Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

jeudi 28 mai 2015

La Pensée du Jour

Aujourd'hui, depuis ma chambre où le jour s'éteint, j'observe la clarté tamisée par le feuillage d'un grand tilleul. Peut-être la beauté n'est-elle que la ruse de la vie pour tenter de nous convaincre de rester encore un moment ici-bas ? Au cas où. L'aventure, l'amour. Vous savez ce que c'est, on se promet de ne plus y croire mais nous ne sommes que des humains : une offrande à notre charme déclinant et nous fonçons tête baissée dans les ennuis, comme le toro.
 
Philippe Aubert de Molay (extrait de sa nouvelle : "Leçon de Ténèbres" )

mardi 26 mai 2015

Torovision : Pitié pour les Oreilles

Revistero, c’est dur. Même en amateur. La difficulté d’aujourd’hui par exemple, est de rendre compte d’une corrida plutôt ennuyeuse sans trop vous plonger dans cet ennui. C’est dur, avoue…
Et pourquoi faudrait–il absolument que le récit soit divertissant ? Pointes-tu dans ton cerveau embrumé de triste sire post-imbibé. Eh bien parce que je suis comme ça moi, je suis gai ! Si vous voulez lire des trucs chiants, vous savez déjà où aller, non ? Moi, je ne vais pas écrire pour m’emmerder ou jouer au journaleux qui a un blog sérieux, t’es fou ou quoi ? Je dois prendre du plaisir et éventuellement, pour ceux capables de comprendre vaguement mon esprit, en donner.
Nous étions donc hier quelques milliers de masochistes déjà émoustillés par la brillante prestataire française de l’Eurovision à s’être, faute de pire, donnés rendez-vous devant des toros faibles et en plein vent, histoire de vérifier l’impossibilité de toréer dans ces conditions. Notez déjà l’effort. Des toros qui s’appelaient : El Torero !
Ne t’étonne pas qu’ils aient des problèmes après ça. Mal nés, non ? L’assoce des procureurs du Diable, serait bien avisée de faire revenir Chambon pour tenter d’expliquer quels conflits refoulés peuvent s’exercer dans le cortex d’un toro ainsi nommé...
Imagine lecteur, que se pointe un torero nommé : El Toro Bravo… Tu comprends le problème ? Or, ''psy pour toro'' ça n’existe pas… Seuls les toreros peuvent apporter une solution à leurs maux mais alors, finale, la solution.
Le prem… oh putain midi déjà ? Bon ben je reviendrai finir plus tard, les tristounets… en attendant passez-vous en boucle le tube de Lisa Angell, ça donne une mega pêche… à tte…

Hello, 18H31 je suis reviendu :


Le premier est pour Bautista. Il est… ? Faible ! Bien répondu. Alors un non-toro dans le vent, devant un torero qui transmet peu, autant écouter du Lisa Angell.

Le second est pour Fandiño. Il est… ? Faible ? Non, invalide. Faena insipide terminée par sept coups d’épée donnés depuis la tour de Tholozan… si, vous savez bien, la tour blanche et rouge, sur le coupe-feu, en lisière du camp des garrigues.

Le troisième échoit à Luque et son costume ''petit vomi d’Orangina et d’oursin’’. Il est ? Faiblement agenouillé, mal piqué, toréé haut pour quelques enchaînements pas très engagés – y’a du vent hé oh ! -  une oreille.

Au quatrième, on est à Lourdes : le toro pousse ! L’arène est en émoi, le croit exceptionnel, le toro normal… faut dire que lors des faiblards invalides, personne n’a moufté. Il a une de ces chances le Casas : plus personne ne bronche. Et encore pire, je me suis fait engueuler quand je suis allé acheter mes billets par une guichetière antipathique et chiante à souhait : une sorte de Lisa Angell de la taquilla ! Ouais, c’était moi, la rébarbative brune aux cheveux longs à l’esprit contrariant… Va faire un stage dans les autres taquillas, du Sud-Ouest  à Céret pour voir comment on reçoit un client gentiment, bourre de grande cougourde ! Plus agressive que les six toros réunis, sa graçiosité !!!

C’est un état policier la France ou quoi ? Faut demander pardon d’acheter des tickets pour voir des toros invalides maintenant ??? Tu cries sur les tendidos, tu pourris dans des cachots, c’est ça ? Le toro n’est pas comme la guichetière, il est de bonne volonté et Bautista exploite le filon : deuxième pipique mise en valeur et planté perso de batônnets. Al sesgo por dentro, al violin à faux, al violin réussi, et al quiebro. S’il a la bouche fermée, ce toro n’est pas bien vaillant et la muleta reste haute pour l’aider à ne pas s’affaler.

Le conclave s’ébroue et les trois ménopausées à ma gauche qui après avoir consciencieusement harcelé leurs papis toute leur vie durant, ont décidé, maintenant qu’ils jouaient les taupes-modèles, de sortir en veuves joyeuses, pour emmerder leur tendido tout entier. Le Paso, Doble, et les mémés-quéquettes redoblent d’entrain, chantent et battent dans leurs petites mains ridées de ménagères rapaces. Puis, entame à genoux six fois répétée, soit six coups de coude – l’effroi – de mamie dans mon grill costal musculeux (traduisez par : mon flanc adipeux) la jambe contraire est souvent effacée et le bassin avancé à cornes passées mais bon, tout le monde est content, notamment Pauline. Et, moi, je suis arrivé à un tel point de jem’enfoutismeaficionado, que si Pauline est contente… ben moi aussi ! Etant donné que la seule chose dont on soit certain c’est que l’on va tous mourir, voyez le ridicule des doctes…

Ne comptez donc pas sur moi pour lui administrer par A+B un enseignement encyclopédique sur la tauromachie, me cago !

Mamie gémit et accouche de chaque passe en émettant bouche fermée un son contraint - mmm...- en se tortillant et en frottant sa cuisse… contre la mienne, histoire d’espérer y diluer un peu sa trouille solidaire. Bautista se décharge soudain de ses zapatillas et charge un peu plus la suerte. Mamie fait instantanément profiter le tendido du fruit de sa réflexion aficionada : il a des ampoules !!! Je regarde ses pieds tout aussi solidaires, couverts de petits pansements.

Trois tentatives de recibir incomprises par le noir de service. Captée à la quatrième et empalement subséquent. Bautista devient le spécialiste de la chose. Mamie, bras levés, au bord de la pâmoison, fait balloter de ses applaudissements ses chairs molles.   

RABEAU ! RÂÂBEAU ! éructe juste derrière nous, un énorme aficionadeau en chapeau de cow-beau venu avec sa femme et son feaux-terrier contempler ce spectacle pour amis des animeaux. Sa moitié désespérée tente de le calmer espérant que les liens du mariage d’avec ce beauf ne soient pas si évident pour l’arène, mais le type maintenant galvanisé par le regard des autres, amplifie sa quête – RÂBÔÔÔÔooo…- vomitive envers la présidence pas assez généreuse selon lui et distille quelques considérations peu amènes sur la compétence du palkeau. Le client rêvé pour Casas qui aura au moins réussi à en formater un. Mais mamie n’a pas dit son dernier meau et des cris suraigus violent nos tympans

Jean-Ba entame sa vuelta après que ''toro normal'' ait fait la sienne en y laissant ses deux oreilles – n’importe quoi -  la présidence vient de faire l’éclatante preuve de son incompétence ou de sa volonté de foutage de gueule du payant – au choix - en décochant le kleenex bleu.

Bautista se lance comme de bien entendu dans un jeu de frisbee interactif avec les couvre-chefs de la population.

Si vous suivez, le cinquième est pour Fandiño. Il l’attaque avec plus de sérieux et de détermination mais peine à transmettre quelque chose d’intéressant. Avec un vent fort et un toro faible, c’est difficile… et le type semble d’un naturel aussi déprimant et imaginatif que le texte de la chanson de Lisa Angell. Merci Goldman mais laisse maintenant la place à Stromäe…

L’interminable – trois heures - ''mornitude'' du gala de clôture des masos réunis prend enfin fin, on a faim ça tombe bien, et il n’y a pas plus qu’un noyau d’olive à relater sur la variété Luque.

On sort de l’arène dans une ambiance de fin du monde, entre chien et loup, les stands de saloperies estampillés ''toros'', la guinguette à churros, sont comme le Péruvien à l’angle du Quick, anachroniques ; les tentes de restauration dégueu, aux assiettes plastiques, sont quasi vides, et on se dit que si cette feria pas très fréquentée n’avait pas eu lieu, on n’en serait pas plus orphelin. Bref, on est aussi déprimés que lorsqu’on a constaté que certains ont réussi à donner quatre points à la nullissime prestation française de LISA ANGELL à l’Eurovision !

Le Prix Hemingway a été remporté par Philipe Aubert de Molay et je suis très très… fier de pronostiquer pour la deuxième année consécutive le vainqueur rien qu’à la lecture de l’intro ! Moi, j’avais fait l’impasse, c’est pas très sain d’espérer si fort, si longtemps, faut passer à autre chose, t'entends Lisa ?


 

samedi 23 mai 2015

Mano à Mano ou Espalda à Espalda ?


Pour réveiller la cité, réunissez des éléments aussi disparates que des hommes, des toros et du vent et enfermez-les dans une enceinte de barricades rouges façon tradition bouchère. Sauf que l'un est le digne représentant de la chaîne industrielle ''Carnivor'' à prononcer avec l'accent teuton ad hoc, générant du steack par méthode, rentable jusqu'au bout, toutes procédures de productivité digérées, tandis que l'autre correspondrait plus à votre artisan boucher de quartier, heureux de vous ficeler le rôti familial dominical en pensant à sa tendreté rapport à la dentition fragile de la vieille tante lucie qui fut sa cliente pendant tant d'années... ficelant avec du sentiment, quoi.

Le problème c'est que tous deux sont partants pour prendre de la matière première de première catégorie ce que l'aficionado traduit immédiatement par du recuit de traiteur plutôt, en daube. Bôah rien de scandaleux pour celui qui n'a vu des corridas qu'à Nîmes, certes, mais pour l'autre... Une fois donc admis en douceur – mais par quelle voie ? - que force et sauvagerie seront absentes de l'étalage, il reste l'édifiante opposition de style des deux épéistes professionnels.

Trois toros, ça lui fait peut-être trop, à Morante, alors pensez, un premier dont la trombine ne lui revient pas, qui l'a averti dès la première passe de capote, dans des rafales de Mistral et des nuages de sable en plus, quel mauvais goût... j'abrège sous les sifflets, se dit Morante, ces sifflets du vulgum pecus qui renforcent l'artiste dans sa singularité assumée, quel pied !

C'est là que bondit ''Supertorero'' qui n'aime rien tant que jaillir derrière l'échec d'un confrère pour montrer que ''le changement c'est maintenant'', que lui, dans les mêmes conditions, réussit. Un truc piqué à Ponce qui le pilote en mains propres. Pas comme un socialiste.
Mais c'est quoi cette psychologie du café du Commerce dans laquelle je me lance ce matin ? Vous êtes encore là ? 
Maître Carnivor, lui, tantôt brandit haut sa muleta comme un étendard cinglant en haut du mat de sa virilité où serait écrit ''regardez moi'' afin de faire vérifier à la foule, le désastreux impact de l'échelle de Beaufort, sauf que lui beau et fort est au sommet de l'escalafon et que peu lui importent ces rafales assassines ; tantôt il l'abaisse, baisse la main, ploie la ceinture, descend lisser les gravillons d'une piste devenue jardin japonais, passe en dessous des turbulences, furtif comme un avion sous les radars et décline un répertoire qu'il n'est pas utile de détailler, vous le connaissez... 360° inversés compris... oreille... Un revistero de ''Toros'', à la voix de stentor, dont les initiales du prénom sont JC et dont le nom évoque la carotte et le fauvisme apostrophe le palco : << Alors, ça y est ? Les soldes ont commencé ? >> sauf que l'arène était effectivement blanche, tellement la foule est inculte ! Oui, vous, là, qui lisez, bande d'incultes attachés aux symboles vains ! Genre ''le type qui n'oublie pas son mouchoir blanc bien rangé dans l'armoire entre deux sachets de lavande histoire d'imposer à tout prix sa volonté de beauf inculte qui comprend tchimoni à la corrida des toréadors''. Couillon, va.

Mais si Juli produit, Morante chante. Si Juli tranche de la viande, Morante distille l'essence d'un jus. Si Juli est le feu, Morante est, au bout de la chaîne, la goutte de l'alambic. Il distille après la pique, des véroniques lentes comme un Guadalquivir presque à sec. Il est le contraire de la vulgarité, il ne gueule pas, il gémit, se plaint, se contraint et se complaît dans la courbe. Il est doux, suave, en lui. Le toro est une cacahuète qu'il praline. Il enrobe, viril et féminin, distordant toute trajectoire droite, le menton de l'introverti sur le sternum quand l'autre le pointe vers la foule et les cieux, cherchant la clameur.

Sort le second du Juli et il y a là plus de vent et plus d'allant. Un peu plus de toro. La comparaison avec ce qui a précédé est rude. Pas d'âme, pas de sentiment, des passes, de l'abattage de passes. Puis un vilain trou à l'épée très en arrière et sur le côté, façon ''pneumothorax'' dixit mon voisin, meilleur en architecture qu'en médecine.

Les deux derniers toros et leurs matadors confirmeront ce que je viens de décrire. La redoutable efficacité d'un ogre qui détient dans sa muleta le meilleur rapport spectacle-prix de votre billet, tellement dénuée de toute la lumière que Morante apporte et démontre de l'art de toréer... A chacun de retenir les détails qui nourrissent sa sensibilité. Plus un dos à dos qu'un mano à mano. Que l'un sorte à hombros et l'autre pas, étant d'un ridicule achevé prônant la victoire du productivisme forcené face à toute la poésie inconstante et fragile de l'Art Andalou du toreo ressenti. Le plus frustrant, car il ne faut pas s'y habituer et continuer à le répéter, étant que tout ça, devant des toros forts et méchants eut été beaucoup plus intéressant.

Photo Nicolas Crégut 

Dans la peau d'un toro bravo


Sur le site de l'ONCT et signalé par "Terres taurines", on trouve - mais ça fait pas mal vous pouvez y aller -  un très intéressant article d'une vétérinaire, Sophie Malakian Verneuil qui arrive à se projeter dans la peau d'un toro pour nous faire ressentir le combat de son point de vue. Malheureusement le tercio de piques est absent de sa narration ce qui est frustrant à plusieurs titres !!! 

Sophie Malakian Verneuil


mardi 5 mai 2015

Petits Fours et Canapé...


Les salons boisés et feutrés de l’Hôtel Impérator connurent l’autre soir une trop grande affluence  pour leur capacité. Un ''No hay billetes'' trié sur le volet, puisque j’en étais, c’est dire. C’est que l’affaire était d’importance, il s’agissait de scanner le cerveau singulier de José Tomas. Pour tout savoir… et pourquoi est-il impavide, hiératique, famélique et érotique au milieu des vagues scélérates de hachazos. Qu’est-ce que cette quête de kératine en perf trahit, et pourquoi  laisse-t-il son corps à l’hôtel alors que la Nafissatou de service doit faire le ménage, est-il si inconscient ou joue-t-il à l’autiste, enfin voyez, ce genre de question.  Le scan et l’IRM de l’hôpital Carremeau étant over-bookés depuis lurette, on avait dépêché un attelage distingué qui allait terrasser l’auditoire de ses échanges de haut vol.

Un distingué journaliste, assez content de lui – mais il doit y avoir plein de raisons pour ça – en guise de modérateur sachant susciter des interrogations mâtinées de ses considérations personnelles histoire de ne point apparaître trop plouc face à un psychanalyste plus cévenol, venu sans canapé, certes, mais du genre à relire La Bruyère au coin du feu pendant qu’avec madame tu te demandes si telle candidate de The Voice ne se serait pas fait booster les seins artificiellement. Tu vois le fossé, aficiouna aussi plat et désespérant que le Vaccarès ???

Chambon d’abord nous convain...(quit ? cul ? qua ? nous convoqua ? Il est où mon Bescherelle… ?) bref fut assez persuasif pour nous convaincre (et toc…) que Tomas n’était pas cet autiste souvent décrié, déconnecté de notre monde, mais bien au contraire extrêmement en lien avec nous tous, avec ce en quoi nous croyons, vers ce que nous espérons de lui et du message en préparation. Bref, un Prêtre, même si l’on n’ose plus prononcer ce vocable, désormais automatiquement entendu accolé à ''gros dégueu de touche-pipi infantile frustré'' (Gina ici, me conseillerait de remplacer ce groupe de mots par ''pédophile'' afin que la lecture soit plus fluide… elle me recommanderait de penser au lecteur, à son effort, à … et si je veux le fatiguer, moi, le lecteur ? Hein … ? Le décourager de moi… ? Le persuader que je suis fou ?)

Après quoi, il chercha la lumière et pas seulement dans ses notes, pour approcher du mystère et finalement comprendre pourquoi il ''transmettait'' si bien, alors qu’il en faisait si peu. Eh ben justement cher psy, il y a les transmetteurs à induction : le Cordobes, Padilla et puis l’ergonome suprême, à la recherche de l’épure, le sobre, sec, minimaliste Tomas… Alors, alors… Qu’est-ce qui faisait que Tomas était Tomas et qu’il laissait sur les foules une empreinte si profonde en bougeant si peu ?

Mmmmm ? Alors… ? On attend… et c’est pas parce qu’on a pas donné 50 euros chacun et qu’on est assis sur des chaises qu’on ne doit pas savoir la réponse…  

J’ai attendu longtemps le ''sustine et abstine'' du Stoïcisme qui n’est jamais venu… C’est vrai quoi ''supporte et abstiens-toi'' ça va comme un gant au toreo de Tomas, du moins dans sa période qui bouleversifia la planète Terre. Bon…ok, le mundillo… mais c’est pareil. C’est là que Chambon s’allongea lui-même sur son canapé virtuel pour avouer que ces allocutions, c’était fou… qu’on y bossait comme des malades – des nerfs – pour s’emberlificoter dans ses notes et ressentir la désagréable impression d’en avoir pas exprimé toute la moelle, tout le jus, slurp. Ben tiens, pour n’avoir fait qu’un semblant de conférence à cause de Crépin qui avait sûrement un trou à boucher pour m’infiltrer, je connaissais ce sentiment.

Chambon fut néanmoins un orateur intéressant à écouter. Sa voix est agréable, son élocution fluide et ses connaissances enrichissantes. Il déclara pourtant assez vite forfait tandis que Prévot le journaliste pas cruel avec lui-même, avait toujours envie de haranguer la foule. On se replia donc à nouveau vers le pastaga et les petits pâtés nîmois au cochon bourratif et là, miracle de l’espontaneo-attitude, Prévot, encore lui, journaliste et pas bégueule de l’être (de l’Être ?) frappa dans ses mains, un peu comme s’il s’applaudissait lui-même et cita pieds joints dans le commentaire, le psy de service, et de loin, qui trop content de se récupérer, revint embister au galop comme un séant fatigué sur l’assise d’une bergère à oreilles, à la recherche de la lumière, toujours lointaine, aussi opiniâtre qu’un tunnelier anglais sous la Manche, chargé en Guiness, en quête du trou du cru.

C’est là qu’un attrapaïre du bois des Rièges qui avait révisé ses classiques histoire de ne point apparaître trop largué devant son amoureuse, lança un élégant ''Mythe de Sisyphe'' qui ne fut pas vraiment rattrapé au vol par l’analyste cévenol ce qui le précipita d’urgence sur un autre thème, celui du temps, pas plus chéri par le problématiste es méridienne, le sien n’étant donc pas venu.

 (de temps glorieux… à l’attrapaïre… bon... c’est bon… ?)

Alors que la branlette intellectuelle endiablée battait son plein, que le psy multipliait les références culturelles à l’énoncé desquelles la troupe hochait la tête d’un air entendu afin d’éviter d’avouer son ignorance – merci Jol – soudain, dans cet embrouillamini de sens qu’il ne faut peut-être pas chercher à percer (et c’est le ''Prévot'' de : ''Pourquoi ils vont voir les corridas'' qui parle, un comble !) une voix s’éleva, claire de l’intelligence qui la pulsait (je fayote ou quoi ? Non… elle ne lit pas mon blog… avec tous les manuscrits ratés que vous lui envoyez, pas le temps…) et Marion Mazauric herself évitait Prévot au quiebro et par un cadrage-débordement crucifiait le professionnel de décubitus, en délivrant le plus plausible des messages que  nous faisait passer José Tomas Roman lorsqu’il toréait : qu’alors, tout lui était égal, qu’il acceptait avec sérénité l’idée d’en mourir, dans le plus pur abandon de son être (pas comme un journaliste, donc…) dans le plus total don de soi, impavide, hiératique, famélique, érotique, STOÏQUE ! Que cette évidence – non envisagée par l’écoutant de Chesterfield – était en quelque sorte tellement perçue cinq sur cinq par le respectable public, les pro, les antis, les autres toreros, que cela faisait du JT autre chose qu’une banale actualité…. C’est alors que circula dans la pièce, comme un bruissement de satisfaction, comme une onde de consentement mutuel enfin éclairé, qui parlait à tous !

L’aiguilleur es-refoulement, dépossédé de TOUS ses trophées bredouilla quelques borborygmes savants, avant de courber l’échine et d’accepter l’estocade létale. Il fallait qu’il se rende à l’évidence, l’aficionado lambda était certainement trop tarte pour souscrire à ses développements… m’enfin il avait quand même prévu d’évoluer entre Eros et Thanatos, le tarte, comme d’hab, quoi…

Je regardais ma compagne à côté de moi et soudain je plaignais Tomas : il n’avait certainement pas la chance d’être si bien accompagné, sinon comment accepter d’être indifférent à l’éventualité de se séparer de cet amour ? De cette douceur pour que la violence s’efface comme on venait de l’évoquer. Ce n’était ni intelligent ni rationnel… Et pourtant, le décortiqueur cévenol n’avait-il pas expliqué que toréer c’était aimer ? Aimer, se réunir pour se réjouir, que l’amour est désir, le désir aimant, révélateur de la puissance d’exister, de vivre, d’être heureux… un sentiment si complexe… une construction, que ce désir, à différencier de l’envie. Faire l’amour à quelqu’un était rencontrer l’autre et donc aussi jouir de ça… comme un parallèle entre Tomas et le toro.

De ce sentiment naquit la fulgurance de ma réponse à la soirée : si Tomas était si différent, s’il estoquait mes tripes avant le cœur du toro, c’est qu’il avait assez de romantisme pour altérer son intelligence, assez de foi pour altérer sa logique, assez de détachement héroïque pour altérer son esprit rationnel d’homme mûr. Il était torero. Le torero des toreros. Le seul homme peut-être, que ma compagne pouvait admirer sans que j’en conçoive de jalousie. Tellement spécifique son talent, tellement inatteignable… Et puis tout était pour le mieux, voir Tomas ensemble nous rendait heureux, transcendait la perception du sentiment tragique de la vie et permettait de vivre un amour à l’abri de ce danger-là au moins, plus serein.

Sauf que, à y réfléchir, avec l’aide toujours zélée de la foultitude des malveillants étriqués, elle à côté de moi et moi à côté d’elle, c’était aussi illogique, irrationnel et romantique que la plus improbable des rencontres. C’était beau. Et dans la rue, on soutenait le regard des incrédules, au restaurant on défiait les chuchotements des comploteurs, on était arrivés, malgré la pression sociale, à se réunir pour se réjouir, et c’était beau. Là où les gens voyaient des impasses, il y avait pour nous comme l'évidence de la preuve. Là où les gens opposaient des arguments de stratégie de plan de carrière d'une vie ordinaire, il y avait pour nous cet amour extraordinaire. Pas compréhensible par tous. Ne pas oublier de le nourrir et de le choyer, au delà des conventions, par delà tous ceux qui voudraient l'enlaidir pour se rassurer sur la nature du leur.  C'était beau. Parce que sincère, pur et sans calculs. Enfin c’était arrivé.
Qu'est-ce qu'on la torée bien la vie ma Pauline.