Un Don qui choque

Un Don qui choque
Qui Chipote ?

jeudi 30 septembre 2010

Montcouquiol, chronique.


Voici la deuxième chronique promise pour cet auteur (pour ceux qui suivent...) parue il y a quelques années dans le Midi-Libre.
GRAN CORRIDA
Enorme bronca dans les arènes de Medellin en Colombie. Le matador ne cherche même plus à dissimuler sa peur. Chaque fois que le toro charge, il s’écarte à grandes enjambées sous les huées du public qui lance sur la piste des bouteilles, des coussins, des épluchures, des fruits…

A la première occasion le matador lève l’épée et l’enfonce à bout de bras dans le cou de l’animal, qui tourne deux fois sur lui-même avant de s’écrouler les pattes raides, mortellement blessé.

Le vacarme est assourdissant, et des gradins fuse maintenant une pluie de projectiles brillants : ce sont des pièces de monnaie que les spectateurs lancent avec acharnement et maladresse en direction du burladero où le matador s’est réfugié.

Dans le callejon, chacun se protège, les mains au-dessus de la tête et s’éloigne rapidement de la cible immobile et résignée…
Déjà au premier rang, des spectateurs touchés par des pièces se retournent pour insulter les lanceurs.

Le président de la corrida pensant calmer les choses, ordonne à l’orchestre de jouer… ce qui a pour effet de décupler la colère du public. Un transistor explose au pied d’un burladero, puis un autre…

Finalement il faudra beaucoup de temps pour nettoyer, ratisser la piste. Lorsque les areneros leur long travail achevé, regagnent leurs abris, l’un d’eux, hilare, désignant les poches de son pantalon gonflé de monnaie, lève les bras tel un torero triomphant et s’adresse au public qui se calme progressivement pour le regarder et l’écouter. L’homme mime avec drôlerie sa satisfaction puis crie à pleine voix :
« Gran corrida señores ! Grande et très bonne corrida ! »
Amusé, le public éclate en une longue et joyeuse ovation.
Alain Montcouquiol

lundi 27 septembre 2010

Depuis son Ipad...3




Secret story

Il est curieux de constater que le vocable « aventure » ne s’utilise plus aujourd’hui que dans les jeux de téléréalité et selon deux seules modalités : continuer l’aventure ou quitter l’aventure. La candidate malheureuse à un concours de chanteurs : « Je suis triste de quitter l’aventure ». Le juré d’un championnat de cuisiniers : « Nous avons décidé de vous laisser continuer l’aventure ». En d’autres temps, l’énoncé du mot évoquait plutôt les Frères de la Côte, les chercheurs d’or du Klondike ou, pour les plus timorés, les conférences de Connaissance du Monde (« Lumières du Tyrol » et, un cran au-dessus dans l’exotisme, « Magie du Bosphore »). Plus tard, et successivement, il a pu être associé, au gré des tendances, à Che Guevara, au structuralisme, aux rallyes-raids et à la bulle internet. On ne sait pas si c’est bien ou mal, on se dit simplement que chaque époque doit produire les aventuriers qui lui ressemblent.
On imagine sans peine les héros dans lesquels le petit José Antonio Morante Camacho, gamin de la Puebla del Río, pouvait se projeter. Et l’épisode de la chaise lors de la dernière Pentecôte, cette chaise Napoléon III qui est en passe de devenir aussi nîmoise que la brandade de morue et le félibre Roumieux, le corrobore. Car tout le monde ( ?) aura compris, à travers la posture, en forme d’hommage implicite rendu à Rafael el Gallo pour le cinquantenaire de sa mort, que c’était un tribut qu’il payait à ses modèles depuis l’enfance : les toreros de ce qu’il est convenu d’appeler l’Âge d’Or de la corrida.
Il existe une anecdote, rapportée sur tous les supports et à peu près tous les tons, à propos de la panoplie de torero qu’il avait commandé pour l’Épiphanie. Pas de pirate, pas de ninja, de torero. Or, tous les gosses qui se déguisent en Zorro, mettons par exemple, ne deviennent pas des justiciers masqués. D’ailleurs, aucun ne le devient, statistiquement parlant. Morante de la Puebla, lui, est devenu matador. Ce qui nous conduit à formuler un truisme gros comme une maison et parfaitement cucul la praline : les seuls véritables aventuriers sont ceux qui savent faire de leurs rêves d’enfance une réalité. C’est con à dire mais c’est vrai, même pour les chanteuses des concours télévisés.
Cependant, les voies de la vocation, l’identification, le rêve générateur n’expliquent sûrement pas tout. Certaines déclarations de Morante laissent perplexe. Voici, selon ses propres paroles : « Ce soir-là, j’étais couché avec ma mère et je jouais entre ses jambes. Je lui ai dit : maman, quand je serai torero et que je toréerai à la Real Maestranza de Séville, si les gens demandent l’oreille pour moi, je dirai non, c’est pour ma mère… ».
Je ne suis pas producteur de téléréalité, ni encore moins psychanalyste, mais il me semble qu’il y a des gens qui sont entrés dans des lofts pour des histoires à peine plus compliquées que ça. Morante de la Puebla, lui, a fait plus court : il s’en est arrangé avec quelques séances d’électrochocs dans une clinique de Miami.
Antoine martin

dimanche 26 septembre 2010

J'aimerais...



On voit des tas de gens devenir vieux.

Je me souviens de ce type, qui pour expliquer le comportement de son père, disait :

« il ne faut pas se faire d’illusion, papa s’est arrêté de vivre au palier des années cinquante, ses raisonnements datent de cette période, quand il était à l’apogée de sa vie professionnelle et sociale. C’était son monde, il s’y raccroche car il ne comprend plus le nôtre. Il ne reconnaît que l'humour de Fernand Raynaud, il n’a qu’une haine musicale, celle développée à l’encontre des Stones et des Beatles qui ont changé la société dans laquelle il vivait si bien, bercé par les mélodies heureuses de Tino Rossi… Pour lui, un toro qui ne prenait pas six ou sept piques et n’étripait pas deux ou trois chevaux n’était qu’un veau atone et un torero qui ne chargeait pas la suerte, un imposteur indigne motivant sa demande de remboursement auprès de la direction des arènes…»

En ce temps-là, le mot ''viril'' s’écrivait plusieurs fois par resena dans la revue ''Toros'', les tendidos ne croulaient pas sous les jolis fessiers de ces dames et dans l’arène on se préoccupait davantage de réduire un fauve pour approcher la possibilité de le tuer que de s’apparier à lui pour suggérer un accord artistique suave. Javier Conde aurait été quasi plébiscité… comme comique authentique dans la troupe des Bomberos Toreros, malgré sa taille.

J’en viens à mon tour et assez fréquemment, à me demander si je n’aurais pas tellement vieilli, si je ne commencerais pas à présenter les mêmes symptômes que ce vieux monsieur : souvent dans l’arène je m’angoisse, j’ai l’impression d’être seul, ne comprenant plus rien de ce qui s’y passe ; je ne vois rien qui suscite les applaudissements permanents du public, je m’insurge dans 99% des cas d’attributions des trophées, la récompense d’une oreille devant pour moi rester exceptionnelle, de deux oreilles rarissime, seulement pour saluer un triomphe majeur incontestable et, deux oreilles et la queue, pour un événement que l’Histoire de la tauromachie jamais n’oubliera. La grâce d’un toro ? Envisageable oui, bien sûr, s’il a envoyé deux ou trois chulos à l’infirmerie, pris cinq piques en poussant de toute sa rage en recrutant le moindre de ses muscles, provoqué quatre batacazos, et bu inlassablement le leurre au cours de charges vibrantes qu’il fallait aguanter comme un héros et si le ganadero supplie que le fruit de son travail de longue haleine et les gênes du bestiau ne soient pas perdus pour sa ganaderia. Là, oui, volontiers. Mais certainement pas parce qu’on jugerait une faena si émouvante qu’on ne saurait plus comment récompenser le torero lui refilant tout en bloc, et pourquoi pas ma belle-mère, avec, ses bigoudis et son canevas à broder ?

Je sens bien que j’ai terriblement vieilli, qu’on va lire ces lignes comme le discours passéiste et croquignolet d’un cacochyme retiré des réalités. Il paraîtrait, selon le mundillo qu’une telle posture ''manquerait de sensibilité''. C'est l'expression officielle trouvée pour marginaliser ceux qui ne sont pas dupes. Pas mal joué, la com. Mais je conserve malgré tout des raisons de garder espoir : finalement, lors ''d’accident'', comme à cette corrida de Palha un dimanche de Pentecôte à Nimes où ces toros avaient tout cassé, le public était enchanté ! Que d’émotion dans les travées, beaucoup découvraient enfin ce qu’est un toro qui combat. Et alors l’entonnoir nimois est le seul de France assez ample et puissant pour vous filer un frisson majeur. Il fallait entendre le niveau sonore des Olés ! Fallait voir dans quel état de choc étaient les spectateurs à la fin de la course, l’ambiance qu’il y avait dans les bars et sur les boulevards, parce que six señors toros avaient très chèrement vendu leur peau.

J’aimerais revenir à ça, j’aimerais qu’on ne donne plus d’oreille à un type qui a raté sa première épée même si la faena fut remarquable et qu’il soit dignement et chaleureusement fêté lors d’une vuelta triomphale, j’aimerais qu’on arrête de donner des vueltas al ruedo pour des toritos qui s’appuyaient au caparaçon pour tenir debout, j’aimerais qu’on emmerde par des sifflets constants tous les types venus tricher et nous prendre ostensiblement pour des cons, j’aimerais que le style sobre et méritant d’El Cid soit plus reconnu et plus fêté que cette farce dégénérée du ''mordant de Pirata'', j’aimerais que jamais ma sensibilité ne puisse rejoindre celle des ''zantis'' à qui je dois l’honnêteté de dire – même si ça dérange – qu’ils ont parfois raison, tellement c’est indigne, j’aimerais que l’adjoint à la culture de ma ville arrête de se ridiculiser ou d’avouer naïvement son incompétence, ce qui revient à peu près au même, en expliquant dans le journal qu’il faut se garder de faire du triomphalisme pour que la plaza garde de sa crédibilité, ''concept'' qu’elle a abandonné sans qu’il s’en aperçoive depuis belle lurette, j’aimerais que mes frères aficionados ne partent pas à Vic puisqu’il y aurait dans notre ville des toros aussi puissants et aussi bien présentés, j’aimerais que règne un semblant d’éthique sur le sable, que le toro soit épargné quand il a mis son adversaire hors de combat au lieu d’être tué par un autre torero surgi pour l’achever, j’aimerais qu’on n’assassine pas la mère et toute la lignée d’un toro qui a tué son torero, j’aimerais je l’avoue, présider les courses, choisir mes assesseurs et me faire conspuer jusqu’à la haine par l’imbécillité de la foule en colère et tenir bon, sur une décision que j’expliquerais le lendemain dans le journal… Pas par mégalomanie, non, ou par sentiment de supériorité qui me persuaderait que je saurais juger mieux que la multitude. Non, juste pour rendre sa place centrale au toro, qui lui n’a pas choisi d’être là pour nous offrir sa vie et de ce seul fait mérite ce minimum d’égard.

Autant dire que j’appartiens à la tribu des aficionados romantiques en voie d’extinction, autant espérer qu’un Churchill de Romeo et Julietta trouve tout seul ma boite aux lettres pour conjuguer le soir venu, la noblesse de ses notes empyreumatiques à l’agréable souvenir de quelques combats épiques de grands toros par des hommes courageux, qui laissèrent des traces si indélébiles qu’on en perçoit encore les émotions flotter dans les volutes bleues absorbées par la nuit. Tout cela n’est pas possible, mais qu’est-ce qu’un aficionado sinon un homme plein d’espoir ? Et parfois, merci, il est exaucé.

vendredi 24 septembre 2010

Depuis son Ipad...2



Les journées du patrimoine

En dehors de quelques centaines de types plutôt soupe au lait (fermenté), dont les tribus campent habituellement dans les vallées du Sud Waziristân, l’opinion publique mondiale s’est émue, à très juste titre, lorsque le mollah Mohammed Omar disposa qu’on fît péter les deux Bouddhas de Bâmiyân. Mais elle s’est montrée beaucoup moins à fleur de peau quand, dernièrement, le parlement de Catalogne a décrété de dynamiter la corrida. Qui, qu’on le veuille ou non, n’est pas moins un legs de l’histoire humaine, une part intangible de patrimoine, comme la recette du cassoulet ou la première page de Moby Dick. C’est vrai aussi qu’un vote électronique, ça fait beaucoup moins de pétard qu’une ration de TNT.
Et puis, l’opinion publique, qui a souvent des vapeurs de cocotte fin de siècle, doit trouver que le bouddhisme c’est mimi, que ça fleure bon la pondération et l’alimentation équilibrée. Tandis que la corrida est carrément cracra, elle chlingue la déraison et la viande rouge (ou, au mieux, à peine tourne-retourne). On n’a jamais vu un bonze faire du mal à la moindre mouche, alors qu’un torero... C’est pourquoi, si l’opinion publique a un peu minaudé à propos des artificiers pachtounes, elle n’a pas levé un cil contre les boutefeux barcelonais.
Mais qu’elle y réfléchisse pourtant, l’opinion publique : si on dit qu’on arrête, on arrête tout, vraiment tout. On assainit, on épure. On dégage, on éradique. On n’y va pas avec le dos de la cuillère, sinon ça n’a pas de sens. Tiens, on prend le livret de Carmen et on le réécrit. On décide qu’Escamillo ne sera plus toréador, qu’il fera désormais un métier plus hygiénique, plus utile à la communauté, disons installateur de panneaux photovoltaïques, voilà un boulot qui fait vraiment moderne et décent. Un peu difficile à mettre en musique, sans doute, mais comptons sur l’ingéniosité des fourriers de la morale unique. Puis, tant qu’on est dans le lyrique, on renvoie chez Plumeau l’œuvre de Francis Lopez et Luis Mariano (je cite ces deux là à la place de Cocteau et García Lorca, dont les noms apparaissent plus facilement dans ce genre de débats, ça change un peu). Et, comme on est parti, on caviarde la page 54 de Tintin et les Picaros, parce que si, là, en bas à droite de la dernière case, on aperçoit un personnage habillé en torero. Sur ces questions, j’ai le regret de le signaler aux amis des animaux, Hergé n’est pas plus blanc-bleu que Goya.
Et quant à moi, j’aimerais désormais qu’on évite de rappeler que je fus jadis un vague lauréat du Prix Hemingway. Car Hemingway, Nobel ou pas (encore une histoire d’explosifs), empeste la chasse au lion, la pêche au gros, la mort dans l’après-midi et les paires de cojones autoproclamées (si on passe l’expression). Toutes choses qui ne se portent plus avec aisance, sous nos climats. Alors, dès maintenant, je vais faire tout ce que je peux effacer ce stigmate et mériter d’obtenir un jour le Prix Amélie Nothomb. C’est bien, non, Amélie Nothomb, par les temps qui courent ?
Antoine Martin

jeudi 23 septembre 2010

Photographier c'est savoir voir et choisir.



Un ami m'a rapporté l'autre jour une amicale dispute qui l'avait opposé lors d'un dîner en ville, à un non photographe qui prétendait que "maintenant, de toute façon, faire des bonnes photos était à la portée du premier imbécile venu, vu qu'avec le numérique et sa gratuité de fichier couplée à des moteurs allant jusqu'à huit images secondes, rien ne pouvait se rater"
Il se peut tout d'abord qu'un "imbécile" ait un don particulier pour quelque chose, j'ai connu à l'armée un presque débile qui a fini tireur d'élite. Dès le premier jour, il tirait mieux que les instructeurs. Mais, bon...
Déjà il s'agit ici, en tauromachie, le plus souvent, de photo d'action, d'instantanés de faenas où l'on pense peu, ne choisissant une fois placé, ni son angle ni sa lumière. Mais quand même, mieux vaut connaître le sujet si l'on veut, au coup par coup, déclencher l'obturateur au bon moment, dans le ventre de la passe, quand sa maturité éclot, ni trop tôt, ni trop tard. Et comme le sujet se déplace, il est bon d'anticiper son cadrage pour capturer le groupe toro/torero là où il se sera légérement décalé quand le ventre de la passe sera atteint. Encore qu'on puisse s'essayer à un style différent - on le voit avec "Solysombra" chez CyR en ce moment, qui coupe volontairement les têtes ou les corps de ses sujets, en un parti pris différent pour voir la corrida autrement, ce qui peut être désagréable et incompréhensible à beaucoup mais permettre à certains de créer l'image mentale de cette suggestion plutôt que d'en subir l'éternelle convention.
La préparation de la passe va déjà donner à celui qui sait, le nom de celle-ci et sa "déroulante cinétique", et il pourra anticiper pour déclencher judicieusement. C'est, je pense, la façon dont la plupart des photographes du callejon travaillent. Ils sont pourtant équipés de moteurs et de boitiers numériques.
De plus, l'idée que ce serait nouveau est archi fausse : cela fait bien longtemps, des décennies, que les moteurs existent et même des dos pouvant abriter du film pour 250 vues. Certes c'est plus cher, quoique... à voir en un bilan général car un bon appareil argentique se gardait deux ou trois fois plus longtemps que les vite remplaçables boitiers numériques.
Si un photographe travaillait comme ça, sans distinction, à l'aveugle de son moteur, il n'aurait quand même rien solutionné : il lui faudrait encore être capable, sur les centaines de photos prises, de sélectionner LA bonne. La meilleure d'entre elles. Sans connaissance du sujet, cela lui serait difficile. Il n'aurait pas été capable de "voir" dans son viseur, il lui faudrait "voir" dans un immense embarras du choix, pas beaucoup plus simple ! C'est ce qui arrive un peu à Xavier (blog la Brega) avec sa série de portraits du torero dont j'ai oublié le nom - pas Aguilar, l'autre - sur fond de briques rouges quand il nous met toute cette série où chaque photo n'apporte rien à la précédente ; il devrait n'en sélectionner qu'une, la meilleure, plus explicite pour rendre compte du "Waiting for the bulls" anxieux. Si les textes se résument, se dégraissent, se cisèlent, les séries de photos, aussi. Il l'a quand même repérée puisqu'il la traite différemment, en noir et blanc ( la première, un profil de trois quarts)
Le photographe qui voudrait s'assurer de ne pas rater l'instant crucial pourrait même, pourquoi pas, s'improviser cinéaste, capturer les images exclusivement au ralenti pour en augmenter le nombre à la seconde, puis projeter son film et évaluer, isoler, choisir très finement ses arrêts sur images - ses photos - les plus réussies. Le problème serait à mon avis plus compliqué, il l'aurait fatalement la bonne photo, mais la façon de voir, "l'oeil" du photographe, non seulement ne serait en rien garanti mais pire aurait encore plus de mal à s'exercer dans cette pléthore d'images.
Un exemple ? Parce qu'il est tard, enfin... tôt, parce que j'en ai trente mille dans mon PC, j'ai ici, par rapport à mon texte, mal choisi la photo d'illustration qui parle plus de posture statique que de mouvement et de "ventre de la passe" !

mardi 21 septembre 2010

Depuis son Ipad...1

Je suis un bon garçon quand même, plein de délicatesse envers vous, mes lecteurs… Car j’imagine aisément combien je vous lasse parfois, avec mes histoires capillo-tractées, mes tics de langage, mes digressions permanentes, mes pirouettes à la vas-y que-je-me-crois-malin et ma fausse virtuosité. Alors, l’autre jour, quand j’ai aperçu sa moustache rieuse, j’ai pensé à vous reposer de ma prose de temps en temps. Je me suis approché de lui et aussi sec, j’ai mendié :
Antoine, tu crois que je pourrais passer tes articles du journal, dans mon blog ?
Peut-être faut-il d’abord que je vous explique que le vainqueur du prix Hemingway a quelques charges et devoirs dont celui de commettre un article quotidien durant les jours de feria dans le journal local. Evidemment le sieur Martin s’en est plus que bien tiré – sa modestie (naturelle) dut-elle en souffrir – moi, j’adore, j’admire, et pire, je pleure ensuite quand je m’aperçois dans la glace… Bon enfin c’est comme ça, je dois être meilleur que lui à plein de trucs si ça se trouve, tiens le rizotto aux cèpes, tu le fais le rizotto aux cèpes, toi, gros malin… ? Ah ! Pfff... si ça se trouve, il le fait mieux que moi...

Du coup, emporté par sa générosité, grisé par l'attente de la cohorte, il m’a donné l’intégrale des textes parus dans le Midi-Libre. C'est vrai, vous autres, de Paris ou du Sud-Ouest, pourquoi vous résigneriez-vous à ne pas le lire ? Peut-être ne les publierai-je pas tous, ça dépendra de la tolérance de mon ego : vais-je supporter longtemps les superlatifs à un autre adressés, dans mon blog perso à moi où je pisse journellement copie pour bien marquer mon territoire ? Rien n’est moins sûr, surtout si vous me suppliez de le faire…

Voici donc le premier texte de sa série au titre générique high-tech. Désolé Antoine, sur le net on ne trouve de toi que cette petite photo floue…
Circulaires


C’est un vers de Willie Nelson, dans sa chanson On the road again (« Like a band of gypsies we go down the higway »), que les toreros pourraient fredonner. Car ils sont bien, eux aussi, des gens du voyage, comme les rempailleurs de chaises et les diseuses de bonne aventure, comme les chiffonniers et les laveurs de pare-brise, allant sans cesse d’une pointe à l’autre de la rose des vents pour les besoins du métier, courant un bout de chaque rayon de la boussole et retour au point de départ, Séville, les Saintes-Maries ou Timişoara. On appelle ça le nomadisme circulaire, dont le poète antillais Edouard Glissant (qui doit se demander ce qu’il vient faire dans ces histoires) a dit qu’il « s’accomplit quand le mouvement de trajectoire s’abolit ». Pile la description d’une passe en redondo parfaite. Oui, les toreros sont ce genre de rabouins, et les affiches des ferias seraient leurs livrets de circulation.
Mais, on ne sait pas pourquoi, on a, ces temps-ci, le sentiment diffus, et pas si réconfortant, que ni la vocation tauromachique ni l’état pérégrin ne jouissent d’une popularité énorme dans certaines sphères de nos sociétés. Là, on prend des dispositions parlementaires ; ici, on publie des circulaires, et notons au passage la fâcheuse ambivalence de ce mot. Bref, on voit bien que c’est une sale morve qui pend au nez de tout ce qui pourrait s’offrir comme alternative aux modes de vie prescrits. Pour ne rien dire de ce qui attend les écervelés qui trouveraient malin d’être à la fois torero et gitan. Rafael de Paula, Curro Caro, Antón Cortés, planquez-vous, ils sont devenus fous !
Bon, parlons plutôt des choses qui défâchent. Il n’aura échappé à personne que Manitas de Plata, le caraque le plus célèbre du monde, va se produire ce soir devant la Maison Carré. L’évènement est d’importance et je voudrais, si on me le permet, rapporter pour l’occasion un souvenir personnel.
C’était, il y a quelques années, par un après-midi magnifiquement ensoleillé de 31 décembre. N’ayant pas d’autre programme en vue, ma voisine et moi (je dois ici faire une minuscule révélation : en réalité, ma voisine et moi partageons bien plus que les quarante centimètre de planche de ce banc des arènes) décidons d’aller faire une promenade au bord de la mer. Sur le quai du port de la Grande Motte, voici Manitas, tiré à plusieurs poignées d’épingles, pardessus Dior, gant de cuir fauve à une main, chevalière comac au petit doigt de l’autre. On se salue, on se congratule, on décide d’aller boire un café par là. On parle. De choses. Du pardessus. De la guitare décorée par Picasso qu’on lui a volée. Et d’autres. Du studio. Il s’est mis en tête de me vendre son studio avec vue sur la plage. Pour finir de me convaincre, il lâche, avec sa tronche de sachem sioux (les curieux pourront vérifier, sur les photos du Far-West, sa ressemblance avec le chef oglala Old Man Afraid of His Horse) :
« Tu te mets sur le balcon et tu vois passer toutes les gadji à poil ».
Évidemment, je n’avais pas le premier sou pour lui acheter le studio. Mais si je l’avais eu, je crois que j’aurais signé sans hésiter. Par à cause des gadji à poil. Juste pour la beauté paradoxale de l’argument. En une phrase, le génie analphabète des six cordes venait de formuler une notion inconcevable, une abstraction qui se refermait sur elle-même de façon, oui, circulaire : l’immobilier nomade.

lundi 20 septembre 2010

Croisade



Il faudra m’excuser mais en cette feria des vendanges je me sentais un peu moult à fermenter dans mon coin sans écrire les gouleyants comptes rendus que vous attendiez verre à pied en main. Sabe que jo no soy profesional ? Bon, que s’est-il passé pour moi durant cette feria ?
Ah oui… pour le rejon, j’avais tort : c’est bien pire que je ne pensais. Je n’y suis pas allé, non, mais j’ai su, cela s’est répandu comme une fiente de mouette rieuse lâchée en vol planant incliné, par rafale de vent arrière :
A cheval donné en spectacle, on regarde les dents ! Pirata le bien nommé, monture favorite de … j’ai oublié son nom, enfin le cador du rejon-là, Don Diego del caballito loco, ne laisse plus le toro agoniser tranquille : alors qu’il chancelle, il le mord ou le pousse, les avis divergent, en tout cas lui donne le baiser de la mort, pour qu’il s’escagasse comme une merde, non, bouse plutôt, merde cela a encore trop de consistance pour l’idée qu’on se fait du toro dans cette tauromachie. Et, gloss rouge sang aux babines, de caracoler sous l’ovation des bedigas et des caganis tout esparavaniés.
(des mots de la placette, pouvez pas comprendre…)
Quel mauvais goût ! Quelle négation du centre de la chose, quel irrespect de l’animal fascinant !
Evidemment, ce fut l’évènement taurin de la journée, la nourriture principale des colonnes taurophages. ''Pirata'', hipparion incisif de la ratiche, moqueur-mordeur des conventions passées, Dadaiste quoi, la foule aussi s’en trouvait mordue. Hippo-campée sur ses applaudissements délirants, en selle pour le triomphalisme, debout dans ses étriers, assiette assurée (Au Lisita). Oui, même vous, là, on vous a vu, alors n'opinez pas du bonnet devant votre écran comme si vous acquiesciez, ce serait trop facile. Au diable l’orthodoxie de la tauromachie, place à l’orthodontie de la cacotaurie pour convertir les mécréants. Désolé mais, hypocrite, je peux pas. Vivement la réouverture des boucheries hippophagiques que j’aille commander ses rognons, à Pirata. Mordillés aux oignons grelots et vinaigre balsamique.
Le Cid, je l’ai raté, je m’en plains ; le Ponce je l’ai raté mais je m’en lave les mains, vous le savez ; le Juli semble avoir une telle aboulie des toros en cette fin de saison que s’ils n’obtempèrent pas, il se met à gueuler comme un bolchevik dont le sandwich aurait laissé tomber dans le sable, l'unique cornichon.
Il s’enquiert par voie de presse : le public s’est-il rendu compte de son effort … ? Rassurons-le, après cette faena d’haltérophile guttural anabolisé en décibels, toquée-tractée par circuit mouflé de cordes vocales over-burnées, on se languissait que les sonos de la rue reprennent la main ! HEY ! (il toque…) HOUYE !!! (il tracte…) 'tain… ! ça mouftait pas dans les tendidos, terrassés qu’on était… HEY... HOUYE ! HEY... HOUYE ! Un quart d'heure à ahaner comme ça.
A chaque « HOUYE !!! » on craignait que ''Pirata'' soit revenu lui mordre le fessard. Ca fait déjà longtemps que les gueulards me déconnectent de leurs faenas et je suis déçu que le Juli s’y mette aussi. Il faut dire qu’il n’y a pas trente-six façon de déclencher la charge d’un toro : se croiser, et là le besoin de gueuler ne se fait pas sentir – si ce n’est de peur - ou bien produire du volume : taper du pied, gueuler. Ce fut le choix du prodige ce jour-là. Fut-ce un geste important de prendre ces ''la Quinta'' ? Non, ils sortirent tous comme ralentis, sin poder. On lut que le maestro apprécia qu’on pouvait toréer ces toros très lentement… Que je sache, ce n’est pourtant pas une caractéristique connue des Santa-Coloma, cette placidité… Malgré le triomphe de Castella obtenu le matin sur le moins ramollo de l’encierro, les moments préférés de la jounée furent les deux faenas de Curro Diaz, données en tête à tête obtu au centre d’une arène désertée, dans une lumière mordorée dont les reflets rasaient le sable tandis que Curro Diaz, calme et humble, descendu de ses grands chevaux, bien rencogné dans ses reins, talons au sol, distillait des enchaînements d’une grande pureté classique qui nous auraient émus aux larmes si seulement, Curro, tu t’étais croisé.

samedi 18 septembre 2010

Prix Hemingway : Sortie du Recueil 2010

Demain, 14H, Hôtel Impérator, à l'occasion de la sortie du recueil de nouvelles, signature en présence satisfaite du vainqueur et envieuse des vaincus... qui n'avaient qu'à vaincre !

vendredi 17 septembre 2010

SLAM !

Slam sauvage, certifié limpio

A las cinco y pico

« La muleta à gauche, l’épée à droite, et le coeur bien au milieu »
Me répète El Ciego, qui doit son surnom à un regard vitreux
En cachette, il murmure, derrière ce mince burladero crasseux
Et s’agrippe aux montants, dont le bois rassure les superstitieux


Mon apoderado, un drôle de type, sort tout droit des Baumettes,
Mais dans la cuadrilla, chacun à sa manière, mérite… Perpette
Le pire de tous, c’est Paco, sorti un soir pour acheter des cigarettes
Et que toute sa famille attend depuis, le regard fixé sur la moquette


Dans ce monde curieux où les odeurs de pisse côtoient l’or des Rolex
El Ciego était connu et respecté, égrenant les… "dura lex sed lex"
Jusqu’a ce qu’un jour, ce Miura de Toro, plus bisco qu’un accent circonflexe
Ne dépose pudiquement son oeil sur le sable, comme tranché au silex.


Nous nous étions croisés un soir, dans un bar sombre de Caracas
ll avait prédit mes succès, les filles, les Mercedes et… Les fincas
Nous avions conclu le contrat en buvant du fino, picorant des albondigas
Avant de filer calle Berta, ou les putes, la nuit, se prennent pour la Callas.


Nous rêvions de l’Alfonso 13, du Wellington, des suites du Victoria
Nous rêvions d’articles dithyrambiques, rédigés par Benloch, ou Zabala
Nous rêvions d’avoir un jour le plaisir de raccrocher au nez des Chopera
Mais pour l’heure roulions en BX, rêvant au noir profond des Hispano Suiza


Alors il fallut partir en maletilla, manger du rat pour étouffer la faim
il fallut encaisser les coups bas, les points de suture,… et les drains
Serrer les dents, les poings, et refuser la fatalité, présentée comme une fin
Et aguanter ces 15 août à la maison... Pour ça il fallait un Courage d airain
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J’avais rêvé au musée du Prado devant les gravures de Goya
Et gardais comme une relique une photo de Manolete, couleur sépia
J’avais rêvé d’Hemingway, Cocteau, Picasso, et de Garcia Lorca
Sans savoir que mon destin était écrit, et que pour moi, ce serait…Guernica



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Nous voilà aujourd’hui dans cette portative aux gradins grillagés,
Me voilà seul, face à ce toro, qui sent définitivement la toile cirée
Qui cherche à faire de mes genoux un simple jeu d’osselets
Passer sur moi son courroux, et me laisser choir, en pantin décharné


Sans prévenir, à la troisième passe, la foule sursaute, je perçois ses cris
Avant même la douleur qui d’un coup, par la cuisse, m’engloutit
La cuadrilla fait un garrot, m’amène directement à l’infirmerie
Mais pourquoi donc en entrant ici ai-je une pensée pour Paquirri?


Me voila déjà presque anesthésié par l’odeur d’éther du quirofano
Que ma fémorale, en giclant, transforme en silence des agneaux
Les yeux se détournent, on s’inquiète, on chuchote dans mon dos
Et je hurle enfin quand le doigt du docteur fouille la plaie jusqu’aux os.


Dehors j’entends les clameurs, effet surround et dolby stéréo
Car pour l’heure, El Yiyo a tiré un bien meilleur sorteo
A mon tour de plaider, seul, pour mon propre indulto
En priant pour que selon l’adage il n’y ait pas de « quinto malo »

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La règle veut que face aux cornes, on se croise, on s’expose
Et le jeu avec soi-même dure jusqu’à ce que la saphène explose
Au mieux, le médecin, in extremis, te sauve d’une thrombose
Mais le pire, ce sont ces tertulias où tu n’es plus le sujet de la glose...



Ce complet bleu il y a presque trente ans qu’il me porte
Et comme Aznavour, je n’imaginais pas finir de la sorte
Dans ce traje, recousu autant que mon corps, du scrotum à l’aorte
Dans cette infirmerie minable, c’est sûr, ce soir, ma carrière avorte


J’ai préféré donner mon corps à l’Art plutôt qu à la Science
Mais c’est avec l’échec que le destin a voulu qu’on me fiance
Etre torero c’était pour moi le moteur, pour échapper à la fuite des sens,
Et ce soir je pleure seul face à mon rêve, dans ce costume Bleu de France


C’est mon coeur qui saigne ce soir, et pour sûr, c’est un peu le vôtre
Vous tous qui rêviez depuis l’enfance de Manolete être l apôtre…
Notre passion est tragique quand on voit dans quels travers elle se vautre
Mais au final, mieux vaut un cauchemar bien à soi que le rêve des autres…


Mira! Passion exsangue, qui s’échappe en geyser de ma fémorale !
Mira! Comme mon Corps explose, comme un Arlequin de Carnaval !
Je regarde une ultime fois ma Viande, qui demain se retrouvera sur l’étal...
Allez!... Dernière pensée pour toi, Islero, à peine embrumée par la douceur létale.

Jacques Olivier Liby - ''JOL''






jeudi 16 septembre 2010

MIXTE, et plus si affinités...




Simon Casas explique sur les ondes ses choix, décrit les caractéristiques de sa programmation :


''C'est du marketing, je programme du toreo à cheval car il y a un public pour le toreo à cheval et d'ailleurs c'est historique, au XVIIIe, c'est ainsi que l'on combattait les toros''


Chiche, j’aimerais bien voir un torero à cheval armé d’une lance face à un toro intègre du XVIII siècle, moi… mais aujourd’hui on ne peut s’empêcher d’y voir le moyen de compenser la désaffection d’une partie du public, la moins avertie, pour la corrida formelle.
On peut légitimement se demander pourquoi. A l’époque, l’avènement de la corrida à pied avait connu un grand succès populaire en ce qu’elle cessait justement d’être une distraction élitiste pour nobles et prenait une dimension plus universelle, réappropriée qu’elle était, par le peuple venu y montrer son courage. Pourquoi se trouve-t-il a contrario aujourd’hui, une majorité pour adhérer à cette sorte d’indignité (j’y vais peut-être un peu fort mais c’est ce que je ressens ) qu’est la corrida de rejon pourtant perçue comme plus fréquentable ? Pourquoi se trouve-t-il de nos jours parmi les non-initiés, un plus grand nombre de gens pour être emballé par les cavalcades arrangées et gêné par la vérité d’un combat à pied où l’on risque plus sûrement sa vie ? Pourquoi cette foule ne s’inquiète-t-elle plus de la souffrance animale quand celle-ci est infligée ''à dada'' ? Sinon pour le dada lui-même... D'un coup, elle si pointilleuse sur le règlement, ne remarque plus quand d’entrée les dés sont pipés… Pourquoi ne voit-elle du rejon que le fanion et plus la lame ? C’est gens-là m’expliquent parfois au nom de leur sensibilité plus civilisée, pourquoi la corrida à cheval est supportable et non la piétonne où un gros monsieur - pourtant à dada ! - vient piquer un pauvre toro.


Quand je leur explique un peu mieux les différences, et j’en ai souvent l’occasion car les photos présentes dans mon cabinet inclinent au sujet, ils en restent pantois, profondément ébranlés ou au contraire inébranlables par le refoulement opéré qui leur permet de ne pas prendre ce coup sur la tête : constater à quel point ils se sont trompés.
Ils comprennent soudain comment cette sensibilité qu’on pourrait presque qualifier d’animaliste car le cheval est l’ami et le collaborateur de l’homme, là où le toro est irréductible dans son instinct de charger, se retourne contre eux. Ils réalisent en quoi ces chevauchées folkloriques ne respectent pas l’animal noir et fier. Si fier que l’on ne peut se permettre de risquer la vie d’un cheval qui représente des années de dressage et un sacré investissement professionnel si ce n’est une valeur marchande certaine et que cela justifie la mutilation des cornes.

Si des anti-corridas passaient par là, frères et soeurs, je vous donne un tuyau : au lieu de vous ridiculiser dans les émissions télé à raconter que des dizaines de chevaux meurent sous les cornes des toros – c’est plutôt un tous les dix ans que dix par an…- apitoyez-vous plutôt avec nous sur le sort des toros qui devraient sortir intègres et en possession de tous leurs moyens d’agression : ce serait la moindre des loyautés pour eux qui n’ont pas choisis d’être là.

Ou alors, si on ne veut pas que ce soit dangereux, on prend des cactus ficelés sur des brouettes et basta. Je ne dis pas qu’il faut les ''accuser'', ces gens, d’aimer la corrida à cheval, mais s’ils la légitiment par leur sensibilité, si délicate qu’elle aurait discriminé le correct du barbare, il faut qu’ils réalisent un jour à quel point le toro de rejon est nié et n’est qu’un faire valoir du matamore cavalier. Que ce qu’ils aiment et avalisent s’appelle tricherie. Coupe-t-on les mains à un boxeur avant de monter sur le ring ? est une des questions que je leur pose.


Mais au rejon, leur regard ne peut s’appesantir sur la vérité d’un combat, il est happé par les leurres, le regard est prisonnier du cheval qui caracole, ils ne voient plus rien du noir référentiel taurinant, le spectacle est plus enlevé, alegria et fanfreluches, fanions et rubans, le sang, le risque, la possibilité d’en souffrir n’apparaissent plus. Les chevaux sont si beaux, leurs puissant fessiers si érotiques, ils virevoltent si gracieusement, pourquoi regarderait-on ces moignons de cornes avec lesquels le mutilé - gros naze de service - tente si maladroitement de frapper ? En comparaison, quel effort il faut faire sur le long terme, pour comprendre quelque chose au combat à pied qui vient de reprendre et qui apparaît d’un coup si triste, si introverti, si brouillon, si lent.

Seulement voilà, tous les aficionados désertent les courses de rejon, alors en instiller une juste dose homéopathique pour drainer les uns sans détourner les autres nécessite un fin préparateur. Résultat en cette feria des vendanges. On pensait naïvement comme l’ont demandé les aficionados qui manifestaient l’autre jour pour la corrida – au fait, les zantis ont gagné la confrontation 2500 à 900 – que baisser le prix des places contribuerait à rendre à la corrida sa popularité. Mais la réponse des organisateurs ne sera pas celle-là, elle est, on le voit, la corrida mixte ou peut-être bientôt ''trixte'' à pied, à cheval et forcados…. ou ''quarxte'' même, pied, cheval, forcados, recortadores… voire ''quinxte'' pied, cheval, forcados, recortadores, razeteurs….ou bien même…. Rajoutez les écarteurs landais et un chanteur d’Opéra.
On a bien eu javier Conde avec un « tocalaguitarramanuel » dans les tendidos, ce qui nous avait valu la plus belle espantada jamais observée en musique…
Allez, j’arrête de leur donner des idées à la noix, ils sont capables de s’en inspirer. Je vous tiendrai informé des entrées d’aujourd’hui – corrida formelle – avec celle de demain – mixte – ce sera intéressant de comparer, pour voir si le mélange des genres est judicieux à la taquilla. Dernière info de choc : en ce moment même, pendant que je bosse, ''Maja Lola'' et ''Gina'' (leurs noms d'artistes...) après avoir établi un contact du troisième type – Twoo tiiii touuu tâaaaa - dans ma salle d’attente, sont allées de concert à la corrida ! Elle est pas belle la vie ? Et deux spectatrices de mieux pour l’amphithéâtre ! Et qu’est-ce qu’on dit M. Casas ? Merci qui ? Merci Delon ! Inutile de vous dire qu’on n'aura pas de resena : quand deux pipelettes qui se découvrent sont assises côte à côte…

DURAND, extrait sur le Juli...

Depuis longtemps El Juli a épuisé le stock d'épithètes laudatives du chroniqueur et découragé son grand, petit et moyen Robert. El Juli est prodigieux, surdoué, définitif, imbattable et, pour résumer, plus fort que le roquefort. Sa muleta embarque les toros. Elle les prend tous en stop. Elle n'en abandonne aucun sur le bord de la route. El Juli est un coq de combat mais qui donne rarement la chair de poule.Trop de perfection. Elle inspire des admirations froides. Pour donner une dimension épique à son impeccable logique tauromachique, il devrait se cogner de temps en temps des toros moins convenables au caractère moins convenu.

mardi 14 septembre 2010

Morphing Jock Flash

http://www.jockmcdonald.com/#mi=1&pt=0&pi=6&p=-1&a=0&at=0


Ici une petite video fascinante sur le site de ce photographe en cliquant sur l'image en bas à gauche "One World Portrait"... Ne pas manquer non plus dans "Galleries" les photos de Cuba.

lundi 13 septembre 2010

La concours, la libraire, El Chino, Peggy et la rumeur.




Je suis quand même allé faire un tour à Arles. Vendredi non, boulot-masso-vieux-os. Samedi oui, mais aux rencontres de la photographie, visite des ateliers SNCF. Rien vu de ''transcendantal'', dans certains halls se trouvaient des photographies moyennes de photographes moyens, même qu’on aurait pu intercaler certaines des miennes, au milieu, sans le dire, on s’en serait pas rendu compte… c’est dire.

Dans l’arène il y avait une Goyesque, dix oreilles, six invalides, dixit la libraire nîmoise rencontrée. En prime, une artiste avait investi la piste de ses toros à l’infini reproduits – original… - je croyais l’art contemporain novateur ou subversif, moi. En plus cela produit un drôle d’effet sur les spectateurs qui le reniflent depuis le callejon : je ne sais pas si vous avec lu le compte rendu de ‘’Solysombra’’ sur CYR à ce sujet, mais ça lui a rien valu de sniffer ces pigments, j’ai rien compris à son article, enfin je veux dire que je n’ai pas réussi à identifier la conclusion qu’il voulait que l’on en retire. Ca pourrait expliquer l’état de Padilla aujourd’hui aussi, sauf qu’il est tout le temps comme ça, même sans pigments. Il marche à quelque chose, c’est sûr, mais quoi ? Antésite ou Cocaïne, j’hésite. A un moment, il s’est engagé dans une série d’aériennes Chicuelinas marchées, enchaînées, délicates, et juste au moment où on allait en jouir enfin séduits et reconnaissants, il a rematé tout ça d’un mauvais desplante de flibustier borracho montrant à sa coquine comme c’était-y-qu’il était fort ! Le bougre. Naturel et Antésite obligent. Salaud, va ! Si, la réglisse, ça fait monter la tension.

Savalli vire un peu au Padilla français… faudrait pas… un, ça suffit. Je comprends mal ces jeunes qui n’ont pas encore prouvé grand-chose et qui s’attachent tant à se faire applaudir par anticipation. Il faut de l’humilité dans l’arène : à quoi bon agiter frénétiquement ses grands bras pour recruter l’ovation quand derrière on cafouille sa pose de banderille ? A quoi bon après un désarmé, un accrochage, un échec, ne pas en prendre acte humblement en se concentrant pour mieux faire, comme le faisait un Rincon, plutôt que de chercher à ‘’surcompenser’’ l’échec en déchaînant le mime d’une témérité bouffonne malvenue ? Ce n’est pas honnête et le public n’est pas si con…

Seul Tellez réussit à étirer quelques muletazos plus langoureux à un tonton de 610 kg de Margé qui fut un toro de troisième tiers, s’y améliorant dans sa charge après un tercio de pique catastrophique où sa mansedumbre fut en évidence ce qui lui valut de remporter sans coup férir, le prix de cette corrida-concours ! Je ne savais pas encore que le tercio de pique ne comptait pour rien dans l’évaluation, on en apprend tous les jours dans notre merveilleux pays. Le Président nous avait déjà empêché de voir tout le jus des toros s’exprimer comme le premier de Tardieu qui ne fit qu’une prestation ‘’regular’’ pour un toro mais dans le meilleur style du lot et avec le plus d’allant. A en récompenser un, celui-là au moins, était venu sans tergiverser et avait poussé volontiers trois fois. Bronca générale méritée à l’annonce du prix. Le public n’est pas si con...
Après ce premier de Tardieu, la corrida s’assoupit dans la douceur de sa belle lumière d’été finissant.

Mais attention, voici le scoop exclusif de ‘’photosmotstoros’’ (qui va peut-être à l’occasion se couvrir de ridicule, qui sait…. ? Mais peu importe, je ne suis pas journaliste professionnel et à ce titre pas tenu de vérifier mes sources. Quoique… parfois eux non plus, hein…car l’ambiguïté fait vendre du papier… en tout cas envoyez-moi chacun 0,90 euros, ça vaut bien ça, car ce que vous allez lire ne sera pas dans le Midi-Libre demain…)

Samedi soir, la libraire rencontrée me dit :

- Tu rentres à Nimes ? Tu pourrais pas nous ramener … ?

- Oui, on rentre, si, si tu veux, je te ramène… mais qui nous ?

- Le Chino et moi… tu connais le Chino ? El Chino !

- Euh ben non, je devrais… ?

- Le porteur attitré de José Tomas ! Tu sais bien, Durand en a parlé dans un article… c’est lui, là tiens, viens Pedro, Marc nous ramène…

- Hola buenas, yo rhfjffhrfffkgkfjfkggjfj, olé ! Tienne la caja de dkdjfhfgdjdfh tambien !

- Euh… Hola pedro-chino…jo no apprender tu lengua a la escuela, pero yo quiero Espana y para beber y comer jo mé débrouilla un poquito…

- Vale ! Tengo jo quejdhfhgjghgkfjhgkgfglghglglgbnnbjffglmhk soupalognon y crouton !

- Si ! si, si … euh mi coche eres todo recto….. pedrito…

Et là, le Chino, (il a les ojos bridés ou quoi ?) sherpa et amigo attitré de José Tomas, commence à parler, suite à mes petites questions pernicieuses que la libraire traduit.

- C’était bon aujourd’hui ? Que je lui demande, après que l’amie m’a précisé l’invalidité des toros…

- Magnifique, qu’il ponctue, le Chino, dix oreilles !

- Ouais mais bon, c’est pas les oreilles de Madrid, hein ?

- Non…c’est mieux ! A Madrid c’est jamais bon, de toute façon…

Et là je commence à comprendre que sa critique tauromachique à lui, n’a qu’un seul critère : vais-je ou non porter mon maestro en triomphe et donc toucher mes pesetas… J’vous raconte pas la crise financière due à la blessure…

- Au fait… comment va José ? Je fais comme si moi aussi, j’étais intime avec le torero… pour faire style que je le porte dans mon cœur, tout ça…voyez le genre quoi… comme si j’étais tout conquis à sa cause… pour endormir la confiance du confident… vieux renard musqué que je suis…

- Il vient d’être réopéré il y a trois jours, il y a des problèmes…

- Ah bon… Tu sais quand il réapparaîtra ?

Je tutoie le portefaix attitré du Dieu du toreo, merde, c’est pas rien…le sherpa du céleste est en train d’esquicher ma Louise qui n’a jamais été aussi silencieuse sur un trajet automobile, coincée qu’elle est entre le porteur qui sent un peu fort et la libraire qui sent bon. (de toute façon j’avais pas intérêt à dire le contraire vu que elle, je vais la recroiser dans Nîmes tantôt…) Le type n’arrête pas de parler de sa voix rocailleuse et j’envoie des coups d’œil à ma Louise dans le rétro et je la découvre soudain timide.

- Pfiiou… me siffle-t-il la mine déconfite qui en dit long sur la pénurie de pourboires à venir. En octobre il a rendez-vous pour un bilan et là ils évalueront peut-être à quelle époque il pourra reprendre.

- Mais c’est quoi en fait un ‘’porteur de torero’’ risque ma compagne qui ignore tout de ce monde-là et qui voulait monter derrière avec sa fille pour la ‘’protéger’’ du basané portefaix rocailleux, alors que je l'en avais empêché pour que l’inopiné transport en commun ne la prive pas du confort dû à son ‘’rang’’…

- Ben c’est ‘’Le’’ type qui a la permission d’éponger la sudation de l’entrejambe du torero par sa nuque, dès qu’il triomphe…que j’lui réponds ironico-didactique…

- Ah ? C’est toujours le même ? C’est pas le premier qui le monte sur ces épaules, là, dans la liesse générale… ?

- Couillosti, non ! Ho, ‘tention… on ne confie pas son entrejambe à n’importe qui ! El Chino est ‘’the sherpa exclusif of Tomas’’ !

Elle récupère sa mine dubitative et indifférente et reprend l’observation du crépuscule qui tombe sur les champs, tandis que je poursuis mes explications que je crois savantes :

- et après il vient à l’hôtel et le torero lui file son pourboire, 150 euros, à peu près…

- 1000 euros lui a donné Bautista l’autre fois et Tomas est bien plus généreux, révise un peu tes estimations… me corrige la libraire

- Aaaaah d’aaaccord… je comprends mieux… ouiouioui… la place était bonne alors, avec José (je l’appelle par son prénom maintenant, vu que je suis intime avec son porteur…) c’est mieux que d’être le porteur attitré de ‘’Ricardo Moreno’’

Le type reprend son discours, c’est super bavard un Espagnol, et des interjections d’étonnements de la libraire m’alertent, elle arrondit ses yeux comme quelqu’un qui n’en revient pas, tellement, que j’ai peur qu’elle ne me traduise pas ce qu’il vient d’annoncer. Ca sent le scoop…

- Il dit qu’il y a un projet, s’il peut revenir… oooh làlâaaaaa… ce serait énorme…

- Quoi ? Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce ??

- Je sais pas si je peux… je… enfin…

Et là, son élocution commence à ralentir, elle réfléchit, et vite je me la rebooste pour qu’elle crache le morceau avant de décider qu’il ne faut pas en parler :

- Allez, zou, qu’est-ce qu’il y a…. ? Sur un ton un peu excédé qui renferme l’idée que je peux aussi les laisser au bord de la nationale en pleine nuit si elle préfère… ! Malotru que je suis… !

- Et bien, il parait que s’il peut reprendre au printemps… il aurait jusqu’à l’automne suivant, sept contrats d’affilée sur Barcelone pour frapper un grand coup les Catalans et les zantis, en faisant se déplacer toute l’Espagne taurine chez eux.

- Ouaaaah sept fois ?!? fis-je en provoquant un quiebro routier que l’ESP de la Polo rectifia à la teutone.

Ma compagne baille, la nouvelle lui fait autant d’effet que si je lui avais dit qu’un trèfle à trois feuilles s’épanouissait sur le bas-côté. Et je continue à rouler dans le silence en réfléchissant à cette annonce.

Ce même soir, je suis invité à un concert privé figurez-vous. La compagne d’un ami s’est organisée un petit tour de chant pour ses amis/voisins/famille. Je crains le karaoké mal fagoté mais la surprise est totale. Peggy, frêle silhouette féminine pulse une caste de vraie chanteuse à voix. Le timbre posé, la modulation juste, et la puissance quand il le faut, elle s’attaque à des standards périlleux de la chanson française qu’elle restitue brillamment. Technique et émotion. Frêle de la silhouette mais costaude de la tessiture. Vraiment, ce n’est pas pour lui rendre la politesse de son invitation, tout le monde sait que je ne suis pas bon public ! Mais là, je suis scotché, il y a une vraie personnalité, de la présence et de la justesse. Lama, Barbara, Mouloudji, Montant, Ferré. Pas le plus moche des répertoires !

En cette fin d’été, quand le ‘’Avec le temps’’ de Ferré s’insinue par cette voix chaude et consciente jusqu’entre les lames du parquet du bel appartement ancien de Peggy par les talons de ses escarpins, je ressens même le seul frisson du week-end de cette feria du riz. Puis je repense au Chino qui me dit que Tomas reviendra sept fois à Barcelona, je repense au type croisé dans cette soirée qui connaît un chirurgien d’arènes, qui connaîtrait le chirurgien du torero, qui lui aurait dit que pour Tomas, c’est fini. Qu’il ne pourra plus. Qu’avec le sang tout s’en va. S’en est allé. Que la fois dernière où vous l’avez vu messieurs-dames, c’était la dernière fois que vous le voyiez. Que sa jambe ne va pas bien et pas seulement les vaisseaux, les nerfs aussi. Je repense à tout ça et regarde par la fenêtre que je squatte depuis le début du récital, vu que je suis le seul à enfumer de mon cigare, les enfants présents. Un type éméché au bas de l’immeuble, pisse contre la façade, ses yeux dans les miens. Il écoute ce qui vient à lui de la fenêtre. Quand finit la chanson de Ferré, il lâche son membre viril et applaudit aussi, la queue à l’air. Je lui souris, il remballe et tend son pouce vers le ciel en hommage silencieux à Peggy.

Qui croire ? Tomas sept fois à Barcelona ? Ou la contribution de Tomas définitivement perdue pour l’Art du toreo ? Que porteras-tu, désormais, Chino sur tes épaules ? L’espoir des jeunes filles ou le deuil de l’Aficion ? Finalement, le Chino, quand je l’ai laissé en ville, je l’ai laissé exactement là où il fallait, en haut de la rue Bernard Aton, face aux arènes, entre le collège des filles du Gai-Logis et le Monument aux Morts.

mercredi 8 septembre 2010

Pourquoi allez-vous voir les corridas ?


Eugène, gros et gras, jovial bonhomme sourire toujours rivé aux lèvres, costume gris strict et cheveux gominés. Un grand-père comme on en souhaite à tous les petits garçons pour qu’ils deviennent à coup sûr, aficionados.
Impliqué, je ne sais pas ou plutôt je n’ai jamais su, à trois ou quatre ans on oublie dans le cercle fermé de ces messieurs du mundillo bordelais, il m’emmenait aux arènes du Bouscat. Lieu déjà magique, empli de fumée de gros cigares et où l’on parlait une langue pour moi encore inconnue.
Il m’asseyait, les jours de courses, dans une pièce, son bureau je crois, d’où je pouvais tout à loisir regarder, par une lucarne un petit enclos où étaient enfermées de drôles de bêtes noires. Pourquoi j’aimais ? Même Dieu ne le sait peut-être pas ? L’odeur du foin ou celle de la bête brute ? Le brouhaha des hommes empressés, plus loin le hennissement des chevaux. Et l’âge avançait .

Vers cinq ou six ans, peut-être plus, quelle importance, j’ai eu des fourmis dans les jambes et j’ai osé m’aventurer hors de la pièce toujours emplie de monde et de fumée. Doucement, sans bruit, j’ai vu ce que l’on m’appris plus tard être des cabestros : énormes pour moi, avec des cornes immenses.
Pourquoi j’aimais ? Peut-être pour les doux yeux de ces bêtes fatiguées par d’incessants aller-retour, cloches au cou. A sept ou huit ans j’ai pu entrer dans le cirque et voir défiler sur le sable des pantins aux vives couleurs. J’ai appris les vives réactions de l’immense foule et vu rentrer des chevaux que l’on recousait à la hâte.
Pourquoi j’aimais ? Déjà je devinais, la sueur, le courage, les ors et la musique, le soleil, les hourras ou les coups de colère... Vers douze ans, juste pour aller voir une course, ce fut mon éducation taurine entre Paris et Bordeaux en Fiat 500 avec ma mère, exceptionnelle, passionnée elle aussi, m’enseignant les bases de ce qui devait être, de ce qui est devenu depuis cinquante ans une passion envoûtante.

Pourquoi j’aimais et même pourquoi j’aime ? Parce-que vraisemblablement c’est l’ultime messe païenne à laquelle on puisse assister. Le sacrifice en trois actes d’un splendide fauve tout entier élevé pour le combat face à l’intelligence de l’homme, frêle, engoncé dans son habit de soie. L’école du courage bien sûr mais aussi et surtout celle d’une certaine modestie où tant de jeunes s’engouffrent mais dont bien peu seront élus.

J’aime pour le don de soi du belluaire ; l’art sublime de Joselito, l’artiste ;
L’humilité de celui qui perd ou le triomphant sourire de celui qui terrasse.

J’aime pour la route sinueuse, poussiéreuse qui conduit aux élevages ou les larges avenues qui mènent aux arènes pour voir Lilian, l’ami, affronter un Miura.

J’aime enfin parce-qu’il me faut remettre en cause, tous les jours en fin d’après -
midi, ma logique, ma théorie, ma pratique ou mon jugement de telle ou telle action, puisque sans cesse et jusqu’à la fin de mes jours, hommes et toros réapprendront à se mesurer sur le sable doré d’une quelconque arène, réinscrivant ainsi sur le tableau noir de mes rêves, une équation nouvelle qu’il me faudra résoudre.

Pierre CHARRAIN

vendredi 3 septembre 2010

A la vôtre...

Un mot unique pour un titre qui est tout un concept. Un graphisme réussi pour une affiche remarquable. Un générique très beau et dés les premières mesures une musique qui vous emporte et c'est parti pour du cinéma comme on l'aime. Je ne vais pas vous en donner le résumé / pitch / synopsis, il est à lire partout sur le net et vous en avez forcément entendu parler. Mais simplement vous dire que la rencontre de l'ambition désenchantée d'un impresario, avec la magie enchanteresse de strip-teaseuses américaines plantureuses, vous réserve des surprises que vous ne soupçonniez pas. Il est temps que vous fassiez la connaissance des ces très belles femmes pas bien roulées du tout, qui ont pour nom d'artiste : "Mimi le Meaux", "Dirty Martini" and "Kitter on the Keys". Des forteresses charnelles où se réfugier. Des êtres de chair qui auront raison du pessimisme ambiant. Béni soit l'adipocyte ainsi magnifié. De la chair pour rire, de la chair pour réchauffer et consoler, de la chair pour aimer. Puissent tous les masseurs du monde préserver la cellulite de ces dames pour qu'existe toujours la possibilité de se lover dans leur plis.

jeudi 2 septembre 2010

Laide Toute Nue...




Je m'intéresse au nu. Pour le regarder, depuis toujours. Mais pour le pratiquer, non, pas depuis si longtemps. Comme on a l'habitude de ne regarder que les photographies de ceux qui en maîtrisent tous les paramètres, on a vite tendance à croire que c'est accessible, voire facile. C'est une idée fausse, bien sûr, qui nous vient toujours quel qu'en soit le domaine - toreo excepté - quand on regarde officier un chevronné. Sans parler des problèmes pratiques : décider une fille, la payer ou la convaincre de poser pour vos beaux yeux dans l'assurance qu'il ne s'agit point de se les rincer, trouver un espace, un grand espace, du recul, beaucoup de recul, ne serait-ce que pour éclairer le sujet sans éclairer le fond, investir dans le matériel ad'hoc, accorder la disponibilité des deux personnes, bref une somme de difficultés à contourner. Amener le modèle à l'idée de ne pas passer sa vie les bras en l'air sous prétexte que les seins sont mieux suspendus ou les reins exagérément cambrés pour éviter de produire des posters de cabines de routiers. Le plus difficile étant encore d'en trouver une qui accepte de ne pas se considérer comme "l'artiste" suprême - quand on lit les pages d'accueil de ces apprenties modèles, ça fait peur... - mais comme le matériau noble d'un photographe et de son imagination. Non qu'il soit nécessaire que le photographe ait la suprêmatie du statut mais qu'au moins la fille soit intelligente et modeste pour passer une bonne après-midi... Commencez par éliminer toutes celles qui signent leur intro par "artistiquement vôtre"... car là, il faut craindre le pire. A lire les books, voir ici http://www.book.fr/ si votre voisine ne fait pas des photos cochonnes pendant que vous croyez qu'elle garde vos petits, on pourrait faire une véritable étude sociologique. Il y a à ce jour 4888 modèles qui se proposent. Si vous faites une recherche plus ciblée, cela nous en fait 3467 sur notre sol dont 2135 acceptent de se la péter en petite tenue devant votre gros zo...om. Pourquoi la plupart de celles que vous auriez choisies se trouvent-elles à mille kilomètres de chez vous, ça je ne sais pas... La même recherche trouve en Espagne une seule et unique proposition, certes très jolie :

J'ai trouvé sur le net, le portfolio d'un dénommé Boris et je reconnais avoir été bluffé. Pour un amateur, car je suppose qu'il l'est, je trouve ça d'un niveau remarquable. Reste qu'il ne répond que de façon positive à cette question : une photo de nu réussie doit-elle absolument rendre compte d'un modèle beau ? Je penserais moi, plutôt le contraire : moches, grosses, cruelles, contactez moi !

Ici les images de Boris :

http://www.zphoto.fr/galeriesperso/browse.php?&id=1493&user_id=1433&p=1

Vrac de memory card... Alès 1