jeudi 22 septembre 2016

La Pensée du Jour

« À chaque fois que je vois un premier roman dédié à une épouse (ou un mari), je souris et je pense : il y a une personne qui sait. Ecrire est un boulot solitaire. Avoir quelqu’un qui croit en vous fait une sacrée différence. »
                                                                                                                                     Stephen King

TROPHEES


Trophées, le retour. Un marronnier. Au lendemain d’une feria de Nîmes, de n’importe quelle feria de Nîmes, la généreuse distribution de ''noneilles'' interpelle toujours…  On a bien compris que le succès médiatique d’une feria et surtout l’auto-promotion entretenue de la suivante, se mesure en nombre de tympans. C’est un marqueur indubitable.

De la tomate pourrie – qu’il faut penser transporter dans un sac étanche avant de se rendre à l’arène - à l’ovation debout en vuelta fleurie - … pour les fleurs aussi… - l’applaudimètre permet pourtant pas mal de nuances.

Car cette attribution de trophée est désormais tellement subjective que l’on parle de « sensibilité » prise en défaut quand on vous reproche d’en donner trop ou pas assez. L’inculture généralisée réelle ou feinte, a déjà fait disparaître les oreilles au mérite, les oreilles de lidia, celles des faenas non artistiques mais valeureuses, ayant contre toute attente réussi à tordre un toro dangereux.
Eh bien là, on s’en fout, pas de récompense, rien, no passa nada…

Autrement dit, le type vient de mener un combat extrêmement dangereux où son intégrité était en jeu, mais parce qu’il n’était pas possible ''d’enluminer'' la faena d’hypocrites passes décoratives à cornes passées qui pèsent sur l’ignare public, il ne s’en trouve pas un seul  pour dire au plus grand nombre en les interpellant : respect, bravo, ça c’était fort !

Or - comme dirait Yann Moix - quoi de plus émouvant et beau qu’un jeune homme courageux, acier et tissu en main, domine un monstre de colère et de sauvagerie ? mmm ? Personne pour accuser réception de sa valeur et de son courage ? Alors qu’on est prêt à excuser illico le monton de ceux qui auraient renoncé… A qui on peut certes s’identifier plus facilement grâce à notre médiocrité ordinaire.

Ne serait-ce pas judicieux qu’il y ait, quelque soit l’arène, de basiques critères d’attribution pour que ces trophées aient une valeur à dénominateur commun, partout compris ? Sur le principe logique qui autrefois régissait un peu mieux le truc, on pourrait revenir à plus de sagesse. La faena étant un ensemble complet se donnant pour but la suerte de matar, si celle-ci est ratée, pas d’oreille. C’est pas si grave ! Quand, à Nîmes même, dans les années quatre-vingt, Paco Ojeda commettait des faenas extraordinaires mais ratait sa première épée – et parfois sa treizième… - il ne coupait pas… ce qui ne l’empêchait pas de recevoir une vuelta triomphale et reconnaissante de ce qu’il nous avait fait voir à la muleta. L’attribution d’une oreille devrait rester un fait rare, pour une faena construite et bien terminée, la première récompense étant le salut applaudi à la barrière et la deuxième, la vuelta.

Certains ''empêchements'' devraient interdire la première oreille : une épée ratée on l’a déjà dit, un toro plus ou moins impotent aussi (on ne va quand même pas récompenser un type pour avoir occis un invalide ou un toro qu’il a fallu aider à tenir debout, si ?! ). Le fait de ne s'être jamais croisé, ou de n'avoir pas essayé de la main gauche. C'est même proverbial : les oreilles se gagnent de la main gauche, entendait-on il fut un temps...

L’attribution de deux oreilles devrait être un fait exceptionnel, devrait saluer une faena construite, maîtrisée, engagée, bien terminée et qui a confiné au sublime par l’inspiration artistique qui la guidait. Quand l’esthétique rejoint la domination et la transcende : rarissime !

La queue ajoutée à ces deux oreilles, alors là… on devrait réserver ça à quelque chose dont on parlera encore dans trente ans – et encore, je fais des concessions, j’avais écrit cinquante…-  quelque chose qu’on pourrait qualifier – en s’entendant bien sur la définition du mot quand même…- d’Historique avec un ''H'' majuscule, oui. Un truc vraiment marquant, qui a déversé des hectolitres d’encre et de pastis au sortir de la course. Un truc qui a fait frissonner, pleurer, régresser, qui a épanoui, je sais moi, un truc bouleversant quoi, qui reste dans la tête, comme un coin indélébile et se couche dans les livres. Et surtout, un truc obtenu devant un grand toro.

Pour imprimer la mémoire collective, il ne suffit pas de réussir quelques séries sur une jolie musique pour couper une queue… La faena brillante, réussie de Juan Bauptista, qui s’en souviendra dans trente, non vingt, non dix, non… bref, qui s’en souviendra l’année prochaine ? Oui, toi, peut-être, mais ''tu ne seras pas très nombreux !''

lundi 19 septembre 2016

Du Soporifique au Rêve éveillé




Dimanche matin j’avais oublié trois trucs : mon portable qui aurait pu me servir pour la prise de note, mes lunettes de soleil qui m’auraient aidé à supporter la luminosité agressive du matin et la défection de Roca Rey qui aurait pu me laisser au lit.


A Thomas Joubert avec sa gueule amanoletado jadis connu sous le sobriquet de ‘’Tomasito’’, échut le premier Victoriano del Rio qui  ne s’avéra pas, mais alors pas du tout, le toro de confirmation d’alternative rêvé. Et tant mieux. Non pas que l’on souhaite aux torero le moindre échec ou que l’on se réjouisse qu’il l’ait envoyé à l’infirmerie, pas du tout, mais simplement parce qu’on aime la corrida.


Toi y’en a pas comprendre ?


Alors, rappel : si la corrida est belle, c’est parce qu’elle est à peu près inconcevable, qu’on ne peut l’écrire à l’avance, qu’elle réserve des surprises, du danger, de l’aléatoire, qu’elle est prompte à te faire vibrer pourvu que le lissage du toreo 2.0 voulu par tous les forcenés de l’organisation ait malencontreusement laissé s’immiscer une ‘’erreur’’ surgie d’un fond de caste inopiné et inapproprié et donc particulièrement jouissif pour un aficionado qui ne fait pas se pisser de rire son avatar démoniaque, en se regardant devant la glace enfiler sa chemise de circonstance, tu sais, spécial corrida, avec plein de petits toros dessus.


Et ce premier toro, manso sur les bords, sérieux, très compliqué, méchantas, dangereux comme un toro sauvage quoi, bref, normal, comme devraient l’être tous les toros de combat, pour une fois ne représentait pas un référentiel collaborant mais un problème en piste dis-donc, l’outrecuidant… non mais oh ?! Ca va pas non ? On est à Nîmes quand même, merde ! C’est pas la peine de faire des brindis avec des gentils cui-cui dedans pour donner aux autres des aurochs à s’envoyer par-delà la gargamelle ! Trop de toro, donc pour Tomasito (plus joli que ‘’Thomas Joubert’’ pour un torero, non… ?) qui dès l’entame fut en retard d’une demi-seconde dans chaque suerte, ou le vit passer à trois, voire un millimètre de son corps de souffreteux élancé impavide et glabre ( j’ai lu quelque part que pour bien écrire il ne fallait pas employer trop d’adjectifs, c’est pour ça…) jusqu’à la collision prévisible car le gars semble écarter toute collusion avec l’ordinaire des petites compromissions anodines qui donnent tous les avantages ce dont abusera Manzanares aujourd’hui.


Collision par fauchage bilatéral des postérieures à la Teddy Riner, reprise encornée au sol et mise à feu en orbite d’où le facies amanoletado sera, par l’aléatoire des lois de la réception bordélique du tournoiement aérien, sorti en guise de train d’atterrissage amateur ce dont il résultera tout à la fois un Knock-Out des familles pour l’impétrant, une pâmoison brève de quelques cougars maternelles, ainsi que quelques clichés spectaculaires que leurs auteurs penseront extraordinaires.


JBJ en pleine maîtrise de ses moyens et du métier, expliquera aux néophytes en quelques séries comment ne pas douter avec un tel toro qui lors d’un cite bondira littéralement sur lui.


Manzanares entame son premier qui poussa au cheval en engageant la propulsion et sans plus vouloir sortir, en fentes avant par doblones puis abusera du pico pour citer cet adversaire du spinnaker qui lui sert de muleta. Pourquoi en faire plus puisque même la lame basse lui décrochera l’oreille ?


Le suivant est pour JBJ, il sort amoindri par la première pique et le torero écourtera donc la deuxième. Doblones doux, une série centrée, une décentrée, au choix, une autre sur un mètre carré sans céder un pouce de terrain. Un désarmé, cambio, trinchera dédaigneuse, pecho toreando, désarmé à nouveau en prépa de suerte à matar ce qui fait toujours mauvais effet et bascule instantanément ton statut de maestro dominateur en celui de clown égaré… Recibir concluant malgré la puntilla qui le relève pour un temps. Oreille.


Manzanares revint pour danser avec son toro à la belle robe chorreado qui charge son capote avec franchise. La première pique trasera le plaque au sol, tandis que la deuxième se plantera pas loin de l’épaule… La star ne se montrera pas motivée, trop de vent dans le spinnaker, des séries disparates, dilution, capitulation, que le suivant te dame le pion !


JBJ revient, et dès le capote, s’engage avec autorité pour une série commencée par ses amies véronique, delantale et chicuelina, rematée à une main. L’animal recevra ensuite deux gratouillis dorsaux avec ce bâton long et fin, par habitude désuète, appelé ''pique''.


 A peine le temps d’être déçu, qu’il s’empare des banderilles pour nous les planter por dentro, al quiebro et por… nous faire plaisir, al violin ! Entame de rodillas vite interrompue pour cause de haute probabilité d’incrustation imminente dans les tablas… mais l’homme se donne car Manza débouté et Tomasito ensuqué, une voie royale s’offre à lui pour triompher. Aranjuez déboule soudain par concerto des tendidos et avec lui la lenteur et la profondeur conséquentes. Des séries liées, inspirées, enracinées, un peu de gaucherie pour les chipoteurs en ce qui concerne la préparation des cites en cornet de poissons – c’est plus fluide chez Ponce…or, pour des poissons, la fluidité, c’est important - mais bon, sans conteste il est a gusto et pour une fois, transmet, sort du soporifique pour toréer comme dans un rêve et enfin conclut par un super recibir final pendant que des gros counas réclament l’indulto ! (vous vous reconnaissez ?) Juan bauptista s’assied sur l’estribo et attend la chute du cornupète… Que demande le peuple ? Deux oreilles bien sûr… et bien, non, ça ne lui suffit pas, il veut le rabo… alors là, n’importe quoi ! L’arène devient folle, le bobo avant de reprendre son TGV agite, frénétique, son mouchoir YSL comme si son honneur en dépendait, on veut le mayoral en piste ! On donne la vuelta à ce toro regular, faiblard sous la pique, le seul sentiment prévalant au palco étant : le peuple en veut ? Qu’on lui en donne ! On déglutit un peu, avec ce goût amer dans la bouche qui d’un bon moment passé se transforme en foutage de gueule généralisé. Pas de doute, on est bien à Nîmes.


Joubert alias Thomas, alias Tomasito, compté jusqu’à neuf, is back ! Son toro, un ‘’réglisse-menthe’’ bien armé prendra deux bonnes piques, propres, nettes, la troisième pour la forme, piquero raccompagné jusqu’à sa sortie par les applaudissements. Ce toro est le seul du lot à avoir rematé dans les tablas. Joubert joint les pieds, thomas cite de loin et Tomasito entame sa faena par statuaires puis est désarmé, cherche une zone déventée, reprend par séries brouillonnes, il est évident qu’il n’a pas le métier de ses compagnons de course mais il ne cède jamais, se croise et résiste impavide aux charges, peu importe leur trajectoire, parfois séparées de lui par un papier JOB qui attendrait du Pall Mall, comme lors de molinetes donnés de face.


Il en termine lui aussi par un recibir caïda concluant, délivrant le conclave de tout complexe à exiger deux pavillons auriculaux-glorieux comme pour le soigner de sa ''bouffe''subie avec le premier.


Une course pas superlative mais où l’on s’emmerda quand même moins qu’à beaucoup d’autres.


Pour l’aprem ne comptez pas sur moi, je ne m’y suis pas déplacé. Tout ceci n’est que mon avis, vous l’avez lu gratuitement et n’y étiez en rien obligé… ok ?





















samedi 17 septembre 2016

Fadeur Contre Fadeur


 Le toreo, l’exercice du seul contre six notamment, c’est comme le tennis ou le golf : c’est d’abord contre toi que tu te bats. Sauf que, pour mettre les choses à plat, si tu risques l’épicondylite ou le lumbago avec les baballes, c’est ta vie que tu peux déposer aux sabots des toros. Ce ne sont pas que des mots, l’actualité vient de nous le rappeler. Donc, de toutes façons, respect et bravo.

Seulement voilà, le spectacle est cruel car à celui bien à l’abri sur son tendido, les lacunes sautent aux yeux. Il était louable de choisir des Albasserada très bien présentés mais ceux-ci se sont avérés peu bagarreurs et sans l’inlassable pugnacité du sang Domecq, eh oui, enfin de la portion d'entre-eux capables d’étaler toute ''la race de leur colère''.

En préalable, pour situer, on était en toreo 2.0 encore dit ''moderne'' : de profil, d’assez loin, jambe de sortie effacée.

‘’Baratero’’ le premier, sortit de la première pique à genoux et la seconde fut seulement mimée ce qui ne l’empêcha pas de s’écrouler dès la deuxième série prudente. Dans l’interview donnée dans le canard local, le maestro souhaitait un bon premier toro pour, d’emblée, convaincre, lancer le solo vers la gloire. Sans doute que dans la bouche d’un torero, un bon toro est un toro doux, de grande toréabilité ou un truc de ce genre. Un truc à rééduquer gentiment. Privés d’émotion et de suspens on attendait donc qu’il en termine avec ses séries accrochées dans le vent convoqué pour épousseter le ciel.

Ce qu’il fit avec une deuxième demi-épée molle comme une montre de Dali et deux descabellos : un toro pour rien.

‘’Carpintero’’ c’était, plus veleto que moi tu meurs. C’est bien simple, quand son museau était face au lycée Daudet, les pointes de ses cornes regardaient l’Esplanade. Aucun risque de vuelta de campana et pour encorner quelqu’un il aurait fallu qu’il lèche d’abord le sable. Par contre, encorné, il était difficile de s’imaginer pouvoir s’en décrocher un jour… Toujours rien au capote comme tout au long de la course. Six fois rien. Rien de marquant ou d’artistique, oui, le vent, ok, mais bon… rien. Simulacre de pique, entame à la barrière, séries enchainées des deux côtés, changement de mains recto-verso, todo bueno, pero sin profondeur. Mort à la première épée et descabello. Oreille.

‘’Bartero’’ saute la barrière exactement face à mon ami Nicolas abonné du premier rang. Une sorte de mécène, quoi… C’est vrai qu’il est sympathique et qu’on a envie de lui sauter au cou, surtout les femmes. Mais bon, maintenant il a trouvé, ça va, n’insistez pas… Ma voisine d’amphi – eh oui, ça y est, je suis pauvre à nouveau – trouve ça génial. Je parle du toro. Y’a des connaisseurs. C’est vrai qu’au moins, il vient de se passer quelque chose… Première pique carioquée pour calmer le foufou, deuxième, ''régular''. Ce qui est joli dans le style de Castella, c’est cette capacité qu’il a au milieu d’une série, à ralentir une passe isolée qui du coup, apparaît magique.

La faena 2.0 se dilue de désarmés en rafales de vent à contrôler fissa. Les musicos jouent pour se réchauffer et nous persuader qu’on se régale… Metisaca et deuxième concluante pour bartero qui s’en va mourir aux planches.

‘’Aviador’’ le quatrième, est le chef d’escadron. C’est celui qui m’a le plus intéressé. Dans ce senior toro il n’y a plus aucune puérilité, le tio est conscient, avisé, sérieux. Il est né en janvier 2011 et traîne ses cinq ans et neuf mois – pour vous économiser le calcul – avec circonspection, en pleine capacité à relativiser le talent des ''vedettes''. Là, plus de simulacre : une première carioquée pour châtier, une deuxième de plus loin, une troisième devant la présidence depuis le centre de l’ovale, prise au galop. Ce toro ne tombe pas et le vent est enfin tombé. Tout le monde pense – enfin j’espère- Castella, c’est le moment de nous prouver qui tu es ! Va-t-il comme on est en droit de l’attendre dans un tel exercice choisi et convoqué par lui, nous donner rendez-vous avec l’abnégation et l’héroïsme avec lesquels – toujours l’interview du canard local – il veut marquer l’Histoire de la tauromachie ??? Las, c’est plutôt le toro et le vent qui se renforcent dans l’adversité. Le tio lui booste des retournés rapides dans les chevilles à chaque passe et le zeff envoie des cites à contre-temps. Ideal tout ça pour se montrer maestro… mais pas d’arrimon à l’horizon, pas de gnaque, pas de pugnacité au combat, n’est pas Nimeno II ou Rincon qui veut. On est assez vieux pour pouvoir comparer, c’est ça l’emmerdant. Désarmé, profilé, loin…

‘’Madrono’’ le désarme encore, n’essuie que deux séries, ne sera jamais dominé, c’est peut-être difficile de se récupérer de la rencontre avec ‘’Aviador’’…

Encore désarmé à la préparation de l’entrée à matar puis une première demi épée qui permet – en toreo 2.0 parce qu’on en a connu des situations de plus de pundonor – de descabeller. Pétition incompréhensible si ce n’est due à l’aveuglement de l’amour, quasi, ou de coller à l’évènement annoncé histoire de ne pas donner l’impression de passer à côté, allez savoir ou bien encore que votre serviteur soit complètement largué en 2.0, c’est fort possible. Obtenu, le cartilage ! Question probable de goal average media.

Un type passe et repasse devant nous, cognant nos genoux, écrasant nos pieds, un espagnol lui lance :

  • Encore ? j’espérais que vous étiez parti !
  • Non, je cherchais le ‘’Bierero ! ‘’

Maintenant, on se gèle vraiment, on baille, ‘’Tomatillo’’ le mansito d’en bas n’est pas très concerné, on l’oblige à quatre rations ferrugineuses tandis que passe dans les airs Bob l’éponge shooté à l’hélium qu’une petite main encore ignorante des toros a laissé s’échapper au grand dam de parents qui avaient accepté le racket de cet achat de vent. Soudain des naturelles accrochées puis pures au centre du cirque dont une, j’ai bien dit une, enfin citée suerte chargée. Un redondo raté quand somme vingt heures à la cloche. Quart d’épée à la deuxième tentative, aussi inutile qu’un centre de déradicalisation, ''justifiant'' le descabello. Un type gueule : Casas, un brindis !

On s’en va, on se gèle, encore habillés d’été, on a faim, on a envie de pisser, c’est la bousculade dans les couloirs aussi noirs qu’Aviador, des escaliers romains qu’on dévale puis remonte serrés comme des anchois, éclairés par les lamparos des smartphones car la populace n’a pas droit à l’électricité des gradins numérotés. Castella est-il sorti à hombros ? On n’en sait rien et on s’en fout car quoiqu’on lise demain, il n’a convaincu personne, sans démériter, avec toutes ses qualités, sans toros pour aider mais il faut bien le dire sans grande personnalité, fadeur contre fadeur. Pourtant, devant moi, le blouson d'un type l'indiquait : Faites que cela arrive. Mais ça n'est pas arrivé. Dans le ciel tourne un hélicoptère de la gendarmerie dont le vrombissement nous rappelle à la laideur de la vie, à toutes les lâchetés, les compromissions coupables, les couardises ordinaires, tout ce qu’on ne veut pas voir, restant là, à applaudir bêtement, par principe, en croyant y échapper.

samedi 10 septembre 2016

Hypothèque levée !



Quand un Ecossais, David MacKenzie, se mêle de réaliser un western contemporain qui danse entre les ricochets des balles du thriller, de la comédie et du road-movie, cela donne   ''Comancheria''.               (titre français)


Les beaux paysages en moins. Mais la revanche à prendre sur le méchant est bien là. Le méchant, c’est la Midlands Texas Bank qui a hypothéqué le ranch de leur mère aujourd’hui décédée. Comme une métaphore de la dépossession des territoires Comanches par les pionniers. Alors les deux fils veulent rompre le signe indien, celui de la pauvreté qui colle à leur famille depuis des générations. L’un parce qu’il est devenu jusqu’au-boutiste après dix ans de taule pour avoir refroidi un beau-père indélicat, l’autre pour mettre à l’abri ses enfants et s’acquitter de la pension due à leur mère malgré le reproche permanent lu dans ses yeux, quoiqu'il fasse, quelque aient été les raisons de la dissension, bien entendu…


Le temps presse, il faut rembourser la banque pour s’affranchir de sa rapacité, mais où trouver l’argent qu’on n’a pas, ailleurs que dans une banque ? Et pourquoi pas celle-là même, histoire de rendre les braquages presque moraux… ?


Seul le vieux Texas Ranger qui les poursuit comprendra, mais trop tard, ligne de la retraite franchie, même si la dernière scène du film, laisse ouverte l’issue d’un duel final entre les deux protagonistes qui ont chacun tué l’être cher de l’autre. On est dans l’ouest du Texas, oui ou non ?


Mais le but des frères est atteint, la banque, remboursée par son propre argent dévalisé, blanchi au casino, ne pourra que lever l’hypothèque et, désormais, sur les terres arides mais au sous-sol pétrolier, la vie des fils et de l’ex se bercera du va-et-vient lent et régulier des chevalets de pompage, mouvement révérencieux d’un acquiescement permanent à jouir des cinquante mille dollars mensuels fournis par les barils d’or noir.

Pour solde de tout compte, chérie…  Reste une question : l’amour déçu est-il soluble dans le pétrole ?

dimanche 4 septembre 2016

La Pensée du Jour

Ce que les poètes écrivent ne constitue que les décombres de ce qu’ils ont su vivre. Et ce qu’ils ont su vivre n’est que l’écume de ce qu’ils ont pu deviner et dont le manque leur reste à vie, comme le sillage d’une lumière.
                                                                                                     Patrick Chamoiseau