Et si le ciel était vide ?

Et si le ciel était vide ?
on peut toujours espérer

dimanche 30 octobre 2011

Gambas y Bigoudis


Dans l'escalier déjà, ça sentait l'Espagne à plein nez. Cette odeur inimitable qu'on ne respire que là-bas. Celle qui évoque les couleurs de la paella. Du jaune orangé au rouge sang. Pardon pour la catalogne sécessionniste. Avec un peu de chance cela vient de la cuisine de Mari-Carmen que je visite ce matin. Oui, pas de doute, devant sa porte l'effluve s'intensifie. Je sonne. J'entends des bruits de casseroles qui s'entrechoquent, puis la porte s'ouvre sur une constellation bigarrée et fumante de bigoudis au safran. Yaya Mari-Carmen semble se déplacer enveloppée d'un nuage de cette fragrance puissante qu'elle diffuse autant qu'elle l'absorbe. Après les civilités d'usage, je l'entreprends.

Mouscoulacion, Equilibracion, Coordinacion.

Au loin, traversant le long couloir, erre parfois l'ombre fantomatique de son mari qui nous jette des regards jaloux. Pour une fois qu'il n'est pas le centre d'intérêt majeur... Cette odeur me rappelle les vacances de ma petite enfance, à Lloret del Mar du temps où ce n'était qu'un tout petit village de pêcheurs.


  • Mais qu'est-ce que vous faites à manger madame M... ça sent booooonnn... !

  • Aaaah tu entends Antonio ? El Kiné diga qué ça sent bon chez toi... il me reproche de ne pas assez cuisiné... loui il fé rien, il attend toute la journée qué zé loui fasse tout, bou comprené... es facil... pero jé soui vieja y cansa ahora...

  • Montrez-moi ce que vous préparez !

  • Si ! Venga en la cocina... cé oun arroz de gambas...

    et elle soulève le couvercle en me poussant le dos pour que je le sniffe en surplomb.

  • Ouaah, ce que ça sent booooooonnnn ! Comment vous faites ?

    Yaya Mari-Carmen sourit, toute fière...

  • Zé fé rebenir les gambas dans un pé d'houile d'olive, pas longtemps, hein... zé lé dékrotik... dékzorkique... como se llama ?

  • Décortique !

  • Si ! Esso es ! Pero bou laissé la queue , et jé lé mé dé côté. Jé remé dans la paella les kracapaces... les karatapax... krzacrapassss

  • Carapaces !

  • Si ! La décorticacion de las gambas, quoi... y las cabezas ! Muy importante las cabezas, no olvido ! Zé mé ma tomat', l'aïl, du poivre et du safran et juste un trait de vino blanco al final, Barbadillo por ejemplo... et ça coui, et ça coui, à petit à petit, quieto... bou écrasé bien las cabezas de temps en temps, bou remoué, tranquillo... à peti feu, petit à petit, bou laisse mijoté que tou pé fèr tes bigoudis pendant ce temps, tou mé bien du vrai safran...encore... jusqu'à ce qué cé soit tout bien... como diga ? Com...

  • Compoté ?

  • Si ! De la compot'. Ensouite bou lé mixé un pé ma pas beaucoup, et bou lé passé bien écrasé dans l'asiatique, là, tou sé ?

  • … ? aaah... le chinois ?

  • Si ! Qué cé una passoira francese...

  • Si... oun Chin-tok !

  • Mé qué bou mé fète rire mésié délong... !

  • Je pourrais pas le goûter ? Avec une petite cuillère à café ?

  • Ziiiiiii.... bien sour...


Et là, yaya Mari-Carmen prend sa louche et m'en file une rasade à noyer un gosier sec.


      • Ohalalalaaaaa... extraordinaire... quel suc ! Dantesque !

      • No... dans le riz, cé l'arroz qué bou fé cuire là-dedans ! Y al final, bou rajouté les gambas dedans, ayyyy qué es bueno...

      • Tu vois qué cé bon dé soucer la gambas !

        Fait son mari, derrière nous, appuyé à l'embrasure de la porte, goguenard, un sourire salace à la bouche...

Mari-Carmen la honte aux joues, aussi orange que sa bisque, le fusille du regard et j'ai soudain peur que ses bigoudis ne quittent sa tête sous l'impulsion de la colère et lui criblent sa face ravie. Elle le toise enfin et l'achève de cette maxime définitive :

- De la tête à la queue, pour soucer la gambas, encore faut-il qu'elle soit fraîche !

vendredi 28 octobre 2011

Poulet aux prunes... et au navet !


J'en sors. Je voulais aller voir "L'exercice du pouvoir" mais vu que pour une fois madame avait daigné m'accompagner je l'ai laissée choisir... Un gentil film pseudo poétique fait par une fille pour d'autres fillettes pas très modernes, fleurs roses et à l'eau de bleu. Quasi. Un film long et lent, mièvre, destiné à toutes les "Lucky Lukettes non pas de la bistoukette bien que ça rimait impec, mais du kleenex (qui par hasard rime avec sex) Je vous la fais courte et vulgaire vu que ce "Poulet aux Prunes" m'est resté sur l'estomac m'empêchant de manger un canard à l'orange avec qui j'avais rencard.
Souvent je regrette de ne pas plus connaître l'argot, ça m'fournirait l'occase de me défouler. J'vais me relire du ''Santantonio'', tiens... Là dedans au moins, y'avait d'la force dans les phrases... j'me souviens d'une, lue à quinze ans dans les dunes, plage du Boucanet au Grau du Roi... C'était mon paragraphe préféré dans chacun de ses livres : l'apparition de la "créature de rêve''... En général y'en avait pour une pleine page qui disait bien l'effet quasi tellurique que peut nous faire le choc visuel de l'apparition d'une bombasse qui nous plaît, à nous les zétéros hypnotisables. Les esclaves du zigomard. Les assignés de la testostérone... Alors tu parles, à quinze ans avec les hormones au plafond et à la plage en pleine période monokinu, c'est à dire, monokini voire cul nu car je vous rappelle que j'étais dans les dunes... Il était parti des pieds et remontant tout du long, le Dard avait écrit arrivant au visage :
"Elle avait des dents dont mon zinouflet inférieur aurait bien aimé se faire un collier"

Une phrase mystérieuse que je sais encore par coeur tellement elle m'avait interrogée tout l'été. En vain. Il m'avait fallu attendre des années pour la comprendre. Attendre qu'une bijoutière déshabilleuse prenne l'initiative de cette douce parure dont j'ignorais jusqu'à l'existence... Quelle révélation mes aïeux ! Et comme... bon ça suffit les confidences, oh... revenons à Satrapi, la réalisatrice avec qui votre intérêt va confiner à la débandade, je vous préviens.

En bref, c'est l'histoire d'un mec pas assez couillu pour dire merde à sa mère (ça me fait du bien) ni enlever sa belle au nez de son beau-père et qui se voit obligé d'épouser une petite prof de maths de merde aux idées mesquines et étriquées qui jamais ne saura résoudre l'équation posée par son artiste de mari. Elle ira même -la salope- jusqu'à lui briser menu, outre ce que vous pensez, en lui demandant d'assumer son rôle de père responsable, lui qui n'est qu'un musicien hagard, mais aussi son âme, sa vie, j'ai nommé son violon extraordinaire cédé par son maître, situation inextricable dont il va concevoir une ''jaunisse'' carabinée qui le mènera à l'autolyse - c'est le mot des dossiers médicaux pour remplacer "suicide" trop connoté...-

Raté, l'amour de sa vie, finie la passion de la musique, soudain confronté sans échappatoires possibles à l'ingratitude de ses enfants et aux jérémiades d'une femme qu'il n'aime pas, qui lui demande sans arrêt de lui confirmer le contraire, il prend la décision de se coucher pour attendre la grande faucheuse. Vous l'aurez compris messieurs, vous me saurez gré du conseil qui s'impose :
Si elle exprime l'idée de vous y emmener, suggérez-lui plutôt d'y aller avec ses bonnes copines... Un autre conseil au passage pour vous mesdames : si vous avez incessamment besoin de le supplier de vous dire qu'il vous aime, vous êtes en train de créer le chemin le plus court pour qu'il vous haïsse bientôt... (au cas malheureusement probable où vous n'auriez pas encore capté)

- ça t'a plu ?

Me suis-je quand même soucié avec urbanité auprès de madame afin de témoigner de mon éventuel plaisir ressenti à l'avoir sortie...

- Nul !

Qu'elle a rétorqué, sèche et laconique.
Et merde...........

mardi 25 octobre 2011

Le jour de gloire est arrivé...


Je vous le jure, à moins que mon Moi surpuissant m'ait joué un tour à classer dans les hallucinations auditives, j'ai reçu cet après-midi ce coup de fil :

Tou bidi bi dou bidi... Tou bidi bi dou bidi...

(Oui, cela fait maintenant un bail que les téléphones ne font plus Driiiiiiiing !... )

- Allo-oui ?

- Monsieur Photosmotstoros ?

- Euh... ben... oui....

- J'ai une prescription pour une douleur à l'épaule et je voudrais prendre rendez-vous

- Euh... oui... voyons... jeudi 19 heures, c'est la seule possibilité pour cette semaine

(Parfaitement, Martine Aubry ne m'a pas calculé dans les 35 heures, j'enfreins la loi toutes les semaines. Pffff... c'est encore mon Moi qui cherche à me replacer au centre du contexte de la moindre ligne... en même temps, ce n'est pas le journal d'Anne Franck, ici...)

- Ok, parfait, ça me va, au revoir...

-Euh... oui...ben... au revoir... c'est monsieur ?

- Godo, monsieur Godo...

Sans rire... en l'attendant je vais relire du Beckett, tiens.

lundi 24 octobre 2011

Edito en trois mots : Bobo, Poteau et Toreo



Allons bon, chez les commentateurs rougeoyants du Sud-Ouest, voila-t-y pas maintenant que si Kadhafi est mort, c'est parce que le VRP Sarkozy en a donné l'ordre pour fourguer des Rafales... Quarante-deux ans d'oppression ou encore l'imbécile fierté du trophée suprême pour un soldat lambda par exemple, n'auront pas suffi à motiver la balle de trop... Bien que cela me paraisse beaucoup plus plausible, j'arrêterai là les supputations car j'en sais foutre rien, comme vous tous. En tout cas, si une Alfa-Romeo est sortie de Carla, là, je confirme : c'est bien de sa faute.








Rugby. Dualité suprême, graphique y compris : les anges blancs, nos petits Français, le bien quoi, contre la mâle noirceur du Al Blaque ! Le Mal néo-zélandais personnifié, carrément.... Les Hakateurs égorgeurs, même qu'ils tirent la langue, blblblblblblblblb... J'étais de ceux, défaitistes, qui prédisaient la rouste. Je priais juste pour qu'il n'y ait pas ''ridiculisation''. Genre quarante points d'écart. Et puis le match se déroulait et l'on sentait le public tendu et contraint. Le match s'est terminé et personne n'était tout à fait heureux : les blacks boys savaient qu'ils gagnaient en ayant été largement dominés et les blancos rayonnaient de fierté en ravalant leur déception. Curieuse ambiance. Bon, nous, prévoyants, on a bu le Champagne à la mi-temps.


Antonete a commencé sa carrière toro. C'est lui qu'on toréait dans les dépendances de Las Ventas, lui que les figuras templaient pour s'entraîner. Il n'est certainement pas négligeable d'avoir été toréé pour à son tour, bien toréer. Aphorisme pas si amphigourique que ça – de rien, ça vous fait un nouveau mot - Puis Antonio Chenel, fut le torero de la coupure. Il se coupa tout – ou presque ! - et de tout, à répétition : les os, la coleta, la respiration, de sa femme, de sa vie, de ses sept lardons, du succès, de l'échec, de l'illusion, de la rigueur, de la constance, de la reconnaissance des aficionados.



Seulement voilà, par son talent de bohémien désinvolte, par l'épure et la profondeur de son style, tous ceux qui l'ont vu ne peuvent plus se couper de cette impression si rare de génie intermittent du toreo au caractère indolent tutoyant d'autant plus le divin qu'il renaissait des frasques les plus humaines. Il laisse derrière lui, cet indicible arôme de la tauromachie classique et essentielle. Il est à craindre que ceux qui sont arrivés à elle par Paco Ojeda ou Enrique Ponce, aient un peu de mal à comprendre en la visionnant, en quoi la faena du toro blanc d'Osborne resta mythique. Mais là, ce serait vraiment trop long à expliquer.


dimanche 23 octobre 2011

Tous !

Les femmes qui ne regardent que les fesses moulées des toreros, les jeunes filles qui rêvent d'être toréées à cuerpo limpio, les hommes, ceux qui ne véhiculent que des balivernes affligeantes sur le toreo, ceux qui parlent l'Espagnol en provençal avec leur "mulete" et leurs "bandarilles", toutes les grandes gueules "aficionades", tous les phares clignotants de la pensée taurine ininterrompue, tous ceux qui réclament "Musica !", qui envoient des "Maestros !" de spécialistes linguistico-taurins pour encourager des toreros qui ignorent cette suerte pour qu'ils ''bandarillâssent'' enfin, les rateros au grand complet, revendeurs de billets et quémandeurs d'avantages, ceux qui n'entravent vraiment rien aux toros, ceuss qui sifflent et réclament le changement des très intéressants mansos con caste dont les lidias sont souvent passionnantes, ceux qui hurlent jusqu'à l'hystérie pour attribuer encore et encore des oreilles indignes, ceuss qui bêlent ''indulto'' à des cochons handicapés parce que c'est la mode, ceuss qui font des triomphes à des imposteurs, ceux qui n'ont jamais manifesté contre l'afeitado, n'ont jamais dénoncé toutes les injustices et autres mascarades nîmoisées qui fleurirent sur le sable, tous les toreros de pastissade et de retransmissions télévisées, tous les commentateurs qui omettent savamment d'écrire ou de prononcer que les toros faibles sont FAIBLES, imputant cette malchance à la lourdeur de la piste, aux inondations du campo, au moustique Chikungunya, ou au mystère des toros ou peut-être bien aux ragnagnas de la femme du mayoral qui n'aurait pas dû préparer le repas avant l'embarquement, tous les défenseurs du faible et de l'opprimé qui te vocifèrent des "Morenitooooooooooooo" humanistes dans les oreilles à t'en crever les portugaises comme si leur sauvegarde en dépendait, tous les tertulieurs de génie qui t'expliquent des non-sens effrayants après cinquante ans d'aficion, ceuss toujours incapables de différencier le torero du pegapasse, tous, tu m'entends lecteur, ils étaient tous là, unis, enfin, trois mille au bas mot, trois cents selon les zantis, trente mille selon les clubs taurins, pour d'une seule voix chorale articuler leur "Gardarem lou Larzac" taurin... ce à quoi je souscris - il était temps... -
Ou comment en quelques lignes et sans passer par Facebook, se faire trois mille ennemis d'un coup... Pas taper.

Maria Del Mar Moreno La Tellurique

Avant d'aller voir Maria del Mar Moreno, j'avais pris la précaution de contacter Ludo pour lui demander s'il fallait aller à cette Balada Flamenca, ou si c'était une prestation « de plage ». Avec un nom pareil, ''del Mar'', je me méfiais... Le spécialiste m'ayant rassuré – c'est du puro de Jerez – j'ai fait le déplacement, ce qui vous vaut cette resena absolument fantaisiste et incompétente. Pour autant, si durant deux ou trois lignes, vous souriez un peu, tout ne sera pas perdu. Aperçue au premier rang pour ne pas perdre une miette du spectacle, Maja Lola qui si ça lui chante, peut embestir pour une contre-resena plus sérieuse afin d'attirer toutes les danseuses flamencas de Nîmes sur mon blog ce qui, je le reconnais, m'émoustillerait un peu. Olé.

Sur Maria del Mar Moreno, le Cellu M6 n'a jamais eu aucun effet. Comme sur toutes les autres femmes, d'ailleurs, mais chuuuut ne décourageons pas le merveilleux et ne tuons pas le commerce de l'adipocyte draîné qui n'a jamais fait mincir que le Kiné qui bosse lui, et brûle donc des calories. Le comble suprême, si l'on veut bien voir, étant de se faire grassement payer pour une requête de minceur insatisfaite chez la demandeuse mais auto-appliquée. C'est pour ça... moi je n'ai jamais eu le cynisme de m'équiper de ce matériel qui n'est autre qu'un aspirateur à rouleaux déguisé d'une carrosserie High-Tech avec des boutons partout pour en justifier le prix... La thalasso peut-être, pour ''del Mar'' ?

Au premier coup de talon, j'ai vu la salle tout entière sursauter, j'ai vu des spectateurs porter la main à leur tympan, j'ai vu le directeur du théâtre tenter précipitamment de joindre « La Méridionale des Bois et Matériaux » pour s'enquérir de la résistance du chêne massif fraîchement installé, j'ai vu que ça n'allait pas rigoler. Du tellurique foce 8 sur l'échelle de Taconear. La Maria, c'est pas le genre de poulette naine à la Rocio Molina élévée au pienso de céréales et jus de carottes, non, c'est un quintal de foudre dans chaque cuisse, et elle ferait plutôt dans le genre ''Dinde farcie'' de migas et chorizo. Ben, oui, je sais, c'est pas élégant, dinde, mais qui connaît le Tétras-Lyre, ou coq des bouleaux, ce magnifique gibier de montagne dont la parade amoureuse m'a irrémédiablement rappelé le jeu de la belle, de l'épanouie Maria del Mar élevée à la paella et au riz au lait du delta de l'Ebre, par ses trémulations frénétiques prolongées du plumage de sa robe. Hein, qui ? Personne, je le savais, et surtout pas vous qui n'avez jamais assisté au rut du Tétras-Lyre allongé sur la mousse d'une forêt de mélèzes et bouleaux et feuilletez frénétiquement votre Larousse pour découvrir à quoi ressemble le volatile (qu'on voit de dos, de face, page 1004 de l'édition de 1992)

''Maria, c'est du lourd'', aurait pu me dire Ludo, s'il n'avait pas été si bien élevé par sa maman qui "m'adore" dans l'ombre et en silence et que je salue ici. La Maria fait partie de ces femmes qui vous paraissent âgées de loin – j'étais au dernier rang – puis rajeunissent à vue d'oeil quand vous vous rapprochez – j'ai fini au premier, pour vous faire des photos, bande de pantouflards profiteurs de gratuité – et on apercevait parfois, et là c'est l'anatomiste qui reprend le dessus, immédiatement après le genou, la rapide propension jambière à devenir dangereusement tronconique sous les volants d'une jupe secouée par les rushes talonnifères qui crépitaient sec, même que Kadhafi, des déflagrations aussi nourries, il n'en avait jamais connu, lui qui aurait pu s'installer au bord de l'eau avec ses amazones et ses lingots... mais non, bédouin je suis, belliqueux je reste.

De l'ampleur, du tamaño, de la puissance, de la détermination, c'est comme ça qu'elle est, Maria. Dans sa cuisine, quand elle tonitrue à son compagnon l'injonction de faire l'assaisonnement de la salade, je vous garantis que le type a intérêt d'obtempérer presto. Sinon c'est Misrata-sur-carrelage dans la cocina. Je ne vois guère qu'Ingemar Stenmark pour la concurrencer question déflagration quadricipitale entre deux portes. J'ai aimé quand elle a saisi les plis de sa robe pour esquisser une véronique très templée pour essuyer le visage d'un Christ transpirant qui passait par là.

Et ce n'est pas le souffreteux guitariste de la première partie qui aurait pu l'effacer. Un premier morceau assez agréable et puis voilà qu'il nous parle de l'alegria de Cadix mais loin d'être embarqué, je restais attablé à Huelva à sucer des gambitas sur le port. Son jeu manquait de profondeur et de ligazon et n'a jamais attiré mon oreille. Ca m'énerve. Mais bon, il paraît qu'il est bon...

Deux cantaores par contre, m'ont parfois touché. Mais pas coulé.

J'y ai rencontré une amie marocaine qui découvrait le flamenco.

- Mais c'est triste ! S'est-elle étonnée...

- Ah ouiiii tu comptais voir une de ces espagnoleries en robe à pois et castagnettes ?

- Peut-être... je croyais que c'était enlevé, joyeux... de quoi ça parle en fait...? Explique-moi... ?! (je ne sais pourquoi les femmes donnent toujours des ordres)

- Je ne comprends pas ce qu'ils disent quand ils chantent, mais souvent, d'instinct ça remue les tripes, non ? Ce n'est pas pour rien qu'on parle de ''chant profond'', ça parle de la douleur de vivre, de la douleur d'aimer, de ceux qui nous manquent, de l'espoir, du doute, de la frustration, du malheur. De tout ce qui est profondément humain, de …

- J'avais huit ans quand ma grand-mère est morte. Je l'ai vue sur son lit, toute pâle et rigide. Elle ne me souriait plus, elle qui avait toujours été si tendre et aimante avec moi. Ma famille, tout autour du lit pleurait et il y avait un religieux qui priait doucement. Une complainte à voix basse qui exprimait la peine de tous ceux que la douleur rendait aphones. Et tout à l'heure, quand ce type chantait, cela ressemblait étrangement à cette intonation qui ne m'a jamais quitté et j'ai soudain revu cette scène à laquelle je n'avais jamais repensé depuis...

- Ben, voilà...tu vois... je crois que c'est toi qui m'as expliqué, finalement.

mercredi 19 octobre 2011

Balada Flamenca



J'ai chargé Maja Lola, spécialiste incontesté du baile et du cante sur ce blog - ben oui, Ludo désolé mais j'ai pas mieux...- de se mettre en frais et d'acquérir ce beau livre afin de rendre compte dans son style inimitable de l'oeuvre proposée : à bientôt donc pour une resena muy castiza. Car elle est espagnole quand même la bougresse... euh enfin, je veux dire l'élégante, la raffinée, la bienveillante, la sensible et sensuelle Lola qu'est Maja. A lire prochainement, donc, les aventures de "Maja Lola" caminando en la "Balada Flamenca" de Duzert et Pautier... Même que si ça lui plait pas, elle le dira ! Parce qu'ici pas de copinerie qui tienne. Non mais. Si c'est nul c'est nul et pis c'est tout... (tu noteras Ludo l'habile manipulation psychologique anticipée chargée de donner encore plus de relief aux compliments que nous ne manquerons pas de faire de ton ouvrage, hé,hé... chuuuuut...y'a q'des bourrins qui lisent ici t'en fais pas, vont tous courir l'acheter sinon je les empêche d'accéder au blog...)

lundi 17 octobre 2011

Canal Historique...



Dans le Sud-Ouest, pas besoin de parcs d'attractions pour s'amuser, on le sait. L'idée prime sur l'action puis on l'illustre en se marrant entre potes. Alors voilà, pour rétablir la fête à Vic et après le FLNC voici le FLV qui n'a d'autres revendications que de boire un coup à nouveau sur Pentecôtavic ! Très éloigné de "l'ordre juste" maxime quasi effrayante revendiquée par celle "qui mettra toutes ses forces au service du candidat socialiste" - mon pauvre François, tu ne vas pas t'en débarrasser comme ça... - cette initiative m'a bien fait rire et je ne résiste donc pas à leur faire de la pub. Les gars n'oubliez pas mon coup à boire l'année prochaine... Pour moi, c'est tout bénef je n'ai pas de jardin là-bas où vomir et pisser et je sors un peu du schéma vieux con trouble-fête... ouais je reconnais mon populisme facile qui n'engage à rien, effectivement...



Ils ont même un blog pour ceux qui voudraient suivre leurs aventures, c'est là :






dimanche 16 octobre 2011

Tigran y Chucho pero con Youssef !


Video à visionner après lecture du texte !

Merci l'ami, vraiment, de m'avoir cédé ta place pour aller hier soir au théâtre écouter Tigran Hamasyan et Chucho Valdes. Tu l'as fait sans hésiter, heureux de profiter de ton rendez-vous galant inopiné maaaaaaaaiiiis il n'est pas sûr que tu aies eu autant de plaisir que moi, oh non...

J'étais allé voir les deux virtuoses du clavier annoncés par l'affiche. Pourtant, la facilité et l'évidence c'était d'intituler ce post : "Youssef m'a tuer..." tellement Dhafer Youssef s'est avéré être une importante révélation. J'étais tranquillement assis quand soudain, juste après les premières notes de Tigran, ce type s'est mis à... on ne peut pas vraiment appeler ça chanter... c'était une plainte, une longue complainte, un ténor - celui qui tient la note - d'un nouveau genre, voyage direct de ses tripes aux nôtres. Ca tenait du cantaor flamenco mais sans la révolte et la véhémence, ça tenait du Muezzin mais sans l'injonction impérieuse. Un chant doux et lancinant qui dégorgeait toutes les subtilités de l'Orient des lumières, toute la profondeur de l'âme et le sublime de la beauté et de l'amour réunis. La salle était en apesanteur, suspendue à sa gorge qui n'en finissait plus de vomir ce miel qui fracturait en nous toutes les résistances. Insoutenable. J'ai frissonné. La voisine a sorti son paquet de mouchoirs en papier. Au piano, Tigran était divin aussi, pur, clair, modulé. Le choc émotionnel total. Trois minutes après le frisson j'ai piqué un Kleenex à la voisine. Des larmes plein les yeux elle aussi, elle m'a souri. Son mari, non. Standing ovation, entracte, les gens bouleversés erraient dans les couloirs se demandant mutuellement s'ils avaient bien entendu ce qu'ils venaient d'entendre. Grandiose prestation. Je réunis tous les superlatifs disponibles, les réunis en bouquet et les dépose aux pieds de Dhafer Youssef. Merci.

Chucho Valdes lui, c'est le monstre sacré, la parangon de la musique jazz latino. Mais aussi un sacré monstre : un double mètre, dans les cent vingt kilos, le béret du Che vissé sur le crâne, des mains comme des battoirs, plus larges que le clavier dont on craint qu'il ne soit démantibulé sous le choc de l'occupation frénétique. Dans la configuration afro-jazz messengers c'est une machine de guerre qui avalanche du décibel de virtuose à outrance. Un mur de sons qui avance, implacable et tonitruant. Pas vraiment le temps d'apprécier une ligne de portée, à toute allure écrasée par la suivante. Monstrueux, dévastateur, immarcescible, absolutoire, démoniaque. Puis entre une grosse dame noire dans une robe africaine de camouflage "lande brûlée tachetée de neige" qui calme le jeu avec du Blues puis nous donne son "Besame mucho" qui nous ennuie un peu jusqu'à ce qu'elle le scate avec un talent rare. Magnifique. C'est là-dessus qu'elle quitte la salle sous l'ovation avant que Chucho-Le-Puissant ne reprenne son mesclum de notes plus assénées que données, toujours à un rythme infernal. Seules ses mains supersoniques s'agitent hors de sa carcasse parfaitement immobile. Ebouriffant, tellurique et... assourdissant !

Mais vous l'avez compris, c'est Dhafer Youssef dont on se souviendra avec le plus d'émotion, lui qui a prouvé que la voix est le plus déchirant des instruments de musique que l'homme puisse transcender. Si vous avez quinze minutes et treize secondes, cliquez sur la video et mettez-là plein écran.

samedi 15 octobre 2011

Edito à Toto

Sympa c'te Martine, elle a assuré aujourd'hui, qu'elle ferait la fête avec François quel que soit le résultat. Je la crois. Non pas, parce que la parole de cette "menteresse" serait d'or, mais parce que le François n'est à l'évidence pas un vindicatif. Ca doit bien faire une semaine qu'il se fait traiter de "gauche molle" et que la France entend "couille molle" bien évidemment... comme elle te Balladurise, la Martine, mon pauvre Francisco...

Entre ton ex et ta meilleure adversaire il t'en aura fallu des nerfs ! Ben tu vois, c'est pour ça qu'ils vont t'élire, t'as rien à craindre. Moi j'ai voté Bailet, je croyais que tous les mecs disons, pas de gauche, ils étaient intelligents comme moi et allaient en s'unissant, tuer dans l'oeuf la présidentielle. Mais non, c'est des bourrins-radins ! Et la pauvre Ségolénitude ? Quel uppercut à l'ego ! Non, je ne me moquerais pas d'une femme qui pleure. Pas longtemps. Mais devoir choisir entre celle qui t'a frauduleusement évincée de la première place du parti et ton ex, contre qui tu daubais avec tes copines depuis lors, quelle angoisse ! Tu as fais le bon choix Ségolène, tu as quand même quatre lardons avec la gauche pas si molle donc, et ils ne t'auraient pas pardonnée. Et ça, ça vaut toute l'argutie politique. Enfin, moi, à cette fête-là, je ne veux pas être invité dis-donc... bonjour les sourires fratricides... 'Di Diou... mieux vaut faire la troisième mi-temps de France-Galles avec les copains. Transition un peu capillo-tractée lecteur, qui te permet néanmoins de glisser au paragraphe suivant :

Mais on a serré les fesses quand même, hein, avant de boire un coup... Même à quatorze, ils étaient plus forts que nous les Gallois, je me demande si pour la jeunesse, c'était très moral de l'emporter. Enfin, c'est fait.
Et dire qu'au lieu de festoyer, j'aurais pu être utile à une jeune femme blessée. Ouais, j'aurais pu masser Tristane pour la déstresser un peu, elle était là, à la résidence d'écriture du Diable Vauvert... elle y est peut-être encore, cachée dans les roseaux. J'aurais pu la prendre en croupe de mon destrier blanc, entre deux éternuements nous aurions chevauché la tête haute dans les roselières, au milieu des taureaux... et puis nous aurions assisté à une ferrade de taureaux, et rejoint les gardians pour assister au tri des taureaux, et puis à une tienta de taureaux et nous aurions mangé une daube de taureaux et enfin nous aurions assisté au coucher du soleil sur une manade de taureaux. Avec du riz du Grand Badon. Ben sûr, c'est la Camargue hein, c'est pas très varié... et puis à minuit elle serait venue toquer à ma porte car elle n'aurait pu s'endormir à cause des ultra-légers motorisés et alors, avec ma chemise, je lui aurais fait des "Porta Gayola" sur moustiques sauvages, des changements de main dans le dos, des quiebros de plein vol, des mariposas de réverbère, des "Trinchera del Mosquito", des.... Et puis enfin, vaincus par la fatigue, nous nous serions couchés l'un contre l'autre, tremblants et apeurés, sans le moindre geste équivoque - excepté cette satanée érection qu'il est impossible de contrôler même en cas de parfaite éducation...- bien vite réprimée par les techniques ancestrales transmises du grand Maître Kikibloké Pabougé Etpatienter : cette rétro-poussée du membre viril entre les cuisses, suivi du verrouillage des adducteurs, une technique que ne maîtrisent pas les fauves abjects, ni les chacals puants, pas plus que les hyènes lubriques dont le stupre est la raison de vivre. Oui, le hasard aurait pu faire que j'y demande aussi le gîte, à la Laune - si je n'avais pas tant besoin d'argent...- pour écrire enfin sérieusement, et j'aurais su, moi, auprès du Cas Banon, réhabiliter le genre humain !

Elle a le regard tout triste en ce moment Tristane (quel prénom...! moi, j'aurais déjà fait un procès à ma mère) Qu'est-ce que je pense de cette affaire ? Pfffff... trop tard Tristane... fallait écouter personne et porter plainte tout de suite... En outre, je trouve que l'agressée a une responsabilité envers toutes les autres femmes, victimes potentielles. C'est vrai quoi, il n'est pas question d'accabler Tristane mais, on ne peut plus logiquement, on peut quand même considérer que si elle avait fait la démarche, cela aurait été un marqueur fort pour arrêter ou freiner le fauve et prévenir toutes les autres femmes. Tristane, mais aussi les autres victimes, parce que quand tu te conduis comme ça, il n'y a pas de raison que tu ne l'aies pas fait à des dizaines d'autres. Si vous en avez été victimes dites-le, au lieu de pleurer dans votre coin ou de vous charger au Lexomil en silence : il n'en va pas que de votre salut, pensez à vos soeurs.

Eh les garçons, dire que nous, suffit qu'on se montre gentils et hop, on emballe... c'est un gros nul ce DSK finalement, avec son cerveau de génie, son physique de docker et ses manières de garçon charcutier... Et puis quel prédateur... quand tu as eu la mère, lecteur, tu essayes d'avoir la fille, toi ? Ou l'inverse ? Tu te rends compte des dégâts que tu peux causer dans une famille ? Il n'y a que les grands prédateurs sans coeur qui peuvent faire ça, tiens, Carla par exemple, avec la famille Einthoven : c'était ton père qui trempait son biscuit ici jusqu'à hier, ben vas-y toi maintenant, fiston, tu philosopheras plus tard... Beeeerck.
Bôaaah sûr, qu'on est plus moderne à Paris. Y'a que des ploucs pour être choqués. Ma belle-mère elle, ne risque rien, ça c'est sûr ! (désolé Madeleine, hein, c'est pour les besoins "rigolatifs" de mon article... vous savez comment je suis... oui... meuh je sais que vous m'aimez bien... en même temps, vous êtes un peu obligée... et puis vous ne lisez jamais mon blog...;-)

jeudi 13 octobre 2011

Midi-Libre, Garrigues et ses Barbares





Je me souviens très bien de la première fois où je me suis battu. C'était au Collège Feuchères sur l'avenue éponyme, j'avais tout juste onze ans, en plein "Mai 68". Je venais de la très religieuse école de Saint Jean Baptiste de la Salle où mes parents avaient tranquillisé leur conscience en me confiant aux bons soins des "frustrated brothers", des frères religieux névrosés qui promenaient leurs soutanes noires et nauséabondes entre les rangs terrorisés de nos petits bureaux vierges de tout gribouillis gravés ce qui aurait été à l'époque tout bonnement considéré comme du gravissime vandalisme valant exclusion. Dans cette école d'ailleurs, on ne peut pas vraiment dire que la rédemption s'acquérait dans la douceur : frère Pierre irait aujourd'hui en prison à donner aux lascars ses dérouillées publiques, sur l'estrade, devant toute la classe. Pour vous donner une idée de la rébellion que manifestait le plus irrécupérable, il s'agissait pour lui non pas d'immoler le prof par le feu ou de le larder jusqu'au blêmissement à coups de Zulfikar comme il est couramment pratiqué de nos jours, mais seulement de marquer le plus d'indifférence possible à la ration de tartines non beurrées qui s'abattait sur sa caboche, une ration plus dense qu'aucun anti-corrida n'en recevra jamais de toute sa vie, même en ayant séjourné à Rodilhan tout pénétré de l'idée qu'il allait sauver l'humanité de sa barbarie grâce au seul dépôt enchaîné et contrariant de son auguste fessier sur le sable de l'arène de ce pueblo désormais mythique.

Mais revenons à Feuchères... Enfin, tentons, car il faut désormais pour ce faire, passer par la petite Camargue vu que le cabinet d'Archi en charge du projet AEF qui à l'époque ne signifiait pas "Allez, Evacuez, Fissa !" mais "Arènes, Esplanade, Feuchères" a choisi d'emmerder toute une ville qui ne peut désormais plus faire le tour de ses boulevards du centre. Merci les archis qui ne vivent pas à Nîmes et personne pour s'en apercevoir avant que d'être emmerdé et que s'écroule l'économie du centre ville déjà désertifié sous les coups de boutoir d'un Trambus retors à l'allumage dont il faudra que je vous reparle un jour. Ah oui, Nîmes c'est space, en ce moment...

Donc... - ben quoi, vous les adorez mes parenthèses - le type qui m'avait dans le nez à Feuchères, peuchère. Un costaud, un trapu, bréviligne et musclé, qui avait choisi le grand échalas souple au vent que j'étais comme souffre-douleur, bouc-émissaire, victime expiatoire... c'est bon vous avez capté ou je vous en rajoute un pour la route parfois tortueuse de l'entendement ? Il m'en a fait baver des mois durant : insultes, bousculades, menaces, brimades, diffamations... des mois durant, je vous dis !

Et puis un jour, "Mai 68", l'envie de se libérer, la fraîcheur du vent de la révolte, l'envie d'un coup d'éclat, et ce type toujours sur mon dos, à me harceler. C'était dans le long couloir ou se tenait une armoire qui abritait les cartes de géo. Il me suivait, on était seuls. Juste après un virage comme celui de la calle estafeta où échoue centrifugée toute l'Armada des cuirassés, j'ai senti que je virais à un état second, tout bouillait en moi, j'ai fait demi-tour puis un pas de côté tandis que j'armais mon petit bras de gisclé. Ce fut un mouvement parfait, harmonieux, efficace. Dans mon poing, toute la haine accumulée depuis des mois et toute l'injustice du monde à venger, mes pieds bien en appui, le poids du corps bien transféré dans mon bras. Gisclé peut-être, mais au sprint le plus rapide, le plus nerveux et ce poing qui arrivait à toute allure. J'ai entendu distinctement péter son nez, éclater sa lèvre, gicler sa dent, taper sa tête sur le granito du couloir. Ensanglanté et sonné, il s'est mis à pleurer en reprenant connaissance, lui le caïd, comme un enfant qu'il était, comme un bébé, comme une sous-merde. Je devais ressembler, tétanisé que j'étais, à un démon ou à quelque chose d'approchant car ses yeux exprimaient la peur nue. Il était à ma merci, j'ai hésité à frapper à nouveau ; l'option c'était un grand coup de talon en pleine poire pour finir de lui éclater définitivement la gueule ; le tuer, c'est de ça que j'avais envie, moi le gentil garçon bien élevé ; à un poil de le faire, je me suis retenu longtemps en le dévisageant sans le moindre mot. Le temps que la haine résiduelle que j'éprouvais s'échappe de moi comme le courant par les trémulations, après que vous ayez été foudroyé . Il avait peur de mourir, j'en suis sûr.

Ca a fait un foin du tonnerre, ça a quasiment remis en question l'enseignement religieux de St J-B de la Salle où on a recontacté les dirigeants pour se renseigner sur moi et où l'on allait d'incompréhension en incompréhension parce que avant la 6e où quand même je découvris les filles en cette première année de mixité au collège, excusez le traumatisme, j'étais plutôt le premier de la classe que le bourrin du radiateur. Les assurances sont intervenues, le tortionnaire est passé par le Samu, j'ai été convoqué par la terrorifique surveillante générale, madame Bonicato, parfaitement, je me souviens encore de son nom, qui boitait bas et avait une paupière paralysée et en comparaison de laquelle Martine Aubry évoque la grâce sautillante de la biche mutine, le vol aléatoire et léger du papillon Sablé des Sainfoins et les prairies où se butine le miel toutes fleurs... Plutôt Alcatraz que le bureau de madame Bonicato d'où l'on doutait ressortir vivant, quand on était élève de sixième à Feuchères en 68...

Et bien sûr, malgré les insultes, bousculades, menaces, brimades, diffamations hargneuses endurées des mois avec stoïcisme, j'ai eu tort sur toute la ligne, le barbare c'était moi, moi, qui fut durement sanctionné évitant de justesse à ma famille la honte de l'exclusion grâce à la tourmente soixante-huitarde. Ce jour-là, j'ai su que la justice pouvait ne pas être une valeur absolue. Trente ans après, le hasard a voulu que je croise ce type sur un trottoir de Marseille.

C'est lui qui a baissé les yeux.

mercredi 12 octobre 2011

INJUSTIFIABLE par François Charcellay






Dans le Midi-Libre du jour, François Charcellay chef de l'agence nîmoise du Midi-Libre y va de ce billet d'humeur :





A Rodilhan, samedi lors de la finale de Graines de Toreros, le comportement des aficionados a été inacceptable à l'encontre d'une centaine de militants du Crac (comité régional anti-corrida). Certes les anti-corrida, en s'enchaînant au mlieu de la piste, sont venus perturber ce qui est pour les pro-corrida l'un des derniers rendez-vous de la temporada gardoise. Mais la raison aurait dû l'emporter. Et les aficionados quels qu'ils soient doivent garder à l'esprit que : "On combat des idées, on ne combat pas des hommes". Les images qui circulent sur internet - coups de pied, de poing, violente aspersion du visage avec un tuyau d'arrosage, une militante du Crac en partie déshabillée - montrent des aficionados aux comportements inacceptables. Agressifs, brutaux, violents, insultants qui ne servent en aucun cas la cause de la corrida. Défendre la corrida avec de tels agissements est tout simplement injustifiable.



Ainsi donc la sentence de cette autorité morale auto-proclamée est tombée, c'est injustifiable. Si je ne me sens pas solidaire des quelques aficionados qui par derrière et à l'abri d'autres companeros ont distribué quelques coups de pieds effectivement indignes, il me suffit de considérer que ce ne sont que des hommes pour les comprendre. On voit aussi sur ces images, beaucoup d'aficionados qui interviennent pour calmer les leurs. Et des connards, il y en a partout, vous devez en connaître énormément chez les antis et je suppose même à Midi-Libre. Dans un article récent de ce blog, je pressentais qu'il n'y avait plus aucune latitude pour la tolérance et que bientôt les coups pleuvraient. Nous y sommes. Et si les autorités continuent à se foutre de ces évènements dont ils peinent à prendre la mesure en n'envoyant que deux gentils gardiens de la paix débordés, ce sera encore plus violent la prochaine fois. On ne peut pas insulter les gens impunément depuis des années sans qu'un jour ils en ressentent un ras le bol : comment pourraient-ils échapper aux traits de leur condition humaine ? Depuis des années nous avons tout entendu : pédophiles, tortionnaires, pervers, brutes sanguinaires. Ca su-ffit. Si votre raison l'avait emporté M. Charcellay, ou simplement l'objectivité qui devrait guider votre éthique de journaliste, vous auriez commis depuis bien longtemps les mêmes lignes mais en faveur des aficionados. Or, rien, nous n'avons rien lu à ce sujet, par exemple quand Me Montcouquiol a été agressée dernièrement. Les coups ont donc parfois une légitimité ? C'est ce que vous pensez ? De plus la leçon que vous tentez de nous donner est assez rigolote : on combat les idées pas les hommes. Très bien, sauf que ce n'est pas ainsi que s'exerce un concept assez vague pour vous dirait-on, qui se nomme "démocratie". Celle-ci a prévu des assemblées, des conclaves, des cercles de réflexions, des votes, des tribunaux où les règles de vie commune se font et se défont. S'enchaîner au coeur d'un spectacle légal pour l'empêcher, n'est pas la voie pour combattre les idées, c'est une provocation voulue pour récolter ces mêmes images que vous dénoncez, ce qui fait adhérer l'indécis moyen à la cause et déclencher plus de dons. Il est étonnant qu'un journaliste - en chef - ignore un procédé bien rôdé depuis des lustres et savamment mis en pratique par Greenpeace notamment. Allez, reconnaissez-le finalement chancelant Charcellay vous ne l'ignoriez point mais vous êtes si peu "torero" dans la vie que vous préférez feindre de l'ignorer.
Aller au contact parisien d'une séance bien inoffensive de toreo de salon - simple chasse-mouche atmosphérique - pour l'interrompre, démontre parfaitement l'ouverture d'esprit et l'intelligence de ceux qui se sont arrogé la pensée correcte pour tous. Dans cet incident ce ne sont pas les aficionados qui sont en cause, c'est votre procédé. Faites le test : que vous alliez au coeur d'une concentration de motards pour saboter leurs Harley Davidson ou à un salon d'aquariophilie pour libérer les poissons, le même accueil vous sera réservé, il ne peut en être autrement. Encore une fois, nous ne sommes que des hommes. Il y a une chose dont je suis sûr, enfin : si un jour la corrida est déclarée illégale, les aficionados s'y plieront démocratiquement se contentant d'aller les voir là où ce sera encore possible, en Equateur ou au Zimbabwe, ou nulle part, et vous ne les verrez certainement pas s'enchaîner au milieu des réunions des amis des animaux pour le plaisir malsain de les faire chier ou au mitan de l'Assemblée Nationale pour contester la légitimité de la nouvelle loi. Quant au problème de fond, je suppose que si l'on demandait aux bovins quelle alternative leur conviendrait mieux, vivre cinq ans d'une belle vie sauvage ou finir en escalopes de veau à six mois de vie, gentiment trompés par leur éleveur jusqu'à l'abattoir après que vous avez emmené vos classes de bambins les caresser hypocritement, je suis certain de leur décision. Comme je suis certain qu'aucune émotion ne vous a jamais étreint en vous délectant de cette escalope de veau à la crème et aux champignons. Votre traitement de la désinformation serait plus à sa place dans la gazette partiale du Crac que dans un quotidien qui choisit visiblement mal ses moyens intellectuels de "se la péter" à hauteur de ses ambitions.

mardi 11 octobre 2011

Canou

Je visite une mémé. "Canou" est son chien. Un horrible caniche abricot, veule et dégénéré. Aussi perclus d'arthrose que sa maîtresse. Pour les angoissés du bocal et autres "Conchitas" qui m'interpellent à ce propos, je précise ici qu'Asuncion et Francisco ne s'appellent pas Asuncion y Francisco, que tout ce que je raconte sur eux n'est pas le récit fidèle des séances données là-bas et que j'ai assez d'imagination pour broder à partir d'une partie de la réalité. Si ça se trouve, ils sont Bosniaques et pas Espagnols... Ecrire, ça s'appelle...



Ces "problèmes" étant réglés, qui devraient vous importer autant qu'à Canou la retransmission de France-Galles, revenons à ma mémé. J'excuse et comprends son anthropomorphisme dégoulinant, quoi faire d'autre quand on est "un homme" que de l'anthropo... de plus, elle vit seule : Canou est son compagnon. Un gentil compagnon soumis et névrosé qui pisse aux quatre coins des tapis persans et essuie son anus incontinent au "jeté de canapé" de soie sauvage que sa maîtresse a quand même pris soin d'étendre. Ça va, j'ai bon jusqu'à maintenant ? Je n'ai trahi aucun secret médical d'envergure ? D'autant que cette histoire que je te raconte aujourd'hui, lecteur poussif et préoccupé, dont l'héroïne est peut-être depuis lurette sous les pissenlits, dévorée jusqu'aux os par les tiques de Canou avec qui elle est enterrée, tu comprends petit effrayé chronique ? Bon... c'est bien... parce que là, je vais faire une révélation fracassante : je suspecte la mémé de coucher avec Canou. Qui s'appelait d'ailleurs peut-être Nouka, couillon, va. Si. Carrément. Et je n'hésite pas à l'aboyer dans ce blog, la suspicion. Ouarf !

M'est avis que de par les liens quasi passionnels qui lient ce couple de nyctalopes somnolents toute la journée, l'éventualité de la proximité horizontale nocturne n'est pas à écarter. Sussucre. L'animal dans cette maison de poupée assez étouffante reçoit un régime assez intensif de soins inappropriés : à peu près 427 836 caresses par jour ainsi que 629 413 carreaux de chocolat noir dont les traces se retrouvent sur le "jeté de canapé" et sur le couvre-lit sans que je ne sois arrivé à déterminer si elles sont anté ou post digestion... post, je le crains... Papatte à maman. Oui, parce que la relation amoureuse est forcément incestueuse par cet anthropomorphisme doucereux qui ne fournit qu'un parallèle infantile.

Eoukilémongroscanoucanoucanou ?


Qu'elle lui dit, pendant qu'à cette intonation il pisse d'extase les quatre pattes en l'air allégeant à la sénile tendresse. Ouais, je dis que mes patients sont séniles maintenant, parfaitement, et plus qu'on ne pourrait le croire ou l'imaginer, même : pourquoi ? Y'a un blem avec toi, petit lecteur concupiscent affolé par la littérature autant que Canou par mes boots qu'il pourrait bien prendre un jour dans le cul ? Même que ça lui briserait aussi sec ses vertèbres déminéralisées. Ça y est, c'est prouvé, l'aficionado est cruel. Moi, je défends un autre point de vue : c'est le véto qui est cruel de maintenir, cupide et faussement compatissant au chagrin à venir, un débris canin qui n'a plus que de piètres rapports avec le genre animal, avec la belle époque du fringant Canou copulant frénétiquement avec les tibias des amies de sa maîtresse qui en riaient en prenant le thé, lui accordant toutes les justifications possibles, jusqu'aux plus farfelues alors qu'elles s'étaient refusées la veille à leur mari qui certes, manquait de chien, lui, malgré qu'à force de frustrations il entendait tout le temps l'ordre rêvé que sa chienne de femme aurait pu lui intimer : Va coucher !


Et donc ? Quel but visait donc cet article quand j'ai commencé à l'écrire...? Prrrrrrrrrrt... enfin, on y est, on y est, on va essayer de retomber sur ses pattes. Cet enfoiré de petit Canou, il était tout excité l'autre jour, je ne sais s'il avait subtilisé à sa maîtresse son shoot d'EPO mais il courait dans tout les coins du salon, 16m2 quand même. C'est alors que "Maîtresse Sénilia" depuis son donjon tonna :

- Oooooooh Canou ! ça suffit maintenant !! Si tu continues, tu vas dehors !!! Je te sors dans le jardin !!!!




- ..... ?

Y'a un truc qui n'allait pas dans l'énoncé de la menace... et je n'ai pas pu m'empêcher de m'en mêler.





- Comment ça madame A ? (remarque lecteur précautionneux que son nom n'est pas cité. C'est malin... personne ne devrait ainsi savoir qu'il existe à Nîmes une vieille sénile, madame Aconassian, au chien débile et à l'arthrose envahissante) Que voulez-vous dire ? Que ce serait une punition pour lui, d'aller dehors ???


- Mais oui... il fait frais dehors...


- Vous plaisantez ? C'est un chien ! C'est un bonheur pour lui de sortir ! C'est en le séquestrant ici, dans les coussins de soie sauvage, qu'il est malheureux !!!


Elle n'a pas moufté, accusant le coup, comme prise en flagrant délit d'animalisme aconassé écroulant tout son système de pensée et son mode de vie. Voilà, c'est tout. Mais ça en dit long, non ? Depuis qu'elle s'est trahie, madame Aconassian et moi, on n'est plus vraiment ami-ami ; on se regarderait plutôt en chiens de fusil. Surtout quand je fais gicler le canou-canou du lit où je la soigne, acompagné de moult évidences hygiénistes et principes éducatifs de bon sens qu'elle ne peut contester sous peine de passer pour sale et faible. Canou, lui, est terrorisé dès lors qu'il m'aperçoit et va désormais se carapater sous le canapé pour assurer sa sauvegarde. Mais quand je pars, je l'appelle à la porte et il sort avec moi dans le jardin. Maîtresse Sénilia ne peut moufter vu la joie du débris canin. Dehors, il redevient fada et jappe comme un ado-chien... je lui balance des bouts de branches que le Mistral a arraché au pin d'Alep de l'entrée, avec de grands gestes. La première fois il s'est couché en gémissant comme un pleutre : il a cru que je voulais le tuer... maintenant il court comme un arthrosique dératé enraidi, le train arrière oblique... je vais finir par le faire clamser, c'est sûr. C'est ce qui peux lui pendre de mieux à la truffe, remarquez. Au moins aura-t-il vécu un peu intensément, ivre de la passion de ramener le bâton qui sent bon, plein de résine. C'est le seul moment où il ne pense pas au chocolat et où il ne subit plus les incessantes caresses des doigts déformés, Canou. Evidemment le lendemain il ne peut plus marcher, il parait... mais au moins il ne saute plus sur le canapé. Il dort dans un coin rêvant au bâton embaumé et "Maîtresse Sénilia" se sent seule. Et oui mais c'est cela aimer : permettre à l'autre de se réaliser même si cela ne sert pas vos propres intérêts. Maintenant quand je m'en vais, je vois bien qu'il est malheureux.

lundi 10 octobre 2011

La Peau des Couilles ?



On clique sur la photo du texte.


J'ai pecho - ouais public, je parle le djeun's - sur le blog d'un jeune type qui pratique la multi-resena éclectique simultanée - ouais...! plus fort que moi, donc - et au milieu de ses impressions de lecture, le compte rendu de corrida le plus savant jamais aperçu... Allez Morphée, rendors-toi... C'est là :


http://morphee.over-blog.net/article-7008037.html




samedi 8 octobre 2011

La Pensée du jour

Aqui se muere de verdad, no de mentirijillas como en el teatro
Cuchares.

Cornada en la Cara

Si les aficionados honnêtes n'apprécient pas toute tentative - ou réussite, encore moins - de diminution de l'intégrité physique des toros, ce n'est évidemment pas, comme s'attachent à le répandre ceux qui y ont intérêt, par amour stupide et immodéré du règlement. C'est tout d'abord parce qu'il faudrait être foncièrement truqueur pour aimer ces contours et ces pratiques qui ne sont pas le pain de l'homme de base. En effet comment arriver à apprécier quelque chose de vicié quand on est un homme en quête d'absolu ? Quand on ressent naturellement ce besoin de vivre des émotions authentiques, de s'émouvoir de ce moment de vérité qui convoque des enjeux majeurs ? Ce n'est tout simplement pas possible. Comment ne pas se sentir minable de se satisfaire de l'idée que le toro serait "apprêté" pour le spectacle, pour servir et non combattre ? Comment alors accepter cette passion qui vous fait patienter et vous emmerder à 90% des courses parce qu'un coin de votre tête sait qu'une magie peut surgir tout à coup et apporter enfin ce ferment si rare de la conscience sublime de la vie ? Quand la vérité est là, nue, fragile, éphémère et lumineuse. Alors oui, il est possible que demain sa propre mère ne reconnaisse plus Juan José Padilla après le coup de corne reçu d'un toro d'Ana Romero qui lui ouvrit hier à Zaragoza, le visage en deux. Mais ce prix que tous acceptent de tacitement payer, c'est l'honneur de la corrida, c'est l'abnégation héroïque des toreros et la dignité des pleutres fascinés comme moi, qui viennent s'asseoir sur les gradins. j'allais dire, poser leur gros cul sur les planches. Parce que j'ai envie d'être cru, d'être au plus près de l'organique, d'être à l'os de l'aficion. Vous n'irez peut-être pas voir cette video particulièrement horrible de vingt-cinq secondes postée sur You Tube par "ceso tejares" que j'ai choisi de ne pas publier, mais il vous faut savoir que la corne est entrée par la pommette, a impacté le torero vers le sol, l'a traîné quelques mètres avant de ressortir par l'oeil, faisant éclater la face de Padilla comme une grenade trop mûre chutant sur le pavé. C'est horrible, inhumain, terrifiant, et n'en déplaisent à tous les pro et les antis que cela indispose, terriblement nécessaire à la fiesta brava. Le prochain torero tué sera l'honneur de la corrida. Car quel aficionado n'a jamais ressenti cette honte à la vue d'un "toro de combat" qui dédaignait son adversaire pourtant à sa merci, comme une vache laitière apeurée ?

High-Key taurin

mercredi 5 octobre 2011

Soins à Domicile II

Asuncion y Francisco



J'ai croisé Asuncion dans le hall de l'immeuble :

- Ah ! mésié Délon, como estas, guapo ?

- euh... blblbl... bieeeeeen, biiiiiieeeeeeen... como uno viejo dé oun medio-sieclo !
Zé né sé por que ma dé que zé parle con Asuncion zé pren cet aczent... que soy tonto !

- Allé, allé... sa zuffi dé fèr lé coqué ! Si bou boulez on sanze nozâges, et on verra kicéké viejo ! Zé bou donne les clés et sourtout bou lé dites ki les zoubli pas dans la cérrure qué zé mé démande sil fé pa espré dé mé fèr poiroté, qué zé pé pa abrir... zé tambouriné si for et longtemps qué zé pé plou tricoté ! A cause dé loui ! La munequa me duele !

- Si, si ! Entiendes ! Zé loui di !

- Aaah mésié Délon que bou zêtes un hombre, bou, au moins...

- ... ? Hasta luego !

Après avoir croisé dans les escaliers deux ménagères "professionnelles" toujours aussi sexy dans leur petite blouse de travail au camaïeu de fleurs mauves et roses, j'entre dans l'appartement. Salon-séjour vide, cuisine vide, chambres vides... Sous la porte de la salle de bains un rai de lumière, je la pousse doucement : Francisco sursaute, il est en train de pisser dans la baignoire...


C'est vrai que c'est bien la salle de bains comme WC... c'est spacieux, confortable, bien éclairé et surtout interdit par Asuncion ce qui décuple le plaisir du soulagement... il me décoche un regard éperdu puis souriant en constatant qu'il n'est pas pris en flagrant délit de miction impossible, par sa femme. Quand on dit qu'il pisse dans la baignoire, on exagère... il a dû y faire trois gouttes puis donner le reste au pantalon. Evidemment, il ne prend pas la peine de rincer la baignoire avec la douchette.


- Tou è oun bon Kiné !


C'est devenu rituel, il me sert l'affirmation en début de chaque séance. Il doit se dire que c'est un bon investissement pas trop cassant sur la séance à venir et que, flatté, je ne vais pas trop tirer sur son épaule, que je l'aurais à la bonne et resterais "infra-douloureux". Son autre technique de diversion consiste à me parler sans arrêt. Car, lorsqu'il parle, son tonus musculaire augmente et moi qui ai besoin qu'il se relâche complètement pour le mobiliser, je dois attendre ou le faire taire. Ma qué cé né séré pa tré poli...


- Tou té mari con la duchessa ? C'est toi ?


- Ah oui, j'ai vu ça... quatre vingt-cinq ans... elle épouse un petit jeune de soixante... la Duchesse d'Albe...


- Si ! la Cayetana digo qué sé pa pour son argent... ké rire ! Y sé por qué alors ? su dentier ?


- Boâh... pourquoi ne pas envisager qu'il puisse y avoir de....


- Hi, Hi, Hi, hihihihih... Hi, Hi, arrête tou mé fé tro rire !


La porte d'entrée s'ouvre brusquement, Asuncion revient plou to qué prévou. Francisco se raidit imperceptiblement et me fait une moue rapide au regard tournant indiquant à peu près : Gaffe ! Le général est dans les murs ! D'ailleurs, Asuncion se fend d'un tonique : Allé, allé ! Travaille oun pe ! Fé bien cé kil té di lé kiné ! de principe, avant d'investir son fauteuil et de réentreprendre une adorable petite couverture rose avec comme des pompons en relief.


- Oh qué sé zoli..., que je lui fais avec cette parfaite intonation hispanique d'immigré des années soixante...


- N'est-ce pas mésié Délon...? Qué si bou fète un bébé zé vous en féré oune !


- ... Rien qué por la coubrerture, zézite !


- Ayyyy qué bou mé fète rire mésié délon ! Tou a dé la zance d'avoir oun bon kiné, toi !


- Si, si ! Claro que si !


Surenchérit Francisco trop heureux de ne pas rater l'occasion d'avoir enfin un consensus franc avec sa moitié.


- Poui cé pa cher... ça mé revient à diez euros la coubrerdure...


- Ah oui mais oh, bou né compté pa vo zheures....!


- ça mé fé blaisir ! cé bour ma petit' nièze... y'a qué sa soeur ki n'arrive pas à touver oun hombre ! elle est guapa portant... ma elle mé di qué maintenant y'a qué dé tapettes à Madrid ! Zaque fois qu'elle parle à oun zoli garçon il loui di au bout d'un moment que son copain va arriver et qu'il è trè zalou qu'il vaudrait mieux kil zarète de discouter ! Que pena ! il loui fodré oun hombre como bou, mésié délon...


Francisco tente une sortie :


- Si, claro oun masajista por una mujer es...


- Mé té toi, toi... keske tou di ? Tou raconte n'importe quoi... Tou avé ka men fèr des mazages au lieu dé mé pourrir la vida !


Francisco prend une mimique de martyr en me regardant dans les yeux. Les siens disent :


- Tu as vou como elle me traite ? Zé toujours tort... et après elle s'étonne ké zé né parle plou... elle a ka allé parlé aux tapettes de madrizzz si elle préfèr... Zé soui sûr qu'avec la Duchesse d'Albe au moins, on pe discouter...


Je m'en vais, Asuncion me rejoint d'un bond et m'accompagne jusqu'à l'interrupteur du couloir de l'immeuble.


- Ne bou dérangé pa, zé conné lé camino...


- Z'aime bou voir partir mésié délon quand bou gambadé dans l'escalié...


- .....


Je jette un coup d'oeil vers l'appartement. Francisco s'est levé, son pantalon est trempe, il va devoir donner une explication au général, il s'accroche à la table et tremble sur ses jambes à la recherche de son équilibre.

Le type qui n'avait pas à être là...


Dans le patio de caballos, il y avait un type qui n'avait pas à être là. Il y en a beaucoup des types qui n'ont rien à faire là, moi, déjà, peut-être... J'essaye au moins de ne pas emmerder les professionnels. Je ne les connais pas intimement mais l'impression que me donnent les toreros à les observer ou à les entendre, c'est que ce sont des types très doux, gentils et patients. C'est la raison pour laquelle on est révulsé quand on entend quelques connards vociférants traiter Nimeno II de tortionnaire alors que plus gentil que lui, c'était difficile à trouver. Finalement, le propre du connard, qu'il soit écolo, frontiste ou anti-corrida, c'est de n'être capable d'aucune écoute, d'être si pénétré du préalable qu'il détient LA vérité qu'aucun débat n'est possible. Avant la course du dimanche matin, sous les arches majestueuses, j'ai rencontré un type qui m'a dit me connaître sans savoir d'où... Moi je savais, c'est un VRP en consommables de kinésithérapie dont je n'appréciais pas le comportement. Pour le décourager de me visiter régulièrement, je ne lui ai jamais rien acheté. Un type vulgaire et familier qui m'a tutoyé à la deuxième réplique ce qui m'a instantanément dégoûté. J'imagine avoir à peu près ressenti ce que peut ressentir une femme à qui un type débectant fait la cour. Encore que "faire la cour" soit déjà une expression trop élégante pour ses manières. Le genre à te mettre la main au cul juste après que tu aies fait l'effort de lui répondre aimablement.
Mais le type qui n'avait pas à être là et qui n'arborait d'ailleurs même pas le pass "midisteack" du callejon, c'était un jeune type qui avait quelque chose à demander à Javier Conde. Quoi ? On n'a jamais su. Dans ce moment de repli sur soi, juste avant d'affronter les taureaux, dans cette attente où depuis l'ombre du patio de caballos ils jettent d'étranges regards vers le ruedo illuminé, j'imagine qu'ils aspirent à un peu de quiétude avant la tempête des émotions. On voyait bien que Conde essayait de semer ce jeune type qui le suivait partout. Sans succès. Alors il s'est renfrogné et rencogné, espérant que le jeune type qui ne donnait pas l'impression d'être un aficionado par le peu de respect qu'il lui témoignait, le lâcherait enfin. Dans son coin, concentré sur sa course, il planta ses talons et esquissa un derechazo à blanc. Son geste fut arrêté par la main du jeune type qui n'avait décidément aucun respect, ignorait tout de la politesse. Conde dégagea son bras sans colère mais en espérant que le type aurait compris et reprit l'esquisse d'un derechazo. A trois reprises. Trois reprises arrêtées aussi sec par la main idiote de ce jeune type... En pareil cas je crois que n'importe qui aurait envoyé vertement balader ce couillon ou même frictionné un peu son nez. Conde lui n'a rien dit, il a pris sur lui, renversant son visage en arrière dans un soupir d'exaspération avant que sa cuadrilla ne vienne l'entourer pour lui donner un mètre carré pacifié. C'est là que je lui ai tiré le portrait que vous verrez demain matin quand, mug de café dans la main gauche vous viendrez cliquer fébrilement de la dextre dès l'aube sur ce putain de blog comico-taurin déroutant aussi génial que gratuit auquel vous ne daignez toujours pas vous abonner (6 inscrits...) alors que vous êtes entre 250 et 450 à venir bigler chaque jour en silence, en bons handicapés du commentaire que vous êtes.

lundi 3 octobre 2011

Psychodrames en Perspective





Mais qu'ont-ils nos champions français ? Castella s'ennuie devant les toros, Bautista ne transmet toujours rien, Savalli encore irrigué de jeunesse bouillante peine à réfléchir à une lidia appropriée, nos footballeurs préfèrent jouer au soccer sur leurs consoles dans le bus et maintenant les rugbymen, hagards devant les plagistes de l'archipel des Tongas - 169.000 habitants quand même en comptant les bébés, les femmes, les vieillards, les handicapés et les malades... - m'enfin... ? Je te les enverrais en stage commando avec Ségolène Royal comme instructrice, moi, pour les rééduquer de leur nostalgie chronique... ce serait vite fait ! Lièvremont désemparé erre en bon quinqua dépassé par la nouvelle mentalité, en proposant des solutions de son temps :

- eh les gars..., (il sourit et l'oeil est vif) si on allait se jeter une mousse tous ensemble au bistrot et après on irait à l'Apollonide ?
-... ?
- euh... non merci, ma femme m'attend...
- euh... moi je monte en chambre, j'ai une partie de Storm Breaker sur Nintendo 3DS avec la chambre d'à côté...
- euh... c'est quoi une mousse...? J'bois qu'du lait sur les conseils d'Eva... etc...

C'est Chabal qui doit rigoler... Il paraîtrait que le sursaut des coqs interviendrait face à la rose britannique... je crois bien que les trois dernières fois qu'on les a rencontrés... y'a eu plus d'épines que de fragrances délicates ! Je vois pas trop le panache français se développer face à eux, le rugby champagne faire des bulles face à cette défense british very cadenassed... Samedi matin 9h30 j'ai convié des copains à la maison pour assister au désastre... il n'y a que des "spécialistes" : un qui fait de la compèt de Badmington, (quoi kessiya ? je parle à mon correcteur orthographique... y'a pas de "G" ? Bon, ça va, je t'enlève le point G du "Badminton" si ça peut te faire plaisir...) l'autre qui jardine une roseraie et un amateur de thé pas tenté... On compte surtout sur la troisième mi-temps. On va commencer par un côte de Gascogne gouleyant sur du Comté affiné 18 mois. Ca va bien le gros Manseng sur le fromage... Avec un bon pain au levain bien croûteux... Vais p'têtre me fendre d'une braise pour y allonger des andouilles AAAAA qui seraient comme qui dirait assez indiquées pour illustrer la "perf" bleue. L'avantage des andouilles c'est que si tu dis aux femmes : y'aura qu'des andouilles (avec nous déjà...) et de la moutarde forte, ben en général elles ne viennent pas ! Ca pue, l'andouille, c'est goûtu, puis, à la braise, c'est cancérigène... et pour peu que tu aies fait circuler l'idée que ça file des rides, alors là t'es peinard pour ton match, tu peux enfin te laisser aller à la débilité crasse, beugler comme un ado, dire des couillonnades, tout ça... régresser quoi, sans l'oeil réprobateur des femmes toujours plus intelligentes que nous. Même que ça en est fatigant. A leur place je serais fatigué de tant de "raisonnabilité", ça doit user comme c'est pas possible toute cette faculté à ne pas lâcher prise... C'est là qu'on débouchera le Julienas et le Saint-Amour. P'têt même une petite Bergerie de l'Hortus, du Pic Saint-Loup... J'inviterais bien Xavier, Ludo et Chulo, je les vois bien dans le contexte, ils nous expliqueraient un peu ces p..... de règle du Rugby que même un bachelier n'y comprend rien... et puis aussi les primaires socialistes.

Y'a un truc que je capte pas à propos de ces élections... Tout le monde peut voter ! Si... Bon alors c'est simple... si tous les mecs du centre, de droite, de l'extrême et de tout bord viennent faire exprès de voter Baylet le plus largué des sondages chez les candidats, ce sera lui le présidentiable ??? Mais ils sont cons ou quoi les socialos ? N'empêche, quelle GRANDE leçon de démocratie ils donneraient, ce faisant... je vois déjà les gros titres d'ici :

Le PS désigne pour candidat le seul qui n'a aucune chance de l'emporter !

C'est fou... d'accord il y a autant de chances que ça arrive que de flanquer une déculottée aux Anglais. Mais quand même, avec la France, l'absurde peut triompher, ne l'oublions jamais. Plus probable, un second tour de primaire avec Hollande contre son ex ! Ca, ça déchirerait déjà grave !



Bonne nuit.

PS : allez Chabal, fais risette à tonton Marc...













dimanche 2 octobre 2011

Larmes de Sperme



L'Apollonide de Bertrand Bonello


"Les hommes ont des secrets mais pas de mystère"


Que vous vouliez vous repaître comme un fauve de sa proie, de l'innocence de Pauline dans une baignoire de champagne, que vous désiriez que Léa vous interprète une docile poupée automate toute dévolue à votre fantasme ou que votre humanité vous pousse à offrir un peu de compagnie à la « femme qui rit » désormais plus réjouie que par son infirmité, ou, que d'un âge avancé, la vue soit le dernier des sens à combler, c'est à l'Apollonide qu'il faut vous rendre. Atmosphère feutrée et libertine mais pas si légère que ça, éclairage à la bougie, miroirs aux cadres dorés à la feuille, drapés lourds, bergères et méridiennes capitonnées où s'alanguir comme une panthère pour ronronner sous les caresses alors que la déviance agressive reste une option, c'est dans ce cadre cossu que ce gynécée aux regards vidés par l'oisiveté évolue péniblement, avec lenteur, fatigue et résignation. Bien sûr ces pauvres filles à qui ce travail donne une vie en communauté, presque familiale, sont au moins entourées et partagent quelques moments de convivialité. Protégées de l'égoïsme et de la folie des hommes, non. Débarrassées des apprêts de la putain, elles redeviennent lors de la toilette où l'on se prête le savon antiseptique - dérisoire barrière à la ''chtouille'' tant redoutée - des femmes à la beauté plus ordinaire, comme le sont toutes les femmes aux premières lueurs de l'aube quand rien ne vient détourner de leurs imperfections le regard de loup que ne cessent de leur porter les hommes après qu'elles les ont piégés et étourdis par la science de leurs attraits.


L'Apollonide n'a rien d'un bordel de bord de route pour routiers impatients et rebeus frustrés. Les clients y sont des notables réguliers qui nouent des relations d'habitude avec leur favorite. Comme une maîtresse qui aurait enfin oublié d'être pénible et avec laquelle les échanges tarifés auraient pour de bon réglé toute question existentielle. Que vous croyez. Ce serait méconnaître les femmes d'autant plus que nous sommes ici loin de notre temps cynique, jetable et pragmatique et les filles éprouvent les mêmes rêves que les amoureuses même s'ils se muent le plus souvent en cauchemars, même si les aspirations sont ravalées au rang des fantasmes à assouvir, on rêve à celui qui serait assez chevaleresque pour gommer ce statut de catin et ce passé public qui colle aussi lourdement à la peau qu'un client gras comme un porc, on rêve à celui qui payerait la dette par laquelle la mère maquerelle vous tient, à celui qui vous emporterait loin des tordus, loin de la maladie, loin de cette oisiveté qui mine l'esprit et anéantit l'étincelle du regard, loin, très loin d'ici, dans l'amour et le respect... Alors, quand le sordide s'installe à la place de cet espoir, quand on n'a plus rien pour se raccrocher à l'amour, quand votre client habituel, par le rite de cette habitude même, vous donnait l'impression que vous étiez unique, choisit soudain une autre fille pour épanouir sa libido, toute fille de joie que vous êtes, c'est la tristesse qui vous envahit, vous êtes aussi trahie que n'importe quelle femme et une décompensation sévère s'instille en vous aussi sûrement que s'instillaient ses geysers spermatiques. L'opium sera alors le seul moyen de s'évader. A ce petit jeu du drame ordinaire des désillusions humaines ce sera Pauline, la plus jeune et supposée plus fragile qui s'en tirera le mieux, profitant plus du système que le subissant, finalement protégée par son immaturité. Elle l'empêchera de se poser les bonnes questions et de se noyer dans les états d'âme des plus âgées dont la vie cherche un sens.


Pour la plupart, et parce que « les hommes ont des secrets mais n'ont pas de mystère » c'est la prémonition onirique de « la Juive » de « la femme qui rit » qui s'avérera : pleurer des larmes de sperme sur une bouche rouge à qui la perversion d'un homme a donné pour l'éternité le sourire perdu des femmes déçues.
La photographie de ce film, sa lumière très « Barry-Lindonienne », son rythme et bien sûr son thème en font un film digne de vous sortir de la profondeur léthargique de votre canapé télévisuel pourtant déjà inspiré du thème avec le "Maison close" de Canal+. Bertrand Bonello le réalisateur, impose je crois volontairement au spectateur de se perdre dans les références psychiques de ces femmes, des références qui s'imbriquent sans que l'on puisse toujours affirmer s'il s'agit d'un passé qui hante leur mémoire ou d'une projection souhaitée, d'un présent fantasmé ou encore d'une folie douce déconnectée du réel. Les photographes apprécieront particulièrement le générique de début avec sa collection de portraits magnifiques en noir et blanc.