samedi 10 juillet 2010

Ver Pamplona






































































Voilà, moi je suis occupé avec des vaches laitières, des truites et des champignons, d'autres y sont et pour ceux qui voudraient voir un peu l'ambiance de là-bas, je vous laisse méditer une dizaine de jours là-dessus car je ne veux plus voir le moindre PC durant ce laps de temps.
Ni écrire une ligne. Reposer mes yeux, respirer, dormir, oui, dormir, se coucher avec les poules, se lever avec les lapins. Des vacances très "années soixante" en somme. Celles qui font chier les ados à qui on aimerait expliquer un temps dont ils n'ont rien à faire, à juste raison, car la nostalgie ne les a pas encore envahis.

Va pour l'Onfray attitude, découverte avant lui, le recours aux forêts : se coucher dans l'herbe du sous-bois, s'y endormir, cueillir des fraises des bois, cuire des confitures de fraises des bois, peigner des myrtilles, cuire des tartes aux myrtilles, traquer les coulemelles et les pieds de mouton, poêler les coulemelles et les pieds de moutons... avec de l'ail, et du persil. Pas le persil du supermarché, le persil du jardin à Roger. Du persil au parfum d'un autre monde, comme la tendreté de ses blettes et le goût de ses carottes. Filer l'aligot, manger le sac d'os, enfourner la môche, réchauffer la flèque. Fumer un havane, quand même, parfois, la nuit, dans le jardin, quand tout le monde dort, quand il fait froid même au coeur de l'été, que la brume descend et mouille les os mais qu'on ne bouge pas parce que le cigare n'est pas fini, parce que c'est un luxe, cette fraîcheur, quand sévit la canicule, parce qu'on est trop épuisé pour aller se coucher et qu'on est enfin seul avec ses pensées, et qu'il faut admettre que tout ça s'arrêtera un jour et qu'on se rappelle ceux, déjà partis, à qui on a pas eu le temps de dire encore une fois qu'on les aimait, de cette fois-là, qui manque tant. Alors les yeux aussi s'embrument pour se confondre avec le ciel dont on nous a bassinés depuis l'enfance qu'il serait habité, pour que les drames soient supportables. Moins inhumains. Sans doute l'entourloupe ultime, mais bon, a voir, lors de notre propre évaporation dans les brumes, sans idée préconçue, au cas où... Et puis ce type qui marche seul, sur la route luisante de ce bout du monde et s'arrête pour croiser longuement mon regard, soudain au fait de ma présence. Qui est-il ? Où va-t-il ? Pourquoi marche-t-il la nuit et sous la bruine ? Que pense-t-il à voir rougeoyer l'extrémité de mon cigare et le nuage de fumée monter au-dessus de ma tête ? Pourquoi me vient à l'idée qu'il ne peut s'agir que d'un fou, d'un pénitent ou d'un assassin ? Et moi, qui suis-je, dans son imaginaire ? A-t-il hésité à venir me rejoindre ? Il a repris sa route maintenant et moi mes pensées embrumées. Malgré les apéros géants de Facebook, les ferias, leur tumulte, la musique, l'appartenance à la communauté, les fêtes, la convivialité des blogs, malgré les diverses apparences, malgré l'amour, ce type, tout seul sur cette route luisante de ce coin perdu dans la brume d'une nuit qui bruine, est peut-être celui qui a moins peur, dont le destin individuel est assumé. Dans sa tête on est toujours seul et le silence de cette confrontation peut être violent. Alors ce type, déparasité du bruit ambiant des vuvuzelas de la société, forcément connecté avec lui-même, qui passe pour un original inquiétant, ne préfigure-t-il pas le destin de chacun ? Il me faudra aller à Pamplona, un jour. On est si loin de l'esprit de Pamplona dans la Lozère profonde. En attendant, et puisque je n'y suis pas, c'est de ce type dont je me sens proche. Depuis un quart de siècle, c'est la première fois que je n'irais pas à Céret... pas envie des bouchons de l'autoroute, de bruit, de foule, de canicule, d'alcool. Je sature.
Là où je vais, rien ne passe, ni tourisme de masse, ni portable, ni ADSL. Qu'un passant nyctalope. Je regarderai la finale de la coupe du monde de football sur un vieux poste à la résolution neigeuse, où le ballon est aussi aléatoire à distinguer qu'un cèpe dans les feuilles mortes. On a piqué une fourchette dans la lumière de l'antenne cassée pour améliorer la réception.

No fax, no email, no SMS, no telefono, solo mi et le cheminement solitaire de la vie intérieure.

Au loin, juste avant de disparaître dans le virage, le type s'est retourné une dernière fois et m'a salué d'un geste gauche. Les palpitations de mon coeur se sont accélérées. Il attendait. Je lui ai rendu son salut. Il a repris sa marche et moi celle de mes pensées. Il y avait un lapin dans le potager de Roger. La bruine avait éteint mon cigare. J'avais toujours envie de pleurer, et si j'avais voulu m'isoler, j'étais tout d'un coup heureux de me sentir moins seul.













jeudi 8 juillet 2010

Depuis ma Vuvuzela 9 ...



Non, elle serait trop facile, celle-là, vous faire le coup de la centrifugeuse, vous écrire que les Uruguayens manquèrent de jus face à l’orange. Ce serait vulgaire, facile, populiste… et alors ? On n’est pas au Fouquet’s, ici… en train de siroter un thé exotique des îles tièdes à la Bergamote et aux pistils de Jasmin entre nanas, pour la modique somme de … combien… ? Vingt euros le thé ? Au moins… et je suis peut-être rat… C’est bien simple il n’y a que des footballeurs en terrasse. Y’a des pistils, dans le Jasmin ? Oui, sûrement… C’est cher le pistil, dans son ensemble… regardez le safran.
On n’a pas pu s’empêcher de penser avant-hier soir, voyant le parcours de la petite équipe Sud-Américaine des Bleus clair, que si notre équipe de Bleus froncés n’avait pas été exclusivement composée de pieds nickelés escagassés des circonvolutions cérébrales plus occupés à se suicider en se jetant du haut de leur ego, elle se serait assez facilement retrouvée en finale : quelle autostrasse elle avait devant elle ! Vous remarquerez l’emploi de la langue de Goethe… Quant à la défense hollandaise, elle est bien plus trouée que le Gouda, je parie qu’on s’en apercevra en finale.

Olé ! Hurle toute la péninsule… Le laminoir teuton a lamentablement buggé sur la maîtrise technique ibère qui hacha menu le moindre des ballons au milieu du terrain, réduisant l’Arien à n’être bon qu’à… pas grand-chose, arpentant désoeuvré le rectangle vert, langue pendante de cette perpétuelle quête d’un ballon qui se dérobait comme par magie. De quoi criser pour le teuton moyen, à qui il faut de l’opposition simple, franche et directe, de grands gaillards britanniques ou bataves avec qui se mesurer musculairement, d’épaule à épaule mais cette armée de fourmis chipoteuses à la technique infaillible qui les ont fait tourner en bourrique, ach…nein danke ! Das ist nicht Hurra fussball ! Nicht gut !

Gut, gut… Ca me rappelle ce pépé aigues-mortais, monsieur Goutte, qui s’était pris une gamelle en vélo sur la route de la tour Carbonière, vous savez, en allant sur Saint-laurent d’Aigouze. Eh ben arrive une bagnole remplie de touristes allemands qui s’arrêtent pour lui porter secours. Ils s’approchent précautionneusement de la roubine d’où émerge papi Goutte qui ouvre un œil et entend :

- Gut ? Das ist gut ? Gut ?

Et là, le papi lui fait :

- Et Hiare…, Vous me connaissez ?

Mais c’est pas grave si ça ne vous a pas fait rire. Bon, je crois que pour ce coup de vuvuzela-là, ce sera tout… Ah si peut-être, mon petit pronostic pour la finale : il me semble que l'Espagne devrait franchir le cap grâce à son jeu tout en saveurs qui tient fermement le gouvernail immergé vers la gagne, le safran, quoi.

mercredi 7 juillet 2010

Hoy Pamplona




Course de Nuit


Miguelcho frissonne. L’humidité de la nuit mouille le pavé qui luit sous la lumière des réverbères. La rue, ceinturée de barrières fortifiées, est déserte à cet endroit. Au loin, le son du xistu. Miguelcho, immobile, à l’abri de ces madriers noueux doublés de poutrelles d’acier, tend maintenant une oreille attentive. Le bruit si caractéristique de la rencontre de ces deux mondes, vient s’amplifiant. Rythmique rurale sur portée citadine, version San Fermin. Cette encierillo qui des corrales de la Rochapea, les mène jusqu’à leurs quartiers de nuit, à Santo Dominguo, revêt pour Miguelcho en cette soirée du six juillet, une importance toute cérémonielle. Demain, il va courir. Demain, il court. Enfin.

La sensation qui étreint son corps depuis un an, ce cruel état de manque, il le ressent viscéralement. Miguelcho remarque le derrote lâché à son intention, dans un souffle puissant, par la bête la plus proche de lui, parvenue à sa hauteur. Comme pour accuser réception de sa présence. Comme pour lui dire :
« Alors à demain, Miguelcho...»

Il rentra chez lui, la tête dans les épaules, absorbé dans ses pensées qui s’essayaient à traduire l’impression laissé par ces morlacos de Pablo Romero aux poitrails si larges, et aux cornes si... enfin, mieux valait ne pas les évoquer.

Dans la maison, chaque objet dans sa nocturne immobilité, semble lui aussi, attendre le lever de ce jour qui ne sera pas ordinaire. Il alla se coucher sans tarder, juste le temps d’apercevoir sur la chaise de sa chambre, le pantalon blanc, la chemise blanche, la ceinture rouge, le foulard rouge, le tout préparé et repassé par Menchu. Tout est donc prêt.
Miguelcho se rappelle que lorsqu’il était petit, Josephina sa grand-mère, lui recommandait pour s’endormir, de compter les moutons. Cette nuit, ils seraient noirs, tondus et cornus, et ne feraient pas trouver le sommeil.

Le lendemain matin, Miguelcho, avale par petites gorgées consciencieuses un café noir puis plie méticuleusement le journal à la façon du Divino qui le lui a enseigné : le séparant en deux, décalant une partie des feuilles, puis enroulant le tout de manière à pouvoir en lâcher la moitié rapidement, dérisoire et ultime leurre avant imminence de châtiment. Ils ne sont finalement qu’un assez petit groupe au milieu de la foule ambiante, à brandir à San Fermin leur journal.

Le cohete, cette fusée-pétard retentit : les portes s’ouvrent. Puis très vite, fuse le premier cri. Une onde parcourt la foule, se propage par ce phénomène ambigu qui mêle la peur au plaisir, que les toros bravos suggèrent aux hommes depuis la nuit des temps. Miguelcho voyant la houle des corps s’animer à cent mètres de lui, se tient prêt, tous les sens en alerte. Quand à quarante mètres de lui, il distingue la première corne, Miguelcho démarre. Le groupe est dense autour de lui. Pour le moment, la préoccupation majeure est de jouer des coudes pour tenir son couloir, ne pas tomber. Miguelcho, bien en ligne, maintient sa foulée athlétique, court de tout son souffle, jette périodiquement un oeil inquisiteur par-dessus l’épaule, alternant le coté à chaque fois, contrôlant l’échappée. Même quand il ne regarde pas, son esprit le renseigne par la représentation mentale qu’il lui délivre, anticipant la course. Il lui fait voir les toros, la vitesse à laquelle ils se rapprochent, le groupe qu'ils composent, l'allure du meneur, ses cornes. Cela se présente bien, Miguelcho court concentré et confiant. Jusqu’à ce qu’il croise le regard de cette vieille femme, au visage ridé et diaphane, à la silhouette hiératique bizarrement juchée à la cime des barrières, qui ne le quitte pas des yeux. De cette présence étrange qui semble ne s'intéresser qu’à lui, il conçoit une fulgurante et néfaste association d’idée, malgré lui.

A cet instant il se sent perdre des forces. Il lui semble, que s’il n’a été jusque là, qu’un pion parmi les autres pions coureurs, soudainement les choses s’orchestrent autour de lui, pour en faire le personnage central de l'événement. Tous les autres continuent leur course à vitesse normale, perdant ainsi moins de terrain sur l’avancée des toros, que lui, qui sprinte pourtant, mais comme englué dans un ralenti dont il ne peut s'extraire. Si bien, qu’au fil des mètres, inexorablement, assez rapidement pour que courir et réfléchir à la façon d’échapper à son sort, soit impossible à mener de concert, il devient la cible. Tout le monde le double, il ne voit plus d’eux, que leurs dos, qui s’éloignent irrémédiablement.

La rue se dépeuple, il n’y a désormais aucune complicité à espérer. Miguelcho est seul, en point de mire des toros. Mon Dieu ! se dit-il, quelle solitude ! Rien qu’eux et moi sur le bitume. Eux, qui me poursuivent, et moi, qui les fuis. Il grimace de plus belle, tire sur les bras, allonge la foulée en vain. Les réactions des spectateurs à l’abri des barrières, les cris des femmes sur les balcons, lui indiquent qu’ils sont tout proches. Le bruit de leur galop s’amplifie. C’est le seul bruit qu’il perçoit, le reste ne lui parvient plus. Ils sont là, maintenant. Il est à bloc, le coeur qui cogne, la poitrine qui brûle, les jambes qui tremblent, il court. Miguelcho court si vite qu’il en pleure, mais sa main droite au cours du mouvement de va-et-vient qui l’anime, touche quelque chose de froid et gluant. Il entend des femmes crier sur son passage. Un mufle apparaît qui ne tient aucun compte de lui, puis un autre, à sa gauche cette fois-ci. Machinalement, il pose une main sur chacun des dos de cette escorte noire qui l’enserre, et il lui semble alors, qu’il ne risque plus rien, qu’il s’accorde au troupeau, qu’il en fait partie. Oubliées les contractures douloureuses, oubliées les angoisses de mort, la conscience du risque, et autres humanités terre à terre. Résolu le conflit désir-crainte... Miguelcho vole, en pleine sublimation de l’instant.

Un petit coup dans le dos, le frappe comme à la porte d’une réalité que la félicité de cet état de grâce lui a un temps fermé. Miguelcho devrait se dégager, mais il ne le peut pas. Un second puntazo plus appuyé et piquant, comporte un message impérieux dont la clarté ne lui échappe pas : dégager très vite ou être châtié. Sur le coup du troisième, il est projeté loin devant, tandis qu’une violente douleur lui déchire le flanc droit. Sa chute entraîne celle de Bixente, qui court sa portion de parcours. Puis, il ne le voit plus, l’entend retomber lourdement plus loin, enfin l’encierro leur passe dessus. Soit une cinquantaine de sabots, lestés de six ou sept tonnes, et armés de vingt-quatre poignards. Le silence succède au tumulte. Miguelcho et Bixente gisent sur le pavé sale de la rue, disloqués. Il flotte une odeur de bouse, de sang, d’urine et de vin de Navarre mêlés.

Miguelcho ouvre les yeux, mais ne voit rien. Le noir complet malgré ses efforts. Soudain, une formidable lumière l’aveugle :

« Cafe con leche y churros, Miguelcho ! » lance Menchu en tirant les rideaux.

Miguelcho haletant, se redresse d’un bond. Il est en sueur, les traits tirés, une profonde douleur tenaille son côté droit. Menchu papillonne dans la chambre, s’affaire en chantonnant comme si son labeur au service de la maisonnée, n’était fait que de tâches agréables. Tout le monde l’apprécie pour cette joie de vivre. Elle quitte la chambre sans se retourner, lâchant juste avant de disparaître :

« Au fait, le fils du bourrelier, tu sais, Bixente…, les toros l’ont tué ce matin.... »

lundi 5 juillet 2010

Etienne Merveille

Hier soir, j’avais un rendez-vous avec Etienne. Vous savez, celui qui a un nom ringard «merveille». C’est ça. Etienne Merveille. Mais comme je suis parfois un peu snob, je l’ai traduit en anglais, histoire de faire un peu smart : Steevie Wonder.
Il m’a donné rendez-vous aux arènes de Nîmes mais il avait oublié de me dire que dans un geste de générosité dont il est coutumier, il avait convié aussi quelques amis. Bref, après la présentation de deux copains à lui qui ne se sont pas trop attardés parmi nous, IL est arrivé et a inondé la scène d’une lumière joyeuse et vivante qui vous donne envie de sauter, chanter, danser, comme si votre corps se sentait tout à coup possédé.
Le roi de la soul a séduit, que dis-je, captivé et enchanté la foule. Gradins inondés de lumière et chauffés par une musique puissante qui vous emporte. Choristes, musiciens, mise en scène sur écran géant…. Tout était réglé, huilé, comme une horlogerie suisse. Des percussions entêtantes où se mêlaient des sons arabo-afro-cubains mâtinés d’hindou. Un toucher de clavier de S.W. à nul autre comparable. Et puis sa voix : chaude, puissante et harmonieuse qui vous donne envie de bouger et danser. Et de vous abandonner à des mélodies plus douces. Pas sirupeuses mais profondes, réminiscence de slows langoureux et émus.
Mais le plus extraordinaire, c’est la communion de spectateurs de tous âges, toutes générations confondues captivés par le talent de cet artiste.
Dans cette nuit chaude de juillet, les arènes ont frissonné d’émotion devant un tel géant. Et nous avec, goûtant cet instant magique offert avec générosité par un chanteur musicien hors pair : un certain Etienne Merveille.

Maja Lola

dimanche 4 juillet 2010

Depuis ma Vuvuzela 8 ...

Doigt Divin

Angela Merkel a des ampoules aux mains. Quatre abondantes salves d’applaudissements. Le Messi attendu ne s’est pas déclaré. La National Mannschaft ''mit Kompressor'' a laminé les nains de jardin de l’Albiceleste. Très tôt, à l’observation de la déglutition maradonienne on a compris qu’ils seraient irrésistibles. Ils sont jeunes, athlétiques, spontanés et s’emploient plus à parcourir les grèves engazonnées à vive allure pour se donner du plaisir qu’à se la péter en fomentant la grève des hyper-nantis. Maradonna a consolé toute son équipe, leur prodiguant un à un ce qu'ils venaient chercher : des bisous affectueux et une petite flatterie fessière de sa main si célèbre.


Autre mentalité, l’Uruguayen Suarez qui par son acte caractérisé d’anti-jeu élimine le Ghana revendique l’aura de ''La Main de Dieu''. Il oublie juste que lorsque l'expression sortit sous la plume d'un journaliste, elle était suggérée par l'authentique figure du Dieu vivant du football de l'époque, un génie balle au pied, Diego Maradonna. Ce qu'est loin d'être Suarez. Au moins sait-on aujourd'hui qu'il ne s'agit pas d'un ange non plus. Diablotin bêta tout au plus. Peu importe l’éthique, seul compte le résultat. A ceux qui auraient espéré que l’introspection solitaire face au miroir lui fasse honte, il pointe le doigt d’honneur de la proclamation publique de son statut de héros divin, sauveur de l’enjeu suprême. Où il nous est enseigné que l’injure n’est pas le problème mais le traître qui l’a révélée. Que la main n’est pas le problème mais que l’arbitre ne la voit pas, si (Henry). Ou que sa résultante la justifiait (Suarez). Faites jouer vos enfants au football pour leur apprendre les valeurs du monde moderne.


Ces valeurs qui ont tué Mohamed massacré sous les yeux de sa famille sur la route des vacances parce qu’une bande de barbares appelés à la rescousse d’une copine qui refusait de signer un constat d’accident anodin, a trouvé légitime de l’exterminer sur le champ. Ce qui les distrayait un peu du ballon frappé jusque-là au bas de l’immeuble. Argument ''développé'' : « Les constats, c’est pour les Français »

Le Paraguay, avec la crème de ses confidentiels quatre-vingt mille licenciés – six millions pour l’Allemagne - a fait douter jusqu’au bout les Conquistadors ibères qui devront rester fiers devant le rouleau compresseur teuton en demi-finale. La Latin face à l’Arien. La Bière face à la Sangria, la Choucroute face à la Paella. De la batucada footballistique en perspective. Réponse le sept juillet. A propos de l'équipe ibère, j'ai remarqué un truc : quand joue le Barça, les commentateurs disent "les Catalans'' mais là, même si huit ou neuf joueurs sur onze sont de ce club, ils sont devenus ''les Espagnols'' de la Roja... Barcelona d'un coup épouse Madrid.
Dans l’autre demi-finale, qui des tricheurs Sud-Américains ou des butés Bataves l’emportera le six juillet ? Cela nous fait donc trois Européens dans le dernier carré, qui l’eût parié ?

Enfin, le Tour de France vient de commencer et non, rassurez-vous, ''Depuis mon pignon de dopé'' ne succèdera pas à ''Depuis ma vuvuzela''… Pourtant, quand j’avais quatre ou cinq ans, scotché à la télé pour le podium de chaque étape, je guettais mon père, qui remettait au vainqueur l’écharpe des ''Pantalons le Toro'' sponsor officiel de la caravane du Tour. Au fait, peut-être me faudrait-il fouiller les archives de l’audio-visuel pour retrouver celui qui n’avait pas besoin de pédaler mieux qu’Anquetil et Poulidor pour être mon héros.




samedi 3 juillet 2010

Depuis ma Vuvuzela 7 ...




Bouuuuuuuhouhouuuuuuuuuuuu fait ma vuvuzela aujourd’hui. Mes favoris, Brésil et Ghana out of Africa ! Voilà comment je vois le truc : le Brésil, c’est un peu le jeune tigre de Sibérie qui meurt d’une crise cardiaque quand on vient le capturer vivant. Il n’est tellement pas génétiquement programmé pour avoir un prédateur qu’il en claque parfois d’être acculé et capturé. Les Brésiliens avaient gagné leurs trente derniers matchs et archi dominé leur sujet en première mi-temps pressant les oranges, amers. Et puis la suite, impromptue, improbable, connue.


Le Ghana, lui, a vérifié à ses dépens que les tricheurs ont raison de tricher car souvent l’issue n’est pas morale. Dernière minute, le but de la victoire pour le Ghana… empêché par un Uruguayen qui s’arroge goal, repousse le ballon presque entré, à pleine mains : carton rouge, ce dont il se fout puisque la partie est terminée et penalty. Dernière seconde, penalty raté et victoire envolée, l’exclu bondit de joie sur la touche : son sacrifice a été payant, les Dieux mafieux du football sont avec lui. Je me lève de mon fauteuil en disant : la suite est écoeurante et certaine, l’Uruguay gagne aux tirs aux buts, il ne peut en être autrement. Enfin je ne l’ai pas dit d’un langage aussi châtié mais bon, ça s’est vérifié. Que de larmes chez les Noirs, que de joie indue chez les Blancs que la moindre des bienséances aurait dû tempérer un peu.


Depuis que l’on ne joue plus pour glaner des points mais pour survivre, la Coupe du monde est devenue intéressante. L’enjeu est simple, clair, compréhensible même par les footballeurs. Chaque match est une finale avant la lettre. Regardez tout à l’heure Argentine - Allemagne, ça va être la guerre totale. Ces deux équipes se sont déjà fritées devant les cameras du monde entier lors d’une Coupe du monde. Pas autour d’un ballon, je veux dire, non, sur la pelouse mais en changeant de sport : boxe générale, sauvage, sans règles. Je pense que cette fois encore, on n’en sera pas très loin. Enfin, ça évitera de choisir entre la corrida de Saint-Gilles et celle de Vauvert ces villages séparés de dix-huit kilomètres ayant eu l’intelligence de programmer des toros le même jour, un jour de quart de finale de vuvuzela, les brutes ! Il devrait y avoir plus d’areneros que de spectateurs.

Question vuvuzela, ses détracteurs n’ont pas fini de s’arracher les cheveux, je pense : il paraîtrait que des syndicats européens en commandent en masse pour leurs manifs ! D’ici que la crainte du chulo aficionado se vérifie et que les chulos de la fiesta en la calle ne les importent en feria jusque dans l’arène, il n’y a qu’un couac.

Histoire de titiller une Nimoise partie confire dans la capitale chaude et polluée, voici comment j’envisage de procéder pour Argentina – Allemagne : allumer un puro de Cuba, touner la table basse supportant la télévision vers la piscine, m’immerger avec délice dans l’eau cristalline à 31° devant la buse massante du jet stream, m’accouder à la margelle d’Ipé (oui...issu d’une forêt brésilienne gérée) et tirer sur ma vitole caribéenne en étudiant les différences de style de jeu et des mentalités concernées par leur problème du jour : non, rends-le moi, il est à moi le ballon, ben tiens va le chercher dans tes filets, etc… ce qui, on en conviendra, n’est pas en mesure de dévier l’axe de rotation de la terre mais qui, pour occuper un après-midi d’été, devrait parfaitement convenir. Qui vient me rejoindre ?

Le plus roublard des malhonnêtes gagnera certainement, c’est la raison pour laquelle il était très sain que le Brésil assez doué pour disposer du monde sans jamais tricher et donc imposer sa légitimité, continue jusqu’au bout sans tigre dans son moteur. Mais bon, comme pour la corrida, le jour où tout sera écrit d'avance, le football sera mort.