Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

mercredi 18 septembre 2013

Je passe à la radio...

Normalement, si l'intervieweur a dit vrai, il se peut que vous m'entendiez déblatérer sur diverses considérations littérataurines à 19 H, là :

http://www.radiosysteme.fr/

Bon courage. Avec l'appli TuneIn on peut aussi l'écouter sur son smartphone ou après en podcast. Mais j'ai pas dit que c'était à ne pas rater...

Cerebro a Cerebro Juli-Manzanares

Le 14, la foule avait misé sur le mano à mano très convenu dans le circuit, El Juli – Manzanares annoncé devant des Garcigrande et n'est pas repartie déçue. Une opposition consensuelle entre deux figuras qui peut atténuer cette légère frustration qui m'étreint lorsqu'il manque un troisième larron. Car il y a là assez de bagage technique et artistique pour ne pas perdre au change, pourvu que sortent des toros. De Garcigrande il n'en sortit que quatre et c'est toujours désagréable, de voir l'annonce d'un lot finalement bricolée sans aucune explication. Des toros qui pour au moins deux d'entre eux manquèrent d'un capillaire d'obtenir le batacazo, les cinq et six révélant bien les personnalités des toreros respectifs. Sans que jamais on ne puisse savoir ce qu'il serait advenu des uns s'il avaient touché les autres ce qui relativise toute analyse d'interprétation du style vous en conviendrez, ou pas, je m'en fous  ;-)

On ne voudrait pas jouer les psy du café du Commerce, mais on peut quand même se demander à observer les rictus et mimiques du Juli dans le patio de caballo, si le combat des toros ne lui prendrait pas un peu le chou. Je me souviens avoir titré il y a quelque temps : 
« Et c'est qui le fauve ? » 
tant sa rage déterminée était impressionnante. Car ce type te fait peur à force de te renvoyer ta propre médiocrité ! S'il m'était permis, je lui conseillerais de s'initier un peu à la relaxation progressive de Jacobson... pour tenter de redevenir humain... regardez, même Sarkosy se repose maintenant... certes les Français l'y ont contraint, ils avaient envie d'être plus imposés tellement leur problème de gestion des investissements était devenu prégnant. Dorénavant tout est normal, citron pressé. Eh, oh, les gauchos de la pampa humaniste, ne partez pas, j'ai pas fini.

Car enfin, voilà un type dont l'aficion a volé l'enfance douce et naïve, qui s'est envoyé dès l'aube de sa vie des cornupètes retors comme nous des fougassettes aux grotillons de hallouf au p'tit dèj, qui tatait du piquant de la corne quand nous tétions encore de veloutés tétons et pas seulement pour nous alimenter ! Exact, à tout moment ce blog peut devenir d'un érotisme torride car chez moi cela survient comme le duende chez Javier Conde, à tout bout, c'est dire. A moins, va savoir, lecteur, que sentant qu'il m'échappe – enfin du repos - j'essaye désespérément de le retenir ? Bon, bref, je ne suis pas allongé sur ton canapé et j'arrête avant que tu me piques du fric pour me lire. Mais j'en suis où lecteur, dis-moi ? Parce que moi, dès que je vois ou imagine un sein, ça y est... je divague... oh putain, si mes patientes lisent ça... meuh noooon je rigoooole.... enfin, ne vous déshabillez pas trop quand même... vous imaginez dans quel état je rentre le soir, mmm ? Et sur qui je tombe ?
Pujadas ! 
Le petit espagnol informatif. Idéale, la soupape. Surtout quand il invite Normal 1er. Ouuuh-lààà comment retombe-je sur mes pattes maintenant ?

Donc Juli est psy, maniaque, obsédé, bipolaire et tout et tout. Et hop. Diagnostic non validé par la médecine. Mais je crois sincèrement qu'il a un problème : je pense qu'il s'est convaincu que les toros doivent lui obéir... comme un caniche de cirque à son dresseur lequel présente l'avantage de le nourrir. Quand ce n'est pas le cas, la moulinette à rumsteack s'enclenche au-to-mati-que-ment et broyer une bestiasse de 600 Kg avec une grille en tergal dans ton hachoir, c'est pas pratique. D'où la rage. Et comme c'est devenu une urgence quasi-psychiatrique faut que ça passe sinon il n'est pas bien du tout. Or, aucune faculté, si ce n'est celle de dire des conneries, ne recommande le toreo sous Lexomil. Laisse ça aux écrivains qui ne risquent qu'un puntazo de stylo bille sur le gros orteil. Au cinquième toro – oui, on commence là, sinon en bon aficionado de la parenthèse j'aurais encore quatre pages à tartiner, or pense à tes impôts, à ta taxe foncière socialiste qui voyage déjà vers ta BAL de salaud de propriétaire, et tu verras qu'il te faut aller travailler. Comment ça y'en a pas du travail ? Tu rigoles ou quoi ? Ah bien sûr si tu le cherches au bistrot ou à pôle emploi, tu risques pas d'en trouver ! Non, un seul principe : bouge-toi le cul ! Auto-entreprends, achète – aaaah eh oui, faut investir un peu parfois... grand pionnier de l'économie, va ! - tondeuse, tronçonneuse, débroussailleuse, truelle et propose tes services ! Rien que dans ma patientèle, j'en ai des mémés qui cherchent un factotum... et tu sais quoi ? Parfois c'est moi qui leur fais ! Et gratis, alors ça m'arrangerait que tu te le bouges et pas seulement le samedi soir pour aller danser la salsa ! Qui pour déboucher un évier, qui pour abattre un arbre, qui pour faire des courses, qui pour monter un muret ou ranger des stères de bois etc... elles cherchent désespérément ! N'écoute pas ce qu'on te dit, y'en a partout du travail, faut aller le chercher, c'est tout. Par exemple, qu'est-ce que tu fous là, à lire mes bêtises en t'esquintant les yeux, hein ? Au lieu de transpirer dans les ronciers ? J'ai du travail, moi ! Va, chercher ! Rapporte ! Maletilla !

Et donc le Juli, bosseur patenté, lui, tomba sur un retors qu'il lui fallut mettre à sa main moyennant moult ressorts combatifs de guérilla zootechnique heurtée, âpre mais finalement convaincante. En rien moissonneuse d'oreilles pourtant. D'art nulle trace, ce combat n'en appelait d'ailleurs pas, encore fallait-il l'engager et le remporter et là, on peut compter sur le Señor Julian Lopez..

C'est donc avec d'autant plus de stupeur qu'il dût prendre la claque monumentale de toreria administrée par un Manzanares inspiré, calme, doux, magnifique de temple et d'empaque, dominant un bon toro, toréant comme dans un rêve, au travers de nuages poussés par une brise céleste dans les plis sirupeux et magiques de sa muleta qui érodait passe après passe sa puissance, sans effusion parasite, humblement, en héritier universel de l'art de toréer, propageant dans les gorges et les tripes des chanceux présents, l'ivresse syncrétique des émotions humaines. Pas plus. Jusqu'à ce qu'enfin l'âme de ce toro soit si pure et nue qu'elle demande à s'envoler, chargeant une dernière fois à la rencontre libératrice de l'épée qui l'attendait, intransigeante et roide. Deux oreilles et la queue, le moins que l'on puisse offrir pour le remercier.

mardi 17 septembre 2013

Je hais le matin...

Si j'avais trouvé mon tee-shirt "je hais le matin", j'aurais pu le revêtir. Se lever de bon matin pour aller voir des Zalduendo, avouez, c'est déprimant. La veille au soir déjà, on y pense avec dégoût. Il y a des noms comme ça, qu'on ne souhaiterait plus voir sur un cartel, comme ''Ponce'', malgré l'immense torero qu'il fut et le respect qu'on lui doit et ''Zalduendo'' devenu aussi répulsif à l'aficionado que le Fly-Tox aux mosquitos. On va donc faire court, car point besoin de s'étendre sur ce pourquoi on s'est levé alors qu'étendu on aurait été si bien, dans son petit lit tout chaud plein de chocolat. C'est ce que je disais à mes enfants pour les encourager à aller se coucher. Toros et toreros n'étaient pas bien réveillés, le toreo soporifique et les gradins somnolents. Avec un soleil à fermer les yeux derrière les filtres à UV.

Ponce est devenu une sorte de vieux marquis emprunté dont la souplesse et l'harmonie ont quitté le corps. Ce serait un peu comme aller voir un paysan de Villamanrique de la Condesa qui nous aurait enchanté à pied en 1982 et 83, enfourcher un pur-sang andalou au prétexte que ça lui plairait, le canasson. Ben fais-en chez toi, Paco !
Mais là, quand même, on était restait couché. Pas fou. 

Je me rappelle vaguement d'un Vegahermosa fada assez énigmatique pour le revistero moyen, un manso qui lorgna d'abord vers le toril et le callejon puis fit illusion d'une certaine bravoure au cheval avant de s'y endormir lui aussi puis poursuivit avec une certaine noblesse le leurre de Castella avant de terminer distraito : n'importe quoi ! Vous savez le canif Suisse polyvalent avec lequel on n'arrive même pas à visser une vis ? Si, c'est peut-être lui qui arriva à démonter deux longueurs de barrière, pas sûr. Ca m'avait réveillé momentanément en tout cas.

Perrera fut superficiellement esthétique et basta. Ca vous a plu ?

Heureusement en suivant, la nouvelle "El Silencio'' très bien lue par Arnaud Agnel, avec beaucoup de sensbilité, une grande faena dans les jardins de l'impé. Cuba Libre et toats à la brandade à gogo qui plus est. Pour se réveiller.

dimanche 15 septembre 2013

Oreille de poids, Banderilles de sang

Bon, on commence par la fin ? Mais sans être sûr de remonter jusqu'au début hein, deux spectacles par jour, je ne tiens plus le rythme. Y'a la vie à côté lecteur, sais-tu, et je te rappelles que tu lis gratuit. Cette après-midi, Miurada pour Castaño et Robleno. Cela se passe à Nîmes.

Castano et Robleno sont dans un ruedo, une galère, entre enfin sort, un toro, que reste-il ? Du toreo ? Pas sûr....

Le premier, est un invalide qui s'écroule à chaque foulée : dépitée la foule, eh...

Le deuxième est faiblissime, mou du genou, pas comme un gnou : en colère le public.

Le troisième est faiblard, il a du lard, le salopard : écoeuré le payant.

Le quatrième relève chouïa l'intérêt. La pareja banderillera de Castaño alias ''Lame tranchante'' et ''Forcados arthrosique'' congédie le troisième larron, peon lambda sans apodo qui venait bêtement les aider à tourner les bestiaux à la cape. Pffff... n'importe quoi, car leurs collègues de ruedo aujourd'hui se la joueraient plutôt recortadores... et donc à toi à moi, à cuerpo limpio, vas-y que je te fais le quite, merci, je t'en prie, après toi, à moi, vas-y, etc... jusqu'au renoncement déboussolé du bestiau qui n'avait pas pris son comprimé de Nautamine. Sauf qu'un Miura n'est pas vraiment connu s'il est cornu, pour avoir une charge très claire, un galop rectiligne et une embestida propre, voyez ? Quand il en a une. M'enfin, ce coup-ci, ça passe, en tremendisme de bon aloi, réveillant le conclave qui commençait à se geler après s'être brûlé au soleil. Castano pas mal sans plus, le public, vous, qui demande une oreille, quelle bande d'incultes, Burgoa tient bon, todo perfecto.

Avec le cinquième, sort un Miura de chez Miura. Certes pas de cornes cauchemardesques ça non... mais un Miura comme les moins de trente ans n'ont pu en connaître. Un vrai. Un Miura. Un mental de Miura, indifférent à tout, ne poursuivant que son but sans être pour le moins du monde altéré par ce que l'on tente de lui infliger et surtout pas par les quatre ou six piques selon les témoignages divers tous avariés par l'apéro géant. Le public, toi, toujours aussi inculte, qui croit toujours avoir à faire aux invalides sortis au début, s'insurge dès la troisième pique alors qu'il n'en a été que revigoré ; t'es gentil, public, mais tu es nul : bien sûr qu'il les lui faut toutes, ces piques, n'as-tu rien remarqué de différent avec cet exemplaire...? En bas, la tension monte. C'est un toro chauffeur de salle. Le genre de toro que personne ne veut mais dont tout le monde se régale. Sur les tendidos s'entend. La chance, c'est qu'il tombe sur Robleno qui n'en est pas à sa première surprise partie. Il s'engage courageusement à sa tête et la lui tient. Ca bout. Tout peut basculer, le petit homme partir sur orbite, étendre ses intestins au fil des cornes, être laminé par les sabots de ''Dejalo'' qui soutiennent 615 Kg, dissocié de la charpente, atomisé des viscères, renégocié du morphotype, déstructuré du mésencéphale – ben oui mais je me régale, ce qui est quand même le but principal de cette resena... - défragmenté du bocal, pilonné du rectum, débobiné de l'entendement, détoxifié de la fémorale alors que toi lecteur, tu n'as pas osé moufter à ta belle-mère au cours du repas dominical que tu n'as même pas eu les huevos de fuir pour cause de feria, qu'elle recommençait à te dissoudre la myéline des nerfs avec ses remarques désobligeantes sur l'aide et l'écoute que tu n'apportes pas à ta moitié, son tout, sa fille bien aimée. D'ailleurs tu as rêvé tantôt belle-maman en vuelta triomphale exhibant tes oreilles à la foule, secouant ses bras aux triceps flageolants et l'exhortant ainsi : 
- Voyez, qu'il ne l'écoutait pas ! 
Encore peux-tu te vanter d'avoir évité le pire car elle avait pinché deux fois dans le hors sujet flagrant...

Mais Robleno n'est pas toi. Tu le sais tellement bien que tu payes pour le voir. Il parvient à lier des séries très valeureuses, exposées devant cet alimaña qui aurait défait 90% de l'escalafon font font les petites marionnettes. Une oreille de grand poids qu'il a tenu à se garder.

Aguileño, le sixième toro, malgré ses 632 Kg, n'est pas aussi redoutable que son frère mais... quand même ! Du côté de la pareja del arte banderillera, on ne le juge pas avec le sérieux qui conviendrait. La corrida est allée à mas, le public est chaud, réactif, galvanisé par le combat qu'à livré Robleno, bref, les banderilleros de Castaño sentent souffler le vent de la gloire et de la légende sur leurs traje de luces... et recommencent leur numéro de recortadores amateurs. Adalid fin banderillero se présente. Le toro charge comme le faisait ma Ford Escort XR3i quand j'accélérais fort, en cherchant sa route, et il en résulte un enfermement contre les planches avec cornada dans le mollet ou le creux poplité. Mais si le sang coule noyant son bas, Adalid ne veut pas rater sa sortie malgré l'intervention de son maestro qui tente de l'arrêter et seul à ce moment-là, à rester lucide : courir avec une cornada dans le mollet n'est pas un bonne idée... mais c'est aussi toute la grandeur du défi tauromachique. Ce que ''Lame tranchante'' perd en impulsion du pas lors de sa course, il le récoltera en kératine into the bide. Fin banderillero il est, mais aussi fin comme JOB. Le papier à cigarettes, je précise pour les moins de trente ans qui ignorent tout des petits paquets bleu ciel, des Miuras, et du toreo devant leur mufle. Cela se voit à sa course empruntée et au voile devant ses yeux, que l'idée est très risquée, une course dont le style est loin de rappeler la foulée puissante et déterminée de Bolt qui fuse comme une balle de Colt, plus vite que la flèche tirée qu'il mime à chaque victoire. 
Lui, Adalid, c'est plutôt une saeta qu'il lance vers le ciel quand il se targue de ne jamais s'entraîner et deviendra les ''targets'' des cornes d'Aguileño et à l'heure où j'écris il est opéré à la clinique Kennedy pour inventaire méticuleux et cicatrisant d'orifices artificiels. Suerte Adalid, bonne convalescence et ne pas oublier de muscler un peu quadriceps, ischios-jambiers, fessiers et … lucidité. Enfin, si tu veux garder ton piquant job.

jeudi 5 septembre 2013

OUAF !

Moi aussi j'aime les animaux. Enfin, surtout dans mon assiette, accommodés et cuits. Pour les autres, comment dire, je les admire plutôt mais sans les aimer. C'est merveilleux d'admirer un être vivant si différent de nous. La souplesse du félin. La locomotion puissante du taureau ou du buffle. La vitesse bondissante d'une gazelle... La beauté de leurs robes... Extraordinaire, non ? C'est peut-être ce que lui disait Jean Cau, distingué tauromache en février 1962 quand elle le reçut chez elle ? Alors comme ça on reçoit des tortionnaires ? Source JLB.



Je suspecte par contre ceux qui les adorent plus que de raison, d'avoir du mal à s'entendre avec leurs semblables. S'entendre avec un animal – et j'écarte là le toreo puisqu'il ne s'agit pas de ''s'entendre'' avec un toro mais de le combattre - , ne nécessite ni ne recrute aucune forme d'intelligence. La preuve, BB.... Si les anthropomorphistes maladifs savaient vraiment ce que pense d'eux, leur chien... il y aurait de graves décompensations.



Ce présumé amour éperdu d'eux-mêmes, qu'ils se complaisent à lire dans leurs yeux, cette fidélité si bien vantée que l'on oublie qu'elle rime avec gamelle. Eh oui les bisounours, c'est la gamelle qui la suscite, la motive, l'entretien. Pas l'amour humain, un amour supposé qu'il est si rassurant de lire dans la douceur du regard de son Golden Retriever de bobo auquel on prête toutes les intelligences et toute les sensibilités – il ne lui manque que la parole – 

A ta naïveté, pour employer un mot convenable, il ne manque rien, sois-en sûr. Mais dans son regard si doux, devant sa bouille incapable de générer le moindre reproche jamais, tu vois l'amour béat et infini que tu voudrais que l'on te porte. On sait depuis longtemps que 90% des ''je t'aime'' veulent dire ''aime-moi''...

Tout entier dévolu à l'admiration de ta personne adulée, c'est la façon dont tu penses que ton chien t'aime. Sais-tu que croyant cela tu es parfois plus conne (ou con, hein, mais le féminin me défoule plus, je le reconnais... or ce blog est mon traitement, vous l'aviez compris depuis le temps ? Le fric que j'économise à 60 euros le texte...) que ton chien même ??? 
Car que crois-tu que ferais ton chien si tu cannais sans que personne ne s'inquiète de toi ? Il te boufferait, un jour ou l'autre, pour subsister lui-même ! Cela s'est toujours vérifié. Cela finit comme ça, l'amour canin, par les crocs.



S'il parlait Tobby, il te dirait qu'il en a marre d'aller pisser tenu en laisse en bas de ta maison sur le béton du trottoir, que pisser dans la nature contre des fourrés odorants la truffe dans le soleil est un plaisir, marre de bouffer des croquettes industrielles alors qu'il se trouve des genoux de veau à rouziguer, marre de subir la logorrhée de la toiletteuse hystérique, marre qu'on lui parle comme à un petit d'homme. Lui, Tobby, ce qu'il voudrait, ce serait s'échapper, courir la lande, courir, courir, jusqu'à s'épuiser, se souiller dans les marais, se vautrer sur une charogne pour couvrir son odeur avec la sienne, bouffer des merdes d'autres chiens, dézinguer la chatte de la voisine croisée sur son chemin ( pour le double sens vous êtes seul responsable...) choper du volatile, le dévorer tout cru puis s'endormir la truffe ensanglantée dans la bonne odeur des collines provençales.



Il ne peut te le dire, mais ça l'emmerde tes canapés de velours parisiens et tes coussins de soie, tes rideaux, tes bibelots, les accessoires ridicules dont tu l'affubles parfois, en déblatérant qu'il est tout beau au milieu de tes copines. Cette odeur de produit ménager avec lequel ta bonne ou toi-même astiquez frénétiquement le carrelage comme si votre honneur en dépendait et sur lequel il dérape, lamentable sous la compassion contrite de la petite famille.


Seulement voilà, il est paresseux Tobby... alors il s'en accommode : maintenant imagine ta vie d'homme ''en chien paresseux'' : ta maîtresse qui ne peut s'empêcher de te complimenter à chaque fois qu'elle te croise... qui s'adresse à toi sur un ton langoureux sans jamais élever la voix, qui te gronde, gros vilain toutou, amoureusement, fière qu'elle est de tes bêtises qui l'amusent tant... qui te veux toujours auprès de ses belles cuisses fuselées quand elle regarde la télé, te caressant, autant dire te masturbant à longueur de temps dans tous tes petits endroits secrets, Ghâââaa... qui te porte ta gamelle, tous les soirs, sans que tu aies à parcourir des kilomètres angoissés pour voler ta pitance, qui t'emmène même tirer un petit coup avec Carlotta la femelle dégénérée (elle n'a jamais chassé, elle...) de son amie Chantal, que tu besognes comme un sagouin sous le voyeurisme des maîtresses. Mais aucun homme n'est si bien traité !!!



Alors petit à petit tu rêves moins aux lueurs de l'aube sur les marais, où t'emmenait ton maître avant que la société n'ait raison de sa barbarie qui s'étalait comme une tâche ringarde au front de ta bourgeoise dans les repas humanistes de la capitale, tu rêves moins à ces vols de canards que tu mordillais tout chauds jadis, la truffe emplumée, avalant leurs dernier soupir de ta gueule de voyou comblé. Tu te rappelles les détours que tu faisais pour les ''schmâcker'' un peu plus alors que, là-bas, ton maître t'appelait ? Comme tu ralentissais dans les roseaux, comme tu faisais semblant de ne pouvoir franchir les roubines ? La sensation de liberté qui t'étreignait, que dis-je, la quasi ivresse que tu ressentais de toutes ces émotions qui passionnaient ta race depuis des siècles... Retouver et rapporter, qu'elles que soient les conditions, à la terre brûlante comme à l'eau glacée, quel que soit le poids de la pièce, grive ou grouse, c'est ça ton métier. Ce pourquoi tu étais originellement produit et sélectionné là-bas, dans les Highlands embrumés. 

Puis ton retour triste à la ville et ses odeurs immondes, à l'immeuble haussmanien et à la profondeur des tapis où tu t'enfouissais deux jours et deux nuits durant, pour te remettre de la belle fatigue de ces émotions. Avec tous ces canards qui roulaient sous tes paupières. Ne te levant que pour aller dire bonjour aux enfants qui rentraient de l'école, pisser sur ton réverbère ou pour honorer la gamelle qu'elle te collait devant la truffe, maugréant envers celui qui t'avait ainsi mis dans un ''état pas possible'' (retour à la case toiletteuse hystéro) en t'offrant cette parenthèse salvatrice...



Bien sûr, cette sédentarité gavée aux macarons de Ladurée et aux chocolats fins t'a rendu obèse et tu serais désormais bien incapable de patauger dans le marais comme cette fois où tu t'étais ouvert le dos sur des fils de fer barbelés – sept points de sutures, 415 euros chez le véto dans le 16e ardt...- coursé par un cocardier en furie. Qu'est-ce qu'elle lui avait passé comme savon, ta maîtresse, à son époux... le pauvre il avait sans doute tringlé – enfin dans le sens de privation, hein...- pendant des mois, en représailles conjugales ! Inutile de te dire que les canards - de gentilles petites bêtes que le malotru avait sauvagement plombé - étaient allés se faire plumer chez Plumeau en toute conspiration avec la femme de ménage. On avait préféré pleurer sur leur dépouille en toute solidarité animale et refusé de manger les petits cadavres histoire de bien souligner la vacuité barbare de la quête chasseresse. Celle-là même que les écolos qui n'ont jamais eu peur de la métaphore lapidaire, dénomment la "mort-loisir". Non mais.



Tu erres donc, invalide bouffi, du canapé au tapis, t'as même parfois envie de te pisser dessus tellement tu t'ennuies, car on ''t'aime'' de plus en plus... pour te consoler on te fait bouffer à chaque instant... on ne te sors plus, ça te fatiguerais trop... Au prétexte de l'amour des humains, on organise le raccourcissement de ton espérance de vie et puis après avoir encore engraissé le véto qui a toujours dit que ça valait le coup de tenter ça ou ça, avis auquel ta maîtresse a toujours souscrit pour ne pas déroger à son amour, tu as quand même fini, malgré l'acharnement thérapeutique à te garder en vie – le gain des jours d'hospitalisation... - par casser ta truffe, non sans avoir ouïe qu'elle avait prévu pour la famille une excursion à l'élevage d'où tu proviens afin de te remplacer au plus tôt. La salope. (Ding ! Mot compte double, encore 60 euros d'économisé...) Bien sûr un élevage de beauté, pas de travail. Une sélection sur la dégénérescence, pas sur les aptitudes naturelles. Elle s'est précipitée pour être à nouveau aimée, inconditionnellement, par ce même regard d'implorant de la gamelle qu'il est si gratifiant de prendre pour des sentiments. Car, ah oui, détail, tu penses bien qu'elle est seule maintenant, que le type s'est enfui avec une qui le regardait lui, qui aimait son attitude virile de chasseur ayant gardé ce sixième sens avec la nature et ne bêtifiait pas sur un putain de clebs à la noix. Hein, zézette ? 
 

Car avec ces gens-là, moins tu parles, plus tu es chien, mieux tu es compris. Moins tu parles, plus tu as faim, plus tu implores du regard, plus tu exprimes ton amour. Il suffit d'être sans aspérités, passions reniées, coeur cloué, doux au toucher, admiratif du regard et sur sa tombe, la Brigitte, elle se repaîtra de cet épitaphe :



Souvent déçue par les hommes, jamais par mon chien.



Et pour cause... attends qu'ils fassent des chiens qui parlent... 
Brigitte, c'est toujours quand elle se tait qu'on l'aime. C'est là qu'on lui trouvait du chien. Ouaf !

dimanche 1 septembre 2013

Jeux de Mains...

Le toro de Bilbao a-t-il quelque chose à envier au toro de Madrid ? Je ne vois pas comment ce serait possible. Les Victorinos Martin qui déboulent sont imbattables en présentation et on les voit mieux qu'à Las Ventas où l'on est souvent plus loin. Des estampes de parade. Des beautés pour podium. Même le bouton du col de chemise qui étrangle Karl Lagerfeld en sauterait sous le râle de plaisir de l'esthète s'il les découvrait. Les sunlights sont en panne et les nuages menacent. De temps en temps une micro-goutte vient rappeler qu'il est possible que ça se déchaîne. Mais nous sommes équipés. En prenant l'immense parapluie je pense avoir conjuré l'averse. M'encombrer de l'accessoire est en général un bon indicateur du fait qu'il ne pleuvra pas. Aujourd'hui, pas d'antis et même pas une moitié d'arène...



Ma voisine de tendido est une petite mamie alerte qui parle seule. Elle transporte un énorme paquet de pipas qu'elle entame dès le contact auguste avec son siège. Elle est plus habile qu'un perroquet : elle plonge une main leste dans le paquet grand ouvert, en retire une graine de tournesol qu'elle pose sur la tranche entre ses dents et dont elle craquèle le tégument par une pression dosée qui va par l'entremise de sa langue agile, libérer le cœur comestible. Bien sûr, elle postillonne machinalement sur le dos de son voisin du rang inférieur, ce qui ne l'est pas. Elle va plus vite que moi pour ce petit coquillage méditerranéen ensablé, qui m'a valu le titre de « Lucky Luke de la telline de Beauduc » non contesté à ce jour. Huile d'olive, ail et persil compris. Louise qui n'a pas eu droit à son paquet de pipas, boude de jalousie. Le débit de déglutition de la mamie est proprement affolant. On sent les nonante ans de pratique intensive dans l'absorption des angiospermes dicotylédones ibériques torréfiés...



En bas, les choses sérieuses ont commencé et Zébulon ne zébule plus. Ferrera s'applique, joue les classiques. Le capote ample et cadencé, il révise les fondamentaux, progressant vers le centre et rematant par une demie de gala. L'arène apprécie. Festival habituel attendu et réalisé aux banderilles où il est certainement un des plus virtuoses interprètes avec le bondissant skieur de Grenade, El Fandi. Sur son second à la charge ardente, il mettra le turbo pour garder son temps d'avance, sans défaut.

D'entrée, un sentiment d'insécurité le conduit à essayer la main gauche où ça passe plus gentiment. Sur la fin, au prix d'un bel engagement il continuera à arracher des passes des deux côtés. Hélas, ce n'est qu'au troisième envoi, et affecté par cet échec, qu'il se défera de son adversaire d'une demie épée, ce qui dans une arène sérieusement administrée, le prive de trophée.



Urdiales, avec sa face de mouette, n'a pas l'envergure d'un goéland, ça non... il complète la triplette des petits toreros cojonudos avec Robleno et Aguilar. Tous petits mais vaillants. Vaillants parce que petits ? Tous les grands cons dans mon genre imbus de leurs centimètres pensent des trucs de psychologie de comptoir dans le genre. Mais... et si c'était vrai ? Comme dit l'autre raconteur d'histoires pour ménagères de plus de cinquante ans. Dans un Oscar Higares, combien vont d'Urdiales ? Aurais-je pu demander à ma fille en lui faisant bosser son cahier de vacances... Au moins deux. C'est bien les blogs, on peut simuler être un père parfait, personne pour vérifier.


Il va démarrer par une série de véroniques jugée par le fameux Barquerito comme la plus pure et émouvante de tout le cycle d'Aste Nagusia 2013. Après lui, médaille d'argent, qui l'eût cru, celle de Ferrera dont on vient de parler. Ça bouscule la hiérarchie et les pronostics et c'est ce qui est agréable. La tauromachie du combat, celle qu'on n'écrit pas d'avance est pleine de surprises. Le petit Urdiales se baisse encore en fente avant pour « arregler » son toro par doblones en ventilation sous le mufle. Se suivent alors des séries engagées et profondes, graves, baissant la main, courant la main, sur les deux côtés, sans désemparer, avant de boucler la boucle en revenant à des doblones forcément moins cassants, plus doux, qui parachèvent la faena. Quand Urdiales lève l'épée la pluie surgit dans le ciel de Bilbao. Il règne alors une certaine confusion sur les tendidos qui hurlent soudain d'apercevoir la mouette en vol désarticulé. Le toro n'a pas apprécié l'entrée à matar et le lui a fait savoir : voltereta. Descabello, ovation et oreille. Tout y était : courage, science, vérité, art.


La bomba latina qui était venue s'asseoir non loin de nous dans sa mini robe fourreau noire est trempée mais elle a de la caste : elle est là, elle, tandis que son compagnon est aux abris... Ses belles cuisses couleur tabac ruissellent d'une eau douce comme sa peau, jusqu'à ses hauts talons. Elle me sourit de plus en plus – j'ai un grand parapluie je vous le rappelle – sous lequel on s'abrite tous les trois avec ma fille et sa mère – pour ceux qui ne suivraient plus – je lui fais signe de venir s'asseoir avec nous, devant nous, pour bénéficier de l'abri. Elle n'attendait que ça et approche par moults contorsions et déhanchés caraïbes entre les sièges, sous l'oeil amusé de l'infirmière lozérienne – oui, heureusement ma compagne est intelligente...- Soy de Cuba, y tu ? Et allez, la discussion s'engage, la Havane, Trinidad, Cienfuegos, Chucho Valdès, Robert Fonseca, Partagas, etc, sous l’œil interloqué de Louise qui prend en pleine figure et comme une éponge une – tout – autre féminité que celle de sa mère... Pourtant aujourd'hui elle a eu l'autorisation de vernir d'abricot les ongles de ses petites mains. Mais là, elle est largement battue question sophistication féminine et ça la fascine. Elle est dans les effluves de son parfum capiteux, dans le jeu des bracelets qui tintinnabulent à ses poignets, ses formes musiciennes qu' Urdiales a bien fait de ne pas regarder pour rester concentrer, sa robe fourreau qui a encore rétréci, ses cuisses mama mia... ses cuisses vuelta abajo ruisselantes... ses ongles longs et décorés, son exubérance gentille et typée, sa cubanité décomplexée, quoi... 

En cinq minutes elle sait presque tout de ma vie, a posé ses mains fines et soignées sur mes genoux, machinalement, en m'expliquant qu'elle était étudiante à Toulouse avant, bref le mega courant qui passe et me troublerait si je n'avais pas une conscience aiguë de toute cette eau qui tombe et de l'usufruit judicieux d'un magnifique et immense parapluie. Parfois le parapluie génère une rigole d'eau qui tombe de la baleine médiane, juste là, entre ses cuisses. Elle se retourne en riant, me regardant comme si j'y pouvais quelque chose. Si j'arrive à peu près à gérer mes geysers liquidiens personnels, je ne peux répondre du parapluie ! Soudain elle s'envole mais reviendra moulée dans un, ''comme qui dirait'' préservatif géant translucide qui donne encore plus de peps à sa silhouette qui en renfermait déjà beaucoup !



La mamie d'à côté a cessé ce genre de couillonnades depuis bien longtemps maintenant, et, impassible sous l'averse, continue son entreprise froide et déterminée d'éradication de l'angiosperme torréfié de sa péninsule ibérique natale. Question toros, elle s'y connaît. Et si ça s'y connaît qu'elle s'y connaît, c'est qu'elle parle seule et à bon escient. 
- Si, señor ! 
Qu'elle lui persifle à Urdiales quand il termine une série. On ne l'a lui fait pas, d'ailleurs elle est venue seule, et vraiment pour jouir de la course, pas pour papoter avec des copines.

- Muy malo ! 
Qu'elle lui envoie au picador Boterien qui passe devant nous.

- Esso es ! 
Qu'elle renvoie à son copain Urdiales.

Jamais plus de deux mots, pipas obligent, mais toujours a gusto.

A partir de là, lecteur, entre la petite famille à gérer, la Cubaine capiteuse à abriter, le pantalon à protéger de ses mains, des ''crachures'' de pipas et du crachin océanique, j'avoue avoir un peu perdu le fil de la course... j'ai quand même cherché en vain le sitio croisé du Cid, ses naturelles de sous-sol qui roulaient les grains de sable aussi sûrement qu'un japonais les gravillons de son jardin Zen. Envolés. Comme une mouette au dessus de l'océan qui sépare un torero de celui qui ne l'est pas. D'ailleurs, Barquerito a titré :
Urdiales y Ferrera, dos toreros. 
Laissant le Cid en dehors, comme ça, l'air de rien. Le souvenir d'Urdiales perdurera comme les yeux rieurs de la Cubaine qui me prendra la main pour rétablir son équilibre à hauts talons en quittant son siège puis la serrera pour me remercier sous les yeux de l'infirmière qui me dira sur le chemin du retour dans le silence pensif du grincement de l'aller-retour des balais d'essuie-glace : 


- Elle était sympathique cette cubaine, elle avait de belles mains...

 Je vous le disais qu'elle était intelligente...

De belles mains ? Oui... aussi.