incompréhensible à ma sensibilité, la seule passerelle assumée de ma propre initiative. Grâce à Jacques Durand, sa langue et son génie. Peut-être faudra-t-il un jour acheter le Figaro pour lire Durand ? C'est cher, Jacques, un article de Durand ? Parce que moi, si j'ai les moyens, je veux bien payer pour avoir l'exclu dans ce blog... (eh oh, les autres de la toile, j'lai dit prem's !) Puisque la tauromachie n'a de couleur que son universalité.

Un jour, j'ai voulu l'appeler mais il n'était pas chez lui. Sa femme, d'une voix hésitante, s'est rassurée en me disant que bon, l'avion devait bien être arrivé maintenant, et qu'il serait de retour de Madrid jeudi prochain, si tout allait bien. Pendant ces quelques secondes où l'on me confiait un peu de son intimité, où je percevais la préoccupation inquiète de sa femme, j'ai eu la très bizarre impression d'être de la famille. Elle m'avait parlé comme si j'avais été son beau-frère. Une drôle de sensation, inédite et complexe. Je ne la connais pas, elle aurait dit la même chose, aurait ainsi associé n'importe lequel de ses lecteurs. Et j'étais à ce moment l'interlocuteur sensible et sensibilisé à son mari qui pouvait recevoir sa préoccupation. Mais, finalement, oui, comment ne pas se sentir de la famille de ceux qui savent vous pénétrer si bien le cœur et les tripes ?

Non loin de moi, à un admirateur qui lui disait un jour avec amusement « Dommage quand même que ce soit dans ''Libé'' » jacques Durand avait répondu : « Qui d'autre pour avoir le courage d'une page sur les toros ? » Il semblerait que ce courage-là, ne veuille plus avoir cours. Nul doute que la force pernicieuse du lobbying ait fini par s'épanouir. Que de rage et de protestations devait susciter l'attraction de cette plume. Alors un jour, pour économiser quelques sous et par la même occasion arrêter le problème de ce flot de protestataires écolos bien associés à la gauche molle, on préfère soudain chausser des lunettes vertes de grenouille scandinave pour s'offusquer de cette ''barbarie'' plus du tout en phase avec la ''modernité de l'Evolution''. Cette modernité qui consiste à sacrifier le singulier sur l'autel de la norme puis de s'en plaindre.

Le premier juillet 2012, avec l'augmentation du smic est donc programmé que vous nous ôtiez un moment de paix et de plaisir, la respiration d'une fenêtre ouverte sur un autre monde, différent, un rare moment de lecture à propos d'une passion séculaire, par une langue que bien peu savent utiliser si bien, une perméabilité à d'autres idées auxquelles on venait s'abreuver aussi, un moment de grâce, une faena langagière, une écriture qui, danger et performance suprême, avait ses supporters dans le camp de ceux qui n'aimaient pas ça, par cette approche en biais, si singulière sur un art si singulier. Je me demande si ce n'est pas le talent qui serait si insupportable aux gens. Les qualités de ''passeur'' qui seraient si dangereuses... pensez au risque de contamination des générations qui montent... (eh oui, d'où la photo lecteur...) Un talent si humble et déroutant sur un art si inclassable.

Alors, quand le monde sera mondialisé, la planète planétisée, la gauche bien gauchie-mollifiée, la pensée unique unifiée, la Culture Disney-Landisée, l'animalité Bougrain-Dubourdisée, le Coca-Cola obligatoire à la cantine des écoles de la république pour enrayer les épidémies de gastro de nos petits merdeux, et les taureaux de combat Hallalisés, à ''Libé'', vous pourrez vous regarder les yeux dans les yeux et vous dire que vous qui êtes si prompts à dénoncer le phénomène, vous y aurez contribué. Question courage, ce sera déjà ça. Merci quand même de celui témoigné jusqu'au jour fatidique, cela aurait été injuste de ne pas le souligner. Et puis, changer d'avis, parfois, est un signe probant d'intelligence, de même que résister à la niaiserie de l'opinion ambiante, suscite l'admiration. De même que maintenir quelque chose qui ne serait éventuellement pas rentable est un principe noble de la gauche qu'il ne suffit pas d'énoncer partout mais de pratiquer un tout petit peu pour être crédibles. Dommage qu'on n'ait pas élu vos candidats de votre vraie gauche, Mélenchon ou Poutou, tiens, ils vous auraient interdit de le licencier.
 Parce que des moments de bonheur comme ça, ça n'a pas vraiment de prix et ils nous accompagnent toute la vie.