lundi 23 avril 2018

Adios Chulo

C'est avec stupeur et beaucoup de tristesse que j'apprends le décès de notre ami Bernard Pene. Ici nous l'aimions beaucoup et il nous manque déjà. Je dis "nous", car j'associe Gina et Lola.

mardi 10 avril 2018

Pub : La Unica présente



Une affiche très vintage pour annoncer d'intéressants combats

vendredi 6 avril 2018

Nouvelle Feria !

Qui l'eût cru ? En ces temps troublés, une population affirme son goût de la Tauromachie au point d'organiser sa feria... Dans la jolie région des Alpilles où s'élèvent aussi des toros et des taureaux. C'est donc avec plaisir que je relaie l'info découverte sur torobravo.fr où son programme est consultable. Bonne chance pour la première édition. Bon, Isabelle, votre affiche est un peu paresseuse, il semble que vous ayez oublié un taureau... comptez sur vos doigts, vous verrez, il en manque un.

mercredi 4 avril 2018

Incontinences


Cette nuit-là, il avait réussi à maintenir un sommeil léger malgré l’envie de pisser. Autant dire qu’au réveil, l’envie était furieuse. Mais au moment où il allait entrer dans les WC, sa chérie ensommeillée réclama une tasse de café et il obtempéra, entamant un dialogue assez compliqué avec sa machine à café. Elle ne s’exprimait qu’au travers de voyants lumineux dont la logique ‘’robusta’’ s’accommodait peu avec sa sensibilité ‘’arabica’’ dès potron-minet…
Contact… Là, il fallait attendre… si on commençait à tripoter le moindre bouton on n'était pas prêt de boire sa première tasse. Deux minutes après, éveil de la machinerie, production de divers couinements et bourdonnements tirant vers le tremblement contrarié. C’était bon signe. La bête s’ébrouait. Check-up général, tous les voyants s’allumèrent tour à tour en une ronde verte et rouge. Le chien, qui dormait dans le garage avait entendu et aboyait copieusement. Il alla lui ouvrir pour qu’il ne réveille pas la maisonnée dont son fils, l’adulescent nyctalope qui rentrait à peu près à l’heure où il s’éveillait… bienheureux étudiant… il jeta un regard circulaire, c’était bon, le chien n’avait pas pissé partout.              
La machine à café, elle, si. Il avait oublié de glisser sous la buse, la tasse qui permettait de récolter la vidange de la pompe initiant le prochain café… Sur son tableau de bord, le point d’exclamation était rouge et clignotait rapidement : plus d’eau dans le réservoir. Son remplissage par le glouglou du robinet accroissait encore son envie de pisser…

Le voyant restait rouge mais clignotait plus lentement… Le fixant, il tenta de réfléchir au sens de ce nouveau signal… il pensa qu’il fallait vidanger le compartiment recueillant les marcs de café… il s’exécuta tandis qu’un autre voyant apparaissait… celui-là il le connaissait, il demandait à ce que la bête soit détartrée… mais durant cet avertissement la machine restait fonctionnelle. Il rajusta le compartiment à marcs, se saisit de la tasse préférée de sa chérie, règla son dosage – 2 pour le café, 3 pour l’eau, jeta deux petits sucres en forme de cœur comme il jetait ses billes à la récré -  et appuya enfin sur le bouton, glissant in extremis sa petite cuillère préférée, très girly, tellement petite qu’il n’arrivait pas à l’attraper avec ses gros doigts d’homme.

Mais, Niet. Ça voulait pas. Il avait vraiment envie de pisser et l’autre mal nommé d’automate qui ne voulait pas démarrer… Il fila une claque rageuse sur le compartiment à marcs, à l’instinct, et aussitôt, la machine démarra ! Au bruit caractéristique du moulin il comprît tout de suite que le broyeur n’avait rien à moudre, le réservoir à grains était vide, ce qu’aucun voyant ne signalait… la tasse s’emplit d’une eau beigeasse qu’il jeta vite avant que le sucre  fonde. Fallait pas gâcher. Il empoigna son ‘’Planteur des Tropiques’’ qualité hôtellerie, délicieux, super bien équilibré – 85% arabica 15% robusta – et quarante fois moins cher que son équivalent en dosettes d’aluminium colorisées ce qui à raison de cent cinquante tasses par mois, remboursait son automate deux fois l’an à peu près…et remplit le moulin, relançant la machine. Aaaaah le bruit du moulin nourri de bons grains huileux soudain broyés dans cette bonne odeur...

Avez-vous déjà traversé une maison, une tasse de café brûlant remplie à ras bord où trempe une ridicule petite cuillère, avec une furieuse envie de pisser ? Sa trajectoire mal définie pour négocier le virage du couloir lui gicla une liche de café bouillant sur le dos du pied gauche qu’il fut obligé d’accueillir avec le même stoïcisme que José Tomas une cornada, sous peine d’augmenter le désastre.

Son arrivée triomphante dans la chambre fut ternie par la constatation que la belle s’était rendormie… le bruit de la tasse sur le verre du chevet la réveilla à nouveau et lui inspira un étirement général en torsion de son mètre soixante et dix qui induisit une descente de couette la découvrant jusqu’à la ceinture. Que c’était beau… ça valait bien une brûlure.

Il repartit dans le couloir, en route pour les WC, lorsqu’il entendit un gémissement qu’il ne connaissait que trop bien. Son chien était devant la porte et gémissait tous clignotants rouges allumés dans les yeux : il avait très envie de pisser. En pareil cas, il avait cinq minutes avant qu’il n’arrose toute la maison… il repartit fissa dans la chambre s’habiller à toute allure, lui enfila son harnais limiteur de traction sans lequel il n’était qu’un traîneau perdu sur l’asphalte et se projeta dans la rue. Trois mètres après le portail, Iron leva la patte et vidangea de longues minutes… comme il l’enviait… il avait froid, n’avait pas bu de café, celui pour lequel il avait perdu un temps fou devait refroidir sur le chevet car prenant possession de toute la surface du lit, la belle avait du se rendormir… Durant une minute l’effleura l’idée qu’il allait imiter son chien, là, dans la rue… Nous étions le samedi de Pâques, pas une voiture, pas un piéton, rien…. Il descendit sa braguette, des volets s’ouvrirent, des cloches retentirent, au loin une moto se rapprochait, tout s’animait soudain ! Il remonta sa fermeture éclair prestement dans laquelle se coinça un pan de sa chemise qui s’avérait boutonnée de travers ; de plus il avait une chaussette bleue et une autre grise qui le serrait beaucoup, tandis que ses lacets traînaient au sol ; il eût la vague impression que tous les conducteurs croisés ce matin avaient été très souriants. Car il avait prolongé la promenade jusqu’au gros caca de Pâques dont Iron gratifia le voisin qui le haïssait, juste devant son portail : y avait-il une relation de cause à effet ? C’est vrai qu’il avait une tête de cul ce voisin.

Quand ils rentrèrent, Iron fila à son panier prolonger sa nuit et sa fille était ‘’PTDR’’ sur le canapé sans raison apparente… jusqu’à ce qu’il constate le banc de poissons qu’elle lui avait collé dans le dos… Il ne pouvait quand même pas lui reprocher l’espièglerie qu’elle tenait de lui, si ?  

Sa vessie semblait lui accorder un répit, il fila donc au garage reprendre la construction de ses ‘’chevets cubains’’, sorte de boîtes rectangulaires sur pied, en planches de palettes récupérées, sciées, poncées, traitées, collées, clouées, vissées, rebouchées, à nouveau poncées et enfin teintées. L’appellation ‘’cubaines’’ seyait à merveille à un type aussi peu bricoleur que lui vu que là-bas c’était tellement la débrouille intégrale qu’on ne pouvait en vouloir à des approximations aussi poétiques que des planches mal aboutées par exemple…

Il officiait donc d’urgence – il n’avait que ce week-end pour les réaliser - dans le froid du garage où le romantisme de ses petits meubles sans plan ou côtes préalables, n’avaient d’égal que l’improvisation des techniques qui espèraient mener à leur érection pittoresque dans la chambre du nyctalope dont la vie montpelliéraine en semaine permettait une déco ‘’Spécial Cuba quand tu n’es pas là’’ grâce à son fond propre iconographique, le tout taraudé par une envie de pisser qui reprenait. Personne ne pourra jamais se rendre compte de la difficulté à obtenir quatre pieds parfaitement ajustés dans ces conditions, pour que le petit meuble ne soit pas bancal, personne…

Certains grincheux objecteraient que cette histoire n’était pas crédible, que pisser ne prenait que deux minutes, etc… c’était sans compter sur son entraînement journalier au travail, où il n’avait quasi pas le temps, où sa remarquable résistance à la rétention liquidienne s’exerçait à plein temps, pas encore polluée par une prostate indisciplinée.

Toutefois, tout exploit ayant ses limites, il rentra à nouveau dans la maison pour se soulager lorsqu’on lui fit soudain remarquer qu’il était midi passé et qu’à part lui, personne ne savait s’y prendre pour transformer ce cylindre congelé en juteuse épaule d’agneau roulée, confite aux petits légumes…

Bifurcation immédiate en cuisine, sortie de cocotte en fonte, sortie de citron pour frotter l’épaule afin qu’elle soit plus croustillante, taille des oignons, pommes de terre, carottes, bouquet garni, faire revenir la bête sur toutes ses faces, l’enfourner, enfin bref, la suite classique des trucs ultra simples que la majorité feint d’ignorer pour qu’un autre le fasse à leur place, et si ça leur coûtait, lui, se régalait.

Il traita les quatre pieds du deuxième chevet au xylophène, puis, pendant qu'ils séchaient, alla fixer les premiers déjà collés, par des vis, avant de passer une deuxième couche, tout en contrôlant le chien qui aboyait comme un perdu chaque fois qu’un piéton passait, tandis qu’il n’oubliait pas malgré tout d’aller arroser le rôti, supervisant sa cuisson…

Puis on l’intercepta pour passer à table et procéder à la découpe de l’épaule roulée. Suivirent des fraises à la chantilly. A la fin du repas alors qu’il pensait pouvoir boire un café bien mérité et se soulager, son fils excité lui apprit qu’on venait de lui donner deux billets pour la première corrida d’Arles, qu’il fallait aller chercher à l’autre bout de Nîmes. Pour voir qui ? El Juli, Roca Rey, Bautista.

Branle bas de combat, changement de tenue, faire le plein de carburant, toréer la déception des filles de la maison qui ne sont pas invitées… et en route pour Arles…

C’est quoi les toros ? lança-t-il plein d’espoir… El Freixo ! Oh putain, trop tard pour faire demi-tour et s’abstenir… du Daniel Ruiz Garcigrandé… la plaie de l’aficionado, le régal des vedettes… En fait, Arles avait acheté à El Juli une prestation clef en main, je torée et j’amène mes toros… elle est pas belle la vie ? Sorteo mon luc ! Il est possible/probable que l’année prochaine nous voyions une empresa se mettre au cartel pour toréer ses propres toros avec sa mère à la taquilla, sa sœur à la com, ses cousins dans la cuadrilla, ses neveux à la buvette et petits neveux dans les gradins pour l’écoulement des chouchous et autres micro bouteilles d’eau à 3 euros pièce… Quoi ? ça existe déjà ? Ah bon…Quel amateur ce Fillon. Quand il est bon le filon, faut l’exploiter.

En tout cas, s’il s’était agit de démarrer une carrière de piquero, il pensa que c’est devant des El Freixo qu’il fallait se lancer. Un boulot vraiment pas cassant ni effrayant : invalide le premier, grand concours de génuflexions pascales pour les quatre suivants, avec tous des têtes ‘’commodes’’, y’avait vraiment pas intérêt à pousser sur le manche mais plutôt à être un bon mime. Seul le sixième et dernier pouvait justifier d’une condition de ‘’toro bravo’’ prenant deux vraies piques, longues et rechargées.

La course commença bien sûr par un hommage à Luc Jalabert dont les obsèques avaient eu lieu la veille. Alors qu’il s’attendait à une minute de silence, il fut demandé au micro un moment de recueillement musical qui lui inspira diverses émotions mais vu les notes jouées, pas le recueillement qui motivait le truc. De nos jours, c’est terrible, même la mort n’arrive pas à faire cesser le bruit… A ce stade, l’envie de pisser était telle qu’il n’entendait plus que des bruits de cascades, de torrents dévalant des pentes abruptes où des truites soyeuses se faufilaient…

Deux fois deux oreilles pour Bautista, comme il était attendu, bon, sans doute pour lui dire qu’ils l’aimaient et étaient peinés pour lui. Encore moins justifiées au second où désarmés et tentatives ratées à l’épée ne parachevèrent pas ce qui doit être un œuvre rare et exceptionnelle pour motiver l’octroi de deux trophées. C’est vrai qu’il fut facile et réussit ses enchainements en changement de main devant les collaborateurs ralentis.

Un public toujours plus incompréhensible très centré sur la quête de ‘’Musica’’ ce qui donne il est vrai l’occasion de dire un mot en espagnol, et une présidence encore plus incompréhensible qui attend deux heures pour donner ‘’son’’ oreille, accréditant donc bien par là, que….. ce n’est pas la sienne… !

Assister à tout ceci réuni, outre que cela ralentissait la réalisation des chevets cubains, aboutissait à une sorte de malaise qu’il s’interdisait de partager avec son fils dont la jeune aficion avait besoin de l’enthousiasme des débuts. Bien sûr, émettre la moindre réserve sur les réseaux sociaux déchainait immédiatement les foudres de norias d’admiratrices béates d’autant que le torero local, flanqué de sa pequelette à la main droite et de son bezuquet à la main gauche donnait une vuelta qui, inconsciemment bien sûr, ressemblait un peu à la présentation de l’éventuelle nouvelle empresa puisque lui-même venait d’en hériter automatiquement…

Soleil disparu, la fin de course avait été frigorifique, comme l’attente sur le grand escalier d’une célèbre buraliste du Moun venue avec des acolytes depuis Roquefort les Pins tous vêtus avec des habits qu’il n’avait pas aperçu depuis 1982 ou peut-être 84 mais pas plus, qui donnaient vachement envie d’aller pisser et confirmaient que le Sud-Ouest rural était vraiment la fin de la terre sous cette latitude. Elle lui avait la veille posé cette question incongrue : es-tu toujours aficionado ? Il fallait se rendre à l’évidence, pour 99% des courses, la réponse était non.

Il repartit sans pisser, peut-être trois bars de pression à contenir, ayant appris qu’Isa du Moun voyageait en bus Pullman avec WC et, sur la route non loin de Nîmes, il apprit aussi que les places de corrida offertes émanaient d’une société qui fournissait à la ville d’Arles les cabines urinoirs. Si avec tout ça il n’y avait pas moyen de pisser copie malgré le triste spectacle de toros dégénérés sortant au pas précautionneux de leur atonie, c’était à désespérer de tout.
Photo Anthony Maurin

jeudi 22 mars 2018

Avant 14 ans pas de corrida ?


Les psychiatres et les philosophes peuvent bien s’entre-dévorer à coups d’arguments pro et anti sur la proposition d’interdire le spectacle de la corrida aux enfants au motif qu’elle serait préjudiciable en dessous de leur 14 ans, nous ne sommes pas dupes. Nous qui l’avons découverte avant cet âge, savons bien qu’ils n’y a pas de danger traumatique à y assister. Au contraire, (‘’a contrario’’ eut été plus chic mais aurait induit l’idée d’un latinisme distingué dont une seule année d’initiation ne permet pas de se prévaloir) la révélation de la détermination jusqu’au-boutiste d’un homme face à ce qui est plus lourd, plus rapide et plus armé que lui, est sans doute d’une immense valeur éducative et doit leur en boucher un coin à tous ces petits merdeux (ouais oh, ça va, hein… arrêtez de les surprotéger, ils ont vu Game of Thrones j’vous signale, scotchés sur leurs smartphones…)

Déclarer vouloir les protéger est une hypocrisie, on ne se protège pas de la vie, on l’affronte, tout au long de son chemin, dans tous les domaines. Seulement voilà, et c’est à mon avis le vrai problème qu’ils cherchent à contourner, les émotions de l’enfance sont connues pour perdurer, indélébiles, au plus profond du cerveau, qui est neuf, tous ses neurones intacts, imprimant des images claires et précises. A l’opposé du vieil aficionado si imbibé de Ricard qu’il ne sait plus pourquoi il paye pour voir des toritos trottiner dans l’amphithéâtre…

Le danger est alors plus grand que le goût soit pris, plus ancré, et ne s’évanouisse jamais (un peu comme un jeune cheminot cégétiste heureux d’inaugurer son premier CDI par une grève avant d’avoir transpiré sa première goutte. Si… ça vous fait du bien de lire des trucs pas consensuels… surtout depuis que Macron a atomisé les Trotskystes, les Skinheads et les eunuques du centre)

Donc, j’ai collé un adhésif ‘’toro’’ sur le biberon de mon petit-fils – ah ben oui…- qu’il ne découvre que lorsqu’il a fini son bib de salmonelle ou de lait de vache bio tout aussi nocif pour son futur. Et là il est content, et moi aussi. Olé.

mardi 20 mars 2018

Attention Western


HOSTILES de Scott Cooper



C’est un Western lent, profond et majestueux. Où les hommes sont frères mais ne le savent pas encore. Où les chevauchées au long cours se font au pas lent, celui de la réflexion, des prises de conscience, des remises en question et des dos éreintés. Il faut dire que durant le dernier quart de siècle, on n’a pas cessé de s’entretuer.

De se scalper, de s’égorger, de s’émasculer, de s’ouvrir en deux. Au sens propre, malgré les salissures. On a massacré toujours plus, massacré des hommes, massacré des femmes, massacré des enfants, sans distinction, gratuitement, à Wounded Knee ou ailleurs, par désir d’hégémonie, pour la conquête de l’Ouest. Alors comment l’ouverture à l’autre pourrait-elle être facile et rapide… ce n’est pas possible.

Pour que ce capitaine des tuniques bleues et ce chef indien puissent se comprendre et se respecter, il va falloir deux ingrédients : du temps et du partage d’événements forts. Justement, the president of America himself, ordonne la libération de ‘’Faucon Jaune’’ (qui a quand même plus de gueule en ‘’Yellow Hawk’’) et son rapatriement en sa terre natale du Montana par le capitaine bleui.

Or, comme on l’a dit, la route est longue, le pas des chevaux lent et l’hostilité grande… et, dommage traumatique collatéral, il devra s’encombrer d’une veuve dont la famille vient d’être décimée qu’il ''déchoquera'' progressivement avec une grande délicatesse.

Il faudra bien deux heures trente de film égrenant comme tout bon Western, son lot de silences qui en disent long, de discussions qui en avouent peu, de paysages panoramiques et de bivouacs, pour arriver à confesse – je pèse mes mots -. Problème : la route n’est pas sûre, engendre les drames au fil des miles, les Comanches pour tuer, ne sont pas les plus manches, et les balles, elles, fusent toujours à 600m/seconde vous rattrapant sous la pluie glacée comme sous le soleil âpre.

Dans ces conditions, mourir, ne serait-ce que, sereinement dans la terre de vos ancêtres, s’avère assez illusoire. La mission une fois à son terme, chacun, du peu qui reste, suivra sa voie, ferrée pour la jolie veuve que le cheminot aura le privilège perpétuel de transporter, tandis que la tunique bleue pour une fois en civil sur le quai, la regardera peut-être partir comme une vache un train, comme tout cow-boy violent et asocial qui se respecte, solitaire, étranger au mouvement perpétuel qui l’entoure ou… peut-être pas.

Once more time, ces Américains, à grands coups de paysages époustouflants et en faisant appel à nos émotions primaires, réussissent encore à nous émouvoir. Passage obligé ce week-end pour les amateurs de westerns, d'autant qu'il pleuvra sur la ville aussi dru que l'adversité sur les hommes de l'Ouest.

mercredi 6 décembre 2017

Johnny Hallyday le chanteur qui durait.


Comment dire, s’il y a quelqu’un qui n’aurait jamais pensé écrire un hommage à Johnny Hallyday , merde je ne sais même pas écrire son nom, c’est bien moi. En pratiquement soixante ans de carrière, je suis à jeun d’avoir acheté le moindre vinyl – avant on disait 33 tours - ou CD, de lui. Le Rock pour moi, c’était pas lui, l'homme aux trois "Y". A mes yeux, il en était même le plus ridicule des représentants. Sauce franchouillarde, pas crédible. A vrai dire, je le trouvais même un peu con… Je me demandais comment un type à la pensée si fruste pouvait récolter tant de succès… Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ???
Un pauvre type, un déclencheur de bagarres provincial, aux raisonnements pauvres qu’il exprimait avec force fautes de français, syntaxe, grammaire et tout ce que vous voulez… Je m’étonnais que des femmes intelligentes que je côtoyais, le déclarassent beau… un mec con pouvait donc être beau… ? Soit, même Nathalie Baye, que j’admirais, s’était empressée d’épouser ce mystère suant et soufflant… ça, on ne pouvait pas l’accuser de ne pas mouiller la chemise. On n’avait jamais vu un mec transpirer de la sorte ; des litres d’incontinence sudoripare ; impressionnant. Quand je pense à lui c’est l’image qui vient : des rigoles de sueur dégoulinantes contre lesquelles venaient se frotter ses fans pas dégoûtées…bèèeerk…on s’échange les liquides intimes qu’on peut…
Et puis la plaie des plaies pour Johnny, celle qui infectait la construction de son mythe, qui ne rassurait pas sur son Art, c’était ses fans. On a un peu les fans qu’on mérite quand même, non ? Et lui… question fans…ça a toujours fait frémir…des cas psychiatriques, quasi… Un cas unique… qui d’autre que lui peut se targuer de compter une armée de sosies décolorés, de ringards cinématographiques sublimes, de névrosés débiles, de créatures hybridées à partir de danseurs de Country des plaines du Cantal et de rocker de HLM en Assurancetourix porte-voix du ridicule de toute la Gaule ?

Et puis il a duré. Et puis il y a eu des accrocs à mes convictions.

Il y a eu ce fameux été en fusion de lave tumescente, où il m’a chopé au moment où je m’apercevais que les filles avaient des fesses et des seins, au moment où je subissais la plus formidable poussée d’hormones de ma jeune vie, quand ce type tout transpirant ahanait partout et tout le temps "quand tes cheveux s'étalent comme un soleil d'été et que ton oreiller ressemble aux champs de blé" dans tous les juke-box des bars de ce fameux été au Grau du Roi, "quand l'ombre et la lumière dessinent sur ton corps des montagnes et des forêts et des îles au trésor" de toutes les vitres ouvertes des bagnoles qui passaient lentement au long du front de mer "quand ta bouche se fait douce et ton corps se fait dur quand le ciel dans tes yeux d'un seul coup n'est plus pur" de tous les postes de radio ensablés "quand tes mains voudraient bien quand tes doigts n'osent pas" sur cette plage du Boucanet où il fallait soudain enfouir dans les dunes nos érections parasites quand les filles allongeaient face à nous les galbes de leurs corps ruisselants pendant que ce type hurlait comme un fou "quand tu ne te sens plus chatte et que tu deviens chienne et qu'à l'appel du loup tu brises enfin tes chaînes" de sa voix puissante qui pénétrait ses détracteurs jusqu’aux tripes, là j’ai compris "Que je t'aime" qu’il n’y avait plus débat, que par ses couplets lancinants, oppressants, qui montaient inexorablement en pression jusqu’à l’obsession, nous ramenant aux êtres de chair et de sang que nous étions, j’ai compris, avec tous les autres, qu’on resterait lié par ses cordes vocales à jamais, à des souvenirs indélébiles, des tranches de vies auxquelles ses chansons toujours nous ramèneraient qu’on le souhaite ou non. C’était ainsi, il nous accompagnait.

 

Et puis il a continué à durer. Décennie après décennie, avec d’autre paroliers aux thèmes plus élégants, plus nobles, plus distingués et on a alors entendu dans sa gorge des tonalités émouvantes du temps qui passait, chez lui aussi. Alors on l’a écouté avec plus d’attention, reconnaissant des situations familières qui nous rapprochaient petit à petit toujours plus, parce qu’il durait. Des fautes de français de ses interviews on ne riait plus, on en était plutôt attendris. C’était lui ; depuis le temps on en était fatalement proche. Tellement il avait duré.

A chaque duo où il ‘’enterrait’’ gentiment de sa puissance son partenaire, à chaque reprise forcément insipide que se permettaient d’autres artistes, peu à peu on a admis que Johnny quand même, ça dépotait grave… qu’il était irremplaçable, qu’arriver à sa cheville s’avérait périlleux… Et puis on a encore levé les yeux au ciel du ridicule de le voir épouser, incrédules, une jeune femme qui pouvait être sa fille. Notre quotidien est tellement éloigné des mœurs du show-biz et nous sommes tellement rassurés par les conventions... Sauf qu’on a soi-même par les chemins tortueux de la vie rencontré une très jeune femme qui aurait pu être notre fille…sauf qu’on ne brille d’aucune richesse ou talent particulier et que c’est encore plus énigmatique… Alors on ne se moque plus, on tente de comprendre, d’être à la hauteur de ce don émouvant, au milieu des regards d’incompréhension hostile. Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?

Et puis il a duré encore, il s’est encore rebellé alors que l’on croyait ses démons calmés, il a traversé à nouveau les scènes de son hymne incendiaire qu’on ressentait pulser au plus profond, frénétique, terrible scansion irrésistible, Ah Marie, si tu savais, ça tenait du miracle, jambes écartées et prothèses aux hanches. L'été dernier j'ai dit à ma compagne : si tu veux qu'on ait une chance de la voir une fois dans notre vie, en concert, on devrait y aller... Nous nous sommes abstenus, il donnait l'impression qu'il n'y avait pas d'urgence...

Et puis, durant, il bossait dur, toujours en tournée, toujours sur scène, toujours en projet de quelque chose parce que chanter c’était exister. A force il a convaincu. On ne pouvait que respecter un type qui durait tant. Souffle de vie, souffle de voix, dernier souffle, en pénitence, devant les portes de l’au-delà. C’est la vie. Même D’Ormesson ne put se douter du départ d’un Johnny incombustible. Aujourd’hui, pourtant, on peut allumer le feu.
photos Paris Match