Et si le ciel était vide ?

Et si le ciel était vide ?
on peut toujours espérer

samedi 31 janvier 2009

FESTIVAL DE LA BIOGRAPHIE


A 18H se tenait à Carré d'Art une conférence sur la tauromachie. Aux questions, Daniel-Jean Valade, adjoint à la culture. Aux réponses, Yves Charnet, Alain Montcouquiol et Jacques Durand. Beaucoup de monde, beaucoup de bruit et selon sa place et son humeur, soit un brouhaha à décourager l'oreille soit un sympathique bouillon de culture. Mal luné, c'est la première alternative qui prévalut pour moi. Voici donc les quelques bribes retenues.


Charnet qui publie "Lettres à Juan Bauptista" a dit à la blonde du deuxième rang qu'elle était vraiment très jolie et que depuis qu'il avait découvert la tauromachie il s'essayait à vivre sa vie "en torero". Il a estimé que si la tauromachie lui avait plu c'est que c'était de l'art et il disait donc aux anti : allez-y, ne vous gênez pas, supprimez l'art tant que vous y êtes ! (sous entendu : bande de cons ! )


Jacques Durand a expliqué que José Tomas avait tué la resena, qu'on ne pouvait pas vraiment avoir les mots pour décrire ses actuacions. Que ce qui s'en rapprocherait le plus serait peut-être de dire comme Corrochano (je crois...) dans le titre d'une resena célèbre, après s'être aperçu que sa montre et celle de son voisin s'étaient arrêtées :


" Manolete, est-ce que ton coeur s'arrête aussi quand tu torées ?"


(à part que je ne suis pas sûr qu'il se soit agi de Manolete non plus... : compilateurs encyclopédistes venez à la correction svp...)


Enfin, et quel que soit le talent de ses compères d'estrade, quand Montcouquiol parle, tout prend une autre dimension. Le silence se fait pour écouter son chant profond et quand Valade lui demande quel rapport peut avoir la tauromachie avec l'humanité, il répond quelque chose comme ça :


La seule certitude que nous avons, c'est celle de notre propre fin. Sans en devenir maladivement inquiet, si l'on peut utiliser ce laps de temps du berceau à la tombe pour comprendre à travers la corrida comment partir... ce qui va m'arriver bientôt puisque je suis entré dans mon troisième tiers... oui, comment partir avec une certaine élégance, ce serait une utilisation assez intelligente de la tauromachie.


L'auditoire explose en applaudissements, les muscles horripilateurs de la peau se contractent et tout le monde se lève, conférence estoquée. L'écrivain-torero à l'accoutrement lumineux ad'hoc se fout bien désormais de savoir si la blonde du deuxième rang a capté ou non le message subliminal qui lui permettrait de ne pas s'emmerder dans sa chambre d'hôtel, et note frénétiquement dans son carnet la phrase magique qu'il ressortira vraisemblablement un jour - guettez-la dans son oeuvre- tout en essayant d'applaudir... Montcouquiol lui, se lève avec la planta. Le moindre de ses gestes a une lenteur retenue qui inspire le toreo. C'est pour moi l'occasion de lui parler de sa lettre, reçue la veille, dans laquelle il m'encourage d'ailleurs à provoquer notre rencontre. Mais quand il passe à ma hauteur sans me voir, je n'ose pas interrompre le sens de sa marche.

vendredi 30 janvier 2009

Le Nu

Je n'avais jamais entendu parler de Waclaw Wantuch. Et je ne sais pas encore si c'est à cause de mon inculture ou si ce photographe polonais n'est effectivement pas très connu. En tout cas son travail m'a convaincu. Une très belle lumière et question poses inédites, une réussite. Ici l'utilisation d'un ultra grand-angle livre les caractéristiques de sa focale, de spectaculaire et habituelle façon, c'est-à-dire un premier plan surdimensionné et un arrière-plan fuyant et rétréci, les petites mains. Remarquable, ce nu de femme enceinte non ? (Si, elle est enceinte, vous verrez...) Ayant trouvé la trace du photographe, je lui ai demandé l'autorisation de publier deux photos. Il ne me les a pas envoyées dans une résolution très confortable, j'espère cependant que cela suffira. Un dernier renseignement puisque la question vous brûle les lèvres : malgré l'effondrement du zloty polonais, un tirage baryté vous coûtera 4500 euros environ et un tirage labellisé digigraphie 1150 euros. Donc c'est mon inculture.

LES TAUREAUX RÊVENT AUSSI



Connaissez-vous, Le Plat Pays qui fut le nôtre ? Alors lisez ou relisez les nouvelles de Catherine Le Guellaut, "Les Taureaux rêvent aussi", éditées chez Cairn dans la collection filigranas.
C le G. y dénonce la sauvagerie de l’homme qui manque d’humanité envers ses semblables et ne respecte pas la vie.
Pourtant la terre est belle. La narratrice nous promène avec ses personnages en Camargue. Les excès climatiques, canicules ou orages y malmènent bêtes, gens, espace. Cependant on s’enchante constamment de sa beauté sauvage. C’est en marchant, en symbiose avec les éléments, qu’on absorbe ses sensations, des parfums, des chants, des stridulations, des crépitements, la caresse du vent et de l’air chaud.
En ville, c’est vivant et beau aussi avec les places, les bancs et les platanes, le goudron qui fond, les arènes quand elles sont « transformées en un chaudron infernal.. , avec un taureau dantesque et averti… au centre de la fournaise,... les bars, et ce bar des aficionados vu avec tant d’humour :
« avec la tournée générale, l’assemblée soudain plongée dans une allégresse sonore et rigolarde, le récit de leurs dernières équipées en terres taurines lointaines, les commentaires sévères sur les fiascos, la faiblesse des taureaux, on trinquait, on trinquait encore, on réinventait les faenas, idéales de cette époque où les toros c’étaient des toros-toros, on servait une nouvelle tournée, on supputait sur le cartel de la feria toute prochaine… on en buvait un petit dernier avant le suivant. »
Pourtant des personnages humains ou animaux - à égalité dans leur désignation et leurs aspirations de Vivants -, souvent enfants ou vieux, démunis, souffrent et nous attendrissent..
C’est l’adulte qui est en cause, l’Homme. Avec une ironie parfois cinglante et dans un style épique, C. Le G. dénonce sa brutalité, son manque de compassion : par bêtise, vanité et cupidité, il use, meurtrit et détruit la Terre. Ses besoins industriels, énergétiques sont énormes, le Delta du Rhône est une poubelle. Pas de tendresse de C. Le G. non plus, pour sa mégalomanie dans ce pont gigantesque, cette liaison autoroutière « oversea » Marseille-Montpellier, et que de vanité dans « l’inauguration en grandes pompes du chantier du siècle, assorti d’une gigantesque prouesse technique défiant toutes les lois de la pesanteur et de la rentabilité…Les magnats du pétrole et de la finance, gras et suants dans leurs costumes griffés déjà trop étriqués soufflaient de leurs cigares synthétiques… un discours qui sentait l’ail et la mastication rance ». En conséquences, on a les accidents, les carambolages en chaîne avec tôles froissées, tordues pliées, crissements aigus, jurons en batterie, chocs lourds, hurlements d’effroi, explosions en cascades…
Finalement, notre Midi parcouru avec tant de poétique tendresse, est le symbole de ce Monde des hommes devenus fous.
Comme C le G nous y invite dans le titre de l'ouvrage, rêvons avec tout le règne vivant, à une terre différente qui serait habitable.
GINA

jeudi 29 janvier 2009

La Pensée du Jour

Pour peu qu'un écrivain soit bon, la postérité, à la longue, finit par lui pardonner.
Charles Percy SNOW
1905-1980

mercredi 28 janvier 2009

LE BAISER...



... de l'éleveur Yonnet à un taureau. Pas vraiment de l'amour désintéréssé, il semble bien qu'il y ait une friandise entre eux.

REGARDER LE TORO



Voyez comme il est compliqué de regarder dans la même direction. Voyez les militants d'un même parti s'entre-déchirer, les salariés d'une même entreprise se jalouser, voyez comment dans cette communauté pourtant minimale qu'est le couple, les individus cherchent à s'affirmer et en viennent avec le temps à considérer les traits originaux qui les avaient autrefois séduits, comme d'insupportables manies. Alors les aficionados, pensez... Eux dont le sport favori est la joute verbale, la polémique, en permanence nourrie par les mille pierres d'acchoppement du champ infini de la tauromachie, comment voulez-vous que l'unanimité se crée ? Différences techniques, stylistiques, zoologiques, philosophiques, en faut-il encore il en reste : culturelles, mémorielles, le tout passé au filtre de la sensibilité, de l'éducation, des peurs, fantasmes, désirs et résonnances insondables. Jadis, tout ce petit monde se réunissait sur le dénominateur commun d'une idée de base, limpide et irrévocable : le toro devait être fort, sauvage, agressif. Tel était le postulat de base, le centre de tout et on s'arrangeait pour graviter chacun à sa place autour de cette évidence parce qu'à cette seule condition s'instaurait la beauté de la prééminence de l'idée sur les forces obscures de la mort.
Plus que la reproduction programmée d'un art imposteur pour auto-entretenir médiatiquement le cirque, comptait alors comme l'explique Michel Del Castillo de
"se reconnaitre mortel afin de jouir à chaque instant avec une intensité frénétique". Il indique aussi que "dans leurs critiques, Blasco Ibanez et les amis des bêtes, toutes les âmes sensibles, ont raison. Mais ni la corrida ni la vie ne relèvent de la raison, laquelle rejette la douleur et la mort, refus qui n'a jamais empêché les hommes de souffrir et de mourir (voir UNAMUNO). On peut se satisfaire de cette tartuferie : cacher le sein qui fait scandale, c'est à dire endormir la douleur, escamoter la mort. L'Espagne choisit de ne rien dissimuler, mais au contraire, de tout magnifier, y compris l'horreur. ...Si la corrida est devenue la fiesta, la fête par excellence, c'est qu'elle célèbre le triomphe de la vie sur la mort. Victoire illusoire ? Certes. Mais l'art n'est-il pas la plus nécessaire des chimères ? "
Il m'avait bien semblé déceler en mes amis d'irréductibles jouisseurs, amateurs de flacons précieux de Bourgogne et d'ailleurs, fines gueules hédonistes et addicts d'émotion fortes et rares. C'est d'ailleurs pour cela que je les aime. Mais je m'aperçois aussi que l'époque produit des jouisseurs petits bras, plus masturbateurs compulsifs, qu'amants flamboyants. Des handicapés de la polémique, édulcorés de la prise de position, des consensuels mous, inaptes à supporter le moindre derrote mal élevé puisque empêcheur de cette écoeurante suavité étonnamment nécessaire au plaisir de leur orgasme hypocrite (l'amour est-ce que c'est sale ? Oui, quand c'est bien fait... Woody ALLEN ) Ceux-là ne regardent pas dans la bonne direction et n'ont pas fini de faire du mal à la fiesta brava. Pour un petit garçon éveillé qui montre la direction tout en contrôlant la situation, il toise le photographe, un autre regarde le doigt et le regard du troisième s'égare de l'essentiel. Aimer la corrida, c'est montrer les qualités du toro qui combat, pas les aptitudes à collaborer de la dégénerescence sélectionnée. Il faut arrêter les moissons de trophées récompensant les farces et autres scandales qui plongent le public dans l'incompréhension et le contresens. Il faut éprouver la fascination des origines pour le plus beau des fauves et accepter de regarder dans les yeux la peur, le danger et la mort qu'il inspire et surtout, jouir de l'intervalle ténu qui nous sépare de la nuit froide où plus aucun regard doux, plus aucun toro de sa foulée magnifique ne nous aidera, et pour cause, à nous sentir vivants.

La Pensée du Jour

Le visible ouvre nos regards sur l'invisible.
ANAXAGORE
500-428 av JC

lundi 26 janvier 2009

POURQUOI ALLEZ-VOUS VOIR LES CORRIDAS ?

Un Autre Monde
Paul Hermé
Imaginez un monde sans télé, ni cassettes vidéos, un monde qui n’avait rien de virtuel, le vrai, sans Internet, ni Playstation ou autres images préfabriquées à digérer à fortes doses… Un autre monde.
Celui de la réalité du terrain car de toute façon, nous n’avions pas d’autre choix. Nous étions au milieu des années cinquante et sans trop nous poser de questions, nous allions machinalement aux arènes comme au stade Jean Bouin ou au mazet pour taper dans un ballon, ramasser des figues ou jouer à la pétanque. Un rituel. Question de culture, de traditions, d’hérédité ou d’environnement…
Au quotidien, nos jeux étaient partagés dans la cour d’une école entre les osselets, le foot bien sûr, et les toros. Pas encore les filles, dont nous ignorions presque l’existence car la mixité et ses joies n’était pas encore à l’ordre du jour et de grands murs austères, pas moins hauts que ceux d’une prison, cloisonnaient impitoyablement les genres, séparant la communale en trois parties aussi distinctes qu’infranchissables… Déjà les trois tiers !
Sur le théâtre de nos exploits, les plus malins se débrouillaient en général pour toujours s’octroyer les meilleurs rôles, les trois matadors en premier lieu, au pire les banderilleros ou les picadors. Il n’y avait pas vraiment de hiérarchie établie, pas d’escalafón, tout était question de débrouille ou d’opportunité car ceux - moins dégourdis ou plus charpentés - qui restaient sur le tapis après leur distribution n’avaient plus qu’à se glisser dans la peau du toro, transformés illico en souffre-douleur sur lesquels s’acharnaient impitoyablement les diestros en herbe. D’ailleurs, les faenas s’achevaient souvent en pugilat et le fauve, dans un dernier sursaut d’orgueil, refusait souvent d’humilier à l’heure de vérité et osait même parfois se rebiffer pour infliger aux belluaires en culottes courtes la sournoise et perfide cornada qui demeurait l’unique moyen de riposte à sa disposition : aller cafter au maître ! Allez trouver un signe plus flagrant de mansedumbre !
Dans son rôle d’arbitre impartial et souverain, à l’instar du président d’une corrida, notre instituteur rendait un verdict sans appel. Faute de mouchoir blanc, c’était en fait de feuilles blanches qu’il s’agissait… sur lesquelles nous devions remplir à la récré suivante une centaine de lignes bien calligraphiées. Dans le pire des cas, la sanction pouvait tourner à la paire de baffes bien appuyées, voire au coup de pied aux fesses, selon l’humeur du président… ou l’état du cafard ! C’est pourquoi à la récré suivante, les cuadrillas étaient modifiées par la force des choses, seul le scénario et l’épilogue restant inamovibles.
A la maison, le soir, après les devoirs, il n’y avait guère plus à faire que de sortir la boîte de figurines en plomb où là encore, au milieu des footballeurs, des cyclistes ou des soldats, on retrouvait toreros et toros miniatures pour d’inlassables corridas virtuelles sans écrans, ni souris, mais avec un avantage considérable, celui de les faire évoluer manuellement selon notre gré et d’esquisser bien sûr des faenas d’anthologie. Quatre ou cinq fois dans l’année, nous prenions le chemin des arènes pour entrer de plain-pied dans une réalité qui ne pouvait que fasciner les gamins que nous étions devant cet apparat soigneusement entretenu où les ors et les lumières nous permettaient de recharger notre stock d’images jusqu’à la temporada suivante. Nous en prenions en effet plein les mirettes sans être à même de juger sur le fond les prestations des grands maestros de l’époque que Ferdinand Aymé alignait dans des cartels de rêve, tels Antonio Ordóñez, Luis Miguel Dominguín, Jaime Ostos, Julio Aparicio, Litri, Curro Girón, Chamaco… Mine de rien, et malgré notre incompréhension des subtilités techniques, nous nous imprégnions d’une atmosphère et d’un art que nous nous efforcions ensuite de reproduire à notre manière dès la récré du lundi matin… ce qui nous attirait de nouveau, évidemment, les foudres du président ! Mais la sanction était atténuée par l’effet pernicieux du virus qui progressivement nichait en nous et qui portait un nom reconnu de tous les spécialistes : l’aficion. Contre lui, aucun vaccin n’était efficace, d’autant plus qu’à la temporada suivante - on en était au temps des premières ferias nîmoises -, la même montée de fièvre réapparaissait, encore plus violente à l’âge de rentrer dans l’adolescence et de découvrir en parallèle d’autres plaisirs… C’était donc définitivement acquis, je serais aficionado. Et s’il pouvait encore subsister le moindre doute, un homme allait se charger à lui tout seul de les balayer d’un coup de revers de mèche : Manuel Benítez El Cordobès.
En 1963, j’avais alors quatorze ans, l’âge bête à ce qu’il paraît, et Manolo le rebelle allait rapidement devenir l’idole de toute une génération d’ados et de jeunes totalement subjugués par des attitudes parfois fantasques et provocantes qui, si elles ulcéraient les plus orthodoxes - que nous n’hésitions pas d’ailleurs à taxer de vieux cons -, nous ravissaient par leur arrogance et leur spontanéité. C’était aussi l’époque des spectaculaires abrivados d’ouverture avec des toros qui fracassaient la vitrine de Vélo solex ou qui étaient introduits dans la cour du lycée, des polémiques sur la vente des pétards et les heures de fermeture des bistrots, de la fontaine qui pissait le gros rouge devant la Mairie, des bandas navarraises. Par souci d’imitation, nos aînés faisaient les couillons, sans avoir à forcer leur talent, notamment sous la bannière de la glorieuse Peña Chicuelo II. Comble de la recherche vestimentaire, ils portaient des chemises…de la même couleur que leur boisson favorite qui s’étalait par mètres sur les zincs ! C’était aussi le temps où une musique venue de Liverpool faisait péter nos Teppaz, celui des ferias au Gitan ou dans les mazets qui allait rapidement nous faire glisser vers un mois de mai des plus agités, emportant dans sa frénésie la Feria de Pentecôte 68, carrément supprimée et remplacée ailleurs par d’autres combats…
Ce parcours d’aficionado allait se poursuivre au gré d’une trajectoire logique : la découverte d’une Espagne jusque-là imaginée et enfin offerte à ma curiosité, totalement fascinante et encore plus fascisante, envoûtante tout de même malgré la présence aux commandes d’un sinistre vieillard. La toile était définitivement tissée et malgré les aléas de la vie, plus rien ne pouvait contrarier ma condition d’aficionado. Les toros, avec tout ce qu’ils représentaient, étaient définitivement entrés dans ma tête. Avec eux, les virées pour aller voir toujours plus loin, la fête, l’amitié, l’émotion, la sensibilité, une certaine vérité, une façon de vivre et même de penser. Et puis par le biais de la plume, l’envie de s’investir un peu plus, sans autre prétention que de faire partager quelque chose qu’on aime à s’en rendre fada.
A l’orée du troisième millénaire où la vache a tendance à laisser libre cours à sa folie, à tel point que l’expression “Mort aux vaches !“ n’a jamais été autant d’actualité, espérons que les moins touchées continueront à nous donner de beaux toros pour la pérennité de la race. Car si en définitive, la tauromachie peut paraître à certains un peu surannée, irrationnelle même, voire intolérable, elle n’en reste pas moins exaltante dans un monde qui l’est beaucoup moins.
Un autre monde…

dimanche 25 janvier 2009

NFF : MUJERES

Les femmes, ah les femmes...
Une, peut survenir un jour, comme ça, de nulle part, et soudain c'est son image qui vous habite chaque nuit, juste avant que le sommeil ne vous emporte. Le saura-t-elle jamais ? Et puis il y a celles qu'on attendait, en qui on croyait, et qui finalement déçoivent. Question baile Flamenco, plus je vois de danseuses, plus je réalise combien m'a plu Pastora Galvan ! Le Mujeres d'aujourd'hui situé en clou du festival n'a pas représenté à mes yeux son point culminant, loin s'en faut. La faute aux Galvan tellement purs, authentiques et profonds, que cet aimable récital décoratif un peu floklorique, un peu contemporain et un peu flamenco, m'est apparu comme un spectacle beaucoup plus commercial, plus accessible à un large public, capable de plaire à Amsterdam, à New-York comme à Tokyo mais peut-être moins dans le "cratère du volcan", à Jerez. Je précise à nouveau que ce n'est pas une sentence de connaisseur, juste un ressenti d'aficionado (l'aficionado étant celui qui aime, pas forcément celui qui connaît...) Il m'aura fallu attendre l'actuacion en solo de Merche Esmeralda dans sa robe anthracite à pois blancs, pour commencer à apprécier un tableau. Le suivant, ce duo en body mauve sur un parterre de lumières noires et vertes était plus contemporain et très beau aussi. Pour le reste, rien qui ne s'imprimera de manière indélébile dans mes circonvolutions cérébrales. Jusqu'au solo en robe noire de Rocio Molina qui pour moi souffrit grandement de la comparaison avec Pastora Galvan vraiment plus habitée, incisive et convaincante. Sinon, à part mézigue grincheux, triomphe général bien entendu. Au final, une belle éditon -la prochaine sera pour l'anniversaire des vingt ans- avec comme tiercé gagnant personnel :
1) Los Galvanes
2) Terremoto y Chiquetete
3) L'ambiance générale d'auberge espagnole des soirées de l'Odeon con la guapa mujer Alicia
(je ne résiste pas aux yeux verts...)
Voilà, j'ai beaucoup bossé entre la retouche photo, la rédaction des articles, les prothèses de genou et les lombarthroses pour vous faire vivre mes sentiments au jour le jour sur cet événement. En espérant que cela vous a plu. Je sais, vous demandez la vuelta, vous êtes sympa, mais après un rapide salut à la barrière, je vais me coucher. Suerte.









samedi 24 janvier 2009

NFF : LOS GALVANES



Le génie du baile est-il héréditaire ? Telle est la question que l'on pouvait se poser à l'issue de l'ébouriffante prestation de la famille Galvan. Pour essayer d'en conter la quintescence aux absents, sans doute vaudrait-il mieux couper court d'un seul mot : indicible.
Et les renvoyer à leur prochain spectacle, s'il se reproduit. Car je n'aurais pas assez de génie dans l'écriture pour retransmettre la science et le sentiment de leur interprétation. Pousser le superlatif ? Insuffisant. Dégainer le dithyrambe ? Dérisoire.
Seulement voilà, bloggeur = plumitif de service.
Alors peut-être pourrais-je tenter d'inventer des mots puisque notre langue n'est pas tout à fait morte : époustiflattant ! émotigène ! Sensibilifique ! Maravilhozifère ! Superpellizcogétatoire !
Du plaisir sur la piste, du plaisir dans la salle, une empathie générale en guise de ciment qui scellait le public d'épaule à épaule, vive le plaisir que l'on peut prendre et se donner, aimons-nous les uns les autres, partageons le bonheur, propageons-le, Youpi ! Quatre danseurs, José, Israel, Pastora et Eugenia de los Reyes, quatre filons d'inspiration où puiser la source originelle du flamenco, l'âme de l'Andalousie. Tous ont emporté l'enthousiasme. Israel le fils, partout présenté comme un génie d'avant-garde propose et fait effectivement admettre toutes les audaces avec son gabarit tonique, véloce et puissant. Très spectaculaire. José le père, est un trésor national, toujours en place au millième de seconde avec la musique qu'il semble générer de sa poitrine, José à l'art consommé et dont le style semble avoir réalisé le parfait syncrétisme entre les katas de combat, le Qi Gong, la planta torera, la danse etc, bref tout ce qui fait circuler l'énergie mais a gusto et nappé de sauce duende. Impressionnant, nourrissant, décoiffant. Pastora la fille, avec une interprétation remarquable de précision et de sentiment est très convaincante aussi ce qui n'est pas rien quand il faut passer après ses aînés illustres ! Un spectacle que nous avons eu la chance de voir à Nimes, que bien des tablaos consacrés seraient fiers de présenter mais en sont bien incapables ne serait-ce que pour des raisons physiques, d'espace.
La MEGA-FRUSTRATION de la soirée : avoir obéi à Houria, être venu sans appareil photo. Car s'il y avait de la photo à faire c'était bien hier soir... Autour de moi dans les travées, ça déclenchait sec : portables, compacts, camescopes, qui sortaient de sous les blousons jusqu'à un cuistre qui lâcha l'éclair outrecuidant de son flash ! Is fecit cuit prodest ! (le coupable est presque toujours celui à qui le délit profite...) "Si que j'aurais su, j'aurais désobéi..."
La photo a été empruntée au site officiel d'Israel Galvan : http://www.israelgalvan.com/

vendredi 23 janvier 2009

NFF : AMADOR, TERREMOTO Y CHIQUETETE !

HOURIA M'A TUE...
De cette soirée qui produisit trois chanteurs de catégorie, vous n'aurez que cette seule photo de Juan Jose Amador. Pour vous en plaindre, veuillez harceler Houria qui m'a confisqué mon sac photo, en bombardant le théâtre de vos appels indignés. La pauvre... non, n'en faites rien, elle est déjà assez stessée comme ça... Et puis elle me l'a confisqué gentiment, avec humour et dans un grand sourire. Alors moi évidemment, dès qu'une fille me sourit, je ramollis et j'obéis... M'enfin, si vous ne voyez pas le baile délicat du Terremoto, c'est la faute à Houria ! Si vous n'avez aucune idée de l'élégance du Chiquetete, c'est la faute à Houria...Si...etc...Houria encore et toujours ! Alors avec moi, tous en choeur pour espérer ramener quelques photos ce soir et dimanche :
Hip, Hip, Hip ? HOURIA !
Tentons de la soudoyer : Hou, Hou.... Hououriaaaaaaa... vous venez de gagner un "Massage Général Relaxant" : prière de vous présenter à mon cabinet le jour qu'il vous plaira afin que de mes petits doigts musclés - infatigables explorateurs avides - de votre jolie peau toujours bronzée et satinée, j'obtienne un tel état de "lâcher prise" que mon accréditation 2010 sera acquise. Bises. Marché conclu.
Juan José AMADOR
"Regular". Là je sens mon inculture flamenca me coûter... Que pourrais-je bien vous dire sur Amador ? Il n'a pas une voix très typée flamenco, elle est plutôt forte, nette et pas éraillée pour un sou. Son interprétation apparait assez dure, sans concessions chatoyantes.
Fernando TERREMOTO
S'il est un critère dont il faut tenir compte, je crois, c'est l'impression organique. Et là, depuis le début de ce festival, malgré ma réceptivité à la belle Alicia Gil par exemple, quand Terremoto a lancé son premier cri, j'ai senti la terre s'ouvrir sous mes pieds et surgir de son tréfonds, la voix des origines. Pour la première fois, j'ai senti partout sur ma peau courir le frisson. Ca ne trompe pas. Le toreo aussi provoque parfois ce phénomène. Une seconde pourtant, j'avais douté que ce fût lui car cela correspondait au moment ou par inadvertance, ma voisine de tendido qui me tenait déjà captif sous son parfum, frôla ma cuisse de son genou... Mais non, c'était bien Terremoto car cela récidiva. Parfois dans ce que l'on appellerait le "couple" de la voix : un chevrotement à bas régime constamment au bord d'une rupture qui finalement ne survient jamais, suscitant les "OLE" enthousiastes de la foule sur la note finale. L'acmé de son récital fut atteinte quand, las de ne recevoir aucun retour de son, malgré ses appels répétés au pupitre de sonorisation, il se fâcha, enjamba les haut-parleurs et debout s'adressa à nous "d'homme à homme" en bout de scène, a capella et en acoustique pure. Un grand moment qui nous valut quelques séquences de baile bien senti où sa silhouette plutôt enrobée, semblait se donner des évocations de souplesse, d'agilité et de délicatesse. J'allais oublier un commentaire important : c'est Alfredo Lagos qui l'accompagnait et cette fois-çi très détendu et souriant il semblait plus à sa place, dans son rôle et avec un répertoire plus allègre, il m'a régalé !
CHIQUETETE
S'il était un mafieux, son surnom serait "l'élégant". Il commença seul, debout et a capella. Il fallut d'abord apprivoiser sa voix comme si, filtrée, elle passait toujours voilée et sans effort dans la modulation, plus difficilement quand il voulait la forcer, mais quelles que soient les circonstances, elle gardait la même élégance que l'homme. On en perçait les secrets, on goûtait à ses caractéristiques au fil du temps, et le plaisir suivait le même courant d'intérêt ascendant.
A l'applaudimètre, vainqueur : TERREMOTO !
PS : allez Houria, quoi.... un bon mouvement...

jeudi 22 janvier 2009

NIMES FLAMENCO FESTIVAL : L'INTROVERTI ET LA PASSIONARIA

Cette troisième soirée du festival a réuni deux personnalités aux caractères très distincts. Le froid et distancié Alfredo Lagos et la chaleureuse et charnelle Alicia Gil, sévillane grand teint. Une bonne programmation que ce contraste du feu et de la glace.

Alfredo Lagos

Mon bilan photographique parle de lui-même : sur la centaine de photos prises, quatre-vingt-dix pour Alicia et à peine dix pour Alfredo qui n'attire pas autant le photographe hétérosexuel de base. Mais c'est surtout par son incapacité à "transmettre" qu'il ne se rend pas désirable. Après Diego Carrasco qui nous avait montré la veille ce qu'était un flamenco, Lagos qui est peut-être flamenco dans l'âme, est resté cadenassé.
Dans son introduction, sur France-Musique qui diffusait le concert en direct, la commentatrice insistait sur une des sources étymologiques de "flamenco" qui lui paraissait la plus représentative : la flamboyance. Bonne pioche si l'on voulait illustrer cette racine par son contraire, car Alfredo Lagos est tout sauf flamboyant ! Avec son air de Grand d'Espagne souffreteux, le barbu introverti restera toute la soirée dans son monde d'accompagnateur qui d'ordinaire, n'a pas affaire directement au public. Enfermé dans sa bulle, l'homme n'écoute que sa guitare et salue d'un air compassé ce public qui le gêne. (voir photos...) Son monde n'est pas là, il ne s'adresse pas à lui. Un remarquable interprète, c'est une cause entendue, et comme le titre Midi-Libre, Un Jeu capable d'évoquer "La Dentelle de Lagos". Toutefois, plutôt qu'à l'étalage métrique d'un comptoir de mercerie, j'ai toujours préféré entrevoir un détail émouvant de dentelle sur une chair palpitante. Un parallèle s'impose d'évidence à moi : Lagos est à la guitare ce qu'Enrique Ponce est à la tauromachie : un surdoué incapable de vous remuer les tripes. Enfin les miennes, par le luxe de ce blog dévoué à mon entière subjectivité. Car comme Ponce, récital donné, Lagos est parti sous l'ovation triomphale. Soit. On ne peut pas être aimé de tous. C'est sûrement ce qu'il faudrait avoir la sagesse de se dire lorsque la douceur d'une brune aux yeux verts s'empare gentiment de vous à l'entracte.


Alicia Gil

Il faut l'évacuer dès la première phrase, Alicia Gil est... belle. Belle et très surveillée par son guitariste de mari. Eh non, on ne peut même pas fantasmer tranquille cinq minutes. Marquage serré. Si belle, qu'elle le reste alors que l'effort du chant la contraint. Mais cela suffit-il ? Cela est-il de nature à troubler mon jugement ? Non...enfin si...peut-être...sûrement...c'est vous qui le dites... Enfin on va bien voir. Mais après Alfredo, vous comprendrez que j'étais ravi... Bon allez, j'arrête avec ce pauvre Alfredo vraisemblablement un très grand guitariste...(qui ne "transmet" pas... Bon, Ok, je sors...)
Comment ne pas sombrer dans les lieux communs sévillans avec Alicia : l'âme, la chair, le sang, la braise et autres notions réjouissantes et muy caliente ? Pourtant, dans la première seconde de son chant, il ne m'est pas apparu que le grain de sa voix soit à la hauteur de mes espérances et de son physique . Mais Alicia monte en température au fil de sa prestation (et nous donc !), montre tout son engagement et sa sincérité, ce qui vous gagne très sûrement. Encore est-elle très sobre et concentrée sur son phrasé. Il lui serait pourtant facile, flamboyante comme elle est, d'incendier la salle de quelques ondulations de hanches. Chaque fois qu'elle s'est levée pour en esquisser une évocation timide (je vous rappelle la présence du guitariste...) un run-run immédiat de la foule se faisait entendre, digne des plus grandes faenas de las Ventas. Loin d'en abuser, il semble au contraire qu'elle n'ait pas voulu parasiter l'authenticité de son chant par les remous qu'aurait provoqués son avantageuse silhouette. Peu importe, plus elle chantait plus nous étions heureux. Grand succès du passage à Nimes d'Alicia Gil. Si on clique sur la bouche d'Alicia, elle s'agrandit !







































mercredi 21 janvier 2009

Pour s'endormir avec Alicia...



Avant le compte-rendu que je publierai demain si le travail m'en laisse le temps, un petit cadeau pour couche-tard : la belle Alicia Gil floue et de dos pour accompagner vos rêves. Demain, nette et de face, elle ne vous décevra pas ! Il y avait ce soir au moins deux jeunes femmes émouvantes.

NIMES FLAMENCO FESTIVAL : POINTURES ET MANUCURE



Pour cette deuxième soirée du festival, moins de monde et moins de spontanéité. Mais les règles de l'équation sont respectées : moins par moins ça fait plus. Plus d'art, de maîtrise et de sentiment car hier soir, après le championnat régional de la veille, on jouait plutôt en ligue un.
DIEGO CARRASCO
J'ai eu l'impression d'avoir affaire à un maître. Heureux d'être accompagné par son fils, un alter ego juvénile qu'il encouragea d'un pouce levé à la fin du premier morceau, il chantera "pour les hommes, pour les gitans des gañanias, pour sa femme" et dédiera ce concert au frère aîné de Paco de Lucia, Ramon de Algeciras décédé le jour même. Un maître, "Carrasco Nimès de la frontera" comme il s'auto-baptisera, qui aurait ingurgité tout le flamenco et serait capable de régurgiter le sien propre, d'une si singulière façon. Un magicien de la modulation de ses deux instruments, la guitare et la voix. Ici le "Ay" des autres chanteurs se mue en "lé" donnant une autre couleur à la douceur de notes médianes ou à la profondeur templée et très grave. Quand enfin ce magicien se dresse pour toréer sur la scène, on se prend à rêver à ce toro imaginaire qu'il pourrait faire passer avec délice, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive soudain qu'il y en a réellement un qui pointe l'ombre de sa corne sur sa guitare-muleta. Olé ! maestro. Gracias. Salut l'artiste.

ANTONIO REY
Quand Antonio Rey pénétra sur la scène, personne n'applaudit. Dans sa livrée noire et blanche, on crut qu'on allait enfin pouvoir commander la paella du célèbre restaurant Duran de Figueras à ce maître d'hôtel. Mais dès qu'Antonio taquina sa guitare on sut, malgré le vide de l'estomac, que l'on ne resterait pas sur sa faim. Il commença seul, dans le faisceau blafard d'un projecteur qu'il fixait droit dans les yeux comme pour puiser à cette unique source, sa lumineuse inspiration. Sa main gauche si agile semble compter plus de cinq doigts et comme dans le ruedo pour les toreros, est celle qui conquiert les oreilles. Les nôtres en l'occurence. Mais soudain, un drame en piste : Antonio Rey l'homme aux dix médiators digitaux se casse un ongle : AFEITADO ! Ne riez pas, l'instant est grave. L'incident a plus de conséquences que pour une secrétaire de parti, visionnaire, de se filer un stylo dans l'oeil ou pour Obama de perdre son métissage ou pour Michael Jackson de noircir à nouveau. Le doigt d'Antonio est désormais aussi précis face à la corde qu'une corne "freshly afeited" face à un Burladero qui malgré le cabeceando nourri semble s'éloigner. Mais comme dans la vie chaque fois qu'un homme a un problème, une femme dévouée, Mara Rey, vole à son secours une lime à ongles dans la dextre. Et voici notre Antonio, un petit sourire gêné à la commissure, qui se livre à une séance de manucure-express pas très très virile... Le concert reprend par son flamenco policé aux intonations parfois "presque" philarmoniques par la présence de ce violon. La fin, avec le concours de la voix du père et le déchainement dansé de Mara Rey qui sur la scène répandra les plumes roses de sa coiffure dans le poétique contraste de leur chute lente et floconneuse centrifugée par sa tempêtueuse interprétation... Oléééé moi je redis...






















mardi 20 janvier 2009

NIMES FLAMENCO FESTIVAL : ON AIR

Avertissement Préalable :

Le flamenco, je n'y connais rien. Mais ça me plait. Pas seulement capable de différencier un Fandango d'une Seguedilla, soyons clairs. Mais comme tout le monde, j'ai un coeur et des tripes et je peux dire ce que j'ai ressenti. A toute allure, entre deux demi-journées de travail pour essayer de respecter le rythme du festival.
La Rubia
L'interprétation du baile de la rubia me semble conditionnée par son morphotype. Son zapateo (l'art de talonner les planches, c'est bien ça ?) n'a pas la fréquence allègre du Pic-vert tacatacata ou la légèreté de doubles croches jouées au triangle, non, mais plutôt le mono-coup de gong puissant et voluptueux qui marque le point à la ligne quand la séquence est finie ou doit s'accentuer. Klang ! Patang ! Et ça me plait. C'est habité, c'est l'essentiel, et dans le corsage ça "baratte" sec... enfin dur...enfin...plus de crème que de lait, quoi, du coffre. Son physique transmet toute l'ampleur, la puissance et la volupté (supposée) de son âme. Olé !
Luis de Almeria
Un sacré type, un gros chat. Sa formation tourne rond. Deux jeunes types qui "envoient" avec déjà quelques accents de maturité dans la voix. Un gars au cajon au jeu assez délié. Une Isabelle Cortes qui se fâche soudain montrant alors tout son tempérament. Mais ce soir, Luis miaule comme un chat en rut. Il se frappe la poitrine mais ce n'est pas qu'un jeu de scène, il se frappe la poitrine comme pour expectorer de ce mea culpa spontané, les sons qui s'éraillent dans le micro. Il boit une gorgée (le petit doigt en l'air...) il se racle le gosier... il tousse...et lance son cri qui vient parfois buter contre ses limites physiques du jour... Dommage, on a quand même perçu les possibilités qu'il doit avoir quand tout va bien. Les dix dernières minutes sont les plus jubilatoires pour moi :
- y'a pas mon frère et mon père là ?
et monte un type avec un gros pull-over qui a dû être à la mode dans les seventies, qui "plante" à son tour son chant profond puis, arrive papi avec son gilet multi-poches de touriste perpétuel et sa chemise de bûcheron canadien, et Luis déjà qui s'excuse :
- c'est mon père.... (il sourit) il chantait bien.... il a 80 ans, là...
et tout le monde applaudit. L'aïeul commence par s'engueuler avec le guitariste : fandango ou seguedilla ? Sacs de noeuds, rires dans la salle, puis la petite 5 ans monte aussi, puis un type (le grand oncle ?) déguisé en détective et là, d'un coup, on est plus au théâtre de l'Odéon à Nimes mais dans un grand bordel convivial dans le patio du cortijo de la famille Cortes : génial !
Tout le monde montre ce qu'il sait faire, la voix du papi tout émouvante de la fragilité d'un vieil homme qui était autrefois fort, l'Isabel qui se fâche vraiment très bien, la nina qui ne fait rien qu'à montrer sa fatigue sur la chaise et le pseudo grand-oncle déguisé en détective new-yorkais qui esquisse un pas de danse contre les hanches d'isabel : GENIAL y OLE !
La mémé serait venue peler ses patates ou tricoter sur la chaise laissée vacante que cela aurait tout naturellement complété le tableau...
PS : Ludo ne rit pas..... il faut des Candide fantaisistes comme moi pour varier un peu.... ;-))














22 v'la Tomas par Durand par Beranger...

Vous faites quoi le 22 ? Les Régionaux, je veux dire. J'ai vérifié, il n'y a rien à la télé. Vous êtes au théâtre pour le flamenco ? Très bien. En sortant, prenez la rue Auguste et arrêtez vous à l'IT restaurant. Le sujet ? Tomas et son art. L'auteur ? jacques Durand et son art. Le lecteur ? Beranger, sa belle voix et son interprétation . Le trio gagnant que vous auriez tort de snober. Vous n'avez pas de billet pour le flamenco ? Allez manger à l'IT direct, ceux du théâtre vous rejoindront et vous raconteront. J'écris en petits caratères car, les bons plans, faut pas trop les ébruiter...

lundi 19 janvier 2009

PASSER LA PEUR

"Ce qui m'a toujours fait le plus peur dans le toreo, c'est d'aller attendre le toro à la sortie du toril, parce que là, on ne maîtrise rien. La bête sort, et personne ne sait ce qu'elle va faire. Si elle s'arrête au moment où la cape est en l'air, Dieu sait ce qu'il peut arriver.Chaque fois que j'ai joué le tout pour le tout, je l'ai fait, parce qu'après cela, le reste me faisait moins peur. Certaines fois, en marchant vers la porte du toril, j'ai dû faire un grand effort pour ne pas me retirer ; j'aurais préféré être un chien des rues plutôt que de me retrouver à ma place."

Luis Miguel Dominguin




Si le mot le plus répandu du langage courant de la rue tauromachique n'est pas "couille" je veux bien qu'on me les coupe (les ongles). Tout ce qui porte habit de lumières les aurait hypertrophiées, mieux accrochées, plus remplies. Soit...
C'est l'idée communément répandue dans la populace des aficionados et il ne se trouve pas grand monde pour les désillusionner si ce ne sont les toreros eux-mêmes. Mais il faut attendre un peu ; qu'ils aient raccroché. Tant il est conflictuel pour celui qui incarne le courage absolu, de confier à ses fans les aléas d'un trouillomètre stagnant parfois dans les bas fonds. Dans ces territoires d'hommes ordinaires, admirateurs de principe pour conserver la possibilité d'une identification héroïque, aux vertus cathartiques avérées. Cela pourrait peut-être se mesurer comme le suggère Wolff dans le remarquable "Philosophie de la Corrida" à la qualité de l'aguante. L'homme a-t-il calmé sa tempête émotionnelle ? Reçoit-il la charge avec sérénité, la tête et le coeur descendus dans les talons, relaché et confiant ? Ou ne peut-il s'empêcher de faire ce petit pas qui rompt et entache chaque passe, ce pasito atras, révélateur de son désarroi ? Je n'ai finalement pas beaucoup de photographies illustrant la peur des toreros. La plupart proviennent des ruedos cérétan et Vicois comme celle choisie ci-dessus, d'une porta-gayola catalane périlleuse.


Il faut voir à quelle vitesse sortent les toros à Céret... Remarquez, on trompe mieux un toro lancé qu'un toro au pas. Mais il parait qu'agenouillé dans ce redondel-là, on a la vision d'une sorte de tremplin : on le voit arriver de loin, prendre de la vitesse, du volume, enfler dans le corridor jusqu'à en boucher la lumière et puis débouler comme un torrent de lave incandescente sur la terre et soudain les rotules tremblent et les ondes remontent par les cuisses, parasitant muscles et tendons, sidérant les nerfs moteurs et l'on voudrait se lever et fuir mais il est trop tard ; un tombereau de sauvagerie brute dévale sur le petit corps que vous a donné votre maman laquelle trouverait indigne cette gratuité d'exposition à la mort, tant elle a souffert pour vous donner la vie. Que peut-on penser alors dans cette grande solitude ?


- Hey ! Toro, hey ! Vois ma cape, vois ! A droite ! Passe à droite ! Putain il oblique pas, il me vient dessus ! il... WWouuuffff....


Sur la première photo, le novillero, par retrait du buste, a esquivé la frappe puis s'est enfin relevé. Le novillo lui, plus puissant que 80% des toros lâchement assassinés dans la plus écoeurante suavité, a instantanément pris la mesure du ruedo, l'habite tout entier, revient au triple galop, morillo hérissé d'où s'échappent des fumerolles évoquant la colère vaporisée des esprits de sa lignée. L'allure de sa charge est terrifiante de volume et de vitesse, si bien que personne ne rit quand le novillero renonce soudain à la première véronique, lâche sa cape et part en sprintant se réfugier derrière les barrières franchies en catastrophe une fraction de seconde avant que la corne droite ne traverse les planches avec une sècheresse inouïe. Il lui a été impossible d'aguanter. J'ai vu la pointe de la corne dépasser dans le callejon, il l'a dégagée en se tordant le cou, elle était intacte. Le mufle baveux cherche nerveusement sa cible au-dessus de la barrière, le jeune type est vert et songe à la proposition de l'entraineur de football de son village. C'était pas si con, avant-centre à Villamanrique de la Condesa, le pronostic vital n'était pas engagé, il n'y avait que quelques ecchymoses à récolter sur les tibias, et Incarnation restait à portée de caresse. Mais l'admirerait-elle autant ? Souffrirait-elle autant de l'absence ? Prendrait-elle à son retour autant de soins à choyer le corps meurtri de son héros ? Leurs retrouvailles sensuelles seraient-elles aussi "feux-d'artificielles" ? Toujours la même histoire : se sentir plus intensément vivant dans la conscience d'avoir échappé à la tragédie.


Dominguin à qui on demandait s'il avait peur, répondait : "pas trop". Traduction vraisemblable : oui, mais pas assez pour renoncer. C'est françois Zumbiehl qui a peut-être reçu le plus de confidences sur ce "mystère qu'ils viennent dire chaque après-midi" (Rafael el Gallo) dont il nous fait part dans "Des taureaux dans la tête" et dont je citerai ici ce qui a trait à nôtre sujet du jour, la peur.


Dominguin toujours :
"Personne ne connait ma peur parce que je ne la laisse pas voir. La peur et le courage sont des choses qu'il faut maîtriser le mieux possible. C'est comme un pneu : si on laisse le moindre trou, l'air se précipite, et le trou ne cesse de s'agrandir. Faites tout ce qui vous donne peur, si vous voulez paraître courageux, ou en tout cas dominer la peur. Pour être courageux, je dirais qu'il faut avoir peur d'avoir peur, ou avoir davantage peur d'autre chose : davantage peur du ridicule, du qu'en dira-t-on, de la prison, de l'avenir, dés lors qu'on sait qu'il n'y a pas d'autre solution dans la vie et qu'on ne peut plus reculer.


Pepe Luis Vasquez :
La peur tout court pèse beaucoup moins pour nous que le trac, la peur du ridicule. Elle est bien réelle cependant, et moi qui ai passé tant de temps dans ce métier, et qui ai souvent médité sur elle, je crois que cette peur est nécessaire. Elle nous pousse à faire fonctionner nôtre tête beaucoup plus vite. Le courage, naturellement, on le prouve dés l'instant où on supporte la vue du costume de lumières plié sur la chaise, et où on tient le coup jusqu'à l'heure de s'habiller au lieu de tout planter. Quant au trac, on vit avec lui jusqu'au moment de sortir dans l'arène ; après, tout s'évanouit. La peur est aussi importante que le courage. Ils se complètent : avec le courage seul, on bouscule la raison et on court à la catastrophe. Avec la peur seule, on arrive à rien, tout est bousculé. mais la peur disparaît quand on se livre totalement avec un animal qui est fait pour soi. La preuve en est que ceux, qui comme moi, donnent l'impression d'être peureux, sont blessés gravement quand ils se font prendre, sans doute parce que le plaisir est si grand qu'ils passent les bornes.On ne peut pas toréer en étant obsédé par la mort.En revanche, il faut avoir l'obsession de la vaincre avec intelligence et avec art. la question est d'abord de vaincre le toro, ce qui revient à vaincre la mort. Et si on l'a vaincue avec un toro allègre et savant, la beauté est complète.C'est la récompense de ces instants pénibles passés dans la chambre d'hôtel, lorsque le torero attend, comme un condamné à la peine capitale, les yeux fixés sur l'habit.


Antonio Ordoñez :
Les toreros ne vivent pas avec la peur collée au ventre. L'équation est simple : le toro ne blesse pas quand les circonstances font que cela n'arrive pas. Mais quand il blesse cela ne surprend pas non plus. Autre chose serait de se faire accrocher par un train! Il faut bien savoir qu'une blessure est presque toujours une faute professionnelle ; c'est l'homme qui s'est trompé. .... à présent quand je vais au campo, je ne torée jamais. Je n'ai pas peur de toréer, j'ai peur de ceux qui me voient ; j'ai peur de ne pas être bon, et qu'ils emportent de moi une image qui n'est pas la mienne.


Paco Camino :
L'inné dans le toreo, c'est le courage, la tête, qu'il ne faut perdre à aucun moment, et le sang-froid qui permet de faire les choses avec calme...


Santiago Martin El VITI :
Quand le danger ou la peur sont là, on peut certes s'appuyer sur la religion. Pour moi, je l'avoue, mon père m'a autant aidé, ou ma mère. Quand je m'écriais au-dedans de moi : "Aïe! ma mère!", je me souvenais vraiment d'elle. Ou quand il y avait un moment difficile à surmonter, je pensais à mon père que je n'aurais pas voulu faire rougir. J'étais piqué au vif à l'idée d'éprouver le jugement de ma famille, de mes frères, et il est possible que je pensais à cela plus qu'à Dieu, sans vouloir l'offenser.


Manuel Benitez El Cordobes, est le seul torero de ce livre qui n'y fait pas allusion. Le mot ne vient qu'une fois dans cette phrase :
"Un torero doit se faire décoiffer par ses toros, il doit s'essuyer la sueur du visage avec la serviette, et même le corps, qui a porté le poids du costume de lumières, de la peur, de la responsabilité."


Le reste de son discours est une suite de convictions assénées de son caractère entier et bien trempé, sans l'ombre d'un doute, un vrai discours de fauve, qui a reçu et donné des coups et peut-être qu'en face de lui, qui sait, c'étaient les toros, interloqués, qui avaient à "pasar miedo" en le voyant se transformer en grenouille bondissante.

samedi 17 janvier 2009

Le Nu






Pour Chrétiens désabusés cette photographie de Aleksey Marina ou comment raviver la foi en contemplant une créature de Dieu. Une telle perfection peut-elle être le fruit du hasard ? De Dieu ou de la Providence on finit toujours par douter... En l'occurence tout indique que le Diable a soufflé aussi sur le projet. Quand je serai grand, je serai photographe.

jeudi 15 janvier 2009

CORRIDA DE MUERTE


J'entends encore Guy Bedos brocarder la médecine dans un de ses sketchs :
''Et le type qui se spécialise dans les maladies qui ne guérissent pas....?'' interrogeant du menton son public d'un air de lui dire : ''il est maso ou quoi, ce type ?
Il veut collectionner toute sa vie des échecs pour s'épanouir ? ''
Le type qui ''écrit de toros'' est un peu dans cette situation-là. Comme tous ceux qui écrivent, il a déjà accepté la retraite, l'isolement, la solitude, il a rompu souvent avec l'agréable convivialité mais en plus, cette spécialisation pointue l'assure de la confidentialité de son lectorat, de l'indigence de sa notoriété, le garantit contre tout dérapage glorieux ou médiatique incontrôlé... Il n'a qu'une certitude, celle de se faire des inimitiés dans les rangs des aficionados ses frères, puisque ceux-ci passent leur temps à s'engueuler sur les variantes infinies et clivées de leur aficion réciproque et bien sûr, la certitude de s'assurer la haine du reste du monde soit quand même 99,99% des gens, pour qui il ne sera qu'une brute immonde, qu'un barbare dégénéré se repaissant de tortures sanguinolentes moyenâgeuses. Il peut être à peu près certain qu'il ne trouvera aucun éditeur pour publier quoi que ce soit qui pousse un peu sa corne, et qu'il maintiendra l'énorme privilège dont tout le monde ne peut pas jouir : garder sa vie privée... privée, loin des téléobjectifs des paparazzis. Seulement voilà, c'est oublier la passion. Imaginez l'accouplement de deux invites sensuelles, le plaisir d'écrire, soudain intensifié du plaisir de l'exercer au sujet d'une autre passion. Double pénétration jouissive du cerveau ! Et, nouvelle écrite, plaisir pris ! Alors évidemment, merci à Cairn, à Verdier et surtout au Diable Vauvert (je fayoterais pas un peu là...? ) de nous permettre parfois d'exister un peu plus intensément parce qu'eux aussi sont passionnés. Le Diable Vauvert, en créant le prix Hemingway, récompense chaque année une nouvelle d'inspiration cornupète. Quatre mille euros s'il vous plait, ça aide à écluser dans les bodegas où vous revoyez soudain de nombreux copains venus fêter ça avec vous. Enfin faudrait demander aux gagnants comment ça s'est passé...
Bref... « Corrida de Muerte » c'est le recueil de l'année passée qui compile l'édition 2007, et c'est Gina qui s'y colle :

J’ai relu les nouvelles du prix Hemingway 2007, Corrida de muerte, édité au Diable Vauvert…
Je ne songe pas à critiquer le choix que des gens plus compétents que moi ont établi.
Mais je dois reconnaître qu’il y a celles qu’on se rappelle et celles qu’on oublie.
J’ai tendance à me souvenir des récits, comme des histoires qu’on raconte aux enfants, bien ficelées, soit qu’elles m’attristent soit qu’elles m’amusent.
Ainsi, certains récits sont tristes, la plupart même, comme si pour plaire, - et un jour de concours -, il fallait que le regard du lecteur s’embue. Donc, on a les drames, drames de la guerre d’Espagne, récit d’une vengeance contre les Républicains franquistes que le lauréat, Robert Bérard, nous retrace avec une densité, une vigueur qui est autant dans la forme des phrases que dans l’ardeur à tuer, des personnages. Il y a aussi, les drames de la vie, les malades, l’amnésique qui emmène son psychanalyste au spectacle taurin où s’opèrera sa conversion d’aficionado. Il y a le vieux terrassé par une crise cérébrale ; dans son hôpital, une page de calendrier l’obsède, une corrida de Picasso. Il y a l’ambulance qui s’en retourne avec un chargement de blessés, l’un blessé dans l’arène, l’autre qui, du haut des gradins, l’a aperçu, l’autre, sa mère, effrayée, prise de malaise aussi.
Il y a souvent la métaphore taurine qui se tisse avec les éléments du récit, remarquablement, chez Régine Detambel, dans une inoubliable histoire de rupture, de femme que le torero voulait quitter et qui rappelant au compagnon tous ses efforts pour l’aider, le récupère pour une fin heureuse. Ou alors la métaphore tauromachique traditionnelle qui superpose, musique et tauromachie, ou écriture, ou peinture dans le but de célébrer le côté artistique de la corrida.
J’aime aussi la corrida du futur que décrit avec réalisme et pittoresque Pierre Bordage.
Dans ‘’Lessivé’’, Marc Delon fait rentrer son héros, déçu et fatigué. Il s’est une nouvelle fois essayé en vain à l’art du toreo. Sale et honteux, en proie au doute et lessivé comme un drap, une révélation inouïe l’éclairera pourtant.
Mais quel que soit leur contenu, ces nouvelles séduisent par la variété des formes d’écriture, ressuscitant souvent une vision pittoresque de l’Espagne, du monde des arènes, des techniques, des bonheurs et dangers de la corrida.
Elles participent à la bonne idée d'un ouvrage collectif sur un même thème et constituent toutes, de belles pages littéraires.

La Pensée du Jour

S'introduire comme un rêve dans l'esprit d'une jeune fille est un art, en sortir est un chef-d'oeuvre.
Soren KIERKEGAARD

SEBASTIAO SALGADO

Salgado est un de mes photographes préférés. Chacune de ses photos m'interpelle. On a lui a reproché "d'esthétiser" la misère... Oui...
Peut-être a-t-on besoin de reprocher aux génies la petite bête qui permet de mieux accepter son propre reflet.
Son dernier livre "AFRICA" aux éditions Täschen est parait-il bouleversant. Le papa Noël devait me l'apporter et puis...
Pour tout savoir sur cet économiste brésilien reconverti en photographe :

lundi 12 janvier 2009

OREILLES POUR MUSIQUE TUE

Sur le sable de l'arène, je n'aime pas ces sportifs de la banderille, ces athlètes cuissus. Je n'aime pas non plus les braillards combleurs de lacunes, ni les tremendistes parkinsoniens, ni les imposteurs de duende, ni le flamenquisme de pacotille. Ni les pornographes de la mort, exhibitionnistes du "même pas peur", ni les doués pompeurs de style, ni les grands communicateurs au sourire cordobésien, ni les désolés du bétail qui l'ont pourtant exigé, ni, je vais dire quelque chose d'horrible, ceux dont on voit bien qu'ils n'admettent pas aujourd'hui l'éventualité d'en mourir. Je n'exige rien, je me garde bien de gueuler quoi que ce soit durant le toreo mais je n'en pense pas moins. Faut dire que je m'y déplace depuis un demi-siècle, tout bébé déjà dans les bras de mes parents... D'après certains, je serai devenu un Barbare et sans m'en apercevoir encore... C'est possible.
C'est dire si mon seuil de sensibilité s'est donc considérablement relevé.
Ne m'émeut pas qui veut. Ce que j'aime, après Manuel Bénitez qui transcenda ma jeunesse, c'est la nature introvertie, (El Cid) élaborant son plan (Rincon) engagé et profond (Ordonnez) structurant un projet (Ojeda) précis et isolé du monde (Tomas) puissant et inspiré (El Juli) ou différent, émouvant et fragile, débordant d'âme et de courage dans l'adversité (Ruiz manuel ; Fernando Cruz ; Nimeno II) des belluaires machos au physique de super-léger -qu'on aurait plutôt crus faits pour couper des étoffes soyeuses dans des ateliers feutrés- mais durs au mal.
Au mental sans faille. La musique tue jouée, (eux tous) seulement entendue en son for intérieur et que l'émoi soudain accompagne, c'est ce que j'aime. C'est croiser son regard avec un autre, inconnu mais frère, et lire dans son regard la confirmation de l'interrogation lue dans le sien : tu as vu ce que j'ai vu ?

Là, c'est Fernando Cruz à Saint-Gilles. Cinquante kilos tout mouillé peut-être. Sec comme une trique. Devant peu de monde certes et dans une arène de modeste catégorie. Mais le pundonor est entier car le toro, camarguais, n'est pas un malade rondouillard gavé au pienso, il n'a pas un pet de graisse, regardez se dessiner sa musculature à l'estocade. Regardez l'effort de Cruz pour lui faire ingurgiter l'épée. Olé ! On avait poussé avec toi, Fernando. C'est ainsi que tu mouillas les doigts. Oreille. Au nom du père, du fils...











LA ROBE NOIRE