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mercredi 22 janvier 2014

Tremendos Afectos

Le spectacle de clôture du festival, avec Rosario la Tremendita et Rocío Molina a été magistral.
La voix de La Tremendita a servi la créative et envoûtante danse de Rocío Molina. Servi ou magnifié ? Car tout était fusion entre ces deux prestations, ces deux expressions artistiques. Jusqu’au susurrement de complicité féminine dans leurs secrets et mystères avoués portés par le scénario.
Contrairement à d’autres « créateurs » (que je ne citerai pas) plus enclins à du « décousu-main » pour faire crier au génie dans un éclectisme sans queue ni tête, Molina offre tout sur un même plateau : flamenco évolutif à la gestuelle précise comme une horloge où l’émotion et le mystère sont toujours présents, mâtinée de mélanges orientalises, asiatiques délicatement décelables à l’oreille et à l’œil sans pour autant dénaturer la racine flamenca qui les porte.
Puissance insoupçonnée dans cette jeune femme qui « explose » littéralement d’énergie, étonnant déploiement de son jeu de pieds nus qui, à l’instar d’un jeu de mains d’une Isabel Bayón, déroule les doigts dans une rythmique parfaite, tout le spectacle a été lumière.
L’originalité d’une contrebasse entre les mains expertes du jeune Pablo Martín se marie parfaitement à la guitare de La Tremendita … preuve que d’autres instruments peuvent se fondre dans l’expression flamenca.
Voilà donc un flamenco actuel, inventif et rare. Belle et brillante clôture de ce cru 2014.

dimanche 19 janvier 2014

Tertulia de Maestros


Le titre du concert acoustique « Dos Glorias Dos » n’était pas usurpé.
Des cantaores aussi authentiques, sincères, spontanés et touchants sont et resteront la raison d’être de cet art du « cante flamenco » indéracinable, intemporel et vrai.
Oh, certes, la voix trahit leur âge …. 83 pour Manuel Marquez « El Zapatero » et quelque 75 et des poussières pour Antonio Ruiz « El Carpintero » … et leur permutation d’assise permanente pour se placer du côté de la meilleure sonorité de la guitare trahissait certainement un défaillance auditive qu’ils ne voulaient pas confier à un sonotone.
Cependant, le « cante » ne nécessite pas toujours une puissance thoracique mais une émotion et un « arte » qui, voix posée à la mesure de la possibilité de performance vocale, restitue leur saveur flamenca. C’est une leçon des fondamentaux qu’ils nous ont donné.
Car, il faut le souligner (et c’est ce qui a aussi enchanté les spectateurs) ces papis nous ont fait un show inénarrable. Présentant l’origine de leurs chants, donnant des détails sur les changements de « tonadillas » (quitte à faire un petit clin d’œil ou un lever d’index vers la foule au moment où se produisait le changement préalablement annoncé –au cas où certains de suivraient pas-), ils nous donné, en toute simplicité naturelle, un cours magistral de l’authentique, le populaire, l’intemporel « arte du cante flamenco »….. Ma voisine m’a même soufflé à l’oreille : 
« attention, à la sortie, ils demandent une interro écrite ! »
En s’adressant sans cesse à l’auditoire, comme des grands pères au cours du fête de famille racontant leur quartier, leur rue, leurs copains et ceux qui leur ont transmis leur chant … on aurait voulu les garder avec nous bien au-delà de la soirée.
Facétieux dans leurs échanges spontanés, ils discutaient, comme si nous n’étions pas là, du positionnement sur scène, du « toque » à préciser au talentueux guitariste Dani de Morón (qui a dû adorer les accompagner, cela se sentait) … On se demandait d’ailleurs parfois s’ils ne créaient pas spontanément sur scène le filage de leur spectacle … Je suis sûre que ces deux là se sont dit « Allez ! On va chanter à Nîmes « por seguiríyas, por soleá … yá veremos ! »
El Zapatero, désarmant de simplicité ne nous même pas épargné l’information capitale de la soirée : il est « sietemesino » (prématuré). C’est dire si on était en famille … Sa tchatche complice avec ses « compañeros », son sourire malicieux, la surprise finale lorsque quittant la scène il a récupéré au sol un vieil enregistreur (qui doit dater des années soixante-dix) en nous adressant un petit clin d’œil complice … comme un gamin ayant joué un tour !
Dommage que le timing du festival ait obligé les artistes à cesser le concert sous la pression de leur agent …. Car, eux, étaient partis pour y rester, quitte à descendre leur chaise de scène et venir s’assoir parmi nous … Quel bonheur ç’eut été !
Hélas, il a même fallu l’intervention en douceur des responsables du festival pour arrêter les papys chauffés à fond .. « La dirección manda … » nous a adressé avec un petit geste d’impuissance désolée El Zapatero.
Que lástima ! On aurait voulu les retenir et leur poser plein de questions sur « palos y barrios » … ils avaient tant à partager …
Maja Lola

mercredi 15 janvier 2014

La Pensée du Jour...

Un « Túetano » atteint par Creutzfeldt Jakob… A côté de la performance de Marín, Galván est un danseur de menuet...
Cela m’aura au moins permis de « déterrer » Artaud le maudit.
Maja Lola



lundi 13 janvier 2014

Caprichos Azules

Le métronome qui rythme le temps dès le lever de rideau donne le tempo à un zapateado de mise en bouche prometteuse … Promesse tenue.
Isabel Bayón a le ramage et le plumage d’une grande. Une technique parfaite, une aisance dans l’espace scénique étourdissante, tout son corps semble inspirer et mener la partition musicale et vocale des deux voix pures et puissantes de Miguel-Angel Sotos et Daniel Lagos …. pellizco garanti lorsqu’il interprète une Farruca venue de l’au-delà. Le corps d’Isabel est maîtrise et poésie, technique et inspiration intuitive. 
Son art ne s’exprime pas dans un zapateo puissant mais dans la délicatesse et l’élégance de la gestuelle de ses bras et …. de ses mains ! Et quelles mains …. des oiseaux ondoyants, vuelo de palomas caressant l’espace et s’élevant vers le ciel. 
D’un Fandango enlevé et « canaille » à une Colombiana sensuelle et aguicheuse, le vestiaire invariablement bleu de la Isabel devient rose pour le final en apothéose …. bata de cola rose qui fait écho à la vidéo préalablement projetée sur écran de la danseuse, enfant d’à peine 10 ans qui démontre déjà son talent prometteur en robe volantée « fraise tagada » qui tranche avec le visage de l’enfant déjà grave et inspiré par le duende. Accompagnée par des musiciens et chanteur exceptionnels, la grâce et l’élégance services par le feu et la passion qui se dégagent de cette artiste au talent assuré et insolent marqueront, c’est certain, ce début de festival flamenco nîmois. 
Maja Lola

samedi 11 janvier 2014

Inclassable Galvan

Le sujet à traiter était certes peu enclin à la brillance et à l’éclat, le génocide du peuple gitan évoquant davantage les horribles exterminations de triste mémoire.
Cependant, Galvan, dans sa virtuosité gestuelle et inventive aurait pu donner une dimension plus artistiquement humaine du drame vécu par ce peuple.
Hélas, la mise en scène faisant appel à des matériaux hétéroclites, au symbolisme certes évocateur (enfermement dans le train, barreaux, geôles, câbles à électrocution, poutres métalliques, ''emmurement'' final de la scène par des panneaux de contreplaqué marine ….), n’a été que déploiement d’outillages aux sonorités stridentes (beaucoup de dents dont dû ''grincer'' dans la salle).
Les sous-titrages en allemand n’ont pas forcément apporté un quelconque fil conducteur au spectacle - tout le monde ne maîtrise pas la langue de Goethe - et, hormis deux petites ''respirations'' de Bobote, la ''flamenquitude'' était absente.
Mais était-ce vraiment le but de l’artiste ? S’inscrit-t-il vraiment dans le festival Flamenco ? Je crois plutôt qu’il aurait toute sa place dans un festival de danse contemporaine où les codes de création de l’artiste et de lecture des spectateurs sont d’une autre sensibilité.
Un final pas si ovationné que cela pour un artiste de la taille de Galvan, même si phénomène d’effet de masse et de suivisme des foules, quelques autres personnes ont fini par se lever alors que la salle commençait à se vider.
Il était temps ….. j’avais envie de respirer un énorme bol d’air sur la place de la Calade.

Maja Lola