Un Don qui choque

Un Don qui choque
Qui Chipote ?

mercredi 28 décembre 2011

Torero con verguenza


Jose Tomas vencedor por tercera vez consecutiva del Prestigioso Premio Paquiro 2011 ha decicido renunciar al mismo ''por una minima coherencia personal''. El diestro que ya renuncio en su dia a la Medalla de Oro de las Bellas Artes concedida por el Ministerio de Cultura, ha declarado :


« No me parece bien que se ensalce de esa manera mi retorno despues de la cogida de Aguascalientes cuando en la presente temporada ha habido un torero como Juan José Padilla que ha estado verdaderamente a unos millimetros de una horrible muerte y cuando ha habido toreros como David Mora e Yvan Fandino que han toreado en todas la ferias de mas compromiso y con los toros de mas exposicion. Yo he venido a pasarlo bien con unos toros comodos y a dar alegria a mis seguidores, pero actualmente no se me puede comparar con estos toreros »

source Mundotoro pour la citation et pableraspoker.wordpress.com pour la photo.

mardi 27 décembre 2011

Perdez quatre kilos en une semaine...

Peut-être, mais pas la semaine des fêtes... et pas avec une ''Poularde au vin jaune et aux morilles'', ça non. Un préalable lecteur : si tu es pauvre, passe ton chemin, ce n'est pas pour toi. Quoique, si tu es pauvre comment se fait-il que tu sois en train de me lire sur ce magnifique écran plat relié à ce PC de course, hein ? Revends-le plutôt et achète des livres de poche d'occasion pour te cultiver un peu car le pire handicap du pauvre est son inculture. Ton inculture, pauvre de toi ! Même que parfois, ils ne comprennent pas leur propre langue. Si, souvent je leur traduis des lettres pourtant écrites en français dont ils ne comprennent pas le sens. Pas encore écrivain public mais traducteur public, si.

Oui, revenons à notre poularde, c'est un plat super cher : dans ma cocotte en fonte Staub n°33 à tétons de couvercle suintants automatisés dont aucune femme ne peut se servir vu qu'elle pèse le poids d'un baudet du Poitou mort et boursouflé, il y en avait au bas mot pour cent euros. Trente euros de poularde, trente euros de morilles, trente euros de pseudo vin d'Arbois, le jus d'un demi- citron bio, un pot de crème de vache propre, une lichasse de Cognac pas dégueu, sel de Camargue siouplait, poivre du Kerala on est chic ou on ne l'est pas, et, à la cuillère en bois, un fifre de Nîmes, con : moi. C'est pourquoi cette recette, pauvre de moi, je ne la sors qu'une fois par an. Ce qui est cher, c'est surtout quand tu la rates ! Comme moi cette année. A cause de madame, bien sûr. Les femmes qui ne s'intéressent pas à la cuisine sont toujours de mauvais conseil. Croyant m'aider et culpabilisant de tout me laisser préparer seul, l'infirmière avait fait les courses sachant que le jour « J » elle finirait à vingt et une heures.

J'ignore si le soir du réveillon elle leur injecte du vin jaune en sous-cut... elle devrait. Ouais on bosse, nous, monsieur, sans jamais être augmentés ou faire grève... libéral que ça s'appelle, et c'est pas un gros mot, et on n'est pas pété de tunes pour autant, comble de l'ignominie !!! Parce que le seul calcul qui vaille dont on n'entend pourtant jamais parler, c'est la division du revenu imposable par le nombre d'heures et là, putain de pauvres, on gagne moins que notre femme de ménage ! Tu le crois, lecteur ? Je l'ai déjà écrit ? Tant pis, vous ne l'aviez pas cru, de toute façon. Salope. Pas la femme de ménage, la vie. Alors le premier gréviste cégétiste qui me traite de privilégié, je l'em-plâ-tre. (faut voir, surtout s'il est moins costaud)

Elle s'était laissée embobiner par le caviste qui n'avait pas de vin jaune d'Arbois (c'est pourtant pas si compliqué : du vin jaune d'Arbois !) et qui lui a fourgué un Chardonnay du Jura prétextant que c'était grosso-merdo tout pareil. Eh ducon va, pas du tout ! Beaucoup plus sec et trois degrés en moins ! Après, je me suis rendu compte qu'elle m'avait acheté de la crème fraîche demi-écrémée liquide... Nein danke ! C'était de la putain de grosse crème fraîche épaisse et entière qu'il fallait, bien grossissante ! Pas de la coulette dégraissée pour chausser à nouveau de la taille 38 ! Non ! De la crémasse bien grasse pour sauter du 42 au 44, tu vois ? Faut l'assumer ta poularde ou alors tu manges du jambon de dinde recomposé et tu ne nous emmerdes plus, lecteur, avec ton anorexie comme ambition existentielle. Enfin, pour faire revenir les morceaux de poularde dans les trente grammes de beurre, mélangée à l'huile d'arachide prestement remplacée par de l'huile d'olive évidemment, l'infirmière obsédée par mes coronaires - pourtant elle hériterait plus vite - m'avait doté d'un vilain petit container verdâtre en plastoc étiqueté ''St Hubert Omega 3'' censé faire office de vrai beurre bien gras : n'importe quoi ! D'autant qu'avant, il n'y avait qu'un foie – gras - de Belpech – ça c'est pas cher : six euros le kg comme le canard gras où que cety qu'on l'a trouvé dedans – avalé avec un petit Jurançon délicieux suivi de quelques ENORMES gambas en sauce, enfin des trucs tout légers pour attaquer la poularde avec les crocs, quoi... je sais c'est dégueulasse de bâfrer comme ça, mais bon, c'est la crise, faut lutter. Pour les desserts, fallait pas compter sur moi : rien. Ni bûche à la noix, ni fromages qui puent, rien je te dis. Si, finalement on a trouvé un Litchi pour chacun et basta. La poularde de St Sever label rouge, très bien... Il n'y a pas la grosse étiquette bleue « des landes » dessus, mais elle est tout aussi labellisée rouge et des landes tout pareil... pour cinq euros de moins au kilo. Les morilles, divines... c'est vraiment le champignon que je préfère, avec ses petites alvéoles qui retiennent la sauce... Alors voilà le hic justement, la sauce, ratée par manque de gras et de tanin... plus délitée que liée et dans ce plat tout est dans la sauce, lecteur pauvre, maigre, dégoûté et cégétiste, qui n'aime rien tant que de vieilles saucisses brûlées au bois de palette chimiquement saturée : à quoi ça sert de faire grève si tu ne sais pas ce qui est bon dans la vie ?!

Sur ce, je vais reprendre de ma copine, Citrate de Bétaïne, avec qui nous avons des rapports très fusionnels en ce moment.

samedi 24 décembre 2011

Du Rosbeef pour Noël...




La Nation française est en émoi. Marine et Eva se fritent d'importance, mains sur le cœur, attestation de francophilie contre suspicion de francophobie. Bayrou fait jet à part pour jeter sa poignée de terre sur le cercueil de Waclav Havel le Président-philosophe dont même les cendres expriment un concept.



De jeunes Ukrainiennes pas mal gaulées ma foi, manifestent seins nus naturels devant le KGB qui pour les remercier de cette animation en nue-propriété, les emmènent tester l'usufruit des forêts profondes où ils les parfument au kérosène avant de les abandonner aussi nues qu'un communiste aux illusions perdues.



Ah ben oui mais si vous ne suivez pas l'actualité, je n'y peux rien...



Mesdames, il va falloir tailler des ''PIP''. C'est un problème de santé national : c'est la crise et comme tout fout le camp, le silicone en fait autant. Les jouets des papas obnubilés par le désir, à force d'être frénétiquement pétris eu égard à leur consistance à nulle autre pareille, suffusent. Je suffuse, tu suffuses, ça finit par fuser, envoyez-les par fusées, ça fuit, c'est usant, c'est suffuisant... Les balconnets ne retiennent plus rien, je suinte donc j'essuie. Les chirurgiens plasticiens toujours plus cupides que niais, se doutaient bien que l’innocuité du sérum physiologique serait supérieure aux ''silicone vallées'' mais bon, ils les ont placées quand même. Faut dire qu'entre charcutiers – le PDG des ''PIP'' est un ex-charcutier, Alain Delon aussi, me direz-vous- on s'est toujours payé sur la bête. Ce coup-ci, les blouses bleues feront un prix, de gros : 1000 roros le téton, en échange standard, pas plus. Ce qui, d'après les calculs de la faculté, devrait renchérir l'intervention à 2000 euros par personne vu que, le plus souvent, ces attributs vont par paire, exactement comme les ovaires ou les testicules, voire les mains pétrisseuses, symétrie harmonieuse oblige. Des voix s'élèvent pour s'indigner que la communauté par le truchement de la Sécu crache au bassinet pour assumer les rêves over-boostés de quelques bimbos. Il est vrai qu'on pourrait aussi ne plus rembourser les genoux ligamentaires des quelques privilégiés du ski alpin. Comme les brûlures des sardinades, au barbecue des pauvres, qui auraient très bien pu bouffer des panés Findus.



La semaine dernière, une dame m'a demandé de lui en tâter un. Euh... comment voudriez-vous que je tatasse, je ne suis pas oncologue savez-vous ? Rhâââaa dorrrrrrteur ça ne fait rien, tâtez me-le, je sens une boule, qu'en pensez-vous ? C'était touchant, cette confiance qu'elle me faisait. Je tatai en tâtonnant, c'était du bio. Etonnament dense et ferme pour une mamie, félicitation. Mais boule il y avait, fissa à la mamo et voila-t-y comment j'ai dépisté mon premier cancer du sein de Kiné... j'étais fier et ça n'a rien coûté à la sécu. J'y ai pris goût et je tâte maintenant avant qu'on me demande. C'est bon. Surtout quand il n'y a pas de boule, sinon c'est triste. On a aussi essayé de me soumettre un vieux testicule poilu, ridé et variqueux : là, j'ai envoyé chez le spécialiste. Non, mais, faut pas déconner, je veux bien faire de la médecine mais pas du soupesage de breloque virile... Y'a des mecs tout exprès formés pour ce sacerdoce. Il est possible que je dorme bientôt en prison. Enfin, des gugus se sont permis le scandale d'installer des caméras et d'autoriser les gardiens d'immeubles de se munir de tonfas : en face, c'est la grosse marrade des ''sauvageons'' comme les appellaient il y a peu les socialos humanistes, qui fêtent désormais leur première Kalachnikov à seize ans ( en vente libre pour 150 euros dans les quartiers, si intérêssé m'écrire, je sais où s'en procurer...)



Mais tout cela n'est rien face à la préoccupation majeure d'une indignation à 800.000 roros per month : ladies and gentlemen, i'm very glad to introduce you David Beckam (David ruisseau de jambon) and Angelina Jolie -qui n'est pas la jumelle d'Eva, oh non... beaucoup plus pollueuse dans l'âme, même qu'elle se met de la graisse de baleine colorée sur les lèvres- . Alors, de quoi est-ce que cety qu'il retourne exactement ? Eh bien si on a été fier d'annoncer que ce feignant taciturne d'Anelka qui sourit une fois toutes les années bissextiles et méprise copieusement son prochain, allait être employé pour la même somme en Chine, ''on'' est absolument indigné que Beckham vienne chez nous. C'est vrai qu'il est souriant et affable, lui.



Ce joueur de classe mondiale convoité donc par le monde entier – imparable – viendrait par le pouvoir fluzzien quatari s'échouer en bord de Seine. Oh putaaiiin le S-candale.... le tout-Paris découvre d'un seul coup que l'argent régit le milieu du fotebale et tombe à bras raccourcis sur le joueur, il est vrai aussi blanc qu'un Efferalgan – et non pas qu'un éphèbe Afghan- dans une hypocrisie très parisiano-bobotisée. Je me souviens de la réponse de Bernard Tapie homme de gauche adoubé Miterrandien, à ce journaliste qui s'insurgeait du montant du transfert et du salaire de je ne sais plus quel joueur à l'OM : qu'est-ce que ça peut foutre qu'il coûte (mettons) un million d'euros s'il en rapporte trois ? Bon, ceci dit, Mitterand et Tapie, z'étaient autant de gauche que ce que je suis chamane Baoulé... z'étaient surtout des imposteurs. Outrecuidance supplémentaire, Beckham n'est pas banlieusard, non plus décérébré comme la plupart des nôtres qui vont aux putes entre deux séances d'étirements sans même se préoccuper que la donzelle soit majeure. Non, il est intelligent et Ô indignation suprême, est non seulement un seigneur sur la pelouse, donnant des ballons dans la course au millimètre avec une vison du jeu prodigieuse et limpide à la Platini, mais un homme d'affaires averti qui génère du pognon sur et hors herbe tondue. Comble de l'abjection, il ne pousse pas la laïcité jusqu'à invoquer Allah en rentrant sur la pelouse par d'ostensibles prières coraniques et sa femme – un canon évidemment - s'habille avec bon goût et non avec le maillot de l'équipe que son club ou son pays affronte... Re-comble de l'ignominie, il est beau comme un Dieu et tous ses entraîneurs s'accordent à louer son extrême probité professionnelle : le premier arrivé à l'entraînement et le dernier à en partir. Le strict contraire d'une grosse tête, un exemple pour toute son équipe. Si on rajoute qu'il répond poliment, avec des raisonnements intelligents, ne boit pas, ne fume pas, ce qui le maintient toujours compétitif à trente-sept balais vous comprendrez que cela confine à l'insupportable d'autant qu'il n'est même pas arabe ! Et bien messieurs-dames, c'est ce sale type qu'on ose accueillir en le salissant avant même qu'il ait posé une valise ou touché le premier ballon parisien. David, on est vraiment trop tartes, ici, fait vite demi-tour et casse toi de ce pays de merde, c'est un françouze qui te le dit... ''défois'' que tu produirais du beau jeu qui ferait plaisir à voir...



Bon, c'est pas le tout, faudrait commencer à s'occuper de la poularde au vin d'Arbois, crème fraîche et morilles, histoire de porter un toast à tous les militants du parti le plus représenté du territoire, celui des cons.

mercredi 21 décembre 2011

Soins à Domicile IV

Paniqué par l'aléatoire de sa déambulation, désormais obnubilé par le souci de son équilibre, Juan-Antonio ne m'écoute plus. Si je lui dis de ''levantar'' les pieds, il les scotche de plus belle au lino du couloir que Incarnacion traverse en roumégant, armée jusqu'aux dents. Un chiffon doux dans la main gauche et un pistolet à vitres dans la droite :



- Aaaah mésié delooon bou sabez kil me rendra chèvre ?

A ces mots, J-A fait une embardée, sa déambulation se raidit un peu plus et la main droite est venue s'appuyer au mur. Contracté et aux aguets, il attend la prochaine salve :

- Regardé, moi ça... j'en ai marre du travail qu'il me donne... regardé la vitre toute grasse ! Il a pas besoin d'appuyé sa tête ! Y comme jélé conné cété bour réluqué una mujer !

Juan-Antonio ne relève pas et tourne vers moi sa mimique de garçonnet pris sur le fait. Je remarque alors un détail dont je ne me souvenais plus, son arcade sourcilière est toute grasse : l'infirmière depuis une précédente chute, la lui empègue comme un coach à son boxeur pour que glissent les coups qui pleuvent. Peine perdue, Incarnation, c'est toujours aux tripes qu'elle frappe... C'est une combattante bien trop forte pour J-A, et à qui revient l'office des rôles déterminants de la vie courante ce qui génère une ambiguïté d'où ne peut surgir que le KO. Imaginez un boxeur dont l'adversaire sur le ring, serait aussi son coach, son imprésario, sa gouvernante, son sparring-partner, sa femme, son toubib et son aumônier... le côté « polyvalent incontournable » s'il rend bien service est aussi très inhibiteur. Le temps de penser qui veut-on vraiment cogner, et les jabs vous ont tenu à distance avant qu'une bonne droite vienne vous ébranler et qu'enfin un uppercut des familles vous ait méchamment translaté votre polygone de sustentation jusqu'à vous déquiller proprement.

- Il est encore tombé, hier...


Sans un mot, J-A me montre l'arrière de sa tête en courbant l'échine

- Sa tête elle risque rien, elle est trop doure, pero régardé la porte del frigo...

- Comment ça s'est passé ? Ce sont les jambes qui ont lâché ou c'est la tête qui a tourné ?


- Nooon zé métté lé torchon dentro le placard, viens voir...


-Non, c'est pas la peine de s'enferrer dans la cuisine, expliquez moi...

- Nooooon viens voir zé té dis...

Juan-Antonio cherche quelque chose. Ce genre d'épisode ne m'arrive que lorsque je suis en retard... Il fouine, fouille, tourne, vire, irrite

- Mâaaaa mé keské tou cherche à la fin...


- Né té mêlé pas... articule-t-il posément a su mujer...

- Non mais, monsieur M, ce que je veux seulement savoir, c'est si vous avez eu un vertige ou si ce sont les jambes qui ont lâché !

-Tou vas voir...

Il farfouille encore de longues minutes avant de trouver le torchon qu'il cherchait... c'est de la reconstitution méthodique, pourtant il n'a encore toué personne et zé né soui pa non plou oun jouze d'instrouction... il ouvre le placard, pose le torchon en tremblant et referme les deux battants qu'il laisse passer par un retrait du buste à la Sugar Ray Leonard. Bon, SR Léonard après une crise d'arthrose carabinée quand même...

- Eh bé Kwâaa ? Qu'est-ce qué tou nous fé, là ?
Tonitrue Incarnacion excédée qui avait interrompu le touillage de sa sauce pour assister, nerfs à vif, à la reconstitution...


- C'est là qué zé soui tombé... en arrière...

- Donc vous avez perdu l'équilibre, plutôt... mais c'était pas la peine de chercher un torchon et d'aller à la cuisine pour me le dire !

J-A me produit son sourire ''à gencives nues'', content de lui. Incarnation hausse les épaules et lève le torchon comme si elle menaçait un enfant turbulent qui vient de renverser son yaourt.

- Alors je vais vous dire pourquoi vous êtes tombé. Parce que vous êtes muy torero ! Parce que vous avez voulu rester dans le sitio alors que le danger pointait, parce que votre tempérament est incapable du pasito atras lors de la charge du placard...


J-A est aux anges et bée de satisfaction, apprécie que je tourne l'incident à son avantage devant su mujer. Je poursuis :

- Les talons plantés dans le sol, sans vouloir rompre, vous n'avez pu, par le seul retrait du buste, éviter le derrote de la porte droite du placard qui chargeait... alors cela vous a déséquilibré vers l'arrière et....


- … il a bousillé el frigo... ! Remate Incarnacion...

- Alors écoutez-moi monsieur M, vos pieds doivent toujours précéder l'orientation du buste, c'est eux qui donnent la direction, ils doivent toujours être en avance, jamais en retard. Mettons que vous vouliez planter des banderilles à madame (les commissures de ses lèvres rejoignent maintenant ses oreilles...) il ne vous viendrait pas à l'idée d'avoir les pieds vers le séjour alors que son dos est en cuisine ?

- Qu'il essaye seulement ! Menace instantanément senora Incarnacion pleine de caste, en brandissant sa cuillère en bois brûlé qui a touillé soixante ans de sauces succulentes.

Reconstitution et débriefing terminés, on rejoint le séjour où l'on quitte le peignoir pour la séance. Peu à peu, le calme revient dans la maison. Les effluves de la sauce nous parviennent comme la voix d'Incarnacion qui s'est adoucie pour chantonner une comptine de l'autre côté des Pyrénées. Tout va mieux, la paix s'établit, nos mouvements s'engourdissent quand résonne soudain un jovial :

- Alain Délooon.... !

Dont me gratifie de temps en temps la douce sénilité de Juan-Antonio...

- Laisse-le où il est Alain Delon, maintenant qu'il est vieux comme toi, rétorque Incarnacion du fin fond de sa cuisine. J-A lève les yeux au ciel et me dit à voix basse

- Toujours, il faut qu'elle se mêle...

C'est fini, je lui demande de se lever et, combat terminé, pendant qu'il s'efforce de décoller de sa chaise, vais chercher son peignoir de boxeur empéguoumassé avec lequel je dessine una media veronica au milieu du salon. Je la termine en bombant le torse et pointant le menton je lui proclame :

- Curro Romero !


J-A dubitatif, fait la moue et m'articule une de ces très lentes sentences dont il a le secret et qui me font douter de sa sénilité, en templant bien les syllabes :


- Pas encore...








mardi 20 décembre 2011

Ski de Dunes



Je sais. Vous rêvez de dunes blanches, de sommets enneigés, de lacs gelés, de joues rouges et de reblochon, de glaciers sombres, du crissement des skis dans les flocons agglomérés, de vieux chalets d'alpage en bois ridé. De vaches qui puent. De fermières odoriférantes, blouse à fleurs et bottes plastique, à la voix lactée, aux seins lourds, suintants de crème. Pour ça, vous supportez les exodes massifs, les autoroutes embouteillées, vos semblables toujours là, tout autour, qui se déplacent avec vous, apportant par leur présence la preuve que c'est bien là et maintenant, qu'il fallait être. "L'animation" que ça s'appelle ; au tabac les marmottes sifflent à votre entrée et vous faites la queue comme chez le boulanger ou au magasin de sport. Mais vous aimez la queue. La queue est "La" preuve. Vous êtes au bon endroit. Demi-heure dans la queue du tire-cul pour une minute de descente. Gelé dix minutes dans le grésil doucement balancé dans le siège du télé pour une minute de risque de fracture. En nage au bas de la piste avec les cuisses en feu et les chevilles meurtries. Les rotules qui piquent, aussi. Le séjour familial va te coûter deux mille euros la semaine. Mais le connard cégétiste qui a choisi de faire chier tout le monde en lançant une grève au moment où vous aviez enfin réussi à vous libérer, qui a amputé votre séjour de deux jours en bloquant votre train ou votre avion, lui, paiera deux cents euros la semaine. Il jouit d'un comité d'entreprise puissant. Putain d'enfer... T'es ''entre-soi'... T'es prof, mettons... tu atterris au "Chamois d'Or" de ''Pralognan la Gerboise'' dans un bâtiment à l'architecture de caserne qui abritait les colos des pupilles de la nation dans les sixties, reconditionné par la MGEN où tu ne rencontres que des semblables : que des profs et des marmots de profs dans tous les couloirs. Putain d'angoisse... Tous le même vécu, la même expérience de vie, qui ne peuvent rien s'apprendre tellement ils se ressemblent et en plus quand ils échangent leurs photos, bingo, z'ont tous le même canapé, tu m'étonnes, vu que le catalogue de la Camif est sur tous leurs chevets !

Alors ils trempent leurs croûtons ensemble, dans la même fondue, avec leurs gros pulls de laine au graphisme bien démodé... et ils passent de bonnes vacances... Tu imagines ? Un immeuble rien que de kinés pour des kinés géré par des kinés... la partouze massante en peaux de phoques... parleraient que de cul et de Sécu... l'angoisse ! Mais il y a une autre voie... une voie de gros beaufs diraient les profs... des gros porcs qui vont sulfater sans vergogne de gaz carbonique, des espaces encore vierges de toute pollution... Z'écrasent tout (du sable) avec leur quat-quat... C'est la voie à laquelle je pense quand l'air est vif et le ciel immaculé. Des pentes roses, grèges, miel, coquille d'oeuf, orange, ou mauves au couchant. A perte de vue, rien de vertical. Pas de queue sinon la tienne. Perdue dans l'horizon et enfin déconnectée du désir. Tu plantes ta tente, là, au milieu d'un erg immense que ton regard n'arrive pas à cerner. C'est tout simplement grandiose, si grand, si beau, si biblique et mystérieux que pour un peu, t'aurais envie de chialer. C'est la Terre. Ta planète. Sans commerces. Brute. Inviolée. Sans aménagement humain. Tu brûleras tes ordures inflammables, emporteras les autres et le vent effacera la trace de tes roues derrière toi. Exactement comme si tu n'étais pas venu. Mais ces images seront à toi pour la vie. Comme les yeux noirs d'Amine si brillants dans la lueur du feu quand il préparait le thé dans sa belle djellaba bleue de Tamanrasset. Comme son silence et la paix qu'il diffusait. Sa présence si humble et si forte à la fois. Magnétique. Inscrite dans l'harmonie de ce désert où tu jurais. Des heures et des jours en dehors de ta vraie vie. Où tu en viens à douter de ta vraie vie. Des visions irréelles. Des sensations nouvelles. Des espaces inédits, une lumière magique. Alors moi, quand vient l'hiver c'est à ces horizons où il est impossible de croiser tes spatules que je pense. Et puis d'abord, mon quat-quat de beauf, il ne rejette pas plus de gaz carbonique qu'un Espace de prof.


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PS : Parfois, heureusement qu'il y a la CGT, si, je le pense, ça sauve des emplois...



vendredi 16 décembre 2011

Diego Puerta, Trompe-la-Mort Professionnel.


J'écoutais hier soir dans ''La Grande Librairie'' un écrivain américain juger que le problème des XXe et XXIe siècles, était que « l'on pouvait traverser son existence sans avoir l'occasion de s'apercevoir si l'on était lâche ou courageux » Pardon, mais, Diego Puerta excepté. Rectum, scrotum, intestins, foie, saphène, etc, les abattis de ''Diego Valor'' auraient pu alimenter le comptoir du tripier des halles de Nîmes qui vend tout trop cher, moins cher quand même, que ne vendait avec un courage sidérant Diego Puerta, la peau de son petit corps de lion de l'arène. Bréviligne, court de bras et de jambes, ce morphotype d'avorton est généralement donné comme étant la cause de l'impressionnante récolte de cornadas qui émaillèrent sa carrière. Plus de cinquante. Mais trente est son chiffre : trente coups de cornes gravissimes, le plus durement châtié après le Mexicain Luis Freg – l'homme aux cent cicatrices – de toute l'histoire de la tauromachie. Mais aussi trente oreilles à Las Ventas en trente courses.

Petit garçon, je me souviens l'avoir vu à Nîmes où il alternait souvent avec Paco Camino et El Cordobes à la fureur de qui les deux premiers opposaient leur classicisme. Il livra un combat relaté comme épique à la Maestranza, avec ''Escobero'' un Miura comme on n'en voit plus, qui le renversa à plusieurs reprises et lui infligea quatre cornadas avant de lui céder ses deux oreilles reçues sur la table d 'opération. Il y eut aussi la faena du ''Pantalon du monosabio'' comme l'intitula Antonio Diaz Cañabate, un pantalon qu'il emprunta pour continuer le combat après que le toro avait dévoilé son anatomie à l'arène et tant d'autres tardes héroïques et de succès remarquables.

Paco Aguado le décrit ainsi :

"Alors qu'il n'avait que dix-huit ans, un toro de Guardiola lui éclata le foie à Bilbao, ouvrant ainsi une liste sans fin de cicatrices qui parle d'elle-même d'un courage indomptable, à une époque où le novillo avancé en âge remplissait de blessés les couloirs du dispensaire de la rue Bocangel. Le Sévillan ne fut pas ce que l'on appelle un torero habile face au toro, non plus maladroit, mes ses limitations physiques étaient l'une des causes principales de l'affolante moyenne annuelle de coups de cornes reçus. Il ne faut pas non plus oublier que son engagement sans limites et son ambition puissante ne connaissaient pas les mots douleur et convalescence.

Pour le critique Clarito, Puerta cachait « sa fierté sous des airs de caractère volcanique. Son toreo rouge vif élève et donne de l'ampleur à sa petite taille. Au lieu de se laisser abattre par son propre sang versé, il se relève des coups avec encore plus de cœur et du courage à revendre. Grandi et non calmé par la ribambelle de coups de corne sanglants, il risque sa vie tarde après tarde, toro après toro, sans faire de différence et sans douter. Il n'y a, dans les annales du toreo de haut niveau, aucune trace ni aucun autre indice d'un tel courage »

L'Histoire de la tauromachie retiendra donc que, contre toute attente, ce Little Big Man du toreo, mourra retiré des cornes, à l'âge de soixante-onze ans, une probabilité sur laquelle aucun aficionado n'aurait en son temps parié une peseta.

Ici Jacques Durand à son sujet :

http://signesdutoro.france3.fr/index.php?page=article&numsite=1148&id_rubrique=5681&id_article=16184

Sur le Quai

J’avais bien reconnu la silhouette d’Alain Montcouquiol tandis que sur le parvis de la gare de Nîmes, je promenais mon labrador en attendant l’heure du train qui venait de Paris. Un peu plus tard, nous sommes montés sur le quai C et sommes allés nous placer devant le repère W, à l’emplacement où la voiture 7 devait s’arrêter.
Il était là avec son baluchon, en partance pour Montpellier ou Perpignan.

Je m’étais mis un peu en retrait, comme d’habitude, afin d’éviter que les débordements de joie de la chienne n’encombrent tout le quai…

C’est lui qui m’a abordé en me demandant quel âge avait mon labrador. J’ai dit trois ans. Il caressé la chienne ravie de l’aubaine et il a dit que ces chiens-là, c’était ce qu’il y avait de plus adorable. Il a parlé de celui de son neveu :


"Il s’appelait Max. Et il est mort, il avait 13 ans. Mon petit neveu ne s’en est pas remis. Il s’appelle comment votre chien ?"

J’ai dit Adèle. C’est une chienne. Elle est belle comme tout, a-t-il-dit.

Ah, je le dirai à mon neveu que j’ai rencontré une chienne comme Max.

Et je lui dirai qu’elle s’appelait Adèle. Il sera content.

Vous êtes bien Nimeňo ? ai-je demandé.

Oui, oui, c’est moi. Enfin, Nimeňo, n’est-ce-pas, c’était plutôt mon frère. Moi, je crois que je manquais un peu de courage…

Je lui ai dit que je l’avais vu toréer. En Arles. Et puis au Grau-du-Roi. Ailleurs aussi. Je ne lui ai pas dit (mais je le pense) qu’il était le plus doué des toreros français de son époque.

Et puis je lui ai dit que j’avais lu son livre.

Le dernier ?


Oui, celui qui vient de sortir.

J’avais lu l’autre aussi. Mais que je venais d’acheter et de lire le dernier. Et qu’il était bien.

Il est un peu triste, vous ne trouvez pas ? a-t-il dit. Et avec un geste d’excuse : Je ne sais faire que ça.

Il avait un air infiniment triste en disant cela. C’était comme s’il s’excusait. Et cela m’a ému, cette souffrance que rien n’atténue, pas même le temps depuis la tragédie. Comme si une chape de tristesse s’était emparée à jamais de lui. C’est pour ça que je consigne aujourd’hui ce bref échange avec un homme triste. Le TGV arrivait. Je lui ai dit que j’avais toujours pensé qu’il avait été un bon torero. Mais aujourd’hui, ce qui était sûr, c’est qu’il était un véritable écrivain.
Pedroplan





mardi 13 décembre 2011

SCOOP

Bonne nouvelle. Au mois de janvier, là, bientôt, trop tard pour votre cadeau de Noël donc, devrait paraître toujours chez Verdier, le prochain ''must have'' littéraro-taurin de votre bibliothèque : le troisième livre "ineludible" d'Alain Montcouquiol. Ah bon, vous saviez déjà ? Quittant les terres de l'autobiographie il s'aventurerait pour la première fois, sur les terres de la fiction avec un recueil de trois nouvelles. Je me ferais un plaisir de vous dire ce qu'il m'a suggéré.


"Terribilifique" portrait de l'auteur par François Bruschet, piqué sur le net chez Camposyruedos.

Rien à déclarer ?

Les joyeusetés annoncées et pratiquées par le mundillo pleuvent drues, ces temps-ci : après le mime du tercio de piques, la distribution automatique des trophées, après l'indulto accordé aux invalides, après la corrida sans mise à mort, voici les toreros qui y adhèrent et la promeuvent sans rire... On pleure tout de suite ou on se marre d'abord ? Il est donc possible qu'un jeune torero ait certes obtenu son doctorat technique de tauromachie tout en étant terriblement inculte de tout ce qui l'a fait naître, compose son histoire, inspire son âme, suscite l'admiration, développe l'imaginaire et propose enfin d'essentielles questions sur la condition humaine. Et accessoirement, faisait de lui un héros admiré et respecté. Gentil Castella, pas très fut-fut ou super cupide, il vous faudra tuer ou mourir pour rester torero. C'est comme ça et tous les petits arrangements entre affairistes pour produire quand même, encore et encore, malgré l'évidente perte de sens, du spectacle à tout prix, n'y changeront rien. Quelle valeur ajoutée à votre art du toreo ou votre statut, pourrait apporter l'immédiat assassinat des toros dans leurs chiqueros après une exhibition vaine, sans enjeux ? La protection de la sensibilité moderne des gens ? Ooooh les vilains petits sensiblous ! Ils ne sont pas malheureux de savoir que les gentils toros sont tués juste après leurs applaudissements, là, dans les couloirs ? Ah non, c'est vrai, ils les ont vu sortir de l'arène sur leurs pattes et alors cette image mentale sauve tout. Il y a mieux, sinon, pour se protéger la sensibilité : ne pas venir !


Ce dernier avatar en forme d'interwiew donné est éloquent de la vision étriquée du maestro pegapase. Ce serait un peu comme un conservateur de Musée qui connaîtrait le nom des peintres et de leurs toiles mais ignorerait tout de l'histoire de l'Art, de l'influence des écoles, de la vie des artistes, etc. Il voudrait juste accrocher des tableaux aux murs. Et Castella faire des passes et jamais plus toréer. Et peut-être ne sommes-nous que les derniers rêveurs car il est possible que l'aspiration soit identique dans le public qui à 99% serait incapable d'expliquer la différence entre toréer et faire des passes... Cette histoire m'a rappelé feu jean-Pierre Darracq dont le squelette doit tournicoter dans sa tombe en se mélangeant les côtelettes, lui qui dénonçait non sans talent et logique la « malfaisance de l'abus du derechazo »


Oui messieurs-dames, parfaitement... Savez-vous à quoi servait originellement la muleta ? A donner la mort en détournant la tête du toro de l'autre côté. Mettons, vous saviez... et vous n'êtes pas contre l'imagination humaine qui a permis au cours des siècles de créer d'autres suertes pour notre plus grand plaisir évidemment. Mais... ce qu'explique et défend El Tio Pepe dans « Genèse de la corrida moderne » c'est qu'en présence d'un toro, vous vous souvenez des toros ? Un senor toro, qui fout la trouille à ceux qui ne risquent rien sur les gradins, vous vous rappellez ? Avec des cornes qui font mal au ventre rien qu'à regarder leurs pointes, un toro con sentido y codicia, voyez ? C'était quand le dernier lot que vous avez vu ? Eh bien avec ce genre de toro explique JPD (non pas Juan Pedro Domecq, Jean-Pierre Darracq) :


« Une faena de muleta correcte se fonde au premier chef sur l'emploi de la naturelle, en premier lieu parce qu'elle est la passe dominatrice par excellence, mais également parce qu'elle habitue le toro à faire travailler la corne gauche, diminuant ainsi d'autant le risque de cornada à droite pendant l'estocade »



Ben oui, mais en même temps, si tu ne l'avais pas réalisé avant de le lire,... tu comprends... ? En as-tu vu beaucoup, lecteur, des maestros s'avancer muleta dans la main gauche pour entamer leur faena ? N'auraient-ils plus peur des toros ? De mourir ? Qu'est-ce à dire pour négliger cette implacable logique ? Seulement voilà, s'avancer pour une naturelle donnée de trois-quarts, dans les canons, en chargeant la suerte le corps bien relâché et les talons ancrés dans le sable, muleta à gauche, épée à droite et le cœur au milieu est ce qu'il y a de plus impressionnant à vivre pour un torero. L'auteur cite Manolete qui bien que se profilant trop a beaucoup toréé de la gauche, n'utilisant le derechazo que sporadiquement. Ce derechazo qu'il voit comme une suerte d'appoint transformée en suerte de base, facile, car personne ne trouva à redire, dont sont même capables les aficionados practicos..., et qui provoque l'allongement interminable des faenas où l'on meurt d'ennui car si l'on est profond et que l'on domine, le toro est rendu en quinze passes.


« On oublie le principe fondamental qui veut que le matador garde la muleta dans la main gauche pour dominer le toro, régler son port de tête et surtout l'obliger à derroter à gauche, condition indispensable pour l'exécution correcte et moins périlleuse de l'estocade. Instant suprême de la lidia où la majorité des matadors de l'ère moderne ont cessé de voir l'honneur de leur profession et comme l'épilogue d'un trasteo pensé, réfléchi, méthodique. »


Un peu plus loin, Darracq poursuit :


« Depuis plusieurs décennies, à l'appel des clarines, tous les matadors piquent soigneusement l'épée au bas de la muleta déployée. C'est le prélude à la faena monotone dont plusieurs séries de derechazos constituent le substrat : faena conformiste et répétitive qui accorde bien peu de place à l'intelligence, paralyse la créativité et provoque l'ennui sur les gradins....



…. Toreo de substitution, le derechazo représente une altération très grave du concept traditionnel de la lidia, sûrement même, une inversion... Si dominer un toro c'est le conduire progressivement vers le moment où, contraint à l'obligation de derroter à gauche, il va se placer de lui-même en position d'attente de l'estocade, il est évident qu'une faena fondée sur des séries successives de derechazos n'atteint pas son but. Et si la domination est nulle, même quand le toro obéit bien au leurre (ce n'est pas contradictoire) cette faena aboutit à une impasse. La matador aura peur l'orsqu'il va pointer l'épée. D'où les cites de trop loin et les trucages de l'estocade ; un écart démesuré, ou bien on aveugle le toro avec l'étoffe. »



Eh oui, ça fait tout drôle, hein, la relecture des fondamentaux... On laissera le Tio Pepe reposer en paix, sans lui avouer que de nos jours dans la plupart des cas, les toros ne se dominent plus, et que ses raisonnements pourtant sains n'ont plus lieu d'être... que les toritos modernes s'accompagnent, voire sont assistés par d'obligeants muletazos très aériens qui les maintiennent debouts... on ne lui avouera pas non plus que les oreilles se coupent désormais très très bien de la droite dans l'allégresse générale, coupant par la même occasion les véritables aficionados qui possèdent encore quelques repères de base, d'une majorité sûre de son goût et imbue de son ignorance qui ne les perçoit au mieux comme des ''peine à jouir'', au pire comme des intégristes bloqués sur le passé... Car que ne fait-on pas comme discours sur la nécessaire subversion de l'art pour les marginaliser plutôt que d'essayer de transmettre le minimum qui permettrait d'apprécier la corrida : l'aptitude à juger un toro.


Alors bien sûr, pendant un certain temps, on va encore à l'arène dont on sort renfrogné au milieu d'une foule en liesse pour qui vous n'êtes qu'un snob, forcément, puisqu'il est impossible que vous ayez raison contre tout le monde et qu'on ne vous demande d'ailleurs pas votre point de vue... il est bien trop chiant au milieu de toute cette liesse, pour être exposé. Et puis comment le résumer en quelques phrases alors qu'il a mûri en vous durant des décennies d'observations ? Et puis vous en avez tellement vu des corridas, vous avez tellement de souvenirs émouvants ou extraordinaires que votre photothèque mentale est bien garnie ; assez garnie pour être plus heureux au campo face à ces mystères noirs qui glissent dans les hautes herbes ou entre les chênes-liège, dans les grandes plaines nues ou au bord des marais. Là, où les hommes qui les gardent, vous en apprennent toujours sur eux, que vous ne soupçonniez pas. Là où certains face à face avec ces toros qui vous fascinent, sont proprement stupéfiants de beauté quand ils vous fixent pleins de fierté et de mystère. Cela suffit, désormais, à nourrir vos rêves.


Dommage que les toreros eux-mêmes, qui autrefois les alimentaient, viennent les briser par leurs déclarations veules, peut-être parce qu'ils sont plus visionnaires que nous et qu'ils ont compris que dans un futur... - déjà là dans certaines plazas – pour continuer à engranger, il faudrait concéder l'essence même du toreo puisque leurs triomphes sont programmés et leurs ''adversaires'' choisis pour collaborer. Plus besoin de tenir compte d'aphorismes passéiste comme :


''La suerte de matar commence au premier lance de capote''.


Ça avait pourtant une sacrée gueule avec un tout autre enjeu.











photo bribri.overblog





samedi 10 décembre 2011

BOOK : La révolution technologique

Une judicieuse contribution littéraro-hispanique proposée par Isa-pharmaco-vigilante.

lundi 5 décembre 2011

Week-End d'Automne

Elle a mis son tablier rouge barré d'un gros ''Thermomix'' ce qui lui a conféré au sein du groupe à peu près la même évidente autorité que la blouse blanche d'une profession médicale évoluant parmi ses patients. Puis, nous avons dû remplir un questionnaire. Au libellé des questions, on pouvait déjà subodorer l'argument commercial qui en découlerait. Il fallait cocher par ordre d'importance, un, deux, trois, quatre et cinq, ce que l'on privilégiait dans l'acte de cuisiner : La rapidité ? Le naturel ? L'économie ? La créativité ou encore la qualité. J'ai mis l'économie en cinq histoire de la snober sur le fait qu'en fin de démonstration, si je ne lui achetais pas son ''Blender cuisant'' cela n'était certainement pas parce que j'étais fauché. La seule motivation qui me concernait n'apparaissait pas : le fait que pour un homme qui aime cuisiner, ce truc est un super jouet. L'homme est joueur, c'est comme ça. Il s'en fout bien, l'homme, si ça fait des économies, salit moins de casseroles ou si c'est plus rapide... ce n'est pas son problème. Mais les femmes, et particulièrement les démonstratrices patentées en ''Thermomix'' ne connaissent rien à la psychologie masculine vu qu'elles se réfèrent aveuglément à la grille psycho-commerciale élaborée par Vorwerk. Jawhol, putain ! Deutsche technik !

A la case prénom, j'ai inscrit : Mr Delon. C'est vrai quoi, on n'a pas râpé les carottes ensemble que je sache, et j'ai horreur de cette mode à la noix qui voudrait qu'on soit d'emblée tous copains comme cochon parce que ça ferait plus cool et nous agrègerait de fait à une même famille d'opérateurs bavarois. Ce n'est pas parce que je suis là que je vais te l'acheter ton robot magique, ''Noëlle''. Quand elle a ramassé les copies, elle m'a demandé pourquoi je n'avais pas donné tous mes renseignements, adresse, téléphone, etc mais seulement mon email, j'avoue assez illisible.

- Parce que cela suffit pour me joindre et que je n'aime pas être sollicité, lui ai-je rétorqué.

Ce qui a instantanément jeté un froid, ce que n'est par contre, pas capable de générer ledit génial robot... Ce n'était pas de l'antipathie de ma part, pas du tout, c'était juste qu'en lui disant la vérité il me semblait que je la respectais plus. Elle a commencé par une pâte à pain et n'a pas attendu que l'assistance s'esbaudisse spontanément mais ponctuait d'un « c'est géant !» chaque victoire remportée par le malaxeur chauffant. Moi, des pains, j'avais déjà envie de lui en donner, à ce stade. Et voilà, en trois coups de pétrin électronique qui tanguait dangereusement sur le plan de travail, c'était géant, la pâte était faite.

- Marc, géant, non ?

J'étais le seul qui ne possédait pas encore le fameux pétrisseur calorigène, puisque c'était la soeur de mon amie qui l'acquérait et que les autres femmes étaient venues là parce qu'elles se seraient emmerdées chez elles vu qu'elles sont dépouvues de passions, hobbies ou autres amants de passage, en bonnes catéchistes bénévoles et mitonnantes qu'elles sont. C'était donc moi qu'il fallait séduire. Là, je lui ai dit que dans l'acte de corvée qui consistait à élaborer une pâte, le seul moment qui me plaisait, c'était d'y mettre la main. Déformation professionnelle sans doute. Que c'était agréable de pétrir la pâte dans la douceur moite et farineuse. Et que, comme tout homme, j'adorais quand ma femme pétrissait la pâte de la pizza à venir car c'était alors le meilleur moment pour pétrir ses seins sans qu'elle me repousse trop de façon réflexe - le danger de tout salir avec la farine ...- et que l'on pense tenir alors tout le bonheur du monde entre ses mains. Ce dont son robot mijoteur me priverait. Apparemment, soit j'étais le seul à éprouver ça, soit cela appartenait aux hypocrisies tues... ben merde, alors, moi qui croyais que c'était aussi naturel que de boire un coup lorsque l'on a soif... J'ai senti passer dans le regard de l'amie-hôtesse, toute la détresse de celle qui a compris qu'elle avait commis l'erreur fatale en m'invitant. Exactement comme si le fait d'émettre des réserves t'excluait automatiquement du cercle convenu des pétrisseurs sympathiques associés. Et finalement, en y réfléchissant, ce qui te rapproche le plus de la consistance d'un sein, c'est bien la pâte à pain... d'où, d'ailleurs, peut-être, l'intérêt de l'Italien pour le téton et la pizza, tandis que le Teuton qui n'aime que lui, est comme chacun sait, obsédé par sa bière et sa saucisse... enfin bref, je me suis quand même efforcé de ne pas les enfariner en développant plus avant ma théorie.

- Alors, Marc, maintenant, on va faire un sorbet, vous aimez les desserts, bien sûr comme tout le m...

- Non

- Pardon ? Vous n'aimez pas les desserts ?

- Non...

- Comment, c'est pas possible...

- Pourquoi ?

- Eh bien tout le monde aime les desserts...

- Moi, non...

- C'est vrai, confirme Laura, qui m'a souvent à sa table, Marc n'en prend pas en général...

- Si, ça m'arrive, mais chaque fois, je le regrette. Je préfère emporter le goût du plat principal, un bon poisson ou une bonne viande que ce shoot de sucre qui va m'écoeurer tout l'après-midi...

-Alors donc vous êtes salaud... heu... salé je veux dire... renchérit la démonstratrice qui par cette conclusion scientifique espère garder la main.

- C'est ça, un salaud salé, que je lui fais...

- Alors, Anne, venez, vous allez mettre vingt grammes de morceaux de sucre, contrôlez sur l'écran car il pèse et tare tout au fur et à mesure des ingrédients, ce qui est quand même géant et on met la vitesse trois. BrrrrrrrrGrrrrrrr fait le mixer rhénan... et hop qu'est-ce qu'on a maintenant, Marc ?

- De la poudre !

- Ouiiiiiiiiiii........... ! Du sucre en poudre, du sucre glace : gé-ant !

- …. ?...

- Alors maintenant, Marc va mettre cinq cents grammes de Reines-Claude sorties du congélateur et va programmer trois minutes à vitesse quatre...

- Non, non, c'est bon, faites-le vous, je regarde...

- C'est ce bouton, là...

- Oui, oui je sais... et je sais appuyer sur un bouton, mais allez-y, travaillez un peu...

GrrrrrrrrBrrrrrrrrreuhBzzzzzzzzzzsssslllllllluuurrpp fait le mélangeur turbotisé pas bégueule

- Sorbet... géant ! Goûtez, allez-y... tout le monde à sa petite cuillère, goûtez ! ... hein ? Et si je veux une consistance à l'italienne maintenant : Brzzzzzzzzzerrtttreezez hop, gé-ant ! Forza Italia !

- On pourrait avoir une boule ''Materazzi'' ?

Fait Jean-François de l'autre côté de la paillasse. Je pouffe, pendant que la technicienne es-robot teutonné essaye de comprendre. Je reprends la main :

- Moi je voudrais savoir quelques trucs : peut-on faire, de la tapenade, de la brandade de morue, de l'aïoli, de la daube et de la soupe de poisson ?

- Bravoooo Marc...!

-… ?....


- Quelles bonnes idées... mais oui, on peut faire tout ça avec le ''Thermomix'' car cet appareil est...

- Géant ! Qu'on tonitrue de conserve spontanément, JF et moi...

Sa femme le toise du regard, - la mienne n'est pas là, elle a déjà assisté à la démonstration et a décrété que cet appareil serait ''bien pour moi mais pas pour elle''. C'est une terrienne faut dire... elle, c'est pas l'aluminium et l'électronique qui la font fantasmer, ce sont les cuillères en bois, la fonte, les braises et tous les appareils ''huile de coude'', moulin à légumes, etc dont la rolls des robots projette de l'en priver... - sa femme le toise du regard donc, un regard qui lui dit : tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ? déçue qu'il ait choisi de se marrer avec moi plutôt que d'écouter sagement la ''technicienne de mixage'' qui accuse le coup en silence. Persuadée que la démo marque les esprits, elle me défie soudain :

- Alors Marc, qu'en pensez-vous, déjà ?

- Ben... que pour le moment, je fais la même chose avec mon blender... qui vaut quinze fois moins cher...

Là, la démonstratrice blêmit légèrement… elle n’avait pas fait tout ça pour que ce soit aussi ‘’Géant’’ que n’importe quel blender mal fagoté. Et alors que la spécialiste en pétrissage germain High-Tech offre la nuque, Pauline, jolie étudiante de vingt ans sort le descabello :

- Toi, on doit pas t’arnaquer facilement… !

Qu’elle me lance avec la spontanéité de sa jeunesse. Bonjour l’allusion que démonstratrice ou arnaqueuse c’est kif-kif… à tel point que, plaignant la travailleuse en mixage calorique progressiste, je formule un compliment à l’appareil magique, aide des grands chefs pour la préparation de leurs bases comme des nullités qui ont vraiment besoin d’un mode d’emploi pour cuire un steack. Car elle n’est pas méchante, cette représentante, elle me rappelle un peu, en beaucoup plus jeune, le public de ce grand fou de Franck Michael, cet improbable sex-symbol pour mamies salaces et autres veuves joyeuses en mal de vibrations non mécanisées.

Avez-vous assisté à la retransmission d’un concert de cet énergumène ? Je veux bien qu’il sache parler aux femmes – Toutes, toutes les femmes sont belles… un refrain qui ne mange pas de pain - et que la séduction relève d’une alchimie mystérieuse… mais quand même… y’a des limites à la compréhension des phénomènes paranormaux… si Franck Michael est un sex-symbol, Mélenchon est un Chippendale et François Hollande le Dieu Apollon… quant à Martine Aubry et Eva Joly… de quasi-bombasses atomiques à fission libidineuse défragmentée et frissons polysensoriels parcourant la surface de leur enveloppe charnelle brûlante et tétanisée tandis que Ségolène, elle, s’apparenterait à une gogo-danseuse militarisée sous le feu vaginal dévorant d’une ambition Miterrandienne… Vous en voulez de l’autre côté pour qu’il n’y ait pas de jaloux et que tout le monde puisse se gargariser de sa petite catharsis ? Allons-y : Si Franck Michael est un sex-symbol, Roselyne Bachelot est une statuaire Baoulé érotomaniaque pour danse rituelle de guerriers tropicaux frustrés en rut, et Christine Boutin une sérial-partouzeuse judéo-sodomique pour cégétistes athées en grève. Au minimum. Ça va mieux, lecteurs de gauche ?

Franck Michael sex-symbol, c’est l’oxymore suprême, une injure à l’intelligence, à la beauté de la nature, une injure à la vie, à l’épanouissement sexuel, une insulte à l’orgasme, c’est avoir les couteaux inoxydables du Thermomix en lieu et place du clitoris, le thermostat bloqué sur dix et le Vapoma en volute, c’est vouloir mourir plus tôt, mais c’est pourtant ce que des milliers de vieilles femmes pensent, preuve incontestable de la dégénérescence esthétique, culturelle, philosophique et libidineuse de notre beau pays. Les avez-vous vues, aux premiers rangs, agiter par cohortes du beau linge brodé à bout de bras comme les jeunes des briquets dans la pénombre ? Et elles sont où, à ce moment-là, les arthroses scapulo-humérales invalidantes avec lesquelles on ne peut même pas tendre sa carte vitale à son kiné préféré pour le payer enfin chichement, hein ? Salopes ! Brandissent-elles des culottes en dentelle de Cambrai, comme autant de bêtises éponymes ? Que nenni ! Car le summum de l’érotisme, mesdames et messieurs, quand la libido a été salement moulinée par la sénilité crasse avec dépression neuronale aconnassée systémique, le grand frisson, l’acmé de l’excitation gériatrique remarquez-le bien, c’est quand le chanteur-aïeul maxi-poudré, et over-prothésé vous prive subrepticement de ce mouchoir pour éponger la sueur de son front d’ex-bête de sexe, aussi ridé qu’un coing abandonné sous la branche d’où il chut, un front ou son vestige, qui peine à soutenir la moumoute jaunie papier maïs que Maurice son ringard de coiffeur lui a concédé d’occasion après que Raoul ait cassé sa pipe. Et bien c’est celui-là même, pour qui le giron qui vous enfanta, vibre, à votre grande honte. Comme je vous comprends.

Sur ce, elle nous quitta en laissant le magic-robot nous préparer simultanément du riz Basmati et sa sauce, une julienne de légumes que Jean-François qualifia de « ragoût d’épluchures » et des filets de ce poisson obèse nourri avec des croquettes éhontément appelé ''saumon'', le tout à la vapeur – essayez d’en faire autant avec une seule casserole et en 15’ 38’’ - en me promettant de venir chez moi me concocter la recette couchée sur ma fiche : La Marmite du Pêcheur.

- Oui ben on verra, hein… « tu » as mon mail…..

Le lendemain dimanche, en fin d'après-midi – car je te rappelle lecteur largué que le post s’intitule ''Week-end d’Automne''- j’ai voulu emmener Louise voir un film rigolo… Un film qui cartonne…un film tellement démago qu’il serait impossible de le critiquer sous peine de passer pour un gros salaud… un intouchable, quoi… Quand je pense à la déception qui m’étreignit pour « Bienvenue chez les Ch’tis » quand je le vis enfin à la télé, ça fout la trouille… les films cultes… cucultes, oui… par rapport à ''Easy Rider'' ou à ''2001 Odyssée de l'Espace''... Avez-vous remarqué que le mécanisme est toujours le même ? Si c’est de l’amour il faut qu’ils se détestent bien au début, que tout les oppose, qu’ils ne se supportent pas… Ou bien le mec du Sud avec celui du Nord, donc… ou ''pire'' : le lascar noir de banlieue bien costaud et vertical face à l’aristo friqué, blanc, malingre, handicapé et horizontal… évidemment le premier est super sympa et spirituel et la famille de l’aristo craint un max. Evidemment. Et bien sûr l’art contemporain et la culture sont raillés tandis que le fric et la Maserati sont encensés. Et la maréchaussée bernée. Bien sûr. Sinon le cocktail ne serait pas très populaire et n'engendrerait pas les entrées escomptées. Tout ça faisait que j’avais moyennement envie de me déplacer. Quand on s’est présenté devant la caisse avec Louise, il n’y avait plus que trois places isolées, on ne pouvait être ensemble. Alors, le visage de Louise qui avait repéré les affiches s’est soudain éclairé : le Chat Potté papa s’il te plait… avec des Pop-Corns ! Tout ce que j’aime, quoi… mais comment dire non à sa gentille petite fifille enfantée dans la douleur - celle de ne pouvoir rien faire pour aider, la pire...- qui toujours sut d’instinct vous toréer par le bas avec tant de naturel ? Il n'y a qu'elle pour me faire obéir comme ça.
Elle qui venait de me donner tant d'amour. Il faisait très beau en ce début d'après-midi dominical. Je prenais le café sur la terrasse, la tête renversée dans le soleil éclatant. Avec un peu d'imagination et grâce à cet éblouissement on avait l'impression d'être à la terrasse d'un de ces restaurants d'altitude qui parsèment les pistes de ski. Elle était encore scotchée devant la télévision et l'écran d'une console sous les yeux. Je suis allé la chercher, lui intimant l'ordre de sortir dans le jardin, éteignant tous les écrans. Boudeuse, elle a traversé la terrasse, slalomé entre les piquets de tomate et s'est dirigée droit vers sa cabane dans le fond du jardin derrière le feuillage sombre des lauriers thym et sous les micocouliers qui saupoudraient le clapas de leurs petites feuilles mordorées. Elle est revenue cinq minutes après, pâle et le cheveu en bataille, pantalon déchiré et mine renfrognée. Elle avait mal au genou. Je lui ai fais quitter son pantalon et quand elle a vu le trou rouge et le sang sur sa rotule, elle s'est mise à pleurer. Très fort, avec ces mimiques désespérées qu'ont les gros bébés pour nous inquiéter, toute rouge et grimaçante avec des filets de salive sur les lèvres. J'ai joué du pschit-pschitt désinfectant en me moquant gentiment d'elle pour dédramatiser et bombardé le feu de la plaie en mode ''Canadair'' et déjà les hoquets du rire se mêlaient aux sanglots. Je l'ai rhabillée, réchauffée, elle m'a chevauché pour s'allonger sur moi, ses petites mains encore potelées accrochées à mes épaules et sa bouche dans mon cou. Et nous sommes restés là, longtemps, sans dire un mot, son poids tout chaud soulevé par ma respiration. Quand une de mes mains glissait, elle la rattrapait et la replaçait sur elle. Elle voulait mes mains chaudes sur son dos. Nous étions prolongés l'un dans l'autre et repus de nos odeurs. Venu jusqu'à nous de l'aérodrome de Courbessac, un petit monomoteur vrombissant est passé au zénith, je l'ai suivi des yeux me disant dans l'état d'hyper réceptivité affective où je me trouvais, cette connerie : que c'était peut-être l'âme de ma mère qui venait nous voir. Combien ces deux-là se seraient aimées... Quel gâchis insondable d'amour perdu, qu'elles ne se soient pas connues... Quel préjudice immense pour elles deux. C'est comme ça, c'est trop tard et on n'y peut rien sauf à contrôler le picotement des yeux. Maintenant, plus qu'un tout petit point luisant là-haut dans le soleil, le monomoteur. Comme un tout petit oiseau d'aluminium brillant qui s'attaquerait, prétentieux, à la résolution du mystère de la vie. A l'acceptation de la grande roue qui nous centrifuge toujours un peu plus vers la sortie, jour après jour. Un éclair très vif et fugace, le petit avion, qui bourdonne encore mais va disparaître dans quelques secondes, un peu comme les souvenirs de maman traversent mon esprit au fil du temps. Un peu comme si j'essayais parfois de lui offrir sa petite fille à voir. Louise ne pleure plus, ne renifle plus, elle est bien, elle est relâchée sur moi, empreinte dans mon torse qui peine maintenant à prendre ses inspirations. C'est une gêne agréable. Je sais que le seul véritable amour est celui-là. Qu'elle seule peut l'inspirer comme l'ont fait avant elle mes fils. Pur, gratuit, sans espoir de récompense, désintéressé. Je goûte intensément chacune de ces secondes devenues si rares avant que Louise ne se reprenne enfin et d'un bond quitte mon étreinte pour s'en aller à nouveau rejoindre sa cabane où règne un autre monde dans lequel elle ne m'invite pas.