mardi 16 septembre 2014

La Pensée du jour

Pour l'homme, l'état de nature est un état qui n'existe plus, qui n'a peut-être point existé, qui probablement n'existera jamais.
Jean-Jacques Rousseau

dimanche 14 septembre 2014

THE SALVATION



Pour celui qui goûte au genre, il faut aller voir ce Western, ''The Salvation''.
 
Rien de novateur ou d'avant-gardiste pourtant, mais s'inscrivant plutôt comme un classique du genre qui répond à tous les codes. Le Western on le sait, fait appel aux émotions et situations fondamentales : la peur, la menace, le risque, l'espoir, l'amour, la couardise, la cupidité, l'amitié, le courage, et, suprême moteur du genre, la vengeance, seul viatique pour un salut légèrement modérateur des peines, qui permettra, on le suppose en voyant s'éloigner le héros à cheval, qu'il se reconstruise, surtout s'il est suivi d'une ombre féminine. 
 
Ce qui est fascinant, c'est qu'à cette époque, dans ces contrées reculées, la justice rendue aux citoyens n'existe pas ou n'est souvent qu'un leurre asservi au plus fort. Chacun est donc confronté à sa propre conscience ou à son absence totale de conscience, c'est selon. Alors s'emmerder à déposer une main courante, à porter plainte, à laisser travailler un shérif vendu ? 
Non, sur la première ligne, c'est là qu'on est. En direct, au milieu du brasier, sans coupe-feu possible, responsable ET coupable. Pas de guili, du guilty.
 
La vie ne vaut rien, pour le sexe on se sert sur la bête ou plutôt comme une bête, un peu comme de nos jours, si vous voulez. Sauf que, de nos jours, celui qui se vengerait serait plus puni que le délinquant initial qui part lui, avec le bagage habituel de toutes les circonstances atténuantes sociétales. Il n'est plus une saloperie, il est une victime que l'on plaint. Eh oui, coucou, Marco le facho is back... Et c'est pour ça, lecteur avili par le progressisme bien-pensant, que le Western fait du bien aux âmes frustes comme la mienne : la purge cathartique joue à plein !
Et donc, pour qu'à la sensibilité moderne, la vengeance n'apparaisse point sauvage, il faut une motivation dramatique capable de vous atteindre au plus profond de votre indignation...

On sera ici servi, je vous en laisse découvrir le sordide.

Je suis entré dans ce film dès le beau générique flou qui réalise un sas progressif d'immersion dans l'époque et grâce à la fantastique interprétation toute en pudeur retenue et détermination froide de Mads Mikkelsen, un acteur au charisme supérieur à celui de François Hollande, c'est dire.

La seule fausse note, l'erreur de casting, le hiatus qui menacerait de tout faire capoter, c'est la participation d'Eric Cantona dans la bande des méchants, dont chaque intervention prête à sourire, ne trahit qu'un grand vide, flop de crédibilité criant... ou alors c'est moi, depuis que :
« si les mouettes suivent le chalutier, c'est parce qu'il laisse tomber des sardines »

Parole de bisounours : la corrida c'est cruel II

samedi 13 septembre 2014

La pensée du jour

Nous sommes comme des livres ! La plupart des gens ne voient que notre couverture... Au mieux ils lisent notre résumé, ou bien se fient à la critique que d'autres en font. Mais ce qui est certain, c'est que très peu d'entre eux connaissent vraiment notre histoire.
                                                                                                                         Woody Allen

Le Liseur du 6h27 de Jean-Paul Didier Laurent lu par Gina


Contrairement à ce que l’on attendrait d’un roman où se décrivent longuement l’usine et la destruction du livre invendu puis son recyclage en pâte à papier, Le Liseur de 6h27 est à la gloire de tout ce qui s’écrit, se lit, des mots, des alexandrins, de la littérature comme du journal intime ou du livre de jardinage. Le passage par La Chose, ce pilon dévoreur puissant, goulu, brutal, qui rejette sa nourriture bien digérée, n’empêche pas le protagoniste, Guylain, de récupérer des feuillets avec des fragments de textes qu’il lit tous les matins dans sa rame du RER. Ce « liseur » n’est donc pas le lecteur habituel, réfugié dans un monde clos, dans un état larvaire tant décrié par Nietzsche. Non, il lit avec d’autres, pour d’autres, dans le train puis dans une maison de retraite. Il procède de la même façon quand il trouve une clé USB porteuse de textes autobiographiques rédigés presque clandestinement sur son PC, par Julie, une « dame-pipi ».
Donc, on l’aura compris, à l’intérieur du récit principal traitant de l’histoire du protagoniste Guylain, s’insèrent comme autant de mises en abyme, une infinité de récits et de narrateurs.
C’est l’occasion pour l’auteur de transporter ses lecteurs réels ou fictifs en des lieux variés, connus de tous, logement modeste, rue, usine, hôpital, église, toilettes publiques… mais qu’il nous réinvente avec son talent particulier, la justesse de nombreuses métaphores, des détails précis, de nombreuses personnifications qui les rendent vivantes, réalistes et familières, voire épiques quand il s’agit de l’usine et de la machine à broyer.
Les personnages sont aussi nombreux, vivants car toujours décrits en situation par les propos rapportés qui les définissent, les rapprochent du narrateur et des lecteurs avec beaucoup de familiarité. On côtoie des humbles surtout, des vieux, des esseulés ou des solitaires, faibles ou affaiblis, humiliés, fatigués par une vie routinière et peu fortunés ; l’auteur les traite avec une tendresse émue ou souriante, leur prête du bon sens et de la bonté, manifeste une compréhension unique de leur souffrance, insiste sur leur sens de la fraternité et leur dignité.
Par contre, son humour n’est pas tendre pour dénigrer les puissants, ceux qui abusent de leur pouvoir, qui sont méchants par nature, sots ou prétentieux comme le chef de service ou « l’homme de la dix », des toilettes publiques.
Tant mieux, cela nous vaut des anecdotes où le sourire et l’hilarité l’emportent. Ne pas se priver de lire et relire les pages sur les toilettes publiques du super marché où l’analyse des bruits et des habitudes de chaque utilisateur, longue, précise, très détaillée, d’un réalisme simple mais jamais vulgaire, du jamais lu - sauf un peu chez Florian Zeller dans un roman ( Julien Parme) quand il décrit son jeune héros qui se soulage dans Paris -, qui va permettre à une humiliée de se venger d’un arrogant !
C’est que le roman n’est ni moralisateur ni pessimiste. Quand l’auteur réinvente notre société, c’est notre pauvre humanité en marche vers sa finitude et qu’on doit bien prendre telle qu’elle est, qui l’intéresse. Mais la finitude, on peut la transformer : embellir la vie, être capable de compassion quand le repli sur soi aurait pu être la seule règle de survie : d’où l’importance du liseur dont les lectures relient les êtres entre eux, provoquent les rêves, les questions, les débats. Restent aussi, d’autres saveurs, des plaisirs simples, balade, flânerie, animal familier, écriture d’alexandrins, journal de bord, petits mensonges de délicatesse et bien sûr, l’amitié, tout un art de vivre, une manière d’être au monde. Et puis l’Amour, et il se pourrait bien que la quête de Julie, la femme- à la clé- USB, en fin de roman, l’emporte sur la lecture !
On comprend donc le succès de ce roman. Bien écrit, plein de vie et de tendresse, il est l’hymne d’un grand écrivain à la simplicité, à l’amitié et à la langue française.