Série : Seul

Série : Seul
Pompes

dimanche 19 octobre 2014

Un Tabernacle de Film !


J’avoue avoir craint le phénomène de mode, le dernier réalisateur branchouille qu’il était de bon ton d’aller voir pour être à la pointe fashionistique culturelle de la rentrée. Mea culpa. Mea maxima culpa.

Xavier Dolan signe avec Mommy un film de Cinéma, pas une historiette. Créatif, il utilise la technique pour servir son propos : le format resserré 4/3 que je prévoyais désagréable mais quoi de plus cohérent que ce format ''portrait'' pour camper ses personnages,  scruter leur sensibilité jusqu’à l’os, sans la tentation de la dissipation du regard dans le champ d’un grand-angle ? Un grand-angle qui adviendra, plein de sens, quand le personnage épris de liberté respirera mieux. Trouvaille toute simple mais si éloquente. La musique, bien sûr, qui convoque et confronte en chacun de nous l’écho qu’elle rencontra dans notre propre vie à ce qu’elle illustre ici, le flou, enfin, comme l’écriture tremblée, fébrile, d’une fiction rêvée que la vie est si douée à déjouer.

Dolan explore le rapport mère-fils, d’une mère non DHEA avec un fils TDAH, qui heurte sa sensibilité à la rencontre du monde après la perte de son père. Antoine-Olivier Pilon se cogne en rythme à la difficulté de trouver sa place quand fuient les repères. Sa mère, l’extraordinaire Hélène Dorlac en veuve sexy et apparemment déjantée mais profonde, la voisine énigmatique et dévouée, non moins remarquable Suzanne Clément, bègue ou loquace selon son degré d’inhibition et son sentiment d’utilité, vont associer leurs efforts et leur amour de la vie pour tenter de canaliser la forge violente, émouvante et pure qui pulse dans le cœur de l’adolescent presque incontrôlable. Sans théâtralité mais crûment, dans l’authenticité de sentiments réels parfois prompts à emprunter de mauvais raccourcis et toujours pour cet adolescent en quête d’absolu, dans la recherche éperdue de l’amour de sa mère qu’il voudrait total, irremplaçable, universel, capable de combler l’autre à lui seul, chacun se raccrochant à son indéfectible espoir pour survivre heureux, à tous les drames de la vie.

« Tu as peur que je t’aime moins mon fils ? Mais ça n’est pas possible ce que tu dis, ça ne peut pas arriver, une mère ne peut pas aimer moins son enfant, jamais, c’est toi, plutôt, qui m’aimera de moins en moins, c’est inscrit dans notre nature… »

On sort de la salle comme au travers d’une vitre traversée à toute allure vers la liberté, dans la fragmentation d’émotions multiples, autant d’éclats de verre aiguisant notre sensibilité enfin réveillée avec cette question en tête :

Comment se fait-il qu’un jeune homme de vingt-cinq ans ait assez de recul et de maturité pour traiter avec tant de talent un tel sujet ? Sans doute avec cette notion qui nous échappe, de l’ordre du génie, avec lequel El Juli se jouait de noirs ambassadeurs de la mort à quatorze ans déjà, celui avec lequel Françoise Sagan écrivit « Bonjour Tristesse » à l’âge de dix-huit ans.

dimanche 5 octobre 2014

Confidences sur la Conférence

C'que ça m'a fait à moi ? C'est simple, il y a trois tiers, comme dans la corrida.

 Avant, tu stresses, mobilisé, pendant, t'es grisé, stimulé, après t'es soulagé, liquéfié... Ah oui, et puis la honte aussi, juste avant le troisième tiers, quand tu te rends compte que c'est toi qu'on applaudit... tu ne te sens pas vraiment mériter l'hommage, limite si tu les suspectes pas de se foutre de toi !

C'est là que tu te dis que l'autre pueblerino, là, devant sa chèvre, qui secouait les bras pour susciter l'ovation du public alors qu'il l'avait bien escroqué avec son toreo de perfil et abus du pico, c'était vraiment un enfoiré... 

Le démarrage est difficile, si tu piques du nez dans ta feuille pour t'y réfugier, ton deuxième lobe cérébral - ton quant à soi - celui qui n'est pas occupé à produire la conférence, te dit que tu ne dois pas éveiller grand intérêt à loucher comme ça sur ta feuille en ignorant l'auditoire... alors tu jettes ton regard dans le public par un travelling panoramique poli afin de les considérer, et là, gloups, la trouille !!! Ils sont bien là, tranquilles, à t'écouter posément, à l'abri du recul de leur pensée, scrutant le moindre de tes tics... tu as vraiment l'impression d'être coincé dans une solution aqueuse entre deux lamelles de verres sous le microscope de leur psychisme. Microbe. 

Et là tu te dis que pueblerino ou pas, faut y aller quand même, là devant ! 

Par chance, tu croises dans le nombre, un regard amical, bienveillant, et cette inconnue dont les yeux sourient gentiment comme pour te donner la force, tu t'y raccroches à chaque fois que tu lèves la tête.
Merci madame. Ouais, j'suis un sensibilus, moi, même si je n'en ai pas l'air.

C'que ça leur a fait à eux ?

J'aimerais bien qu'ils viennent au rapport me le dire tiens, dans les commentaires... Sinon j'offrirai à Crépin une séance gratuite de Kinésithérapie et une fois raccordé aux électrodes, il parlera le garçon !

Après, tu bois - bon - tu manges - bien - tu rentres à tu casa épuisé et heureux, tu ouvres ton livre du moment afin que le sommeil te cueille au fil des pages, "Les Perroquets de la Place d'Arezzo"  d'Eric Emmanuel Schmitt et soudain, je te le jure lecteur, tu tombes là dessus :

Il eut envie de s'enfuir : il n'avait rien préparé.
  • Vous n'auriez pas un bureau où je pourrais m'isoler ?
  • Quoi ? Vous ne buvez pas avec nous ?
Baptiste lorgna le bourgmestre joyeux, couperosé, qui lui tendait gentiment un verre. Il faillit lui dire que s'il montait sur scène dans son état, il n'y aurait plus un spectateur la fois prochaine.
  • Plus tard..., murmura-t-il avec un sourire complice qui semblait indiquer qu'à l'issue du débat, les folies seraient possibles.
Après qu'il eut payé son tribut à la bonne humeur, on l'emmena se préparer dans une pièce.
« A quoi sert la littérature ? » annonçait le prospectus de la conférence.
Baptiste plia une feuille en deux, la griffonna. Tel un pianiste qui note les accords sur lesquels il va improviser, il établit les points qu'il allait aborder. Un auteur qui s'adresse à une foule tient plus du jazzman que du compositeur classique ; au lieu d'écrire un texte et de l'exécuter, il doit créer un moment unique devant des spectateurs en prenant des risques, en se lançant dans des digressions, en retombant sur ses pattes, en accueillant la formule qui surgit, en laissant l'émotion colorer une idée avant de rebondir par une rupture de ton, de rythme. Si Baptiste ne rédigeait pas ses conférences, ce n'était point par irrespect, plutôt par respect du public.
Chaque fois que, par le passé, il avait consigné une intervention, cette dernière avait perdu toute vie lorsqu'il l'avait ânonnée sur l'estrade, le nez entre ses pages, terne, vide de présence ; lecteur, il ne touchait pas le cœur des gens, lesquels avaient l'impression que le vrai Baptiste resté à la maison avait envoyé son frère jumeau, moins verveux, moins pétillant, bafouiller des mots à sa place. Baptiste avait conclu qu'il était un médiocre acteur de lui-même.
En revanche, lorsque, pris de court ou privé de ses feuilles égarées, il avait dû improviser, il avait soulevé la salle. Parler comme il écrit, pour un écrivain, n'est pas lire un texte composé, mais retrouver face au public l'audace inventive de la solitude, donner le spectacle d'un esprit en action. Il devait montrer le feu, pas l'objet froid ; le travail, pas le résultat.
Ce samedi soir, Baptiste conclut qu'il devait avoir confiance en lui pour s'exhiber dans sa forge. Là résidait la difficulté : ces derniers temps, s'il avait gagné de l'assurance quant à sa capacité de séduire, de jouir et de faire jouir, il avait négligé son second métier - l'écrivain qui parle au service de l'écrivain qui écrit.
On vint le chercher. Il entra devant un auditoire qui l'applaudit à tout rompre.
Aussitôt les visages tendus vers lui l'encouragèrent... Il s'envola sur les ailes de l'inspiration, oscillant entre la naïveté et la haute culture, sa naïveté n'était pas fausse, pas plus que sa culture, pourtant les deux étaient jouées.
Une heure plus tard, l'assemblée lui fit un triomphe et on l'emmena jusqu'au hall pour qu'il dédicace ses livres.
Autour de sa table, plusieurs personnes du métier lui tenaient compagnie, des représentants de la maison d'édition, un libraire, Faustina, l'attachée de presse qu'il appréciait comme un personnage de fiction mais qui l'attirait peu – il attendait le moment où, allant trop loin, elle abandonnerait la drôlerie pour la méchanceté, l'esprit pour le cancan.
Or, pendant qu'il apposait son paraphe sur les volumes, faustina et ses collègues lui manifestèrent une gentillesse empressée, sinon exagérée, où il perçut une pointe de pitié.
« Qu'ai-je de pathétique ? Ma conférence a-t-elle été ridicule ? »

vendredi 3 octobre 2014

La Pensée du jour



Plus j'écris, plus il m'est pénible d'écrire. Moins j'écris, plus il m'est pénible de vivre.

Nada


mardi 30 septembre 2014

Pourquoi pourquoi, hein ?

Je voulais faire ma coquette, ne pas prévenir, rester dans l'ombre. Je suis le spécialiste du contraste et de l'embrouille, du ''je t'aime moi non plus'', du ''je le fais mais ne l'annonce pas''... compliqué du ciboulot le garçon. Puis bon, relent inopiné de la bonne éducation donnée par ma maman, j'ai soudain réalisé que vis à vis des organisateurs de la manifestation, ce n'était pas très, très amical, ni respectueux de leur travail, de le passer sous silence... Et puis vis à vis de mon éditeur qu'à fait rien qu'à dépenser des sous, oh !
Alors au cas où la GRANDIOSE notoriété de mi bloggo pouvait rameuter une personne et demie...
Non Gina, ne venez pas siouplait, Maja Lola non plus, ne venez pas assister à mon plantage en public, lààààà, sages, devant la TV avec vos pépitos respectifs, quieto... je vous raconterai...
Imaginez, moi, conférencier... ouarfff je me marre grave... le problème c'est que je suis curieux... émotif mais curieux... sale défaut... sinon je suis tellement bien, à l'abri de mon écran, dans la pénombre de mon bureau... Moi y'en a jamais pris la parole en public... moi trouille à fond... vous pas venir siouplait... moi pas mauvais-mauvais à l'écrit mais caguette à l'oral. De plus les mecs pour venir m'entendre déblatérer devront raquer 23 euros !!! Putain la grosse hontasse !!! The big shame of the world !!! Payer pour m'écouter ???!!! Et tout ça sur mes frêles épaules ??? Vous avez mesuré que si ça se trouve je vais me ridiculiser en tentant de fuir par-dessous la moquette en faisant sauter toutes les barres de seuil ? Chtoung ! Chtoung ! Chtoung ! Tu vois la scène lecteur ? Je suis plus volumineux qu'un ragondin !
Si encore c'était dans le Sud-Ouest, à la bonne franquette, entre deux litrons de Madiran et quelques gésiers confits... mais non... là y'a cocktail après... ouf ça, au moins, pour justifier les 23 euros, c'est bien... je me défausse allègrement sur le Champ et les petits fours. Si seulement il y avait une réponse péremptoire à la question... Mais non, même pas !

mercredi 24 septembre 2014

La Pensée du jour



Conseil d'hygiène intime : il faut mettre la moelle de l'épée dans le poil de l'aimée.

Marcel Duchamp

mardi 23 septembre 2014

Le Toro qui avait un bon son

Il faut se rendre à l’évidence : réunir trois artistes majeurs comme Finito de Cordoba, Morante de la Puebla et Manzanares, ne remplit plus l’arène. Il est vrai qu’à Nîmes, on a pris la mauvaise habitude de se résigner face à la faiblesse chronique des toros.  Ca ne décourage pas vraiment  mais ne doit pas non plus, on l’espère, créer d’engouement ! C’est un peu comme notre rapport à la politique, quoi… On a donc assisté au défilé habituel de toros faibles sortant au ralenti, aussi désabusé qu’un militant PS jadis intensément rosifié d’enthousiasme avant que ne l’afflige la pâleur de la honte. (eh, oh, ça va, hein… je suis gentil je trouve… parce que depuis deux ans et demi, si j’avais voulu me défouler, y’avait matière, hein…)


On passera rapido sur les nimoiseries ordinaires consistant en l’occurrence à attribuer un trophée après le troisième avis – en pleine despedida Chavaniesque ! *-  et à la montée au créneau transgressive de Casas himself s’insurgeant sur  la bêtise d’un règlement  brimant les artistes. Il y aurait à discuter, l’Art ayant  montré qu’au contraire, les contraintes suscitent souvent plus de créativité… (débattez entre vous, moi je bosse, je dois pétrir des lombaires de « sans-dents » ça fait des boulettes brunes – crasse ou bronzage ? - Mystère… Mais j’ai bien peur qu’ils n’aient pas pu acheter d’Ambre Solaire…)


Et on arrive enfin à ce qu’on peut retenir, comme la deuxième prestation de Finito dont Cordoue n’aurait pas renié l’art, même si le revistero a pu le trouver trop distancié. Mais le clou de ce spectacle fut sans conteste la faena au troisième toro qui réunit trois virtuoses. L’animal émit soudain un retentissant – Schlak ! – à moins qu’il se fût agi d’un – Plek ! – en tout cas les pierres du vieil amphithéâtre en diffusèrent l’écho sec jusqu’à nos tripes déjà malmenées et du coup on avait nous aussi, mal au genou. Alors quoi ? Fissure du plateau tibial ? Tendon rompu ? Ligament dilacéré ? L’autopsie ne nous le dira pas car tout le monde s’en fout. Toujours est-il que l’animal supprima immédiatement l’appui de ce membre à la façon d’Iron – mon chien – quand il est à l’arrêt sur libellule… (Je raconte bien, hein… je sens pedroplan captivé et même, même, un léger frémissement du fléchisseur commun superficiel par lequel on taquine le clavier quand on est moins inhibé que vous tous, anonymes timorés du commentaire) et que Manzanares dépité, partit chercher l’épée, la vraie, la lourde, celle qui ne tranche pas que l’ersatz de beurre, ce Saint-Hubert mollasson farci d’omega 3 auquel je m’astreins pour préserver la nouvelle palpitation de mon cœur.


Bon, maintenant que les gens sérieux sont repartis lire les colonnes de ''TOROS'' et que nous sommes entre intimes vu que vous connaissez même la composition de mes tartines matutinales, il est temps de vous expliquer à quelle conjonction sensible je dus soudain faire face : le toro reposa son antérieure au sol car sa noblesse le prédisposait à la charge, et Manzanares le reçut comme il se doit, souple de ceinture, alluré, majestueux. Des gradins dégringolèrent les premières notes du concerto d’Aranjuez, lentes, profondes, servies par un trompettiste appliqué, ce qui réduisit ma déglutition tandis qu’un frisson parcourut rapidement ma peau ; En bas, ce toro à la race insensible au handicap, qui avait un bon son, poursuivait, patte en appui - Aaaah si seulement mes patients pouvaient montrer la même race...! - avec abnégation, la muleta que lui présentait un jeune homme inspiré ; et puis la couleur des notes de cette trompette dans mon oreille comme le taraud cuivré d'une Espagne toujours hospitalière à ma sensibilité ; et sur mon épaule une tête, un parfum familier, des cheveux qui caressaient le territoire de ma joue soudain traversée de la loupe d'une larme scrutant l'intensité de ce nouveau bonheur, aussi improbable et beau que l'accord subtil d'un homme rationnel, civilisé, avec l'animalité radicale d'un toro au combat.

 

Moquez-vous les gens, j'ai sombré dans le lyrisme. M'en fous.

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* Chavanieu René : en quelque sorte le doyen de l'aficion nîmoise, volontiers raillé par les uns ou admiré par les autres, intransigeant sur un règlement qu'il essaye de faire respecter à la lettre, à la seconde près - pour les avisos par exemple - ou le calcul du taux horaire du piquero "qui pour ce prix pourrait piquer un peu mieux..."
Son grand plaisir avant de se rendre à la conférence où tel ou tel club taurin l'avait invité, c'était de passer au préalable à l'abattoir récupérer certains morceaux de choix, les émincer et les cuire à la plancha, avant d'avouer à ces dames à la première remarque superlative sur ce fumet si particulier, qu'elles venaient de consommer de bonnes grosses couilles de toro...                   
Un chafouin-mutin le chacha...

photo France bleu.fr

Parole de Bisounours : la corrida c'est cruel IV