Un Don qui choque

Un Don qui choque
Qui Chipote ?

jeudi 27 septembre 2012

Comput Color

On vit, dans cette deuxième moitié de septembre, des temps pas ordinaires. Le 16, José Tómas remet à zéro le comput de toutes les lunes tauromachiques. Le 21, le Conseil Constitutionnel renvoie chez Plumeau les manigances du CRAC (le CRAC, sans déconner. Le CRAC. A-t-on suffisamment souligné la bêtise de cette raison sociale ? Et on imagine les colloques de rombières à teckel et de bateleurs maurrassiens en costards de flanelle occupés à combiner les mots et les lettres pour bricoler un acronyme qui résultât sonore et éloquent[1]). Et ce même 21, en sa livraison numéro 1936, (ce quantième fut aussi celui d'une année de pas mal de bouleversements) la couverture de la revue Toros « passe à la couleur », selon les termes d'un communiqué qu'on regrette trop laconique, regardant à un tel  événement.
On sait que, part l'effet de l'érosion, même les monolithes les plus compacts finissent par se transformer. En général, ça prend un bail. Pour paraphraser un apologue bouddhiste, ça peut jusqu'à « prendre le temps que met l'effleurement d'une soie de Bénarès, lâchée tous les cent ans, pour user un mont de pierre de dix-huit mille mètres de haut ». Dans le cas qui nous intéresse, l'avatar aura été un poil plus rapide. Guère plus de quatre-vingt-sept ans. Et on en est un peut déçu, au fond, parce qu'on se figurait que la revue Toros  matérialisait un monolithe aussi compact, aussi long à altérer que le mont Augustus.
Si on se laissait glisser sur la pente gentiment réac de la nostalgie poisseuse et du tout fout le camp, on pourrait tenir cette irruption [2] de la quadrichromie à la devanture de « la vieille dame de la rue des Lombards », comme on disait à l'époque du franc lourd, pour un épiphénomène sans doute regrettable de ce temps (quoique sans exagération : la vue aérienne de Ronda y est reproduite dans des pastels très distants des saturations pop des jeux vidéos). À vrai dire, on a eu d'abord un mouvement de recul, au kiosque, même un peu d'effroi, comme si on tombait nez à nez avec une aïeule de retour d'un lifting dans une de ces cliniques de Miami, les lèvres enflées à la silicone et le gris chignon remodelé en blondes mèches californiennes. Et puis on a pris sur soi. On a raisonné. Après tout, ce n'est pas la première fois, sûrement pas la dernière, qu'on voit changer des choses, le prix des allumettes, le Lagarde et Michard ou les faenas entières avec l'épée de mort, qui nous semblaient pourtant consubstantielles à la réalité du monde mondial. Et on a eu cette conclusion, dont on n'est pas mécontent : c'est la vie.
Du peu que l'on sait de la corrida, on a appris beaucoup dans les pages de Toros (y compris l'existence discutable, on est d'accord, du strict point de vue lexicographique du mot « cornupète »), quelque part entre le premier choc pétrolier et le climax de la carrière de José Luis Galloso, du temps qu'on en était le lecteur impatient. C'est vrai aussi qu'il n'y avait alors pas grand-chose d'autre à se mettre sous les lunettes, en fait de presse taurine française, et Toros tenait, pour les aficionados d'ici, un peu du bulletin paroissial (comparaison banale), un peu de l'organe du parti (analogie médiocre).
Les années ont passé et, comme en vieillissant on devenait gentiment réac, on a aimé retrouver périodiquement la même typographie sans chichis de l'imprimerie Barnier, ses photos à l'héliogravure, ses sempiternelles vignettes, ses culs-de-lampe invariables, ses immuables couillards, tout ça dans les gris, stable et rassurant comme le chignon d'une aïeule [3]. On aimait, quand on allait acheter ses clopes, la surprise du dernier numéro paru posée sur le comptoir du bureau de tabac, avec l'éternelle photo noir et blanc en couverture, avec juste le rouge immarcescible du titre, comme pour attester que non, les éditeurs de la revue n'était pas frappés d'achromatopsie.
Le communiqué qui annonce la sortie de la livraison 1936 (ce quantième fut aussi celui d'une année de pas mal de bouleversements) de Toros dit que « la couverture passe à la couleur ». Si on sait lire entre les mots, ça signifie que le changement est définitif et sans retour. Il faudra donc s'y habituer. Peut-être que ça nous plairait de voir chanter Fosforito par peteneras avec une plume dans le cul. Toute la question, c'est de s'habituer.
                                                                         
                                                               Antoine Martin

1) Si on avait été invité à participer à ces brainstormings (ce qu'à Dieu, enfin, à José Tomás ne plaise), on aurait volontiers proposé des variantes à l'adverbe « Radicalement », qui eussent produit des sigles non moins sonores et éloquents : « Largement », « Ouvertement » ou même « Activement » qui, lui, eût donné une anagramme tout à fait odorante et sonore.

2) Il y eut en réalité un précédent, que l'on sache, au moins : la couverture du numéro 1931, du 13 juillet 2012, était également coloriée. Mais on prit ça pour une originalité ponctuelle, un truc à usage unique pour marquer le coup. Aussi bien s'agissait-il d'un numéro anniversaire et l'illustration, à la place de la photo, offrait un croquis rehaussé du peintre Humberto Parra.

3) Évidemment, tout ce qu'on écrit n'a rien à voir avec le fait qu'on fut naguère le protagoniste d'un « Planétaire des Toros » dans lequel Miguel Darrieumerlou, il faut tout dire, chargea excessivement la barque de son indulgence.


Photographie Espagnole


De Juan de la Cruz Megias pour sa série "Vivan los Novios"

mardi 25 septembre 2012

Sans Titre

''Taquilla'' Photo Photosmotstoros
Très symptomatique est le déchaînement de violence qui a suivi la prestation de José Tomas de la part de ceux qui ne l'ont pas vu. C'est souvent par dogme qu'ils ne se sont pas déplacés et par dogme qu'ils se plaisent à créer ce climat délétère entre aficionados soudain devenus aussi amis que les Hutus et les Tutsis au seul prétexte qu'ils ont aimé une course vue comme l'aboutissement du système honni. Mais alors qu'on aurait pensé que cela advienne par dogme pro sauvagerie, pro encaste rare ou pro indiscutable vérité du combat avec cette quasi allergie à un sang plus suave, on s'aperçoit de par le fiel déversé et les conclusions attendues, que la sentence dépasse le cadre de l'aficion et s'épanouit dans la politique. José Tomas, en ayant déplacé les mordus de la planète et triomphé de toros qui n'étaient pas les plus agressifs bisons de la cabana brava - la belle affaire alors que tout le monde sait qu'il tord n'importe quoi et mieux que les autres - a d'un seul coup été promu ennemi public numéro 1 ; le chantre de la dénaturation du combat authentique, c'est lui ; la jurisprudence fossoyeuse de la Corrida, c'est lui. Rendre compte de ce qu'il nous a fait, de l'écho produit dans notre for intérieur est une faiblesse coupable, devenue d'une vulgarité de groupie hypnotisée par le star système, alors que courent par les chemins tant de petits gars honnêtes et accessibles qui sont les héros ordinaires et chaleureux à admirer tous les jours pour la disponibilité de leur fémorale. Comme si reconnaître en Marlon Brando un charisme et un talent supérieur empêchait d'apprécier Bacri, Marielle ou Garcia. Le Tomas d'il y a quelques années était ce même petit gars et les petits gars d'aujourd'hui ne rêvent que d'arriver au stade où leur art et leur courage seront si prouvés et éprouvés qu'ils pourront toucher enfin ces toros assez clairs dans leurs charges pour exprimer leur art. La nature humaine, ça s'appelle, ce genre d'ambition... Mais le plus souvent d'ailleurs, au lieu d'exprimer leur art, c'est leur carence d'art qui est cruellement démontrée. Parce que si l'inspiration artistique était inversement proportionnelle à l'innocuité des toros qu'est-ce qu'on se régalerait quatre-vingt dix-neuf pour cent du temps ! Or, dans cette même proportion, on s'emmerde ! 
 

On en a vu souvent, des belluaires en fin de carrière – Meca, Fundi dernièrement - entrés dans de doux cartels, feindre de transformer ces rencontres en combat de rue parce qu'ils étaient bien incapables de montrer autre chose. Je veux bien considérer que ce dimanche matin-là, l'arène a été victime d'une hallucination collective, après tout... Ce qui au passage continuerait d'en dire long sur la capacité à subjuguer des gens pas forcément moins conscients que les ''connoisseurs'' infaillibles qui assènent toujours plus fort, avec morgue et mépris, leurs certitudes inébranlables aux pauvres benêts victimes du système. Quelle prétention... Et pour les préliminaires avec madame, c'est pareil aussi ? On doit faire comme-ci et non pas comme ça ? Et pour l'assaisonnement de la salade, balsamique ou de Xerès le vinaigre, et à vie le choix immuable ? Une posture qui confine au ridicule quand on lit les tauromaches vraiment cultivés et sensibles qui au terme de leur vie arrivent à n'être sûr que de d'un ou deux principes parmi lesquels celui-ci : qu'un abord péremptoire mène toujours dans l'impasse en la matière. C'est dire le flou dans lequel il faut accepter d'évoluer pour parfois se rapprocher d'une justesse relative et parfois prendre le coup de corne inattendu. Des toreros ont même tenté de le leur expliquer : 
 

« Je ne supporte pas les idées reçues des taurins, ils me font fuir. J’aime l’intellectuel qui se rapproche vierge de concepts, qui élabore des théories et voit des différences qui nous échappent. Les intellectuels m’ont ouvert les yeux sur beaucoup de choses et c’est malheureux de voir comment les traitent les taurins primaires, prisonniers de leur bêtise. Ils les désenchantent et leur font perdre cette vision utopique des toros, qui est certainement la plus vraie »

et ce n'est pas Javier Conde qui parle, non, mais une de leur idole, Espla... quel retour de manivelle torista ! Ils font tous comme s'il n'avaient pas lu... et s'accrochent désespérément à la technique et au bétail, seuls paramètres froids dont la jauge ne coûte rien au psychisme, incapables qu'ils sont d'entrevoir un autre niveau vite qualifié de masturbatoire, histoire de se rassurer. Je l'avais déjà remarqué à l'époque où je cherchais à recruter large en diffusant ma circulaire enjoignant les gens à pisser copie sur le thème ''Pourquoi allez-vous voir les corridas ?''. Les spécialistes sollicités, les exégètes, les taurins, quand ils ne refusaient pas carrément leur participation, s'avéraient les moins loquaces. Parfois même, la question leur paraissait irritante, agaçante. Ils y allaient parce que cela allait de soi mais sans jamais être capables d'analyser quoi que ce soit. Mansos perdidos, cortos, voire secs, les taurins, face à l'introspection personnelle.
 
Pour ma part, intransigeance torista ou dégénérescence torerista, je choisis... mes cartels avec soin, et j'ai besoin du silence, de l'impavide maîtrise, de ce si volatile art du toreo, comme de la fureur et de la peur. L'une me fait apprécier l'autre, elles se complètent. Dans les deux cas, les enjeux sont énormes et le danger présent. La ligne rouge est que jamais je ne dois sentir qu'il s'agit plus d'une collaboration imbécile que d'un combat. Cette condition ayant été remplie par le lot de Tomas, on pouvait sans retenue jouir du spectacle pourvu qu'intellectuellement l'on soit honnête.
J'ai besoin de l'arène de Céret pour ce qu'elle me donne à voir qui est rare et presque expérimental et j'ai besoin des grandes arènes où un événement quand il survient, résonne d'une ampleur inégalée. Je trouve naïves et puériles ces professions de foi toristas réitérées année après année sur le petit bulletin cérétan et prétentieuses et ridicules les bouffissures nîmoises s'auto-comparant à Madrid ou Séville....

En lisant certaines lignes on a vraiment l'impression que la démonstration Tomasienne résonne comme un énorme camouflet à la saine vision d'un préalable taurin éthique intègre et fort. On y lit le « danger » que cela représenterait par l'influence néfaste vers laquelle pencherait la programmation taurine, réduisant à néant tous les efforts pour proclamer l'évangile taurin. N'importe quoi... Quelle prétention de croire que parce que quelques centaines de lecteurs surfent rapidement sur nos sites, on aurait sur eux et sur le marché le moindre début de l'ombre d'une influence... La vérité est plus simple, la majorité fainéante a toujours préféré se divertir sans pousser la réflexion, recevant l'impact de la prestation des génies qui transmettent les émotions primaires, universelles avec l'évidence du soleil qui se lève au matin. Le reste nécessite une approche, un parcours, une réflexion, du temps donc et des efforts de compréhension d'une démarche qui va au-delà du divertissement et qui finalement ne concerne que très très peu de gens.
Les autres, visitant ces sites, se sentiront exclus par le jargon, la raillerie et le mépris qui suinte de chaque phrase comme si l'affirmation permanente du ''à moi on ne la fait pas'' était le primordial message à rabâcher sans cesse plutôt que de prendre les gens par la main et les éduquer doucement à quelques considérations basiques. Mais non, grandiloquence et mégalomanie... pétage de plombs et bouffissure d'ego irréaliste dont on accuse l'autre pour tenter de le salir et de l'affaiblir dès qu'il ne s'avère plus en phase totale avec la doctrine, censurant tous ses commentaires soudain jugés « fouteurs de merde », comprenez, qui ne sont pas dans le sens exact de leur poil. On ne saurait trop enfin conseiller ce qui pourrait constituer l'étape ultime de tout discours s'affranchissant du principe de réalité : organisez des corridas, il y a des arènes à louer, mettez en avant vos principes, appliquez-les, mais sur vos deniers personnels par sur l'argent public d'une municipalité qui éponge les déficits et constatez ce qui arrive... que c'est moins simple de remplir une arène de dix mille places que d'aligner quatre ''vérités aléatoires''.

Alors qu'on comprenne bien, je ne suis l'ennemi de personne, je n'ai aucun intérêt dans le commerce des toros, duquel je ne tire aucun avantage, je suis juste un libre commentateur, inaliénable et hors chapelle, tenant un blog par distraction, qui ne représente que lui, ne dit que ce qu'il ressent et dont le discours se verra toujours stimulé par le rigorisme et les tentatives grossières de le juguler.

vendredi 21 septembre 2012

Vu.

Je savais qu’il ne fallait pas. Assis à la table du chinois du square de la couronne, devant mon canard laqué et mon riz blanc, je n’avais vraiment pas envie d’aller voir cette course de l’après-midi. El Juli s’y battrait ardemment et Castella feinterait avec nonchalance. Les deux feraient mine de citer en avant et puis par une lente rotation du corps, regardant le public, ils pivoteraient sur eux-mêmes pour finalement toquer de l’autre côté pour un de ces fameux 360° qui pesèrent jadis sur les foules avant de les lasser, devenant au passage un lieu commun d’école taurine. Je n’avais pas envie de retomber dans l’ordinaire, de revoir des arrimons poussifs, des enchaînements répétitifs. Aujourd’hui, je pense que ce solo de Tomas aurait constitué la fin parfaite de ma vie d’aficionado. Voir ça et rester là-dessus pour l’éternité. Mais c’est trop tard, par réflexe automatique j’ai déjà repiqué au truc. Je n’en ai conservé aucune image, de cette course de l’après-midi, absolument rien, exactement comme si je ne l’avais pas vue. Sur ce blog d’ailleurs voyez, je reste sur celle de Tomas, je n’ai pas envie de passer à autre chose. Cinquante ans de course vers les ruedos du monde en quête de la corrida et des faenas parfaites, de « La » rencontre, du toreo magique, rêvé, et c’est lui qui est venu, là, en bas de chez moi. Le ciel s’était ouvert, un bleu sans tâche coiffait le magnifique amphithéâtre éblouissant de lumière et le Mistral avait cessé. Ovation de bienvenue suivie d'un silence empreint de gravité. Et puis ça a commencé. Sur la plage, ça n’en finissait pas, cela se renouvelait à chaque toro. Un truc de ouf comme dit mon fils. Mon fils de dix-sept ans qui a vu cette course aux côtés de son grand-père. Ça y est, il est parti dans le grand songe, il a été électrocuté de la révélation. Il veut partir en Espagne avec ses copains, voir des corridas là-bas… Oh putain mon fils… tu ne sais pas dans quoi tu t’engages… Aujourd’hui, j’ai envie de garder ça pour moi, dans l’intimité de mes pensées, à jamais. Comme une magique, pure poésie de la vie. J’ai peur que Tomas m’ait supprimé le ressort de l’aficion, cette quête insensée jamais tout à fait satisfaite. Le conseil constitutionnel a dit ''oui'' mais il aurait bien pu dire non. Je crois que j’ai vu ce que je voulais voir. 

Annonce

La corrida est jugée conforme à la constitution française.
ça méritait bien un jaune citron !

jeudi 20 septembre 2012

Torero Blanc, Astre Noir

Loin, très loin des ratiocineurs pointilleux de préalables suspicieux, s'il y en avait un pour signer un texte capable de se hisser à la hauteur stratosphérique de l'actuacion de Tomas, on savait que ce serait lui. Jacques Durand dans sa lettre hebdomadaire nous coupe les oreilles de tous ces acouphènes parasites et la queue des quelques Mickeys plus préoccupés par le souci de s'affirmer "connoisseurs" que d'être capable de ressentir et de rendre compte de l'expresson ultime de l'art de toréer. Pour vous allécher, les premières lignes :

<< José Tomãs, torero blanc, astre noir. Il porte en lui l'exigence du blanc et la rigueur du noir. le blanc autour de José Tomãs, le blanc qui mange ses traits sous la lumière écrasante de Nîmes, c'est encore lui. José Tomãs torée dans un silence blanc. Il oppose au raffut noir de l'arène un silence blanc. Celui du souffle coupé, celui de la rectitude, de la pureté et de l'immaculé. Quelque chose entre le chut et le olé accompagne ses gestes réduits à des épures. En trois gestes elles règlent la violence du deuxième toro, le jandilla. >>

Si vous n'aviez pas encore souscrit, faites-le, cette page à elle seule vaut le prix de l'abono !

mardi 18 septembre 2012

Zabala de la Serna por El Mundo

Variedad, verdad, dominio, seda, la perfección de los tiempos, faenas exactas.


Apoteosis por la Puerta de los Cónsules del más grande, que indultó al cuarto.


Zabala de la Serna
Nimes


Impresionante el rictus de José Tomás en la hora del paseíllo. Se caía el Coliseo en la ovación. Un capote colorido sobre un terno gris pizarra y oro mexicano bordado. El saludo reverencial. Y a la verónica la solemnidad intercalada con chicuelinas de manos bajas. Arrastrado el vuelo. El toro de Victoriano del Río, rematado, redondo y armónico. Dos puyazos perfectos, pero en el quite con el capote a la espalda, soltando una mano, amagó con pirarse. Clave el trato de JT en los medios con la muleta para dosificarle su noble condición, mejor por la mano derecha. Faena de corte vertical, geométrica la colocación, las puntas de las zapatillas mirando a la embestida. Estocada hasta la bola. Dos orejas.

El segundo, de Jandilla, salió violento y montado. Astracanada la testuz. Muy berreón. Se dolió en banderillas tras un quite por dentales y tafalleras. Dibujada la serpentina. JT pudo al toro desde un principio por trincherazos. Tres series por abajo con la mano derecha a cámara lenta lo reventaron literalmente. Le quitaron todo menos el mugido. Y ese fondo áspero que no se vio pero que volvió a salir en las manoletinas y sobre todo en el espadazo final: le puso los pitones en el pecho. Cayeron otras dos orejas para una faena exacta.

El del Pilar apareció metiéndose por dentro en capotes. Largas las hechuras. Muy de la casa. Quite afarolado de JT. Y muy poderosas y claves las dobladas del prólogo. Y siete derechazos ligados, siete, sobre la mano derecha. Y otro racimo más tan frondoso. Perfecto. El pitón izquierdo de el de El Pilar no era. Soltaba la cara. Pero le consintió. Paciencia y temple de uno en uno. Un broche por laserninas. Y otro cierre a dos manos, genuflexo y por alto. Estoconazo. Dos orejas y gritos de torero, torero, torero. Sentido de la medida, la variedad y la intensidad. El dominio absoluto.


El cuarto, de Parladé, de nombre 'Ingrato', saltó al callejón. Susto. Cuando volvió al ruedo, JT lo durmió a la verónica. Y quitó por caleserinas. La faena sin ayuda. Empezó con el cartucho de pescado. Y la izquierda. La faena soñada. A placer. Qué manera de torear, qué izquierda de oro, que despacio. Así lo soñamos. Y por la derecha igual. Sin la ayuda, repito, sin la ayuda. Los pitones pasaban a cámara lenta por las espinillas. Ritmo, compás, ligazón, un sueño. A la gente le dio por pedir el indulto. No sé si lo era o no. Pero el toro era de vacas, o sea. Merecía la pena con tal de ver a JT seguir toreando al natural. Pureza cristalina. Asomó el pañuelo naranja. JT lo celebró. Y simuló la suerte de matar. Dos orejas y rabo simbólicos. De rabo era la faena. Pero JT dejó él máximo galardón en el centro. Protestaron la vida perdonada algunos. La vida ganada con dulzura. E incansable bravura de fondo.


Siguió el recital con un quinto de Garcigrande, castaño, terciado, justo de fondo, para ser seda. Si había sido hierro con el de Jandilla y El Pilar, ahora el pulso para tirar. Un quite por chicuelinas, un galleo con el capote a la espalda. Un final genuflexo apoteósico. Vivas a Colombia, a México, a Francia. Cataluña presente. Se resistía el presidente a la segunda oreja. Era el todo, monsieur. El espadazo. La perfección, el concepto global de una corrida de seis toros, el orden, las lidias. Cayó el doble premio. 10 orejas y rabo en cinco toros. Y la dignidad de los cinco, el respeto al publico y al toro. De los seis. No se recuerda una gesta igual. La entrega y preparación bajo el sol. La de Dios en la tierra de la Tauromaquia.


El último era también de Victoriano del Río. Cumbre la ultima cuadrilla. Otro brindis al publico. "Eres la verdad del toreo", le dijeron. Y un pase cambiado por la espalda para despedirse. Para abrir, para andar en torero. No humillaba el de Victoriano, muy quedo además. Un arrimón en toda regla. Aún había fuelle en ese corazón pletórico. Con todo hecho. Chapó, mil veces chapó. Embistió el fenómeno de Galapagar más que el toro. Como el quite por Gaona. La estocada quedó sueltecita. Seis de seis. Pero no tenía muerte. O sí porque se echó. Qué fecha tan histórica. Oreja para sumar once. La Puerta de los Cónsules esperaba al dios del Toreo.

Tomas tel qu'en lui-même

Corrida d'expectation, corrida de satisfaction. Le solo de Tomas a pour moi tenu les promesses auxquelles je m'étais interdit de penser. A vrai dire, il est allé au-delà de ce que j'espérais. Et après la mort du premier, je lui reprochais déjà d'avoir mis la barre trop haut, d'avoir en quelque sorte mal dosé un éventuel crescendo à venir. Mais non, toro après toro il confirmait et restait dans l'exception. Avant la course tout le monde avait peur : il faut dire qu'on avait encore dans l'oeil, les bouses affalées que des peons tiraient par la queue lors de son dernier passage chez nous. Vu de loin et en raison de généreuses oreilles précédemment accordées ici, je comprends que l'on puisse craindre que ce bilan ne soit qu'un moyen d'accorder à la réalité, l'événement annoncé. Mais cette fois-ci, il n'en est rien au moins concernant les oreilles et je ferais bien de ce lot de toros mon minimum syndical des courses du G10, ça relèverait le niveau général. Bien sûr, il faut peut-être filtrer un peu de bon sens au tamis de la réalité : non, Tomas ne vient pas de Saturne, il s'agit bien d'un terrien qui n'a peut-être pas envie de mourir tous les jours surtout depuis qu'il a un enfant, oui, il saute moins haut et court moins vite qu'il y a cinq ans, comme vous et moi, oui les toros ne passent plus à un millimètre de ses entrailles, oui les toros étaient choisis ce qui écorne un peu de l'essence de la tauromachie du moins la façon dont les aficionados la rêvent, ; cependant, à un torero de cette trempe qui a accepté dans un passé récent de s'exposer jusqu'à l'indécence, jusqu'à l'indisposition des critiques qui écrivaient que non, la tauromachie ce n'était pas accepter la mort, là, devant tout le monde comme si vous appeliez le suicide de vos vœux mais c'était dominer, maîtriser, conduire l'adversité pour la détourner de soi en s'engageant sincèrement certes, mais pas au point d'être indifférent à l'idée d'en crever. Je crois qu'à ce torero-là, très durement châtié, qui serait mort pour de bon il y a cinquante ans en raison d'une chirurgie moins performante, on peut concéder qu'en fin de carrière, comme tous ses pairs l'ont fait avant lui au cours des siècles, il soit un peu moins sauvagement servi pour épanouir son art. Alors en préalable soyons rigoureux et ne soyons dupes de rien puisque veillent les gardiens implacables et rigoristes : oui, le premier toro était trop doux, oui un autre n'avait pas le berceau assez ouvert pour être de la catégorie souhaitée, oui la présidence commit un contre-sens grossier en accordant un indulto comme s'il s'agissait d'un trophée supplémentaire, idiotie d'autant plus crasse qu'elle s'adressa au seul toro qui avait voulu fuir l'enceinte en sautant les barricades et en sortant seul de la deuxième rencontre. Oui, cela se passait à la tant décriée arène de Nîchmes sur Dombs, où des Parisiens terrorisés par le soleil du Sud se coiffent de Panama en sirotant des coupes de Champagne dans des tendidos avec la conviction de s'encanailler parmi une tribu exotique et populacière, oui y'a du people partout, pourquoi, ce serait mieux s'il n'y avait que des ruraux de la Lozère et du Gers ? Même que j'ai écrasé le pied d' Edouard Baer dans la cohue de la sortie, et refilé un coup de coude dans le flanc d'un Podalydes en train de filmer. Ouiouioui j'avoue, j'ai vu tout ça, je l'ai vu de mes yeux mais ce que j'ai vu aussi c'est que Tomas a été grand, que personne sur la Terre en face des mêmes toros choisis n'aurait pu créer l'équivalent et qu'une évidence toute simple se dessine alors : il y a Tomas et puis les autres et pour qu'on comprenne bien on le redit dans l'autre sens, il y a les autres et puis Tomas. Les autres, malgré toutes leurs qualités. Bien sûr, on parle d'art du toreo pas de baston de fond des ruedos. Car au final ce dont on emporte le souvenir dans son intimité, c'est la rencontre d'un homme et d'un toro, l'empreinte émotionnelle que cela a généré, pas le nombre d'oreilles. Alors, moi, cela m'a beaucoup plu. J'assume tout. J'ai kiffé un max, frissons et larmes compris. Structure des faenas, concision, efficacité, sobriété des attitudes, économie de geste, aimantation de la bête, douceur du temple, engagement des estocades, génialité de l'inspiration, du très grand art, le toreo des cîmes. Un trésor national  japonais - espagnol - et même au-delà, un trésor de l'art du toreo et de l'humanité même, en ce pouvoir qu'elle a de se transcender, j'peux pas faire plus lyrique, n'insistez pas... Nul doute que si les juges du conseil constitutionnel avaient assisté à ça, on était tranquille pour un moment !
De plus, on doit à l'objectivité de préciser que de ces toros choisis, aucun n'a franchi la frontière de la soseria, aucun ne s'est rabalé par terre, aucun n'a nécessité le monopicotazo économiseur de forces. L'énoncé du bilan vous donne la nausée et l'étendue de la mascarade ? Non, il ne doit pas, pas cette fois : comment refuser à cinq faenas supérieures conclues par cinq épées engagées et décisives les deux premiers trophées ? Cette fois-ci j'ai beau réfléchir, ou interroger les réactions autour de moi, il n'existe aucune raison objective pour ne pas les donner. Cela ne doit rien à la rareté de l'apparition ou à la relance médiatique, pas cette fois. Le contingent de coureurs d'encierros venus de Coria qui n'ont pas du toro qu'une approche intellectuelle et couarde – je parle pour moi - , mais affrontent comme l'an passé, un cornalon de six ans de Samuel Flores par recortes, dans la rue, torse nu, qui se sont tapé 36 heures de bus aller-retour pour voir Tomas, repartant juste après son solo, remontaient dans leur bus les larmes aux yeux en se congratulant pour vérifier qu'ils n'avaient pas rêvé. Moi, j'allais manger à l'ombre des platanes en regrettant de devoir retourner l'après-midi à une autre course : j'aurais voulu garder celle-là quelque temps, calme et intacte, confite dans son émotion avec la conscience que je venais de voir une course importante. Décidément cette temporada aura été marquée par trois solos  de gala : Castano avec les Miuras, Robleno avec les Escolar et Tomas avec... ses toros. Temps splendide, Mistral enfin absent, arène garnie jusqu'au ciel, en qui, ce jour-là, on pouvait croire.

dimanche 16 septembre 2012

Morantissime...

Morantissime oui, mais quoi ? Succès ? Non, morantissime petardo pour un andalou qui n'a pas apprécié son lot de Victoriano del Rio. C'est au premier qu'il « travailla » le plus, mais la faena alla a menos, devenant fade, et pour la conclure il s'élança vaguement vers la bête en passant par Fons outre Gardon. Silence du public, notez bien la progression...
Son second ne l'inspira pas davantage et après quelques séries où la bête ne se conduisait pas comme il l'espérait, il alla chercher l'épée de mort ce qui déclencha les protestations de ceux qui en voulaient pour leur argent. Mais en fait, ils l'avaient, mais au morantissime degré. Car il faut quand même être sacrément torero pour dire trois fois merde à un public qui manifeste pour que vous insistiez... c'est pas à la portée du premier novillero venu ! Et puis on s'emmerde tellement lors de si nombreuses et longues faenas insipides... une entière plus sincère et descabello. Sifflets nourris...
Et son troisième, alors ? C'est peut-être celui qui lui convint le moins... Ah mais c'est que l'Andalou est difficile... et aussi retors qu'un Corse à qui on aurait piqué sa cagoule. Refusant de ménager la chèvre et le chou (ça y est, je l'ai placé...) il ne s'embarrassa pas plus quand il comprit à quel mal élevé il avait à faire, boum, petardo, bajonazo, y bronca de gala pour le sniffeur de romarin. Olé !
La voie du triomphe était donc largement ouverte pour le dernier toro de la course et de Manzannares, qui ne maîtrisant pas tout nous avait quand même alléchés par quelques enchaînements sophistiqués. Unfortunately comme ne disent pas les Autrichiens, il avait jusque là, mal tué, avec une curieuse préparation dans le geste ressemblant plus à un épaulement de tromblon à poudre noire... De plus, il tente des recibirs avec des toros qui n'ont plus d'allant... ça peut pas marcher... enfin, moi, c'que j'en dis... c'est lui le spécialiste... Et puis sortit donc le dernier toro qui fut de loin le meilleur de la tarde. Plus sérieux, plus fort, plus brave, propre et clair, sur lui et dans la charge et Manza continua le festival, toreo débridé et yeux bridés, sobre, élégant, inspiré, l'arène enfin se régalait et des Olés puissants scandaient le temple du maestro. Si bien que vu le peu de satisfaction à mettre jusque là sous la dent, quand il leva – bizarrement – l'épée, l'arène retenait son souffle car l'instant conditionnait tout de la réussite ou de l'échec de la faena et de l'après-midi. Je vous sens crispés devant votre écran, la main droite pâteuse sur la souris, prêts à craquer nerveusement car le suspens est à son comble... Le héros s'élança et Rhânn ! Il enfonça l'épée jusqu'à la garde et la foule soulagea sa tension contrite en exultant comme un râle primal, tripal, de plaisir, qui valait kedale ! Car l'eurasien luminescent s'empressa de subtiliser l'horrible épée bajonazante du flanc de la bête, avant que le scandale n'éclate. Seulement voilà, la perfide lardoire avait instillé son effet mortel dans le beau toro bravo, que peina, et le sosie de Marlon brandit plus rien, car PAF ! , le toro.
Lobe pavillonnaire incompréhensible si ce n'est pour officialiser le succès du jour, que ne voulût pas transporter Manzannares dans sa vuelta. Bon garçon.

samedi 15 septembre 2012

PEON


A la Marge



De beaux toros bien armés, voilà pour l'enveloppe. Hélas souvent décastés ou encore posant un vrai problème au connaisseur du toro comme ce berrendo qui se conduisit en grand brave pendant le tercio de pique avant de finir fuyard et querencioso affichant une nette mansedumbre. Un oxymore à lui tout seul. Si les peons s'essayèrent à faire le show par approche marchée aux banderilles ou encore cite depuis une chaise ce qui suscita un OOoooh...! enthousiaste de la foule qui n'avait pas vu depuis longtemps l'effet que faisait une chaise qui valdinguait dans les airs, on avait espéré mieux pour l'adieu à Lescarret très mal servi, un torero respectable qui durant dix ans d'alternative prit plus de toros de combat que de nanny-goats (c'est un pari avec moi-même, il faut que j'emploie le mot "chèvre" dans chacune de mes resenas...on s'amuse comme on peut...) Castano malgré tous ses efforts ne parvint pas non plus à éveiller le conclave. 

vendredi 14 septembre 2012

PEON


No nanny-goat today...

 

























Pas de chèvres aujourd'hui, non. Des novillos difficiles donc intéressants, du premier bien toreable mais assez insipide jusqu'aux cinquième et sixième qui culminaient à 486 kilos et quatre ans. Le sixième donna un tercio de pique magnifique avec une première poussée de race, franche, réunie, prolongée et Ô joie, piquée sobrement et honnêtement. Elle en valait bien deux ce qui fait qu'on n'eut pas droit à la troisième - tout le monde suit ? - alors qu'il était revenu avec une joyeuse abnégation à la seconde ( une tasse de Boldoflorine et on relit...) Mais il y avait là bien trop de toro pour Adrian à qui il échut, vu le Roman qui tourna short story à la mauvaise nouvelle à cause d'une fracture d'un nonos du pied. Et Adrian se naufragea passant à côté de ce toro qu'on ne vit pas alors qu'on subodorait qu'il était de classe. Leal s'arrima dans l'approximation jusqu'à être autorisé à la vuelta. Des toros sérieux et la troisième corne - le Mistral - en rafales parfois violentes qui citait à leur place, le cuistre, et cela devenait compliqué et durant la tentative finale de transformer ce toro en hérisson l'arène se vida car elle avait faim, froid, et envie de pisser. Ce qui est bien quand on n'est pas un vrai journaliste c'est qu'on peut faire ce genre de resena à la con. Je ne vous tire pas par la main pour venir la lire, je vous signale...
Anecdote : autour et dans l'arène, j'ai eu mon pesant de réflexions positives et négatives suite à  l' "Edito ni torista ni torerista" et j'en déduis que les gens, vous, avez absolument besoin d'un front clivant hermétique à toute ouverture d'esprit même anodine seulement disposée à voir ce qui se passe dans tel ou tel cas... Besoin d'être pro ou anti, blanc ou noir, savoir où l'autre se situe, est-il avec ou contre nous, communiste ou frontiste, a-t-il viré sa cuti, s'est-il solubilisé dans le callejon... ça n'augure d'aucune pitié pour la prochaine guerre ! Je renvoie donc everybody à la relecture calme et attentive de cet article qui essayait d'expliquer que justement... Meuh... y'a du bon vin à boire dans douze heures rue régale la bien-nommée...

jeudi 13 septembre 2012

PUB pour la - rude - concurrence...

A voir, 7 rue Godin et au restaurant "La Marmite" à Nîmes

mercredi 12 septembre 2012

Edito ni torista ni torerista

Jouir, il faudrait jouir et lâcher prise. C'est bon pour la santé et conseillé par les médecins et les empresas. Mais l’aficionado de longue date est un emmerdeur qui se pose des questions. Un emmerdeur qui a fatalement des références, pensez, depuis le temps qu’il se traîne dans les ruedos. Elles sont là, inscrites dans sa mémoire, tant que l’aluminium de son eau dite potable ne lui a pas donné l’Alzheimer, et, s’il est souvent connoté peine-à-jouir,c’est qu’il a une ''corticothèque'' personnelle, qui remonte à …pfiouuuuu… il arrive un moment où il ne faut plus le préciser. Comment se régaler de ces véroniques étriquées, profilées et chiffonnées dont les toreros sortent applaudis comme par des Inuits banquisards qui auraient oublié leurs gants, quand perdure dans la rétine celles, amples, profondes, templées, de quelques maîtres de la tauromachie qui ont gravé profondément leur nom dans le marbre des tablettes de son Histoire ?

Prenez par exemple la feria des vendanges qui arrive : elle est annoncée partout comme exceptionnelle, phénoménale, évènementielle. Pour une fois je ne récuserai quand même pas le dernier terme car réunir Manzanares, Morante, Tomas, Juli et Castella c’est quand même « de gala » ne serait-ce que par la rareté de Tomas. Ce que confirme la quarantaine d’avions venus du monde entier qui atterrissent à Nîmes-Garons pour le week-end. C’est comme ça, ''Taquillator'' c’est Tomas ! Peu importe, l'aficionado ne croit que ce qu'il voit.

Tomas le fait se déplacer. Deux syllabes qui résonnent : Toma ! Prends ! Prends ce qui est rare et fragile et risque de disparaître, toma, venga.
Qu’ai-je fait moi-même, d’ailleurs, pour mon expo photo ? Ai-je mis la photo que je préfère sur l’affiche de mon expo, ce peon inconnu sombra sur la nuque et regard perdu vers le rond éblouissant ? Non, j’ai choisi un portrait de Tomas, parce que lui, fait déplacer les gens. Avouer ce speed-dating aguicheur - oh là làààà tout de suite les grands mots - ne me gêne pas du tout puisqu’il s’agit d’un des toreros qui m’intéresse le plus. Et quel est le thème de l'expo de Cazalis le Mexicain ? Morenito de Nîmes ? Rafaellillo ? Nooon... José Tomas messieurs-dames... Tomas fait vendre, Tomas change la donne, je l’ai bien noté par exemple en allant placarder quelques affiches chez les commerçants de la ville. Avant que je la déroule, certains me disaient « non », qu’ils ne prenaient pas d’affiches, et puis quand ils apercevaient ''Trombinus liturgicus'', ils disaient que finalement… oui … ils pourraient le mettre dans ce coin, là. D’autres me l’ont prise mais vous ne la verrez jamais, on sentait le malaise du mensonge, ils la scotcheraient eux-mêmes plus tard... c’est pour eux qu’ils me la soutiraient, pour leur salon ou leur bureau. Ils peuvent maintenant venir à l’apéro voir l’expo le cœur léger, en sifflotant… Autre signe probant de l’effet que fait ''TL'' sur les gens, le graphiste m’a dit qu’à l’imprimerie où il les avait fait tirer, il en avait vu d’autres traîner… après enquête, les employés en avaient imprimé quelques-unes pour eux… Châi pô s’ils ont bien le droit mais bon… je fais comme si je ne savais pas.

Pour l’instant, cette feria n’est qu’une promesse de papier. Pour l’instant, à la vérité on n’en sait rien, de ce qu’elle va révéler. Sauf les purs toristas, qui savent, toujours, eux, qu’à Nîmes ne sortent que des chèvres et qui par dogme ne se déplaceront pas, prouvant par là leur intransigeance toute aussi ''pure''. Moi, j’ai des doutes… cette position leur a fait rater une course majeure, le solo de Castano, course au combien marquante pile-poil dans leur créneau, philosophico-toriste de la lidia et du combat. Ne pas vouloir assister aux courses des vendanges que viennent toréer les meilleurs, c’est un peu comme renier aimer l’art du toreo. Je ne fais pas de pub pour ma ville, tous les billets sont déjà vendus… Seulement voilà : et s’il se trouvait un toro qui ne soit pas faible ? Et si ce toro-là rencontrait un grand torero soudain galvanisé par la foule entassée jusqu’à la gueule de l’entonnoir ?
Ca ne fait que deux « si », y’a pire comme éventualité aléatoire ! Et si tout d’un coup, l’amphithéâtre se mettait à trembler, puis à bouillir, à exploser enfin, si tout d’un coup vous vous trouviez sot d’appeler votre si belle ville Nichmes au lieu de son beau nom qu’il n'est pas agréable d'entendre écorcher ; si vous arrêtiez de mépriser le pauvre gars moins savant es-toro, parce-qu’il ne voit que deux corridas par an et préfère s’en réjouir bêtement comme on peut le faire d’une pièce de théâtre ou d’un toro-piscine – c’est bien son droit - plutôt que s’éduquer à un savoir que d’ailleurs vous ne lui transmettez jamais car votre prose n’est compréhensible que par vos pairs initiés ? Si on arrêtait les dogmes-réflexes du type : c’est Casas qui organise, j’y vais pas… Je n’ai jamais été dupe des Casasseries et les ai souvent relevées mais doit-on snober Gallimard ou Marc Dugain parce qu’ils éditent ou écrivent des livres souvent lus par des connards, des dandys ou des plagistes ? L’auteur choisit ses mots et compose ses propres phrases, est maître de son matériau dans la limite de son génie. Les figuras ne font pas différemment, elles viennent avec les toros qu’elles ont choisis. Ce n’est pas une pratique qui me plaît. J’aimerais un monde plus libre où le torero n’aurait aucun droit de regard sur le choix de l’élevage combattu, il aurait à s’en accommoder, comme il le faisait plus jeune, au temps où il aurait aguanté les bisons de Sitting Bull s'il avait fallu. Ce n’est pas possible et très naïf, et doit faire ricaner les taurins  depuis leurs chiqueros respectifs, de lire ça, je sais. Mais j’aimerais. C’est le Graal de tout aficionado blasé de voir ça : un grand torero face à un toro qui ne lui est pas prédestiné et adapté.

Alors vous n’avez pas voulu voir El Juli, Morante, Manzannares, Tomas parce qu’il est sûr, certain et avéré qu’on n’y verra courir que des chèvres. Soit. Mais il y a une autre éventualité, une probabilité certes faible, mais que vous assumez par ailleurs tant de fois pour voir des chiffonades de peintres de croûtes de vide greniers. (Un trompe l’ennui très à la mode) Et si cette éventualité éclosait ? Et si Tomas, après son dernier toro, se coupait la coleta, juste là, sur le sable, sous nos yeux déjà orphelins ? Et si toute votre vie durant vous regrettiez de ne pas être venu, de vous être fait dogmatiquement chier devant la télé ou à ce repas de famille qui s’est éternisé où le beau-frère écolo de service vous a gonflé avec ses théories sur la déviance sexuelle présumée des sadiques de l’arène, vous assénant que de toutes façons, le 21 septembre le conseil constitutionnel abolirait le truc…

Pour l’instant, on ne sait rien de cette féria et même si elle allèche sur le papier, sera-t-elle réussie ? Devinez à quoi cela va tenir ? Je ne parle pas pour la presse dédiée au système qui a déjà ses titres superlatifs de triomphe dans les starting-blocks ou de la foule de ceux qui n’ont pas de références justement, et qui ne se posent ou ne dénotent absolument rien du truc noir vaguement encorné et enqueuté, qui tourne autour du mec, toro bravo en rien fascinant, plutôt référent bovin lambda, mais de l’absolu des choses, de la véritable valeur intrinsèque, de l’aune, de l’étalon, oui, effectivement, de la caste des toros.

Alors, c’est là qu’il faut commencer à se situer finement. Par comparaison au jugement sur le solo de Robleno à Céret de mes amis toristas grand teint, tous super-hyper emballés, j’ai découvert que je n’étais certainement pas 100% torista. (pour faire court avec ce terme à la noix) Il m’avait manqué quelque chose et cela depuis, m’a fait beaucoup réfléchir. Ça ne date pas vraiment d’hier : un Fundi partout encensé par la tribu torista ne m’a jamais inspiré grand-chose de flatteur au sujet de l’art du toreo. Si on prenait une métaphore sylvestre et qu’on cherche à la filer, on pourrait dire que durant ce seul contre six, Robleno a été un magnifique bûcheron, remplissant toutes les étapes d’un abattage parfait : entretien et maîtrise des outils, courage et vaillance indéfectibles, angle de chute calculé au poil, écorçage du tronc parfait, éradication efficace des branches, tronçonnage régulier, fente des billots au merlin, bûches formatées et stères rangées sur le plateau du camion avec livraison assurée en temps et heure. Todo perfecto. Pourtant, ce que j’ai ressenti tout au long de cette course c’est qu’il aurait pu continuer jusqu’à la nuit, jamais il ne m’aurait provoqué le moindre frisson. De plus en plus cet argument organique compte pour moi car il est la manifestation indépendante de ma volonté de ce qu’un torero a pu provoquer émotionnellement chez moi. Dans mes tripes. Sur ma peau. Imparable. C’est je crois ce que n’ont pas intégré ceux qui s’indignaient qu’après cette course, Robleno n’ait pas eu plus de retombées en terme de contrats. Robleno qui m’a inspiré beaucoup d’admiration et de respect, pourrait tuer une camada entière en une après-midi qu’il ne créerait rien d’inspiré, qu’il ne stimulerait pas mon imaginaire, serait incapable de m'émouvoir. Sauf à avoir une sensibilité de poutre (pourquoi de poutre ? je ne sais pas, ça m’est venu comac… p’têt l'histoire de l'oeil, avec la paille ?) Tomas ou Morante, eux, déclenchent autre chose, ouvrent un autre territoire dans lequel ''Papoose Couillu'' alias ''Little Big Man'' malgré tout son insondable – entendons nous bien – mérite, ne mettra jamais un pied. C’est comme ça, c’est inexplicable, la foule ressent l’impact liturgique de Tomas ou le baroque de l’Andalou tandis que Robleno n’a aucune aura pour prolonger sa technique et son courage. (sauf… voir poutre…)

Preuve de ce charisme inné, dans le patio de caballos, nombreux sont les gens qui s’approchent des toreros pour quémander un autographe ou une photo. Mais j’ai remarqué que Tomas lui, est tranquille, rares sont ceux qui osent, Tomas impressionne, son regard n’incline pas à aller le déranger.

D’autre part si à 90% je ne me sens pas ''torrerista'' (pour faire court avec un terme à la noix) c’est qu'il y a un préalable obligé pour que s'épanouisse sur ma peau, le fameux frisson évoqué plus haut : que j’ai ressenti la colère, le danger porté par la bête, sa sauvagerie, que l’enjeu de la blessure existe, que ce soit difficile et risqué de la combattre. Soit exactement le contraire de la majorité du public qui craint de relancer les brûlures d’estomac de son ulcère. Je ne mets même pas ça sur le compte d'une exigence morale ou intellectuelle que j'aurais et qui m'empêcherais de prendre du plaisir facilement, que je serais une sorte de gardien roidi dans le rigorisme d'une éthique conforme à l'idéal. Non, je crois que c'est purement arythmétique : si votre QI est supérieur à celui d'une moule de Bouziges ce qui somme toute n'est pas très prétentieux, il est assez prévisible qu'au fil des centaines voire milliers de corridas déjà vues, votre seuil d'excitation se soit considérablement relevé et que votre propension à vous enthousiasmer - synonyme niaiserie - ait suivi la pente.

Un soir - dîner en ville - j’ai discuté « corrida » avec un médecin spécialiste… Il me disait que ça lui plairait bien s'il n'y avait pas cette possibilité qui le gênait et lui rendait la chose impossible à admettre : que le type se fasse blesser voire tuer. Je lui ai répondu que c'était le truc le plus barbare envers les animaux que j'avais jamais entendu. Que vraiment, pour lui le toro n'était rien, n'abritait aucun mystère, n'inspirait aucun respect, n'était qu'une masse négligeable dédiée au service de l'homme et qu'alors on pourrait très bien mettre une brute dans une armure, armé d'un revolver et qu'il finirait bien par l'abattre même en s'étant pris quelques ''boîtes'' spectaculaires, bref, que cela n'avait aucun sens... qu'au contraire cette possibilité de châtiment rendait toute sa dignité, sa noblesse à la chose... Il a réfléchi un moment, puis a décrété que ce qui était quand même gênant dans la corrida, c'était que l'homme risquait de se faire blesser... Bon... J'ai alors avisé une charmante quadragénaire qui s'ennuyait dans un coin du salon et suis allé lui parler... Elle avait de longues jambes et riait fort à tout ce que je disais comme si cela avait été très spirituel... le toubib qui n'était pas son mari se renfrognait là-bas, croyant peut-être que je lui relatais notre discussion. Dans les dîners comme ça, un peu bou-bourges faudrait partir avant le fromage et le chariot des discussions qui suivent : peine de mort, politique, corrida, SPA, toujours écoeurant.

PS : merci à tous les sites ou autres journaux qui ont relayé l'info de mon expo photo...

vendredi 7 septembre 2012

J'me la pète grave...

Bonjour les gens, cela fait un moment maintenant que je travaille à ça : je vais vous montrer quelques photos, je prépare une expo. Encouragé par la dépose et vente express d'un portrait serré de José Tomas chez Teissier ''le'' libraire de Nîmes assez torero pour accrocher ça sur ses murs, je réitère et vous invite à venir voir de visu in situ, vu ?
Eh bien je vous le dis, c'est du boulot la préparation d'une expo, j'aurais pas cru... enfin, ne reste plus qu'à torréfier les cacahuètes et c'est prêt, presque. Ah oui, trouver des formulaires de factures aussi... Comment pour quoi faire ? Ben, pour que vous puissiez déduire vos achats de votre revenu imposable, tiens ! Bercy fait tout pour encourager les auteurs, profitez-en... pensez à Noël qui approche. Vous ne comptiez quand même pas continuer à lire ce blog gratos et venir vous gaver de pizza et de vin gouleyant sans signer de petits chèques, si ? Ah bon... ben ça ne fait rien, vous pouvez venir quand même, allez... on ne vous en voudra pas, passez dire bonjour, je suis beaucoup plus timide et gentil que ce que la lecture de mes textes pourrait le laisser à penser ! Mais je relèverai quand même les noms de ceux qui baderont les photos des tartines plein la bouche et des oursins dans les poches...
Pour les super fauchés, j'ai pensé à tout : non seulement ils feront un repas à l'oeil genre samu social, mais pour 25 euros ils pourront acquérir un chouette petit livre aque plein de super-héros dedans. Un collector, quasi, vu le tirage, 40 exemplaires, poussez, y'en aura pas pour tout le monde... on peut en voir un aperçu, là :


Pour les régionaux du 13, je le signe - enfin j'espère ! - demain samedi à la boutique des passionnés à Arles à partir de 14H30. Pour ceux du 30 il est déjà chez Teissier. Pour the rest of the world, ne le commandez pas chez Blurb, tant que j'en ai, c'est moins cher chez moi, toujours 25 euros et port compris, en me suppliant à cette adresse :


De plus que les mélenchonistes se rassurent, question profit ou autre suspicion de cupidité, dessus, je gagne peanuts, loi de la micro-série oblige mais bon, il est intéressant de diffuser son "travail", non ? Si. Alors si je me rembourse c'est l'Amérique et si je suis "dedans" ça m'apprendra à assagir mon ego. Bien fait. L'apéro c'est quand ? C'est marqué sur l'affiche. Hein ? C'est tout.

mardi 4 septembre 2012

Photo Légendée

Au bout du paseo là-bas, sur la terrasse écrasée de chaleur du bistrot Basque de la plage de Lekeitio, les jumeaux se sont enfin endormis. Papa est loin, sur la crête des vagues. Il surfe. D'autres jeunes femmes à qui il n'a pas fait de bébés, alanguies sur le sable, regardent son torse mouillé qui scintille dans l'or du couchant. L'écume des vagues et des jours est l'écrin mousseux et immaculé de sa musculature bronzée. Il pompe sur ses quadriceps saillants pour faire avancer sa planche toujours plus vite, dispersant une énergie consacrée au jeu. L'homme est guerrier, nomade sexuel et joueur, c'est comme ça. Dans les premières années de son couple, accord moral tacite de la société et passion amoureuse aidant, il tient bon mais, s'il est vivant et passionné, il restera attractif ce que remarquera une créature désoeuvrée qui saura le convaincre d'abandonner ce rôle de composition de héros infaillible qui lui allait si mal. Parce que ses sens le trahiront, parce que ses émotions crèveront le plancher des refoulements, parce-qu'au bout de tant d'années, toucher les fesses de sa femme lui fait à peu près autant d'effet que s'il touchait les siennes, il ne résistera pas. Parce que rien, dans la nature humaine n'est aussi fort que le désir. Si l'on est vivant, si l'on n'a pas renoncé, abdiqué. On vend même des yaourts nature aussi blancs qu'un bidet, avec.
Maman, elle, se repompe un peu après l'énergie que lui soutirent ses enfants en continu. Elle la leur réserve exclusivement d'ailleurs. Son regard est happé par ces prolongements merveilleux issus de sa matrice. Peu lui chaut désormais que les pectoraux de son surfeur de géniteur s'enflent de désir, qu'il s'ébroue comme un chien en sortant des rouleaux, éclaboussant les cuisses fuselées, planche sous le bras. 
Elle, est programmée au dévouement pour ses bébés, dévolue à leur développement exclusif. Ses seins ne sont plus les jouets de papa, ils sont à eux, à leurs bouches avides, à leurs petites mains roses et pressantes qui supplantèrent bien vite les grosses pattes poilues de papa au dessein moins noble. Elle compulse des magazines futiles admettant avec sagesse le renoncement aux silhouettes que l'on y peut contempler, peut-être comparable à la sienne il y a peu, dès qu'elle tourne la tête vers ses petits, émerveillée de ce pouvoir de vie. Elle est dans le retrait épanoui, dans sa tête et dans son corps, contemplant l'agitation frénétique de la plage. A une table voisine, un papi au ventre rond comme une parturiente à huit mois et demi, s'interroge devant sa bière sur les buts du photographe qui le braque aussi.

Dormez les bébés, Coca-Cola qui a fournit des tables, des parasols et des chaises rouge vif, veille déjà sur votre destin de consommateur. Sur cette envie de sucre, de succion, d'ingestion de plaisir, sur ce désir de plénitude sensuelle finalement, seul sentiment que vous avez déjà en commun avec un monde adulte qui en est éventuellement plus conscient, mais pas moins esclave.     

lundi 3 septembre 2012

Stupide, Sordide, Morbide : Visa pour l'horreur.

Mettons que vous soyez d'un naturel gai. Vous vous dites, optimiste, tiens... je vais aller passer le week-end à Perpignan me détendre un peu. Justement, y'a ''Visa pour l'Image'' qui démarre, de chouettes expos photo partout dans la ville et gratuites en plus... cool. Il ne fait pas trop chaud, vous êtes en forme et vous déambulez, guilleret, une brindille à la bouche, d'humeur festivalière quoi... Eh bien, non, il ne faut pas.

Deux jours après, vous ressortez les yeux rougis, l'âme en peine et le cœur fragmenté de voir sur les cinq continents les exactions de votre race, l'humaine. Toutes fraîches en plus, les horreurs, actuelles. Ah que l'homme s'en donne à cœur joie... et particulièrement le musulman, lecteur compatissant ou alors ils n'exposent que des photographes racistes, je ne sais pas... Alors on y va ? On démarre ? Vous êtes prêts ? Allez : mariages forcés de petites filles – autant dire viols organisés en série, c'est plus clair- assassinats, mutilations, attentats, guerre, catastrophes en tout genre, vraiment, y'a le choix, ''Visa pour l'image'', c'est ''Vas-y pour l'horreur''... Eh bien crois-le ou non lecteur, si tu arrives à garder un œil de spécialiste en photographie, tu arrives à en trouver de bonnes, de photos, qui te plaisent... malgré ce qu'elles montrent ! C'est horrible, non ???

Le créneau de ''Visa pour l'image'', c'est le reportage, le photo-journalisme, et ils te rapportent toute l'abjection du monde... c'est affreux... mais faut le voir... le savoir... et ce sont eux, qui meurent en bien plus grand nombre que ces marionnettes apprêtées du toreo que tu aimes tant (oh putain...même des aficionadeaux je me fais haïr maintenant...) comme Rémi Ochlik, 28 ans, tout récemment disparu et dont il est évident qu'il était un photographe de talent. Alors du coup, ton énergie, insensiblement, ta déambulation, de couvent en palais, ton insouciance, de salles en châteaux, tout ça, tout toi, s'étiole, ralentit, décroît, se meurt et d'un coup tu sais que STOP, trop c'est trop, il te faut t'arrêter, ça suffit, tu en as assez vu.

Mais tu t'arrêtes là, devant cette petite fille en vert, indignée et révoltée par la mort et la bêtise humaine, cette photo avec cette petite fille, avec laquelle Houssaini a remporté le prix Pullitzer. Elle est là, au milieu des morts et des blessés, mutilés, ensanglantés, surtout des enfants, dérisoires, anodins et morts. Trop tôt, pour rien, si ce n'est faire souffrir, encore et encore. Alors, pleurer ? Vomir ? Rester là comme un con, inutile et malheureux de ne pouvoir la prendre dans tes bras pour tenter de mettre des mots sur les morts, calmer sa révolte, son incompréhension, elle qui n'était qu'amour et insouciance ? C'est extrêmement dérangeant de regarder cette photo, c'est là toute sa force et sa valeur, qui met face à face toute la folie haineuse et le désespoir qu'il y a à la constater.

Tu sors de là un peu plus persuadé s'il en était besoin, qu'il te faut haïr toujours plus la religion et leurs adeptes, tous, sans exception, pour tous les morts qu'ils ont fais au nom de ''l'esprit supérieur et de sa bonté suprême'' cette merdique entourloupe intellectuelle écoeurante, au nom de laquelle on saigne tant et plus au fil des siècles. Amen, connard. Et là, devenu rageur, ton esprit tempétueux bouillonnant de violence, tu marches vite à nouveau, jusqu'à sentir soudain que toi aussi, si tu les tenais ceux qui ont fait ça, tu pourrais tuer, et cette saleté de monde continuer, intacte, à louvoyer dans les rivières de sang promises au nom de tous ces endoctrinements qui ôtent aux hommes le pouvoir d'une intime conviction mesurée, la sagesse d'une conscience éclairée.

PS : le photographe, Massoud Houssaini : << J'étais juste en train de regarder mon appareil quand il y a eu une grosse explosion. Je me suis tourné vers la droite et j'ai vu la petite fille. Lorsque Tarana a découvert ce qui était arrivé à son frère, ses cousins, sa grand-mère, ses oncles et les gens autour d'elle, elle s'est mise à hurler >>