Adieu

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photo de Anya Bartels-Suerdmont

vendredi 23 juin 2017

La Pensée du Jour

Vu sur le site d'une agence de voyage taurins : visite d'une ganaderia 95 euros/personne... J'ai connu le temps où à l'issue de la visite on donnait trois bouteilles de bon vin au mayoral en ayant l'impression d'avoir passé un vrai moment de complicité entre passionnés...

Vu aussi la "fiesta campera" chez Morante... Même lui avait l'air "déguisé en andalou" et devant lui deux femmes en robes à frou-frous posaient sous le soleil en "flamenco style". Tout ça transpirait l'arnaque à touristes et l'opérette et m'a rendu triste...

mercredi 21 juin 2017

"Détails"...

LA LETTRE DE L'UVTF

21 juin 2017

COMMUNIQUÉ DE L'UVTF

ET DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE
DE CHIRURGIE TAURINE

Pour éclaircir des incertitudes surgies en Espagne suite au décès de Ivan Fandiño consécutif à un coup de corne reçu dans les arènes de Aire sur Adour samedi, l’UVTF porte à votre connaissance les faits suivants après audition des différentes parties, consultation du bulletin médical établi dans l’infirmerie des arènes de Aire par le docteur Darracq et des minutes des actes médicaux auxquels il fut procédé sur le torero blessé. 
 - Avant d’autoriser le déroulement de la corrida qui débutait à 18 heures, monsieur Éric Encinas, président de celle-ci, a inspecté l’infirmerie conformément au règlement taurin extra municipal, et constaté la présence d’une équipe composée d’un chirurgien, d’un médecin anesthésiste, deux infirmières anesthésistes, deux infirmières, deux secouristes et deux ambulanciers.
L’infirmerie était équipée du matériel d'anesthésie et de chirurgie d’urgence conformément au règlement taurin français.
Une ambulance était sur place pour assurer un transfert éventuel.
- À 19 h 30, ainsi qu’il apparaît dans le compte-rendu du docteur Darracq, chirurgien des arènes, Ivan Fandiño a été admis à l’infirmerie dans un état d'urgence absolue, avec des signes de choc, le visage grisacé et une pression artérielle infime.
En l’absence de tout saignement apparent, devinant l’existence d’une hémorragie interne, le docteur Darracq et son équipe ont décidé de stabiliser le torero en priorité par voie veineuse et l'on intubé, avec anesthésie immédiate.
L’exploration de la blessure a mis à jour une cornada à la base du flanc droit, avec un point de pénétration de 4 cm. 
L’exploration digitale a montré un trajet de 15 cm remontant vers le thorax avec délabrement des muscles intercostaux et un espace sous péritonéal cruenté, avec bombement du péritoine traduisant une collection intra péritonéale.
Un drain lame a été introduit dans ce décollement qui a ramené très peu de sang.
- Dés l’entrée de Ivan Fandiño à l’infirmerie, son transfert en hélicoptère a été organisé, dans le but de l’amener à Bordeaux pour une intervention thoracique éventuelle.
- Il convient cependant de savoir qu’un tel transfert ne permet pas d’apporter des soins au blessé si ceux-ci s’avèrent nécessaires durant le vol. 
Or, la tension artérielle extrêmement basse d’Ivan Fandiño dès sa prise en charge, laissait craindre un arrêt cardiaque à tout moment.
- Après avoir stabilisé au mieux ses fonctions vitales, et alors que le pronostic vital était engagé, il fut décidé de transférer Ivan Fandiño vers l’hôpital Layné de Mont de Marsan dans un véhicule médicalisé précédé par deux motards de la police et en compagnie d’un médecin anesthésiste / réanimateur.
- Comme cela était malheureusement prévisible, Ivan Fandiño a fait un premier arrêt cardiaque dans l’ambulance, dont il a pu être ranimé.
- Le docteur Poirier, chef de service et porte parole de l’Hôpital Layné qui avait voyagé dans l’ambulance, a constaté le décès du toro consécutif à un second arrêt cardiaque dans l'enceinte de l'hôpital, après que les efforts pour le ramener à la vie une seconde fois aient été vains.
- Après avoir ouvert le corps du torero, il a alors confirmé l’étendue de l’hémorragie interne (trois litres et demi de sang noir provenant des glandes hépatiques), l’arrachement de la veine cave, ainsi que des blessures au foie, au rein et aux poumons qui furent qualifiés d’irréversibles, affirmant que rien n’aurait pu empêcher l’issue fatale. 
L’arrachement de la veine cave est mortel dans quasiment 100% des cas dans un temps extrêmement bref.
Ainsi que l'a confirmé le Professeur Fabien Thaveau, chirurgien vasculaire et chirurgien d'arènes, une plaie de veine cave supérieure étendue aux veines sus-hépatiques mène de façon quasi systématique à une issue fatale pour le patient traumatisé.
- La question a été posée de savoir pourquoi aucun bulletin médical n’a été publié depuis l’infirmerie des arènes.
La réponse est simple : conformément à la législation française sur le secret médical, les médecins n’en ont pas le droit. 
Seul le patient, ou ses accompagnateurs, peuvent être destinataires de ces informations confidentielles.
Le bulletin médical établi par le docteur Darracq fut donc remis à l’entourage de Ivan Fandiño lorsque celui-ci quitta l’infirmerie.
En vertu de cette même législation, les documents dont l’UVTF a pu prendre connaissance ne peuvent être publiés que par la famille du torero, si elle le souhaite.
- Tous les chirurgiens consultés s’accordent à dire que malheureusement la blessure reçue par Ivan Fandiño était nécessairement mortelle et qu’il eut été impossible d’échapper à une issue fatale dans quelque contexte que ce soit.
 - Par ailleurs, l'Association Française de Chirurgie Taurine, représentée par son président, le docteur Olivier Chambres, souscrit entièrement à l'analyse des faits et conclusions présentés ci-dessus et cosigne avec l'UVTF le présent communiqué.
- L’UVTF tient à souligner le travail admirable et l’engagement du docteur Darracq et de son équipe dans de nombreuses arènes du Sud-Ouest, ainsi que celui de toutes les autres équipes médicales regroupées au sein de l'Association de Chirurgie Taurine, grâce auxquelles la temporada française peut se dérouler dans les conditions optimales de sécurité pour les toreros.
- L'UVTF et l'AFCT remercient Nestor García, apoderado de Ivan Fandiño demeuré à ses côtés jusqu'à l'issue fatale, pour sa déclaration au quotidien El País : Ivan "a été traité du mieux possible dans l'infirmerie, mais la cornada était irréparable ; Ivan est mort parce que c'était inévitable".
- L’UVTF déplore le drame survenu dans les arènes d’Aire et s’associe au deuil cruel qui frappe la famille du grand torero que fut Ivan Fandiño, son apoderado et sa cuadrilla, ses proches et ses amis, mais aussi l’immense famille taurine dont la solidarité et le courage ont été démontrés lors de la messe dite dans l'église de Orduña pour honorer sa mémoire. 

mardi 20 juin 2017

Revue de Presse



Les réjouissances autour de la mort d’Iván Fandiño en disent long sur la société de ce début de XXIe siècle.


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Conseiller politique




 
Le soleil dominical m’aura tenu écarté, une bonne partie de la journée, des réseaux sociaux et de la vague de messages de satisfaction honteuse suite à l’annonce de la mort d’un torero basque après son encornage lors d’une corrida à Aire-sur-l’Adour, dans les Landes. Tel un vulgaire assassin, Iván Fandiño n’aura donc pas eu droit à la compassion qui sied en pareil cas, mais au contraire aura eu à subir un déferlement post mortem de haine.
Je ne suis pas de ces aficionados qui vouent une passion débordante aux corridas qui ne font aucunement partie des traditions de ma Belgique natale et qui ne font donc résonner aucune fibre de mon for intérieur. Du monde des toreros et des toreras, je ne pourrais d’ailleurs citer, pour des raisons diverses, que les noms de Manolete, mort lui aussi au combat, de Joselito et de… Marie Sara qui est entrée dans… l’arène politique.
Dans les débats opposant pro et anti, j’oppose volontiers mon indifférence qui place à égale distance les arguments des uns qui voient dans la mise à mort du taureau une barbarie surannée et des autres qui assimilent le combat à un spectacle qu’il faut préserver au nom d’une longue tradition. Ma pusillanimité vient aussi du constat que la corrida fait partie des sujets « à éviter » en société, au même titre que la peine de mort ou l’avortement, sous peine de voir sourdre des tensions irréconciliables.
Les réjouissances autour de la mort d’Iván Fandiño en disent long sur la société de ce début de XXIe siècle. Une société où, comme le rappelait Élisabeth Lévy dans le dernier numéro de Causeur, l’on s’émeut davantage pour le sort d’un animal que pour le meurtre d’une femme juive (que l’on préfère ne pas ébruiter pour ne pas faire le jeu du Front national). Une société où l’on souhaite accorder des droits aux animaux à qui il ne pourrait, par définition, pas être demandé la contrepartie d’un devoir.
Cette société accorde in fine au chat, au chien, au cheval, à la poule et donc au taureau (mais pas à la mouche : n’est pas antispéciste qui veut) autant voire davantage de valeur qu’à l’homme pourtant doté de conscience de lui-même et de raison.
En des termes plus crus, certains, dans une société individualiste qui fonctionne aux émotions primaires, sont prêts à sauver un animal blessé au bord de la route mais à laisser périr leur voisin dans la misère.
Pour autant, les violences faites aux animaux doivent (évidemment) être combattues sans ménagement. On ne saurait considérer comme humain un homme ou une femme torturant un animal sans égard pour celui-ci. Le combat pour le bien-être animalier prend néanmoins des formes confinant, de plus en plus souvent, à l’extrémisme et à la jocrisserie.
Les réactions au drame de samedi soir ne peuvent mieux illustrer les dérives actuelles de la cause animale. Si la mort fait partie des risques du métier qu’encourt le torero, elle ne devrait jamais donner lieu à des réjouissances dignes d’une victoire en Coupe du monde de football.
Iván Fandiño méritait davantage de respect, au moins celui que l’on doit au vaincu.


 

lundi 19 juin 2017

Barquerito a écrit :



On dit que les toreros viennent au monde pour nous apprendre à mourir. Moi je crois qu’ils nous apprennent à vivre. Ivan Fandiño perdit samedi sa dernière bataille parmi toutes celles qu’il mena car il vivait, sans doute sans le savoir, pour lutter et que tout ne s’acheva pas comme il le voulait.


Nous recevons à présent cette terrible leçon : c’est faux cette légende selon laquelle les rêves se réalisent. Ivan Fandiño était venu au monde pour ouvrir cette réflexion. Comment voyons-nous celui qui le tente et qui, pour quelle qu’en soit la raison (le toro, le vent, la chance, les magouilles administratives, les coups de poignard dans le dos et toute les saloperies humaines qui nous entourent et qui, je le suppose, doivent être en train de nous monter sérieusement au nez) ainsi que pour quelques autres raisons disais-je, nous fait prendre conscience que, non, tout ne se réalise pas comme on voudrait.
 

Ivan Fandiño était venu combattre et s’en est allé pour nous faire prendre conscience de toutes les fois où nous donnons plus d’importance au résultat qu’à l’intention. Toutes les fois où nous disons :


« Bah, je savais qu’il allait se tromper »


Ivan Fandiño venait de la partie sombre de la lune où mon père disait que vivaient les toreros qui n’arrêtaient pas de triompher en le méritant comme ce torero-là. Ivan Fandiño et son regard de Western étaient venus au monde pour nous faire réfléchir à la façon dont nous traitons ceux qui échouent, à ce qui est le plus important : gagner des guerres ou les faire.
 

Ivan Fandiño voulait être « pelotari », mais en réalité il naissait pour perdre toutes les batailles pour nous, comme un messie, comme s’il expiait tous les triomphes, toutes les conquêtes qui, à la fin, se terminaient avec les noms des autres. Fandiño, comme le silence dont a besoin la mélodie. Fandiño, perdant pour que les autres puissent gagner. Son cadeau a été la défaite, jusqu’à tout perdre, jusqu’aux battements de son coeur en route vers l’hôpital de Mont de Marsan. Payer le prix d’autres gloires …


 Quelle injustice, mais quel tribut !


Clôturant cette édition, je l’imagine ballotté, perdant les « alamares » aux portes de quelque ciel dans lequel il puisse y avoir une justice.


Mes respects, torero.


Merci

Merci à Maja Lola pour la traduction

dimanche 18 juin 2017

Le Petit Profit Tonitruant de la Dignité



Ivan Fandiño est mort et tout le monde s’en fout. Un peu comme est mort le PCF et comme se meurt le PS à l’exception de ses membres les plus opportunistes vite repeints des couleurs de la déambulation salvatrice. Marche ou Crève. Des tas de gens meurent tous les jours dans l’indifférence générale. Et même mieux, nous offrent ce sentiment de jouissance fugace et presque malsaine, d’en avoir réchappé. C’est encore l’autre qui a été frappé et la vie a soudain ce supplément de sel, ce pic de jouissance égoïste, ce sentiment de partie remise. De bonus, de sursis. Avec parfois cette concomitante sagesse, fugace elle aussi, de se dire mais pourquoi s’emmerder à ce point avec tous ces faux problèmes alors que tout peut s’arrêter d’une seconde à l’autre… ?

Il n’y a pas beaucoup de photographies où Fandiño sourit. Son visage évoquait plutôt un homme sombre, grave, à qui on n’aurait pas envoyé spontanément une grande claque dans le dos. Comme si la prémonition de la tragédie l’habitait déjà. Il était parait-il exigeant et profond, sûrement pas celui qu’il fallait inviter à une soirée comme ''ambianceur'' ni dans une arène comme chauffeur de tendidos pueblerrino. Un torero à décoder, profond, d’intimité, d’introspection claire-obscure, de vérité, sans grande transmission vers le public. Quand il officiait, on le sentait classique et compétent et personne n’avait peur pour lui, il ne donnait pas l’impression d’une quelconque fragilité. Et pourtant messieurs-dames, un autre aurait dit ''les gens'' mais je ne voudrais pas ressembler à un petit dictateur péruvien, ''Povrechito'' éructa hier un coup de corne dans le ruedo d’Aire sur Adour qui pourtant rime avec velours, avec amour, qui le raya de la carte. Les Baltazar Iban étaient bien armés, astifinos, solides, ne faisaient pas honte à la Fiesta Brava.

Il est passé des décennies sans que le grand interrupteur, qu’il s’appelle Dieu, la mala suerte ou la loi des séries, ne prélève de rêveurs belluaires en habit de lumière et puis, depuis quelques mois : El Pana, Victor Barrio, Renatto Motta, Ivan Fandiño.

Si personne ne torée pour mourir prématurément, tous prennent en compte qu’ils seront châtiés et que la mort brutale est une éventualité. Il faut croire que le romantisme de cette vie, les enjeux qu’elle convoque en valent la peine, loin des polémiques stériles.

Alors, si la mort donnée par ''Povrechito'' ne sera qu’un ''petit profit'' pour Fandiño lui-même, elle est comme pour José Candido Esposito mort en 1771, Pepe Hillo en 1801, Joselito en 1920, Ignacio Sanchez Mejias en 1934, José Falcon, Paquirri, El Yiyo et la cinquantaine de toreros non cités, une énorme contribution à la fête du courage, celle de la dignité. 
Tant que ce risque sera présent, elle clouera le bec, même s’ils ne l’avoueront jamais, à tous ceux qui condamnent sans faire cet effort qui ne coûte pourtant aucune blessure, sinon d’accepter de grandir, d’approcher un peuple comme le ferait un ethnologue, par l’anthropologie, la sociologie, la compréhension de son âme vivace et profonde au travers d’un rite qui se répercute, mortels que nous sommes, bien au-delà du niveau incriminé de faire bobo aux animaux ce qui est par ailleurs partout observé dans la nature quand ils s’entre-dévorent allègrement.



''Petit profit'' ou ''Petit rot'', on ne sait ce qu’il y avait dans la tête de celui qui le baptisa, éructa comme ses frères tueurs au fil des siècles, la grandeur tonitruante du combat des toros, ces fauves dangereux que l’on pourrait abattre caché en pleine nature avec un lance-roquette mais qu’un peuple choisit d’affronter au contact et à pied avec un chiffon et une épée au risque d’en mourir. Ceux qui trouvent le concept émouvant ne dénient pas aux autres le loisir de ne pas aimer, mais tous devraient pouvoir admettre la dignité de la chose. Ce que le couple à jamais uni Povrechito-Fandiño est venu nous rappeler. C’est ce qu’il faudrait pouvoir expliquer à la petite fille de deux ans qui s’étonnera bientôt de ne plus voir son papa, ce héros moderne et modeste dont elle pourra être fière à jamais.

Photo de Anya Bartels-Suermondt