Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

jeudi 31 mai 2012

Journée Mondiale sans Tabac

Bilan et commentaires subjectifs sur la Feria 2012


Les Gagnants :

El Juli, Castella, Castaño, Ponce, les moins de 16 ans.

El Juli pour sa faim, son mental énorme, son aficion, on pourrait allonger la liste bien longtemps encore. Après sa mort, il ne devrait pas sombrer dans l’oubli mais au contraire devenir un torero d’époque. Castella pour sa maîtrise et son aguante qui lui permettent parfois de triompher devant plus complet que lui… Ponce pour sa science du toreo, cette exceptionnelle longévité et facilité qui réduisent tous les toros, ceux pour personnes âgées comme ceux pour les belluaires, il les aura tous tordus plus de vingt ans durant. Les ados, moins de 16 ans, dont mon fils, qui ne payèrent que 10,50 pour un amphi. Je dois donc 10,50 euros à Casas, puisque il les a roustis en mentant sur son âge – il en a 17 - brave petit ( c'est moi qui finançais ) Moi je payais pas, je faisais les grilles, à son âge. Je l'ai trop bien élevé.

A tout seigneur tout honneur, si j’ai gardé Castaño pour la fin, c’est parce que ce torero modeste s’est grandi dans le combat de six Miuras et a grandi avec lui ceux qui l’entouraient et aura même grandi la tauromachie tout simplement. Loin des bulles et des paillettes, ce modeste qui malgré sa réussite ne secouait pas les bras ni cambrait le rognon pour recruter les ovations, aura réussi à structurer et mettre en scène sur un long terme épuisant et Ô combien dangereux, toute la valeur et la beauté du combat qui nous passionne. Je n’oublierai jamais non plus ce grand toro de Miura qui parcourut à deux reprises avec envie les cent mètres qui le séparaient du cheval. Comme le faisait remarquer le chulo, célèbre commentateur de ce blog, il ne serait pas injuste d’associer Casas instigateur audacieux de cette affiche. Oui, parce qu'ici on dira ce qu'on pense de lui en mal et en bien.

Les Perdants :

Les toros qui comme les histoires d’amour finissent mal en général ; Simon Casas qui ne manque pas de doigté ; Solubilitus le faux preux

De grands toros il n’y en eut pas d'autre que ce Miura pour le souvenir, et on aimerait en voir plus. Mais comme les prix littéraires sont trustés par les trois, quatre, grandes maisons d’éditions, comme les films primés à Cannes sont issus des mêmes producteurs, les toros de Nîmes viennent toujours des mêmes élevages ou origine. Ca s’appelle des ''toros de garantie'' et ça ne nourrit souvent que la garantie de l’ennui comme le faisait remarquer Victorina. Pour ma part, pour une fois que j’étais au niveau du sol, cela m’a sûrement paru plus spectaculaire que pour les spectateurs perchés.

Après la main de ‘’Dieu’’ soit Diego Maradona et son but illicite pour qualifier l’Argentine, il y eut cette année le doigt du Diable puis son bras, disqualifiant Nîmes et le personnage un peu plus. De tout temps j’ai pensé qu’il s’agissait d’un cynique qui prenait volontiers les autres pour des cons. Je lui ai même entendu le dire un soir de confidence lors d'un rincon. Maintenant, je pense que si ce volet est une réalité, il y en a d’autres aussi, comme par exemple souffrir d’être détesté chez lui. S'y étant souvent employé lui-même, on ne peut pas vraiment le plaindre... Il n'aura jamais vraiment su trouver le ton pour nous convaincre ici. Pourtant même parmi ses détracteurs, l'angoissante question ne trouve pas de réponse : qui pour être meilleur à son poste sur Nîmes ? Du temps de Piles on s'était quand même bien emmerdés... même si aujourd'hui il fait justement remarquer que si Casas était entraîneur ou président de foot il serait interdit de stade ! 
Parfois génial communicant il est parfois aussi très maladroit : « je suis un artiste, un humaniste, une star internationale » etc, soit toute chose qu’il n’y a jamais lieu d’auto-proclamer et dont il faut laisser l’autre juger, en toute modestie, c'est la moindre des bienséances. Je profite de ces lignes que vous relirez à loisir pour préciser à celui, tenté par la calomnie, qui m’a soudain décrit « soluble dans le callejon » qu’il n’y a qu’à lire mon blog pour s’apercevoir que c’est un blog d’auteur et non pas de presse, comme le sien peut-être, et que je n’ai pas d’inquiétude à nourrir sur un carottage éventuel de laisser-passer pour la contre-piste car je n’ai jamais imaginé l’avoir avec constance. Cela faisait 54 ans que je n’en avais pas eu (et jamais demandé ! ) et que cela ne me manquait pas… J’ai toutefois grandement apprécié d’y être pour les photos que j’ai pu faire au plus près de mon désir de cette série de portraits d’avant course, j’en remercie chaleureusement celui par qui cela a été possible qui n’est pas Simon Casas et qui m’a fait remarquer qu’avec tout ce que j’en avais dit (dans « Toros » , dans mon blog…) « je ne devais pas beaucoup l’aimer » prouvant par là son son ouverture d’esprit.
Je n’ai jamais demandé d'accréditation à Nîmes, mais à faire en ces lieux l’inventaire de ceux croisés dans le callejon, je ne pense pas être le plus illégitime pour rendre compte même en ne disant exclusivement que ce que je pense… De plus je suis super-compact : certains ont pour le même site un chroniqueur et un photographe, moi je fournis un ''deux-en un''. Saisie, secrétariat, mise en page, etc, un vrai couteau Suisse !

Je trouve bien sûr ces suspicions ridicules, à mon endroit en tout cas, elle n’émanent le plus souvent que de beaufs frustrés de pouvoir et de considération et ne visent par défaut et rebond qu’à s’auto-encenser. Je me méfie de tous ces preux chevaliers qui lavent plus blanc que blanc sautant sur la moindre soi-disant ambiguïté pour suspecter l’autre avec qui l’on prétendait être ami. ‘’Solubilitus’’, désolé, j'ai bien noté que j'étais visé mais n'ai jamais ressenti être atteint ; regarde au zénith, gare à ton cul, ta flèche revient ; toi et ta rancœur, je vous emmerde d’autant plus que ces allusions non fondées ne trahissent que la vulgarité d’états d’âme que tu me prêtes mais qui en fait t’appartiennent. Moi je n'aurais jamais une vie si étriquée que le fait d'avoir ou non accès au callejon me fasse me renier ! Pour toi par contre, vu le raisonnement qui préside à ta réflexion cela doit quasi équivaloir à la quête du Saint Graal. Allez, courage, tu l'auras un jour, tu l'auras...



mercredi 30 mai 2012

Au doigt et à l'oeil : le SCOOP


PMT a retrouvé le cuistre des tendidos qui provoqua l'ire de l'empresa. Interrogeons-le :

  • PMT : Monsieur, vous semblez garder des stigmates de votre « apparté » avec Mr Casas : que s'est-il passé e-xac-te-ment ?

  • Le Cuistre : Ben je sais plus trop... c'était pendant la feria… ?

  • PMT : Bien sûr ! Et alors … ?

  • Le Cuistre : Eh bien tout le monde était chargé à l'anisette, parbleu...

  • PMT : Vous développez donc la thèse d'une alcoolisation progressive intempestive qui aurait conduit les impétrants de cet incident à ces conduites grossières ?

  • Le Cuistre : un truc sûr, c'est qu'j'ai pas conduit, ah non, conduire ou choisir, il faut boire ! Ma femme me l'a toujours dit...

  • PMT : Votre femme vous accompagnait ?! Etait-ce à son encontre que le directeur des arènes proférait le vilain mot de trois syllabes commençant par « En » et se terminant par « lé » ?

  • Le Cuistre : Alors là, si c'était pour elle, je lui souhaite bon courage...

  • PMT : Mais vous, que lui avez-vous crié depuis votre tendido ? Car c'est de là qu'est partie toute l'affaire...

  • Le Cuistre : Quand j'ai bu qu'il sortait de sa groffe pour brieguer le... prédisant bamako

  • PMT : … ? Vu qu'il sortait de sa grotte pour briffer le président du palco ?

  • Le Cuistre : Voilà... ! J'ai gueulé : Casanis, des Pernods ! Avec mes cinquante autres potes

  • PMT : Je vois, je vois … et lui a compris : Casas, des Toros !

  • Le Cuistre : Ah je sais pas... je m'en fous des toros, moi... et pis Cassa m'a montré un de ses doigts... de loin, j'ai cru qu'avec un pouce il me faisait signe : on va s'en jeter un ? Alors moi j'y ai fais une main, histoire de dire qu'on aurait pu s'en jeter cinq … et là, il est devenu tout rouge et m'a montré un autre doigt prolongé de son bras... et là, toute l'arène à gueulé... je m'ai dit, mon p'tit gars, vont tous avoir soif, c'est le moment d'aller rejoindre la buvette, avant ké pu rien dans les frigos...

  • PMT : Et là, malchance, vous êtes tombés sur Casas ?!

  • Le Cuistre : Quand j'ai raté la marche ? Heureusement ! L'est moins dur que les pierres millénaires fossilisées de nos ancêtres les Romois... alors on s'est empognés...

  • PMT : Et la bagarre a commencé : cruelle, sanglante, cinglante, sans merci... ?

  • Le Cuistre : Meuh non, éh, kesstu racont' tôa... empognés-collés-serrés ensemble, on tenait debout au moins, mais dès qu'on se lâchait, on tanguait mon pauvre, d'une houle... que même l'ancien bateau promenade du Rhône là, le KON-TIKI l'aurait pas t'nu... T'en a du Pernod, dis ? Que j'ai réussi à placer dans la mouvance borborygmique... Z'a tout bu, Ducon, qu'il m'a répondu... en me faisant un doigt... Fais chier merde, que j'ai retoqué aussi sec que mon gosier en lui enfonçant son doigt dans le sien... et après il a vobi à quatre pattes... partout... partout... là... là... et là aussi... alors zésuitété à la buvette pour un dernier... pis au retour zavé oublié qu'avais du vobi partout et vlan... ce couci j'lai pa raté la marche que ces putains de Gaumains y z'avé construits là... entre deux tournoy de glaglateurs !

  • PMT : Depuis, je me suis laissé dire qu'on vous surnomme le « Touareg des sables des ruedos »... Est-ce exact ?

  • Le Buistre : Ben alors là mec, quand t'es blogueur, t'as pas fini d'en entendre des conneries de tous les zaigris du circuit, j'ai vu que toi-même t'as pas été épargné ozourdui...

  • PMT : Oui... mais peut me chaut l'avis des zaigris comme vous dites... et puis c'est rigolo les types qui t'aiment pas mais te lisent tous les jours... et pour Mr Casas comment ça a fini alors ?

  • Le Fuistre : Putain... mal ! L'a fini en foto dans le canard avec son gros doigt levé en ro plan... l'est grillé sur la distinction jusqu'à la nuit des flans...

  • PMT : Eh bien dites-donc... une anecdote qui obéirait aux canons de la galéjade, de la pagnolade provençale au doigt et à l'oeil avec vous deux !!!

  • Le Pruistre : Pfuiiiiiiiiiiiii.... alors là.... ferait pas mieux... c'est mon dernier mot Juan Pedro. 




    PS : merci au jovial bloggeur d'Arles de m'avoir permis d'utiliser sa photo... même s'il n'en connaissait pas encore, ni moi non plus, la destination finale... On clique dans son oeil gauche pour le faire crier...

mardi 29 mai 2012

Tapenade et Aïoli

Boudiou quelle tapenade… on a eu droit à une aïoli monstre, hier, pour la dernière course. On se serait cru au théâtre… costumes du sastre Fermin et mise en scène de Simon Casas… Bon, c’est vrai que l’ouverture du journal de ce matin où l’on apprend qu’à Miami un type nu a été abattu par la police alors qu’il dévorait le visage d’un SDF sur la voie publique sous le regard horrifié des passants, relativise un peu. Même s’il en a bouffé de l’oreille, lui. Y’a donc pire. Bref que s’est-il passé ? On s’en fout, non ? Non ? On s’en fout pas ? Bon… alors d’abord, Ponce a été grand. Immense, même. Et c’est moi qui vous le dis alors que je ne goûte pas son style tellement lisse et parfait. Mais comment ne pas reconnaître à Enrique-la-science qu’il pilota de main de maître son premier toro alors que le président s’en lava les mains ? D’habitude on fustige des présidents au mouchoir trop facile et là, comment ne pas donner l’oreille du public à un torero auteur d’une telle prestation sous la pétition ultra majoritaire ? Même attitude avec Luque. J’ai pas compris… Casas non plus qui est sorti de sa tanière et de son rôle pour exprimer son sentiment au président… ainsi influencé, ce dont la foule se plaignit par bronca. S’ensuivirent noms fleuris d’oiseaux tropicaux, qualificatifs de trois syllabes commençant par « en » et finissant par « lé » sans qu’on puisse précisément entendre la syllabe du milieu… vraie fausse bagarre, etc, le coup classique quoi…

Les toros ? Ben… des toros pour un lundi de Pentecôte à Nîmes. Pour lesquels je comprends qu’on ne veuille pas se déplacer mais pour lesquels se déplacent aussi des foules. Qui peinent à remplir l’arène, cette année. Justes en force et nobles. Le premier, celui de Ponce avait sans doute la charge la plus claire jamais observée : franc comme l’or et bon comme le pain. Et Ponce se régala ainsi que ses fans. No problem. De la belle ouvrage. Pas de bagarre, pas d’anicroches, todo perfecto pour ceux qui aiment l’harmonie. Sur son second Ponce fut encore supérieur au point de rallier Casas avec le public et le président. Excellent modérateur l’Enrique ! Très inspiré, et depuis son physique devenu un peu précieux, on l’imagine bien à Versailles avec des anglaises gris clair, il sortit le grand jeu. Temple, ligazon, inspiration, masturbation, tout y était ! Cites la muleta en cornet juste lâchée devant le mufle, redondos profonds, le reste, tout. Je le hais… je plaisante… mais les photos parfois trahissent les garanties qu’ils se donne mais certes, qu’est-ce qu’il est ‘’facile’’ ! Une constatation qui ne vous apporte rien, vous le voyez depuis vingt ans.



Talavante devant son faible premier adversaire n’arriva pas à vraiment faire décoller sa faena du besogneux et il abdiqua carrément à son second, à la surprise générale.



Luque heureusement dans un autre traje que le cacadouille qui m’avait traumatisé tantôt, finira ses faenas devant les cornes pour le traditionnel numéro de cuisson à l’étouffée des toros qui n’ont plus de charge.



Conclusion ? Et si on appliquait ces deux mesures de bon sens : le même président pour toutes les courses – et le plus compétent siouplaît…- pour qu’il y ait un semblant de logique au fil des courses même si chacune ne doit se juger que par rapport à elle-même, et la suppression des trophées pour l’applaudimètre, l’ovationomètre et au besoin le délirio-chaviromètre ?

lundi 28 mai 2012

Padilla : septembre 2011, mai 2012.



La Fouzytou Matinale Resena

 La Tauromachie en Questions

Patatras... Emporté par mon enthousiasme un brin auto-persuasif, je louais déjà ce que je pensais être une politique et volonté réfléchie de redonner du crédit à l'arène nîmoise par l'application logique de principes de bases pour juger de l'attribution des trophées. Ce qui n'est d'ailleurs plus important que pour la foule et la symbolique qu'elle aime tant, alors que l'aficionado, lui, vu le flou des critères ici entretenu, s'en est détourné depuis lurette...

Mais, cet enthousiasme était ridicule ! Car les courses se suivent et avec elles les présidents... et devinez ce qu'on a vu l'autre matin ? Un torero - Mora - qui soudain s'empressait de lever l'épée et de se jeter sur le dos d'un toro qui n'était pas cadré et tanguait dangereusement... ratant son estocade bien sûr mais en prenant ce risque car il avait vu, lui, avant nous, qu'il y avait imminence d'effondrement de la bête avant qu'il puisse l'estoquer ! C'est ce qui arriva : la bouse recuite s'affala avant qu'on puisse la pénétrer de l'acier roidi ! Et devinez ce que fit le président ? Le président premier adjoint au maire D-J Valade ? L'adjoint à quoi ? A la culture et à la tauromachie messieurs-dames... ! Si ! Tel que je vous le dis !!! Il octroya aussi sec une oreille ! Ah le cuistre ! Le manant, l'inculte notable, le parisien à Panama, le gros nul... Hue les cornes... Raus ! Schnell ! Viou ! Vaï te promena gros gros nul, inculte, ridicule, calomniateur compromettant de l'aficion nîmoise... Huuuuuuue... ! Dire qu'il fumerait déjà les pissenlits par la racine si le ridicule tuait ! Mais si vous n'y connaissez rien pourquoi tenir à venir ridiculiser toute la cité en acceptant de présider ? Et les assesseurs ? A cesser ! Dont Raoux, un torero que j'ai vu jouer sa vie dans les arènes de Vic ? Pourquoi ne pas avoir fait une clé au bras au nul adjoint à la tauromachie pour lui éviter le pire, au moins pour lui, par charité ! On peut quand même arriver à présider avec médiocrité sans commettre de tels non-sens nénOOOrmes !?! Je ne vous dis pas le mépris et l'incompréhension qui devait germer dans la tête même du bénéficiaire... Mora devait se dire : Mais où je suis tombé ici ??? Même à Villasequilla de Yepes on ne lui avait pas fait le coup !

Et les questions d'affluer : Qu'est-ce qui pousse un éleveur - Zalduendo - à se spécialiser dans la production de toros faibles ? Qu'est-ce qui pousse les empresas à les acheter ? Les toreros à les demander ? Qu'est-ce qui pousse un type comme Mora, un torero de cette trempe qui aurait été capable d'assumer le seul contre six de la veille face aux Miuras, qu'on a vu devant divers aurochs pas avariés du tout, en des terres beaucoup moins mondaines, à orienter ainsi sa carrière ?

Bien sûr que nous avons nous autres, hommes normaux les réponses rationnelles... Gagner plus d'argent en risquant moins sa vie, pour la dernière, par exemple. Mais nous voudrions tellement que ces surhommes aient d'autres considérations moins banales...

Qu'est-ce qui pousse Luque à choisir chez son tailleur un costume "diarrhée aviaire et or" ? Je ne saurai jamais non plus... Pourquoi l'art de Juan Bautista dont je reconnais les progrès n'est-il toujours pas capable d'engendrer chez moi la moindre vibration ? Faut-il continuer à applaudir Padilla pour son courage héroïque, son attitude dans la vie ou pour la valeur intrinsèque de ses prestations ? Où est passée la profondeur insondable des naturelles du Cid à sa meilleure période ? 

Pour répondre à toutes ces questions et à des plus insidieuses aussi sur sa propre condition, l'aficionado reviendra voir des toros. Malgré tout.

Prix Hemingway 2012

Ce n'est pas une nouvelle ultra-fraîche - je suis au ''taquet'', lecteur, pour toi, mais je tenais évidemment à vous l'annoncer : C'est jean-Paul Didierlaurent, sympathique vosgien qui remporte pour la deuxième fois le prix Hemingway 2012. Enhorabuena Jean-Paul, on a hâte de lire ta nouvelle.

dimanche 27 mai 2012

Castano pas si seul contre six

Tuer un toro est un exploit. C'est très fort. En tuer six d'affilée est encore plus fort... Tuer d'affilée six Miuras est vraiment très très fort, une montagne pas vraiment à la portée du premier piéton venu. Et tuer six Miuras d'affilée en soutenant constamment l'intérêt du public, en osant des trucs jamais vus, en galvanisant et faisant briller toros et cuadrillas qu'est-ce que c'est ? Un authentique et rare exploit d'un petit torero du monton qu'on pensait trop corto pour assurer seulement le principe minimum : ne pas ennuyer en tuant seul six toros... Un petit torero qui ne se la pète même pas, en qui la majorité bavarde avait de gros doutes, qui était dans le patio de caballo aussi décontracté que si allaient sortir tantôt six mouflons du Carroux, voici javier Castano, trente-deux ans, originaire de Salamanque, seulement connu des aficionados qui se déplacent dans les arènes où le toro combat durement. Ah oui, petit détail qui tue, donc, il faut vous dire que javier Castano tue des toros retors avec à peu près la même facilité que vous pour monter une mayonnaise. C'est son job, voyez... lidiador. Il est équipé pour, toutes options confondues comme bagage technique, courage inébranlable, vista, etc...
Et alors qu'on ne s'en serait jamais douté, ce torero orchestra savamment l'après-midi exploitant à fond la lecture savante des toros qu'il a comme celui qu'il fit placer sous le toril et qui chargea depuis là-bas, à deux reprises, un piquero qui le citait depuis la présidence ! Fabulous ! Cinq piques pour lui. Même si les toros de Miuras ne sont plus les guerriers d'antan, ils conservent quand même des caractéristiques typiques de la ganaderia comme celui qui fila un monumental coup de boule au frontal du cheval au lieu d'humilier dans le peto. Mon bonheur aurait été complet si les berceaux avaient été plus larges. Pas pour ajouter au surhumain, juste pour être plus Miuras !
Castano nous a presque tout fait : un recibir depuis la Placette, fermement aguanté et fulminant, toréer debout, à genoux, assis sur une mauvaise chaise de cantine SNCF dont Morante n'aurait pas voulu, toréer de près, citer de très loin, il a vraisemblablement su galvaniser ses peons qui plantaient des banderilles au quiebro le long de la barrière, des piqueros exemplaires et des toros mis en valeur. Conclusion ? Il est déjà dix heures et demie et une autre course pointe son nez dans une heure : à bientôt !

samedi 26 mai 2012

L'apprenti, le Bouillant et le Stoïque

Jimenez Fortes, vingt-deux ans, se demande encore si intégrer un tel cartel était une chance pour lui ou une malédiction, tant ses insuffisances résonnaient comme l'évident contrepoint de l'impressionnante maîtrise de ses aînés prestigieux. Il était aujourd'hui très compliqué d'exister face à ces deux monstres de l'escalafon, "Bouillant Juli" et "Stoïque Castella". Je suppose qu'on lira le mot "monstre" dans bien des resenas et même dans celles où il en sera absent, par ceux qui l'auront difficilement contourné pour ne pas grossir le club des utilisateurs de lieux communs...

Face au premier de ces toros de Garcigrande que j'attendais plus mous et plus niais et qui s'avérèrent piquants et donnant du jeu, certes pourvu qu'on les pique poliment, Fortes commit des erreurs de jeunesse, de zèle mal placé, nombre d'inutiles bravades et crâneries destinées à prouver son courage dont personne ne doutait à priori. On lui pardonna son enthousiasme engagé, cet excès étant plus valeureux et sympathique que toutes ces attitudes de senoritos blasés que les novilleros se donnent parfois. Et pourtant on a en horreur tous ces chevaliers vulgaires du "même pas peur" qui pensent qu'il s'agit -là du message surpême. Sur son second qui terminait la course, fort de ce qu'il venait d'apprendre de ses illustres aînés, il essaya de signer le numéro encimiste entre les cornes d'un violent pas d'accord, DROGUERO, qui lui administra quelques injections intra-musculaires d'endorphines pour l'aider à supporter ses coups de cornes qui généraient dans le vieil amphithéâtre les cris suraigus des femmes qui ne sont donc pas l'égale de l'homme mais bien supérieures puisque plus sensibles.

Puis le Juli donna un cours particulier à son premier toro le mal nommé "Professor". Plus je vois le Juli toréer, plus je suis impressionné par la puissance déterminée de ce torero. Ce que son regard traduit est une sorte de combustion interne. Il est a peu près certain que son coeur déverse des torrents de lave incandescente, que ses poumons brûlent et que son cerveau bout. Au centre d'une arène que son envie chauffait à blanc, il récita à "Professor" tout ce qu'il savait du toreo sur le bout des doigts jusqu'à ce que "Professor" qui n'était pas un toro distraito finisse par s'écarter soudain de lui, comme écoeuré, avant que le Juli ne le reprenne en classe pour le dominer encore jusqu'à en faire son élève collé... à la muleta. Des séries créatives et autoritaires sur les deux côtés, des changements de main par devant et par derrière, pratiquement toutes passes répertoriées par le Cossio enchaînées autour de l'axe intransigeant qu'il était devenu, parfois sans bouger un orteil. Au toro de s'arranger pour le contourner. Grandiose, phénoménal, énooorme... tel fut le Juli, hier. Absents, mordez-vous les ! Pour tout ça il ne récolta que l'admiration du public après avoir pinché deux fois car il semble que le palco de Nîmes veuille regagner en crédibilité en appliquant cette logique partout admise. Tant mieux.
A son second toro, la démonstration reprit, impérieuse et limpide, hachée aussi, avec un seul coup d'épée : deux pavillons, deux. Du ballet au combat de rue tout y passa et quand "Tozudo" le désarme, le Juli lui hurle à la gueule :  Malo ! Malo ! comme scandalisé... comme si le toro ne pouvait être qu'un référentiel obéissant à son ambition démesurée. Lors d'un autre désarmé, le Juli en conteste tellement la légitimité qu'il reste là, nu et dominateur de longues secondes tout près de la corne, dont il évite le coup d'une subtile appréciation de timing. Même ses ratages sont muy toreros !

Si Juli bout, Castella glace. Avec lui, le changement, c'est maintenant. Calme, serein, stoïque, impavide. Comme semblant vouloir dire à son concurrent :
- Regarde, pourquoi tu t'énerves...? On peut le faire sans toute cette agitation...
ça transmet moins, c'est plus intello, et jamais on ne sent l'Espagne irriguer ses vaisseaux. Son toreo laconique instille des cristaux de glace dans ses veines, son sang est froid, sa tête aussi et son style épuré. Le stoïque dédaigneux n'avait pourtant pas l'air mécontent, gagnant le match 3 à 2, d'ouvrir seul la grande porte tandis que les porteurs du Juli faisaient demi-tour sous une ovation qui l'emporta jusqu'au palais de justice...
Qu'elle lui soit rendue, c'est lui, sur son premier toro, qui se grave à mon souvenir. Il maîtrisa jusqu'à l'aléatoire par exemple alors qu'il nous brindait son toro et que celui-ci le chargea de très loin : il évalua la situation d'un coup d'oeil, ce qu'il avait le temps de faire ou pas, manipula ses affaires en conséquence, changer la montera de main, déplier la muleta, y loger l'épée, se coloquer et quand il fallut aguanter la terrible charge de cette torpille d'une demi-tonne arrivant au triple galop depuis le diable-vauvert, il était prêt, aguantait sans broncher ce qui aurait fait fuir l'humanité entière. Epoustouflant. C'est qui le fauve ?

Alguacillilla de Nîmes


vendredi 25 mai 2012

Le Blond, la Brute et le Mutant


C'est vrai qu'il est blond le brun ténébreux Francisco Rivera Ordonez Paquirri, avec les toros. Je ne lui ai jamais rien vu faire de très intéressant et pourtant il torée beaucoup... Il passe sans peine ni gloire comme dans les magazines people espagnols dont il est un pilier. Les noms illustres sont parfois durs à porter pour qui se souvient du Paquirri.

Mais d'abord un mot sur les toros. Si j'étais torero, je pense que j'aimerais bien. En tant que spectateur, bof. Torrehandilla n'est pas le mariage de Torrealta avec Jandilla, non... mais c'est du Juan Pedro pur jus et hélas parfois pur sucre... qui obtint un batacazo par embrouillamini des papattes à tout le monde. Et aussi quelques beaux primo-impacts dans le peto, venus de loin, mais hélas sans fond. Peu piqués pour leur conserver des forces, il leur arriva quand même d'en manquer, surtout pour la deuxième prestation de Juan Pablo Sanchez qui nous avait alerté sur la justesse de son temple et la douceur de son art à son premier. Sinon, de jolis toros bien roulés et armés, avec de la charge, mais faibles et donc souvent compliqués au troisième tiers.

La brute, c'est l'équipe nationale espagnole de ski : El Fandi, reconverti dans les toros depuis lurette. Dans le patio de caballos d'ailleurs, il s'échauffe comme un sportif car la prestation aux banderilles va être explosive. Il est le roi, l'empereur des bâtonnets, en un mot, le meilleur de la planète à ce jeu sans nul doute. Un soliste virtuose du ''Al Violin''. La puissance quadricipitale de Savalli, la science d'Espla, le fighting spirit de Padilla réunis dans le même homme. Il plante et replante les colored sticks dans toutes les positions, rétro pédalage incurvé-templé inclus.
Je poursuis avec constance – et à vrai dire avec plus d'intérêt photographique que les faenas - ma série intitulée ''Waiting for the Bulls'' ou ''Esperando los Toros'' pour faire chic. Et il est vrai qu'à voir les toreros durant ce moment-là on a déjà des indications sur leur personnalité et presque sur leur ''actuacion'' à venir. Fente avant et latérale pour le Fandi, étirement des adducteurs, stimulation des mollets, vérification de la flexion en charge sur les genoux, le type va dépoter aux banderilles !

Ce n'est pas le cas du mutant, cet artiste en devenir, calme et concentré avant la course. Me reste dans la rétine ce dédaigneux et somptueux renversement de cite sans perdre un millimètre de terrain. Juan Pablo Sanchez calme et esthétique coupe la première oreille de cette feria. Pourrait se croiser un peu plus pour émouvoir et transmettre mais comme le disait mon voisin :

  • Eh non, il ne peut pas se croiser plus, il pèserait trop sur ce toro faible...

Et voilà donc la boucle bouclée. Sinon ? Que pensez-vous de notre alguacillila ? Mmm ?

jeudi 24 mai 2012

Victori ? no !

Diego Urdiales, avec son profil de mouette et sa voix de stentor a bien essayé, comme ses compadres, de toréer ces retors albasseradas du maquignon sorcier et de son véto de fils. Il en fallait du métier et du courage pour s'affronter à « ça » même si tous ne furent pas des foudres de guerre. Or ces hommes en manquaient, justement, de métier ou de recours, et d'art n'en parlons pas, pour s'en tirer brillamment. De plus, comme le disait mon voisin :

-  Pourquoi est-ce toujours ceux-là qui prolongent toujours plus, jusqu'à l'ennui ?  


-   Ils n'ont pas de structure mentale adéquate !

Ai-je tenté, laconique, dans une de ces formules instinctives dont j'ai le secret…...

-   Voilà, c'est ça ! A confirmé le voisin. Ils ne sont pas assez intelligents et visionnaires pour structurer leurs faenas ! C'est pour ça que j'aime les artistes : ou ça marche et c'est le bonheur, ou ils abrègent, mais au moins, jamais ils ne t'emmerdent !

-   Pas faux !

Faut reconnaître ses incapacités, tout le problème est là. Car il est sorti quelques anthracites compliqués dont il ne faisait pas bon s'approcher. Des qui tournaient court, voire des ''demi-passes'' derroteurs qui t'obligeaient à passer toi, et presto, vers l'arrière ou à perdre un oeil, ou un testicule, au choix. Et enfin pour un Alberto Aguilar au visage de plus en plus enfantin à qui on redouterait de confier un chien dangereux, l'alimaña de gala de la casa. Cinq ans et demi, armé pour accrocher et suspendre par les tripes, pas niais pour une peseta, le cauchemar de la mort qui rôde. Si le torero est vaillant et courageux, il lui manque encore pour ce cas de figure la science du toreo d'un Rincon ou toute la technique et le pundonor d'un Juli au sommet de leur art, pour arriver à dominer pareil fauve. On pense aussi au Cid à sa meilleure période mais certainement pas au ''spécialiste local proclamé'' de l'élevage, Meca.


Adame fit ce qu'il put, peut-être moins mal que les autres malgré leur bonne volonté, notamment d'habiles estocades, parfois brouillon, parfois longuet, pour parfaire ce trio de toreros vaillants mais en dessous des possibilités offertes par des animaux certes dangereux et compliqués - mais c'est un peu le principe de base du toro de combat, enfin ça devrait l'être tout le temps...- mais qui ne reçurent même pas les passes de châtiment bien réalisées qu'ils méritaient pour être réduits, vu qu'à la pique ils brillèrent par leur absence. Vous l'aurez compris, la pluie d'oreilles n'a, à juste titre, pas encore fait tomber la première goutte. Enfin, un détail, mais déroutant : ''qui pèse où'' les toros qui sortent en piste ? Car à vue de nez, mais un nez de plus de cinquante ans d'habitude, l'exemplaire affiché à 537 KG en pesait 471…. 
Oui, moi aussi je peux faire semblant d'être précis…... et je balance, même.


mercredi 23 mai 2012

Dehors, plus rien n'est gris et tout est gris...


Encore groggy de la nuit, j'ai entrouvert les persiennes métalliques de la fenêtre de ma chambre et en une seconde j'ai perçu que plus rien n'était comme avant. Plus rien n'était gris. L'herbe était verte et le ciel azur. La petite pluie froide des jours derniers, s'était muée en bon gros soleil. De 15° on était passé à 24°, comme ça, par magie. Il y avait dans l'air comme un frémissement que je reconnaissais. Dehors, j'ai renversé la tête dans le soleil, le laissant me réchauffer. C'était bon. Cela diffusait mon sang un peu mieux dans tous mes membres dont le plus court n'était pas le moins irrigué et cela me réveillait doucement. Pour une fois, la cafetière s'est mise en branle immédiatement pour l'expresso du matin, tous réservoirs vides et pleins et voyants conformes. Vide celui du marc, pleins ceux de l'eau et du café en grain. Voyants verts. C'est un régal cette machine : elle moud les grains juste avant d'exprimer le café et tout l'arôme est dans la tasse. Tous ceux qui le goûtent, immédiatement frustrés de n'en avoir pas un aussi bon à la maison, m'opposent qu'elle doit valoir la peau des fesses... Un argument idiot dit avec l'aplomb de tous ces bobos écolos qui payent le café quarante fois plus cher au kilo grâce à leurs capsules alu chics et colorées. Ma cafetière s'est remboursée toute seule au bout de cinq mois... et comme je n'ai jamais fantasmé sur Clooney...

Bon, sinon, what else ? Espresso ristretto distillé à petite gorgée sur la terrasse en observant la navette frénétique des merles à bec jaune qui pillaient le cerisier de leur vol coupable et furtif, il a bien fallu partir travailler. En sortant j'ai croisé le ''regard camera'' de José Tomas, un portrait que j'avais accroché la veille au mur du salon, dont je vous reparlerai. Il n'exprimait rien de spécial et disait beaucoup à la fois. Je suis arrivé en retard à tous mes ''domiciles'' sans exception. Je n'avais pas la foulée du travail. Dans ma tête, déjà, le rendez-vous du soir. A vrai dire, leurs douleurs et jérémiades, leurs handicaps et leurs compensations ne me concernaient que très peu. J'ai averti tout le monde que « pour cause de Pentecôte » je ne les reverrai que mercredi prochain. Oui, dans une semaine.
Certains m'ont demandé quand commençait la feria. Aujourd'hui. Non, mais la grande feria, là, avec toutes les corridas, c'est quand ? Aujourd'hui. C'est ce week-end les corridas, alors ? Non, aujourd'hui. Pas la corrida ? Si, aujourd'hui. Ah, bon ? C'est aujourd'hui ? Aujourd'hui, à six heures. Noooon ? Si. Aujourd'hui. C'est dans le journal, la radio et la télé. Faut suivre. Le temps de tous ces vieux passe si lentement qu'il semble ne pas passer.

Dehors, les filles avaient troqué leurs jeans et bottines contre des robes légères et des escarpins élégants. Enfin, pas toutes, celles que je regardais, seulement. Une maman s'est engagée sur la chaussée poussant son bébé dans sa poussette. J'ai fait piler la petite Rover rouge que le garagiste m'a prêté pour la laisser passer ; elle avait une très belle allure et le sourire dont elle m'a gratifié donnait envie d'être le papa. Le printemps est bien là, plus rien n'est gris. La machine a vrombi à nouveau pour un nouvel espresso ristretto con minuto mecanico hecho en Cuba. La cendre vient de tomber sur le clavier, vous êtes au cœur même de ce texte... Le ciel est toujours d'azur et une brise légère s'est levée alors que l'échéance se rapproche. Mes pensées restent grises. A la maison, on a bien senti que petit à petit je me désengageais des charges du travail et de la famille. L'aficion obsédante en ligne de mire. Dans le terrain l'herbe est trop haute et la tondeuse en panne, dans la maison le frigo vide. Ça m'est devenu égal. Dehors plus rien n'est gris et tout est gris. Comme les six Victorinos Martin reclus dans leurs chiqueros où quelques claustrophobes amateurs de littérature viendront ce soir maculer leurs toilettes à la bouse fraîche dans le remugle des anthracites tout juste morts pour nous, en écoutant les nouvelles du prix Hemingway. Que la corrida ait été bonne ou non, qu'on ait eu raison ou non d'être impatient de la voir, est une tout autre histoire qui ne s'écrit jamais avant que le sable n'ait bu leur sang. Car, ne vous en déplaise, le seul spectacle dont les enjeux sont majeurs et réels va bientôt commencer.

mardi 22 mai 2012

TOURISME


Moi et mon Piranha


Si j’avais un piranha, je l’appellerais Eusèbe, parce que je trouve que c’est un très joli nom pour un piranha. Sentimental comme je suis, je sais que je m’y attacherais très vite. Toute séparation serait un déchirement. Alors, je l’emmènerais toujours avec moi dans un petit aquarium de voyage. Il faudrait qu’il soit doté d’une poignée, pas le piranha, l’aquarium, comme ça, Eusèbe pourrait me suivre dans tous mes déplacements. Le soir, à l’hôtel, je poserais l’aquarium sur la table de nuit, et ainsi je pourrais voir Eusèbe en m’endormant. Et lui aussi pourrait me voir. Et nous serions heureux. 
J’y pensais vendredi dernier sur la plaça d’Espanya à Barcelone. La plaça d’Espanya, c’est cette place pompeuse qui ouvre sur la colline de Montjuic, la Fira de Barcelone et tout le tremblement. C’est une place moche. Ronde et moche. Avec une fontaine au milieu. Moche aussi, la fontaine. 
De l’autre coté, il y avait Les Arenas. C’était autrefois une arène, comme leur nom l’indique, une arène qui a été élevée par un architecte du nom d’Augusto Font et fut inaugurée le 29 juin1900. À l’affiche, il y avait Don Luis Mazzantini, un des rares toreros à avoir également été chef de gare, et Antonio de Dios Conejito, c’est à dire le « Petit Lapin ». « Petit Lapin », ça a quelque chose de ridicule comme surnom, surtout pour un rude gaillard comme l’était ce Conejito. Personne ne dit, et surtout pas le Cossío, pourquoi ce type a pris le surnom de « Petit Lapin ». C’est un des mystères de la tauromachie.  
Malgré la concurrence de la plaça del Sport, l’actuelle Monumental, inaugurée en 1914, ces arènes ont fonctionné, même si sur la fin ce fut plutôt plutôt caha que cahin jusqu’en 1976. Et puis on les a fermées et elles sont tombées en ruines. Des photos montrent les gradins couverts d’herbes folles : ça fait très Pompéi. Entre 1900 et 1976, j’y suis allé une fois, plutôt vers la fin, pour une novillada nocturne. Un certain Justiniano Blanco dit « El Zamorano » y officiait : il a coupé deux oreilles, et ce fut son jour de gloire.
Aujourd’hui, les Arènes ont conservé leurs deux étages de graciles arcatures néo-mauresques. Mais cette enceinte élégante a été coiffée d’un massif couvercle de cocotte minute, dôme de métal et de verre. Une fois là haut, on peut manger n’importe quoi, de la pizza au sushi. On ne peut pas manger catalan, et encore moins espagnol, mais ça ne dérange personne. On peut aussi se promener en admirant la vue, d’une hauteur de vingt-sept mètres. C’est un point de vue d’où l’on ne voit pas grand chose, il faut bien le dire. Enfin, bon, on aperçoit quand même les tours de la Sagrada Família. On peut y grimper par un ascenseur panoramique, sorte d’insecte de métal accolé au monument.  
L’intérieur ressemble à tout centre commercial de ce bas monde, de Copenhague à Pompertuzat, en passant par Singapour et Villetronche-la-Breloque. Il y a douze cinémas, des centaines de boutiques, des toilettes, des endroits pour se poser devant un café. Des dizaines de boutiques. Pour résumer, une boutique Intimissimi, une boutique Desigual, une boutique Nespresso (mais pas de George Clooney en vue, ni de marchand de piano au-dessus), une boutique Casas (mais pas de Simon). Bref, c’est comme partout, c’est comme nulle part, un concentré de ce monde sans saveur qui s’impose à tous, sous prétexte de mondialisation cet ersatz de culture qui nous tient lieu de civilisation, avec la musique imposée qui va avec. Comme si les Catalans, dans leur désir furieux de ne plus être Espagnols avaient choisi de ne plus être quoi que ce soit.
Dans un coin, je suis tombé en arrêt devant un stand d’ichthyothérapie. Il y avait là une Allemande replète qui trempait avec ravissement des pieds potelés dans un aquarium où officiaient de petits poissons censés boulotter ses peaux mortes. Elle poussait de petits cris de ravissement quand un des poissons venait lui lutiner les arpions.  
Et c’est là que j’ai éprouvé une grosse crise de manque en pensant à Eusèbe. Si je l’avais lâché dans l’aquarium, je suis sûr qu’il aurait mis un peu d’ambiance, Eusèbe. Dans cet endroit délibérément sans saveur, au moins, il en aurait eu un qui se serait tapé la cloche.

Pedroplan

samedi 19 mai 2012

Prix Hem 2012 : ma copie...


Plutôt Crever



Raisonnable, non. Sacrilège, sacrifice, suicide, peut-être. Fallait-il qu'il demande pardon à sa mère ? Aux enfants qu'il n'aurait pas ? Eux aussi auraient pu se griser des émotions de la vie. La vraie, qui cambrait l'ego et les reins, hérissait la peau au vent de l'aventure. Pas l'étriquée, toute tracée, préconisée par la cohorte des ''déjà morts'' prompts à vous y enfermer par leurs conseils rationnels, une vie confite dans l'ambition ultime d'obtenir la pension vieillesse. Elle garantissait la messe du dimanche, le cul bien calé sur les bancs du curé à gober meurtri ses sermons culpabilisants alors qu'on s'était rêvé prêtre exalté d'une autre grand-messe païenne. On y communiait avec soi-même, ruminant le secret de ses aspirations rabrouées, cœur éteint sous la chemise blanche bien repassée et au poignet, une montre qui brillait. Qu'on ne sache la lire et que, la routine comme viatique assumé, jamais on n'ait osé convoquer l'heure de son propre épanouissement, importait peu.
Alors il s'est avancé. Les conversations ont cessé. Une main dans le dos, traînant le capote. Il entendait la percale rouler les grains de sable. Et l'incantation murmurée depuis les bouches stupéfaites. Sa nuque emmenait tous les regards. A l'exacte frontière de l'ombre et du soleil, il s'est agenouillé. Il n'était plus temps de prier. On n'implorait pas le Dieu inflexible. Seule la fumée des cigares n'était pas immobile. Et tout s'accélérait. Des bruits de bois qui coulissent, de cordes qui glissent, de cornes qui cognent, de métal qui résonne. Des contrastes d'ombre profonde et de lumière aveuglante qui inversent leurs territoires. La terre qui tremble sous les rotules. L'apnée. Une mosaïque de couleurs. Du rose, du jaune, du noir et du blanc. Une palette de formes. Du plein, du délié, de l'aigu et du bombé, filet de bave, mitraillage de sable. Souffle d'abîme. Poussière de sépulture. Chaleur. Fusion. Fission. Ivresse. Peur nue. Filles au cou. Montre au poignet. Pension à chaque course. Sur les gradins, comme autant de jurés, les gens applaudissaient. Mais pas les aficionados, pour qui cette passe ne toréait pas. Il leva la tête vers ces spécialistes et les toisa d'un regard panoramique. Il pensa :
je t'emmerde, jury engoncé dans la lettre. Et l'esprit alors ?
Car c'était exactement ça, être torero : tout risquer pour mater plus fort que toi, attendre et provoquer ce qui venait, comme ça venait, contre l'avis de tous, et vaincre soudain ce que rien ne te prédestinait à vaincre. Ton audace exceptée.

jeudi 17 mai 2012

Finalistes du Prix Hemingway 2012

ALVAREZ José
AQUILES CAÏGO
BANON Tristane
CAPELIER François
CROCOP
DELOUBES Denis
DESCHAMPS Antoine
DIDIERLAURENT Jean-Paul
EMMANUEL .B.PAUL
FERNANDEZ BURGOS Alfonso
GALIANO Marcelo
GASPARI Séverine
MANIACI Alain
MARMANDE Francis
MARQUÈS Caïn 
MARTIN-ALBO Adrian
MARQUEZ RUIZ Joaquin
MELIANI Fred
PLANTAGENET Anne
POUESSEL Jean
QUIOT Patrice
RODRIGUEZ Roberto
SANCHEZ Pierre
TEIGEIRO Malena
TOCA CANEDO Maria Jesus
VLADIMOROV Elena

Alors ? Tristane, Séverine, Anne, Malena, Maria Jesus ou Elena ?

Normalito Edito


Non rien... enfin presque... et pourtant, je te jure lecteur, si tu savais combien je me retiens... mais c'est plus fort que moi, j'observe tellement de trucs... et ce blog qui n'était déjà pas très taurin aurait tendance à devenir de plus en plus politique. Si tu n'aimes pas les points de suspension passe ton chemin, aujourd'hui il y en a beaucoup. Faut dire que répéter depuis des années que dans le ruedo tout fout le camp est moins stimulant que commenter l'actu. C'est curieux parce qu'on ne peut pas dire que dans ma vie, la politique me soit grande préoccupation... je n'ai jamais adhéré à aucun parti ou participé à la moindre manif... j'arrive pas à prendre tout ça au premier degré... alors l'effet campagne peut-être... ? Ou juste le plaisir malsain d'emmerder tous les gauchos de la pampa qui viennent me lire ici, tout en les divertissant ? Ah... ça c'est pas exclu...

Bon alors, ça y est hein, le pays est apaisé, ''Normalito de l'Elyseo'' est aux affaires, secondé par ''Normalito Segundo'', un condamné, parole présidentielle déjà reniée donc... à prendre un repris de justice, mieux valait DSK super compétent en économie mondiale et libido rapprochée... tandis que là, double peine... deux transparents au sommet de l'état... bon c'est vrai que le panache ne garantit pas forcément la compétence, mais bon, y'a quand même des limites à l'insipidité... déjà Fillon, c'était pas folichon mais au moins il est aficionado... leur compétence ? Ben on sait pas, aucun n'a été seulement sous-secrétaire d'état... prof de collège, Ayrault... Yawohl putain, grosseu compétenceu ! Pourra au moins parler dans le texte avec Angela pour la Merlandie...

Valls il est aficionado ! Et aficionado Catalan en plus ! Je lui avais parlé il y a deux ans à la sortie d'une corrida à Beaucaire. Je lui avais dit : vous pouvez pas faire quelque chose pour que Martine Aubry disparaisse de la scène politique et des écrans ? Il m'avait juste serré la main (berk une main socio-humaniste catalane butée... oâh ça va je rigoleu...) et souri, même qu'arrivé au bout de l'allée de platanes là-bas, il s'était retourné en me regardant et souriait encore... doivent se haïr d'une force tous ces ''humanistes amicaux rosifiés'' … Mauvais temps pour les anti-corrida : un aficionado à l'intérieur, j'te dis pas comment qu'il va faire respecter la loi autour des arènes...
Ouais, je reconnais, Martine Aubry, c'est mon cauchemar... Si vous ne comprenez pas ce que je veux dire, vous prenez Trierweiler, vous la mettez à côté, vous la regardez bouger, sourire, parler, être une femme, et vous revenez me dire vos impressions.

Alors sinon, pas trop déçu depuis le huit Mai ? ''Normalito'' n'a pas un centimètre de plus que ''Nain à talonnettes'' sauf que lui, on ne l'affublera jamais de cet apodo puisqu'il est socialiste et que le socialiste est bon, par nature, essence, et principe tout autant... et que jamais au grand jamais il ne se commet en attaques ad hominem, pour Sarkozy excepté, y'a des limites aux principes, à l'essence et à la nature, merde... Moi, ce que je préfère chez lui, c'est Valérie. Voilà une belle femme. Qui ne sera pas une potiche (elle). Merci de la perfidie pour la copine sortante. Valérie est belle, j'aime son visage et ses mollets (c'est tout ce que je connais d'elle) son élégance, et franchement le top-modèle mal fagoté disparaissait complètement face à la présence de Valérie... rayonnante de féminité épanouie... avec ses bras gainés de … tulle ... noir et transparent....ouaaaahhh... mais quand même, je ne peux pas m'empêcher de me demander... elle a dû en connaître des beaux mecs, des lascars baroudeurs, des reporters photos autour du monde, des torses puissants, bronzés, des mâchoires carrées, mal rasées, chemise de lin ouverte sur pectoraux velus... muscles bandés sous gilet-multi-poches... Leica en bandoulière, bracelet brésilien au poignet et tatouage au biceps... comment fait-elle maintenant... ? Ah ben si … toutes ces images antérieures doivent lui servir de cinémathèque perso à recruter d'urgence quand Flamby sort de la salle de bain avec son slip Eminence blanc à poche kangourou latérale... Bon, certes, on peut se la péter un peu mieux en tant que première dame (quel titre ridicule...) qu'en tant que maîtresse anonyme de gaillard séduisant...

Vous avez remarqué comme la presse a commenté la passation de pouvoir ? A chaque phrase ils rajoutaient ''sobre'' et ''simple'', pour faire socialiste... mais l'apparat était le même, bien sûr. Et Normalito sobre, simple et modeste aime à commencer ses phrases par : « je me félicite.... » fou, non ? En tout cas, je n'aimerais pas être enseignant, moi... cela semble être ''LA'' solution du quinquennat à venir si l'on en croit le discours devant Jules le colonialiste... Quelle responsabilité... tout repose sur toi prof ! Tu es en charge de la moralité, du civisme et de l'éducation des enfants de notre pays, toutes charges abandonnés par leurs parents après qu'ils ont été victimes de leur scolarité républicaine aux valeurs détricotées par le socialisme mitterrandien : bonne bourre ! Moi, ça me déprime tous ces enfants endoctrinés dès leur plus jeune âge par des socialos... z'ont bien tenté de me faire le coup à moi aussi quand j'étais petit, ben ça m'a précipité de l'autre côté aussi sec... avec les curés... tout pareil. I am a rebel... yo ! Nique ton prof et ton curé ! Putain j'te dis pas la tronche du catéchiste de ma fille, s'il lit mon blog !!! Ben oui, mais oh ! Déjà j'empêche pas sa mère de l'inscrire au catech c'est déjà ça... au moins ça apprend la courtoisie et l'altruisme, l'amour du petit zézu. Y'a qu'à voir moi qui l'ai subi, comme je m'occupe assidûment de vous dérider les zygomatiques et gratos, encore. Pour que vous ne ressembliez pas à Aubry. A l'Educ-Nat, va falloir créer des sections spéciales d'instruction civique à trente-cinq heures par semaine, parce que là, y'a du retard cumulé !!! Le programme de Normalito me fout la trouille : un quinquennat pour la justice et la jeunesse... Putain ! S'il applique la justice à toute la jeunesse va y'avoir des quartiers entiers déserts, je te le dis, lecteur ! Ça va être le No Man's Land chez moi !!! Encabaner toute la jeunesse hors la loi en mal d'identité issue de l'immigration ben merci, on t'avait pas élu pour ça ! Imposteur laxiste, va !

Alors voyons, on habite l'Elysée ou pas, quand on est Normalito, en concubinage ? Grande question... le protocole peut-il s'affranchir d'une alliance dans le péché catho ??? Qui te dit lecteur qu'en 2017 il n'y aura pas un couple gay à l'Elysée, je sais pas moi, Delanoé et sa copine par exemple, vu que les homos vont pouvoir convoler bientôt. Quand je pense aux combats menés durant un demi-siècle pour se libérer de la morale et des institutions, maintenant même les homos veulent s'enchaîner, alors que rien ni personne ne les empêche de vivre ensemble. Vas-y, marie-toi, homo, puisque tu aimes les contraintes. Ton petit tu pouvais aller l'adopter aux Philippines comme des milliers d'autres, c'était pas un problème. Je ne comprends rien au discours de Rufo qui nous explique que, bien sûr qu'un couple homo pourrait adopter, qu'il est mieux d'avoir des parents homos et normalement équilibrés et intelligents qu'un couple de tarés hétéros, violents, alcolos, etc... Ben diable, bien sûr qu'il vaut mieux être sain, beau, riche, pas torturé etc... et c'est tout ? Mais depuis la lucarne de l'enfant qui se construit en regardant la vie devant lui et doit résoudre son complexe d'Oedipe en choisissant son identification privilégiée, cela ne lui restreint pas un peu son choix de n'avoir que ''homo actif'' ou ''homo passif'' comme modèle ? Rufo, éclairez ce point-là s'il vous plaît, vous avez sûrement raison mais je voudrais comprendre.

Aaaaaah Valérie... mais qu'est-ce qu'ils font avec votre nom ? Avez-vous entendu comme ils le déforment ? Tri-eur-vai-leur qu'on vous appelle... n'import'nawak... Das ist nicht richtig ! Trier... comme Lars von Trier... und weiler, Trierweiler ya ! C'est pourtant pas compliqué. Où est le blem ? Avec un teutonophile à Matignon en plus.

Normalito veut prendre le train, ça fait plus ''peuple''. Démagogitude ou incompétencitidité ? Quand on pense que chaque tunnel, pont, passage à niveau doit être sécurisé et que l'avion est obligé de décoller pour le même trajet, mesure de sécurité oblige, on n'y comprend plus rien... ça coûte le triple la démagogie, les bons sentiments m'ont toujours été d'une opacité...
A moins que ce soit en raison du jugement de Fabius qui dit de lui « qu'il a l'air d'un contrôleur SNCF » Eh bien quoi, Fabius, c'est pas bien un contrôleur SNCF ? Et pourquoi ce mépris ? De quoi as-tu l'air toi, Fabius ? Encore une attaque ad hominem humaniste ? Grand bourgeois pédant, va... Normalito est gentil, sobre, simple, populaire et pense que bénéf, finance, richesse, c'est caca, comme tous les socialistes, comme toi, Fabius, rappelle-toi.

Arnaud de Montebourg nommé ministre du ''Redressement Productif''... alors là... Kezaco ? La démographie ? La natalité ? Les allocs familiales ? A propos, avec les 25% d'augmentation d'alloc de rentrée scolaire, les papas de familles nombreuses se frottent les mains : on va pouvoir changer l'écran plat ou la bagnole. Tu ne croyais tout de même pas, lecteur, que dans les quartiers pop, on allait acheter des livres, des pulls en laine ou des céréales pour le petit-dèj des enfants ? Si ? T'es gentil, j'adore ta candeur.
Redressement Productif... l'industrie peut-être ? Enfin, déjà que le type était en érection permanente de sa propre représentation j'ai peur que ce maroquin priapique lui soit fatal. C'est Audrey qui va être contente. DSK aura encore raté le coche.

Bon allez, y'aurait encore à dire non stop mais ça doit commencer à vous saouler – et moi donc – à bientôt peut-être. Je sais, vous me haïssez encore plus qu'hier. C'est fait exprès. Un poster de Martine Aubry en gros plan à gagner pour le commentateur le plus spirituel. La bise républicaine de l'alternance sur vos belles joues roses.

en PS un article passé par une cop's, d'un type que je ne connaissais pas, qui a l'air d'un redoutable facho: ben comme ça vous avez les noms, maintenant... :

Comme c’était prévisible, Nicolas Sarkozy a été battu.Le suicide en direct de François Bayrou, le seul homme politique capable d’appeler à voter pour un candidat tout en disant que ce candidat est nul, ne l’a pas aidé. Mais rien ne pouvait aider encore Nicolas Sarkozy. Disons qu’il a limité les dégâts : la défaite a été honorable. Comme c’était prévisible aussi, François Hollande a été élu.
Comme c’était prévisible, François Hollande a prononcé des discours vides.
Et comme c’était prévisible, les foules extatiques ont aimé.
François Hollande aime la jeunesse et la justice. Il aurait été étonnant qu’il dise qu’il apprécie la vieillesse et l’injustice. Il aurait pu ajouter qu’il aime la santé davantage que la maladie, le beau temps davantage que la pluie, et, pourquoi pas, que l’eau mouille, que la paix, c’est beau, et que le soleil luit à midi en plein été. Des jeunes filles seraient tombées en pâmoison.
François Hollande va composer un gouvernement, et ce gouvernement sera beau comme un discours de François Hollande.Les journalistes des grands médias courbés à ses pieds trouveront ce gouvernement merveilleux. François Hollande sera reçu par les chefs d’Etat et de gouvernement du reste du monde. La réalité fera son retour assez vite, mais les mauvaises nouvelles glisseront sur François Hollande sans l’atteindre.
Il est socialiste, donc toute montée du chômage sera attribuée aux forces sournoises du capitalisme qui voudront que François Hollande échoue.
Les jeunes gens qui n’ont pas d’emploi et qui ont acclamé François Hollande n’auront toujours pas d’emploi sous François Hollande, mais trouveront que ce n’est pas grave, et que la misère est plus belle dès lors que François Hollande est à l’Elysée.
Et puis, des réformes fondamentales seront votées ou promises, et dès lors, des milliers de gens seront prêts à tous les sacrifices : imaginez, le mariage gay, la contraception libre et gratuite pour les mineurs. Elle n’est pas belle, la vie ?
Le 16 mai, pour boucler ses fins de mois difficiles, la France devra trouver un milliard d’euros sur les marchés financiers, mais comme François hollande a promis de dompter les marchés financiers, elle les trouvera sans aucun problème, et à un taux d’intérêt très avantageux. Si elle ne les trouve pas ou si les taux d’intérêts montent, François Hollande dira que le monde des riches se ligue contre lui, et les Français accepteront avec joie les restrictions qui leur seront demandées par François Hollande. Ce sera la pénurie exacerbée dans la joie, car, grâce au socialisme, la pénurie est joyeuse, par définition.
François Hollande a dit qu’il voulait la croissance et pas la rigueur, et donc il y aura la croissance, et s’il n’y a pas la croissance, ce sera la faute des odieux capitalistes. Car les socialistes ne sont jamais responsables de rien, par définition.
François Hollande est certain que les autres dirigeants européens voudront, comme lui, pouvoir dépenser plus, et il ne doute pas qu’Angela Merkel va financer les dépenses de la France, et si Angela Merkel refuse, François Hollande dira qu’elle est odieuse et mérite de perdre les élections en Allemagne.
Un récent rapport de la Cour des Comptes annonçait que la France devait procéder à des coupes drastiques dans son budget, ce qui coïncide parfaitement avec les projets dispendieux de François Hollande, mais François Hollande dira qu’il n’a pas besoin de faire des coupes drastiques, qu’il peut financier ses projets en augmentant les impôts des particuliers et des entreprises, et si particuliers et entreprises ne sont pas an rendez-vous, il dira que c’est parce que les particuliers et les entreprises sont méchants, à moins qu’il ne dise que c’est la faute de Nicolas Sarkozy.
De toute façon, tout ce qui ira bien s’accomplira grâce à François Hollande, et tout ce qui ira mal sera la faute de Nicolas Sarkozy. Comme assez rapidement rien n’ira bien et que tout ira mal, ce sera, beaucoup, la faute de Nicolas Sarkozy.
Voici trente et un an, les partisans de François Mitterrand s’étaient rassemblés place de la Bastille. La France était censé passer de la nuit à la lumière. Deux années plus tard, un slogan servait à définir les socialistes : « la faillite nous voilà », avait tiré ironiquement pour définir le gouvernement Mauroy finissant un quotidien de droite (cela existait encore en ce temps là).
Trente et un an plus tard, les enfants de ceux qui ont acclamé François Mitterrand étaient rassemblés à la Bastille pour acclamer François Hollande. Ils ont dans la tête les imbécilités qui étaient déjà dans la tête de leurs parents, et montrent que les imbécilités peuvent se transmettre de génération en génération. Les imbéciles, dit un vieux dicton, ne changent pas d’avis. On peut ajouter au dicton : leurs enfants non plus.
La différence avec 1981, c’est que la faillite arrivera beaucoup plus vite
 La faillite est quasiment déjà là. Elle n’attendait plus que celui qui viendrait la déclarer : il est là et sera bientôt à l’Elysée.
La différence est aussi que ce sera cette fois une faillite aux dimensions de l’Europe. Je l’ai écrit plus haut : elle n’est pas belle, la vie ?
Et si vous boudez votre plaisir, je vous parlerai des drapeaux sur la place de la Bastille : en cherchant bien, il devait rester quelques drapeaux français. Un drapeau américain ou israélien aurait été très malvenu. 
Les drapeaux de quelques régimes islamiques, par contre, étaient à leur place
Les drapeaux de la gay pride étaient tout à fait à leur place eux aussi.
C’est superbe, un peuple rassemblé dans l’harmonie et la lucidité.


© Guy Millière pour www.Dreuz.info

mardi 15 mai 2012

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José Tomas le 25 juin à Badajoz avec El Juli et Padilla devant des Garcigrande. Hélas.

samedi 12 mai 2012

Libérez Jacques Durand !


Il y avait ce joli coin en bord d'étang sous le saule. En début d'après-midi, après le pique-nique charcutier typiquement alsacien, mon oncle me demandait de surveiller les cannes à pêche et il s'allongeait dans l'herbe pour somnoler. Impressionné par la responsabilité, on sortait des grosses carpes de plusieurs kilos, je le faisais du mieux que je pouvais, fixant les bouchons colorés jusqu'à ce que mes yeux piquent. Pendant sa sieste, jamais la moindre touche, et conjonctivite assurée. Il ne m'a jamais dit qu'à cette heure, il n'y avait aucune chance qu'un poisson morde à l'hameçon. Comme tonton, ils s'assoupissaient. Je lui piquais alors une Gitane filtre dans son paquet que je fumais quitte à me brûler la gorge pour me persuader que j'étais un homme. Parfois, il ouvrait un oeil et faisait semblant de ne pas s'en rendre compte. C'était une langue de terre au milieu de l'eau et le saule était enraciné à l'exact endroit où un peintre l'aurait implanté pour satisfaire aux canons d'une harmonie esthétique idéale. Parfois, le vent pesait sur les rameaux souples et le saule alors pleurait jusqu'à la surface de l'étang dont il rayait le miroir d'une touchette langoureuse qui laissait onduler une trace éphémère. C'était si beau.

Il y avait le mazet d'André. A l'écart sous les grands pins d'Alep, bercé par les cigales, j'y écoutais les adultes se réjouir d'être ensemble, rire, fumer, boire le pastis, manger les picholines et tartiner la brandade. Tout le monde y était heureux. La journée était très ritualisée. Il y aurait surenchère de galéjades, en général à propos d'André ou de mon père, sur qui les autres se défouleraient gentiment. La victime choisie était alors honorée d'être ainsi promue héros de ce ''seul contre tous affectueux'', d'autant qu'elle avait l'occasion de jouter verbalement, de prouver son sens comique de la répartie pour contrer l'amical assaut. Sans doute avaient-ils en tête leurs propres héros qui n'’étaient pas Mad Max ou Terminator, mais Pagnol et Raimu. Puis, André cuisait les frites, mal, à sec dans la poêle brûlante avant de les arroser d'huile froide au grand dam des autres convives qui les avalaient quand même. Puis, les femmes jouaient au Scrabble sous la tonnelle tandis qu'on gagnait le jeu de boules pour une pétanque, tirs aléatoires et peu de carreaux, tant les hommes avaient biberonné le rosé frais des coteaux d'Aix. Des expressions bizarres fleurissaient. André, par exemple, adorait nous dire qu'il allait nous ''faire les mains'' c'est-à-dire nous affronter seul, prenant six boules tandis que mon père et moi en prenions trois chacun. A l'automne, après avoir allumé le feu dans la cheminée auprès de laquelle les femmes discutaient en tricotant, on allait s'embusquer entre hommes au fond du terrain, derrière les cades piquants, pour tirer la grive qui passait bas, rabattue par les rafales du Mistral glacial. Au crépuscule, quand les chauves-souris succédaient aux oiseaux, on ramenait les quelques grives tuées, les montrant fièrement aux femmes qui accueillaient ces trophées avec ces exclamations d'admiration feinte dont il faut parfois gratifier les hommes redevenus aussi naïfs que des enfants, avant de lever les yeux au ciel en pensant à la corvée de plume qui leur écherrait. Les hommes eux, déjà, se donnaient rendez-vous pour le dimanche suivant où l'on cuirait les grives au feu de bois et se lancerait encore des défis boulistes. C'était si bon.

Il y avait le cordon de dunes de la plage du Boucanet. On s'y isolait de la foule ''aôutienne'' veillant sur sa petite amie comme sur le bien le plus précieux de la terre, s'interdisant de tressaillir quand elle plaquait son petit corps tout neuf et tout frais, ruisselant de Méditerranée, contre notre grand corps tout dur et brûlant comme le sable. Comme leurs courbes étaient fascinantes et leurs oeillades mystérieuses. On ne faisait l'amour qu'avec les yeux. J'avais même connu une Hollandaise qui me caressait les joues de ses longs cils blonds... Une caresse qui m'avait laissé pantois. C'était si émouvant.

Trois occurrences de paix et de bonheur. Trois occurrences que le temps m'a ôté. Qui s'en sont allées dans cette fuite en avant de la vie qui passe. Plus tard et même si la comparaison vous semble excessive, la lecture de la page de Jacques Durand dans ''Libération'' m'était aussi un moment spécial, un moment de paix et de joie. De connivence. Une autre parenthèse de bonheur. Un moment délectable, de jubilation, où quelqu'un savait exprimer ce que j'avais confusément ressenti. Un moment particulier où ses trouvailles, ligne après ligne, m'enthousiasmaient. J'y associais souvent le luxe du calme et la volupté d'un café-cigare. Une lecture si lumineuse qu'elle m'inhibait autant qu'elle m'encourageait à écrire. Un style qui me portait la cruelle estocade d'une comparaison impossible à atteindre. Et pourtant j'y venais chaque fois, dans les feuilles de ce journal d'une sensibilité opposée à la mienne, à recibir, découvrant l'échine pour recevoir cette démoralisante littérarité qui décidément m'échapperait toujours... et cette présence me faisait découvrir tous les articles de ce quotidien, me permettait, ainsi qu'à des milliers d'autres, de venir découvrir un autre son que le produit de ma pensée spontanée sur tous les autres sujets traités. Une passerelle vers l'autre camp, cette gauche incompréhensible à ma sensibilité, la seule passerelle assumée de ma propre initiative. Grâce à Jacques Durand, sa langue et son génie. Peut-être faudra-t-il un jour acheter le Figaro pour lire Durand ? C'est cher, Jacques, un article de Durand ? Parce que moi, si j'ai les moyens, je veux bien payer pour avoir l'exclu dans ce blog... (eh oh, les autres de la toile, j'lai dit prem's !) Puisque la tauromachie n'a de couleur que son universalité.

Un jour, j'ai voulu l'appeler mais il n'était pas chez lui. Sa femme, d'une voix hésitante, s'est rassurée en me disant que bon, l'avion devait bien être arrivé maintenant, et qu'il serait de retour de Madrid jeudi prochain, si tout allait bien. Pendant ces quelques secondes où l'on me confiait un peu de son intimité, où je percevais la préoccupation inquiète de sa femme, j'ai eu la très bizarre impression d'être de la famille. Elle m'avait parlé comme si j'avais été son beau-frère. Une drôle de sensation, inédite et complexe. Je ne la connais pas, elle aurait dit la même chose, aurait ainsi associé n'importe lequel de ses lecteurs. Et j'étais à ce moment l'interlocuteur sensible et sensibilisé à son mari qui pouvait recevoir sa préoccupation. Mais, finalement, oui, comment ne pas se sentir de la famille de ceux qui savent vous pénétrer si bien le cœur et les tripes ?

Non loin de moi, à un admirateur qui lui disait un jour avec amusement « Dommage quand même que ce soit dans ''Libé'' » jacques Durand avait répondu : « Qui d'autre pour avoir le courage d'une page sur les toros ? » Il semblerait que ce courage-là, ne veuille plus avoir cours. Nul doute que la force pernicieuse du lobbying ait fini par s'épanouir. Que de rage et de protestations devait susciter l'attraction de cette plume. Alors un jour, pour économiser quelques sous et par la même occasion arrêter le problème de ce flot de protestataires écolos bien associés à la gauche molle, on préfère soudain chausser des lunettes vertes de grenouille scandinave pour s'offusquer de cette ''barbarie'' plus du tout en phase avec la ''modernité de l'Evolution''. Cette modernité qui consiste à sacrifier le singulier sur l'autel de la norme puis de s'en plaindre.

Le premier juillet 2012, avec l'augmentation du smic est donc programmé que vous nous ôtiez un moment de paix et de plaisir, la respiration d'une fenêtre ouverte sur un autre monde, différent, un rare moment de lecture à propos d'une passion séculaire, par une langue que bien peu savent utiliser si bien, une perméabilité à d'autres idées auxquelles on venait s'abreuver aussi, un moment de grâce, une faena langagière, une écriture qui, danger et performance suprême, avait ses supporters dans le camp de ceux qui n'aimaient pas ça, par cette approche en biais, si singulière sur un art si singulier. Je me demande si ce n'est pas le talent qui serait si insupportable aux gens. Les qualités de ''passeur'' qui seraient si dangereuses... pensez au risque de contamination des générations qui montent... (eh oui, d'où la photo lecteur...) Un talent si humble et déroutant sur un art si inclassable.

Alors, quand le monde sera mondialisé, la planète planétisée, la gauche bien gauchie-mollifiée, la pensée unique unifiée, la Culture Disney-Landisée, l'animalité Bougrain-Dubourdisée, le Coca-Cola obligatoire à la cantine des écoles de la république pour enrayer les épidémies de gastro de nos petits merdeux, et les taureaux de combat Hallalisés, à ''Libé'', vous pourrez vous regarder les yeux dans les yeux et vous dire que vous qui êtes si prompts à dénoncer le phénomène, vous y aurez contribué. Question courage, ce sera déjà ça. Merci quand même de celui témoigné jusqu'au jour fatidique, cela aurait été injuste de ne pas le souligner. Et puis, changer d'avis, parfois, est un signe probant d'intelligence, de même que résister à la niaiserie de l'opinion ambiante, suscite l'admiration. De même que maintenir quelque chose qui ne serait éventuellement pas rentable est un principe noble de la gauche qu'il ne suffit pas d'énoncer partout mais de pratiquer un tout petit peu pour être crédibles. Dommage qu'on n'ait pas élu vos candidats de votre vraie gauche, Mélenchon ou Poutou, tiens, ils vous auraient interdit de le licencier.
 Parce que des moments de bonheur comme ça, ça n'a pas vraiment de prix et ils nous accompagnent toute la vie.