Un Don qui choque

Un Don qui choque
Qui Chipote ?

mercredi 28 juillet 2010

Catalans et antis

De ce côté-ci des albères, personne ne se revendique plus catalans et aficionados, que les Céretans. Eux, qui n'ont pas comme principal souci de se couper de l'Espagne, sont fiers de leurs goûts. Pour la Catalogne espagnole par contre, tout ce qui la sépare de la patrie mère est une victoire importante et jouissive. Il est probable que nous réalisions aujourd'hui que la dernière corrida vue à Barcelone était effectivement la dernière. Car comme le dit un commentaire d'Alfredo Garcia sur Rue 89, il est devenue insupportable aux barcelonnais de voir José Tomas s'y produire car :

"il est beau, intelligent, cultivé, met souvent sa vie en jeu et est gay, soit tout le contraire de l'illustration de la barbarie des beaufs que la culture civilisatrice barcelonnaise veut faire passer à propos de la tauromachie"

dimanche 25 juillet 2010

Amour Indien



Qu'est-ce qui se passait, papa, quand tu étais petit et que tu chassais avec les Indiens ?
- Je ne sais pas ; Nick était éberlué. Il n'avait même pas remarqué que le gamin s'était réveillé. Il le vit assis là, sur le siège. il s'était cru seul mais l'enfant n'avait pas cessé d'être là. Il se demandait depuis combien de temps. "On partait souvent toute une journée chasser les écureuils noirs, dit-il. Mon père ne me donnait que trois cartouches par jour. Il disait que ça m'apprendrait à chasser et que ce n'était pas bon pour un gosse de tirailler dans tous les coins. j'y allais avec un garçon qui s'appelait Billy Gilby et sa soeur Trudy. Je me rappelle un été... nous sortions presque tous les jours.
- Quels drôles de noms pour des Indiens.
- Oui, n'est-ce pas ? fit Nick
- mais dis moi, comment étaient-ils ?
- C'était des Ojibways, répondit Nick, et ils étaient très gentils.
- Est-ce que c'était agréable d'être avec eux ?
- C'est difficile à dire", répondit Nick Adams.
Fallait-il dire qu'elle avait fait, la première, ce que personne n'avait fait mieux depuis ; fallait-il parler des jambes brunes et charnues, du ventre plat, des petits seins durs, des bras qui enlaçaient si bien, de la langue agile, des yeux plats, du bon goût de la bouche. Fallait-il parler ensuite de la gêne, de l'étreinte, de la douceur, de la moiteur, de la tendresse, de l'étreinte encore, de la souffrance de la plénitude et de cette fin qui ne finissait pas, qui ne finissait jamais et tout d'un coup était là, quand le grand oiseau s'envolait comme une chouette dans le crépuscule ; fallait-il dire que cela n'arrivait qu'en plein jour au milieu des bois avec des aiguilles de pin collées au ventre.
Ernest Hemingway "Pères et Fils" in Hemingway Nouvelles complètes

Little Big Girl




J’ai des souvenirs précis des jouets préférés de l’enfant que j’étais. J’ai tué un nombre incalculable de passants dans la rue de la Cité-Foulc avec le pistolet de Joss Randall alias Steve Mac Queen, ce modèle au canon long dont le holster s’attachait élégamment au genou : quel petit d’homme ne rêvait pas d’un phallus si long et si puissant qu’il doive le rabattre et l’attacher en poutre composite le long de sa cuisse ? J’ai joué souvent aux cow-boys et aux Indiens avec mes figurines plastique. Les Indiens dérouillaient toujours plus, influencé que j’étais par le statut de héros d’un John Wayne manichéen et omniprésent à l’époque, jusqu’à la gifle reçue par ''Little Big Man'' avec un Dustin Hoffman émouvant nous faisant partager ses amours indiennes sous la peau de l’ours et puis la révélatrice horreur du massacre final, dans tous ses détails, au ralenti, et en musique s’il vous plait. J’étais captivé par les reportages télévisés sur les trappeurs canadiens et américains, par les lectures de Jack London, ses aventuriers du grand Nord, leurs chiens, leurs luttes, leurs vies dans la forêt dans les cabanes de fustes où brûlait un vieux poêle rouillé qui réchauffait du café noir dans une timbale de fer cabossée, soutenue par la grosse main calleuse d’un type buriné dont la seule présence taiseuse indiquait quel surhomme il était pour surmonter les effroyables conditions de vie. L’aventure était là-bas, d’un exotisme total. Alors, je le construisais mon chalet en rondins de bois, inlassablement, grâce au jeu de construction ''JeuJura'' offert par ma marraine suisse, dans ma chambre, avec pour seul exotisme la fertilité de mon imagination. Combien de fois l’ai-je monté ce chalet de trappeur, au milieu des sapins, dans la neige, au bord d’un lac, près d’un billot et d’une hache où je débitais les bûches pour le vieux poêle noir, à la lisière d’une forêt sombre où grognaient les grizzlys, où hurlaient les loups dont j’allais réguler les audaces avec ma Winchester 30-30. Combien de fois l’ai-je entraperçue dans les bois environnants, la belle Indienne de mes fantasmes, ma belle squaw au regard farouche et doux à la fois, qui s’enfuyait lentement en me regardant, montant son Appaloosa à cru, l’enserrant de ses cuisses brunes pour le guider avec douceur et fermeté ? Combien de fois ai-je vu son œil de biche luire du désir de se donner à moi dans la lumière du feu de bois de ma cabane en rondins, ilôt de chaleur et de bonheur au mitan du grand silence blanc ?
Alors, avec mes bûchettes, fabrication française garantie, je l’ai bâti et rebâti, maintes fois, je m’en souviens comme si j’avais arrêté hier. Alors quand je l’ai vu, celui-là, tout seul au milieu de sa petite forêt, oh certes pas dans le Montana, on a les aventures qu’on peut, mais là, tout près, en Lozère, je l’ai reconnu. J’y suis allé comme guidé par l’instinct d'un ''Nez-Percé''. Non loin de là, un type est sorti d’un chalet beaucoup moins rustique, bien plus cossu, un de ceux qui n’ont rien à voir avec les fustes de trappeurs.

- Bonjour monsieur, je me suis permis d’entrer… je voulais vous demander si ce chalet n’était pas à louer par hasard… ?

- Non, pas vraiment…

- Maman il est trop beau, on peut y aller ?

A dit ma fille à cet instant et la flamme dure dans le regard du type a vacillé. S’en est suivi une aimable discussion sur tout et surtout sur rien, durant laquelle le type nous jaugeait, apprenait de ''quel style on était''. Une de ces familles de Marseillais mal élevés qui viennent remplir des camionnettes de cèpes en renversant tout sur leur passage ou de gentils bobos bien écolos comme il faut, non chasseurs, non fumeurs, qui trient consciencieusement leurs déchets et ont horreur des activités sanguinolentes comme la corrida ? Mais pendant que tout cela se jugeait, Louise, elle, avait déjà investi les lieux et nous attendait allongée sur la terrasse du chalet.

- Viens, papa, on est trop bien, ici…

Nez-percé peut-être pas mais nez creux, oui... Le type ne pouvait décemment plus passer pour un salaud devant tant d’enthousiasme ingénu… merci Loulou… Evidemment, j’aurais préféré manier la hache et la tronçonneuse, perdu au milieu du grand silence blanc, sur un terrain m’appartenant… mais il y avait un centre équestre tout près et quand j’ai vu au travers des mélèzes, le premier galop de ma fille sur ''Tomahawk'' son bel Appaloosa, je me suis dit qu’il n’y avait que cette petite femme-là qui dans un autre registre pouvait me donner autant d’émotion que la squaw aux cuisses brunes et fuselées de mon adolescence et que, pour ce rêve-là, j’étais peut-être arrivé.












samedi 24 juillet 2010

Depuis ma Vuvuzela 10 et fin ...

Salut les gens… I’m back. Il fallait bien ''remater'' cette série qui vous a tenus en haleine durant toute la coupe du monde, quand même. Ecouler mon stock de photos de vuvuzelas piquées sur la toile. On aura bien ri, jaune quand même, avec nos Bleus particulièrement juteux pour tous les pisse-copie de la planète infoutus de dribbler le moindre défenseur (ils ne sont pas seuls, Anelka aussi…) mais toujours aptes à moudre du grain. Alors, là, quels arômes de jus de chaussettes ! Du Robusta ! De l’Arabica ! Du Pipi-caca ! De l’expresso molto cremoso. De la Zahia-Berezina… trop nuls, les mis en examen… Des Zahia, y’en a des milliers dans les bordels d’Allemagne et d’Espagne, toutes majeures et vaccinées… aux prestations hautement qualifiées (…ben non… mais j’me doute…) mais non, nos héros ont réussi à en trouver une, mineure et décérébrée, avec qui jouer collectif vu que se faire des passes est leur déformation professionnelle. Aaaah le mythe de la virginité (éculé en ce qui concerne Zahia, il semble et … ouh-là... à une consonne près...) de la jeunesse périnéale, de l’écrin de velours encore étroit, pas encore distendu par les multiples explorations frénétiques d’aventuriers intrépides et les douloureuses récoltes de fruits mûrs tous les neuf mois. Enfin, on espère pour la nouvelle équipe un vrai remaniement d’état d’esprit qui tient en une phrase : jouer pour servir et non se servir. C’est le signal envoyé par le grand chef Blanc pour le prochain match qui ne retiendra aucun des vingt-trois, histoire de marquer les esprits. Si esprits il y a.

Je crois, à la mine réjouie de l’Andalou octogénaire dont je soigne la moitié, que la ''Roja'' a gagné, finalement, non ? Et puis Nadal, et puis Contador… Heureusement, pour le sport et la morale, parce que les bataves distributeurs de tatanes qui taclaient à hauteur de la gorge, moi arbitre, ils jouaient à huit au bout d’une demi-heure. Ils sont lâches ces arbitres… tant qu’il n’y a pas d’enjeu, ils sont autoritaires, mais après… Dans le jeu, étourdis par la technique, ils ont enragé, les oranges… Autant que sur le ring, une frappe des rues face à la science d’un « Sugar » Ray Leonard. Pensez, trois finales de Coupe du Monde perdues, ça commence à titiller le haricot. Ben oui, mais ce n’est pas à grands coups de tatanes bataves que se construit un jeu intelligent et beau. Au fait, c’est l’Espagne ou la Catalogne qui est championne du monde ? Ils ont fêté ça en Catalogne ou bien ils ne se sentaient toujours pas Espagnols ? Vexés que leurs joueurs aient permis à l’Espagne de gagner ? Je n’ai rien su à ce sujet, si quelqu’un a un retour, ça m’intéresse.

Enfin, je parle beau mais je ne suis pas plus malin qu’un footballeur. Sinon j’aurai fait quelque chose de bien, question carrière, tiens, ''Photographe de Bettencourt'' par exemple ou je sais pas moi, ''Masseur de Woerth'', voilà de bons jobs. Et l’autre chargé d’affaires, qui sirote dans le bigophone à la richissime Liliane : « pour mon petit cadeau il serait bon que vous me l’attribuiez en liquide et je pourrais alors m’offrir le bateau de mes rêves ». Juste pour lui donner une échelle de valeur à sa patronne, voyez… Un test, remarquez, pour savoir si comme le prétend sa fille, elle est gâteuse : on doute qu’il s’épanouisse dans un Zodiac de trois mètres avec un moteur électrique, alors si jamais elle lui offrait ça...

Aujourd’hui j’ai moi aussi eu un ''petit cadeau'', non sollicité, dans le cadre de mon travail : quatre courgettes et deux énormes tomates. Invendables sur un marché. Mais de luxe. Bio. Cultivées à l’ancienne, au fumier de cheval, dos courbé et arrosées de la sueur du jardinier. Il me les a données solennellement, avec des gestes lents, comme un trésor qu’on ne partage qu’avec ceux capables d’évaluer le goût de l'authenticité et la valeur du travail bien fait. Un beau cadeau. Je l’en ai remercié chaleureusement, à la hauteur du sacrifice consenti car il me donnait ce qu’il pouvait produire de plus beau, de plus sain, de plus goûteux. Ce qui s’appelle ''le respect du produit'' et ''l’excellence'' dans les restaurants étoilés, rétrocédé à prix d’or mais qui n’est en fait qu’un produit tellement naturel qu’il ne représente plus la norme. Je l’ai cuisiné pour mes enfants et il en aura un retour élogieux qui l’emplira de fierté. Et la terre tournera rond.

Parler de retour me rappelle que j’ai oublié de demander à Eddie Pons et Antoine Martin qui sont récemment intervenus en prison, de m’écrire leur ''Back to Alcatraz'' ou ''A la vuelta de Carabanchel'', enfin une resena humoristique (pléonasme en ce qui les concerne) pour le blog : ils me l’auraient concédée vous croyez ? Ouais, je pense comme vous, ils ne doivent pas avoir que ça à foutre. J’ai bien fait de m’abstenir. C’est dommage, hein, parce qu’il doit bien y avoir un mec au cours de cet atelier d'écriture qui les a collé au mur avec un couvercle de boîte de conserve mal prédécoupé sous la glotte, en leur aboyant un : « redis-le qu’elle est pas bonne mon histoire, redis-le pour voir… ? »

Non ? Ouais, il est possible que j’idéalise. On saura jamais, donc. Ce matin en tout cas, chez les Andalous, ça sentait la sardine grillée et le beignet d’aubergines et la mamie m’a dit :



« Maintenant, mon pauvre, il pisse partout… et reste prostré toute la journée devant la télé. Il n’y a que lorsque vous venez qu’il s’anime un peu… et quand l’infirmière vient, enfin, quand c’est la Sylvie, la plus jeune, alors là oui, pour faire le beau… Sauf pendant la toilette quand elle arrive à ses parties, alors là vous l’entendriez : doucement, doucement, qu’il lui dit… c’est fragile… comme si ça pouvait encore servir… la dernière fois qu’il a essayé, il a failli mourir étouffé, et m’écraser… on aurait dit qu’il avait escaladé trente six étages… Et puis, hein, si vous saviez ce qu’il m’a fait au bout de quatre jours de mariage… quand je l’ai dit à ma mère, elle m’a dit ''rentre tout de suite à la maison'' mais j’avais tellement honte que je ne suis pas rentrée… et voilà, quatre jours après mon mariage je l’aimais déjà plus… maintenant je sais qu’elle avait raison, j’aurais dû rentrer… comment passe une vie…! »

Vu que la séance est finie et que je n’ai aucune envie de savoir ce qu’il a pu lui faire au quatrième jour de son mariage, je m’approche de la porte quand le papi à la surdité sélective nous gratifie d’un hypocrite :

- Et soignez-la bien hein, c’est ma femme…

- Si… comme tu m’a soigné toi toute la vie ? lui rétorque sa moitié, l’œil noir.

Cela ne l’affecte pas et il attend que j’ai posé un pied dans le couloir de l’immeuble pour me lancer comme à chacune de mes sorties, son goguenard :

- Et allez les bleus, les bleeeuuuux, beeeeuuuuu….



samedi 10 juillet 2010

Ver Pamplona






































































Voilà, moi je suis occupé avec des vaches laitières, des truites et des champignons, d'autres y sont et pour ceux qui voudraient voir un peu l'ambiance de là-bas, je vous laisse méditer une dizaine de jours là-dessus car je ne veux plus voir le moindre PC durant ce laps de temps.
Ni écrire une ligne. Reposer mes yeux, respirer, dormir, oui, dormir, se coucher avec les poules, se lever avec les lapins. Des vacances très "années soixante" en somme. Celles qui font chier les ados à qui on aimerait expliquer un temps dont ils n'ont rien à faire, à juste raison, car la nostalgie ne les a pas encore envahis.

Va pour l'Onfray attitude, découverte avant lui, le recours aux forêts : se coucher dans l'herbe du sous-bois, s'y endormir, cueillir des fraises des bois, cuire des confitures de fraises des bois, peigner des myrtilles, cuire des tartes aux myrtilles, traquer les coulemelles et les pieds de mouton, poêler les coulemelles et les pieds de moutons... avec de l'ail, et du persil. Pas le persil du supermarché, le persil du jardin à Roger. Du persil au parfum d'un autre monde, comme la tendreté de ses blettes et le goût de ses carottes. Filer l'aligot, manger le sac d'os, enfourner la môche, réchauffer la flèque. Fumer un havane, quand même, parfois, la nuit, dans le jardin, quand tout le monde dort, quand il fait froid même au coeur de l'été, que la brume descend et mouille les os mais qu'on ne bouge pas parce que le cigare n'est pas fini, parce que c'est un luxe, cette fraîcheur, quand sévit la canicule, parce qu'on est trop épuisé pour aller se coucher et qu'on est enfin seul avec ses pensées, et qu'il faut admettre que tout ça s'arrêtera un jour et qu'on se rappelle ceux, déjà partis, à qui on a pas eu le temps de dire encore une fois qu'on les aimait, de cette fois-là, qui manque tant. Alors les yeux aussi s'embrument pour se confondre avec le ciel dont on nous a bassinés depuis l'enfance qu'il serait habité, pour que les drames soient supportables. Moins inhumains. Sans doute l'entourloupe ultime, mais bon, a voir, lors de notre propre évaporation dans les brumes, sans idée préconçue, au cas où... Et puis ce type qui marche seul, sur la route luisante de ce bout du monde et s'arrête pour croiser longuement mon regard, soudain au fait de ma présence. Qui est-il ? Où va-t-il ? Pourquoi marche-t-il la nuit et sous la bruine ? Que pense-t-il à voir rougeoyer l'extrémité de mon cigare et le nuage de fumée monter au-dessus de ma tête ? Pourquoi me vient à l'idée qu'il ne peut s'agir que d'un fou, d'un pénitent ou d'un assassin ? Et moi, qui suis-je, dans son imaginaire ? A-t-il hésité à venir me rejoindre ? Il a repris sa route maintenant et moi mes pensées embrumées. Malgré les apéros géants de Facebook, les ferias, leur tumulte, la musique, l'appartenance à la communauté, les fêtes, la convivialité des blogs, malgré les diverses apparences, malgré l'amour, ce type, tout seul sur cette route luisante de ce coin perdu dans la brume d'une nuit qui bruine, est peut-être celui qui a moins peur, dont le destin individuel est assumé. Dans sa tête on est toujours seul et le silence de cette confrontation peut être violent. Alors ce type, déparasité du bruit ambiant des vuvuzelas de la société, forcément connecté avec lui-même, qui passe pour un original inquiétant, ne préfigure-t-il pas le destin de chacun ? Il me faudra aller à Pamplona, un jour. On est si loin de l'esprit de Pamplona dans la Lozère profonde. En attendant, et puisque je n'y suis pas, c'est de ce type dont je me sens proche. Depuis un quart de siècle, c'est la première fois que je n'irais pas à Céret... pas envie des bouchons de l'autoroute, de bruit, de foule, de canicule, d'alcool. Je sature.
Là où je vais, rien ne passe, ni tourisme de masse, ni portable, ni ADSL. Qu'un passant nyctalope. Je regarderai la finale de la coupe du monde de football sur un vieux poste à la résolution neigeuse, où le ballon est aussi aléatoire à distinguer qu'un cèpe dans les feuilles mortes. On a piqué une fourchette dans la lumière de l'antenne cassée pour améliorer la réception.

No fax, no email, no SMS, no telefono, solo mi et le cheminement solitaire de la vie intérieure.

Au loin, juste avant de disparaître dans le virage, le type s'est retourné une dernière fois et m'a salué d'un geste gauche. Les palpitations de mon coeur se sont accélérées. Il attendait. Je lui ai rendu son salut. Il a repris sa marche et moi celle de mes pensées. Il y avait un lapin dans le potager de Roger. La bruine avait éteint mon cigare. J'avais toujours envie de pleurer, et si j'avais voulu m'isoler, j'étais tout d'un coup heureux de me sentir moins seul.













jeudi 8 juillet 2010

Depuis ma Vuvuzela 9 ...



Non, elle serait trop facile, celle-là, vous faire le coup de la centrifugeuse, vous écrire que les Uruguayens manquèrent de jus face à l’orange. Ce serait vulgaire, facile, populiste… et alors ? On n’est pas au Fouquet’s, ici… en train de siroter un thé exotique des îles tièdes à la Bergamote et aux pistils de Jasmin entre nanas, pour la modique somme de … combien… ? Vingt euros le thé ? Au moins… et je suis peut-être rat… C’est bien simple il n’y a que des footballeurs en terrasse. Y’a des pistils, dans le Jasmin ? Oui, sûrement… C’est cher le pistil, dans son ensemble… regardez le safran.
On n’a pas pu s’empêcher de penser avant-hier soir, voyant le parcours de la petite équipe Sud-Américaine des Bleus clair, que si notre équipe de Bleus froncés n’avait pas été exclusivement composée de pieds nickelés escagassés des circonvolutions cérébrales plus occupés à se suicider en se jetant du haut de leur ego, elle se serait assez facilement retrouvée en finale : quelle autostrasse elle avait devant elle ! Vous remarquerez l’emploi de la langue de Goethe… Quant à la défense hollandaise, elle est bien plus trouée que le Gouda, je parie qu’on s’en apercevra en finale.

Olé ! Hurle toute la péninsule… Le laminoir teuton a lamentablement buggé sur la maîtrise technique ibère qui hacha menu le moindre des ballons au milieu du terrain, réduisant l’Arien à n’être bon qu’à… pas grand-chose, arpentant désoeuvré le rectangle vert, langue pendante de cette perpétuelle quête d’un ballon qui se dérobait comme par magie. De quoi criser pour le teuton moyen, à qui il faut de l’opposition simple, franche et directe, de grands gaillards britanniques ou bataves avec qui se mesurer musculairement, d’épaule à épaule mais cette armée de fourmis chipoteuses à la technique infaillible qui les ont fait tourner en bourrique, ach…nein danke ! Das ist nicht Hurra fussball ! Nicht gut !

Gut, gut… Ca me rappelle ce pépé aigues-mortais, monsieur Goutte, qui s’était pris une gamelle en vélo sur la route de la tour Carbonière, vous savez, en allant sur Saint-laurent d’Aigouze. Eh ben arrive une bagnole remplie de touristes allemands qui s’arrêtent pour lui porter secours. Ils s’approchent précautionneusement de la roubine d’où émerge papi Goutte qui ouvre un œil et entend :

- Gut ? Das ist gut ? Gut ?

Et là, le papi lui fait :

- Et Hiare…, Vous me connaissez ?

Mais c’est pas grave si ça ne vous a pas fait rire. Bon, je crois que pour ce coup de vuvuzela-là, ce sera tout… Ah si peut-être, mon petit pronostic pour la finale : il me semble que l'Espagne devrait franchir le cap grâce à son jeu tout en saveurs qui tient fermement le gouvernail immergé vers la gagne, le safran, quoi.

mercredi 7 juillet 2010

Hoy Pamplona




Course de Nuit


Miguelcho frissonne. L’humidité de la nuit mouille le pavé qui luit sous la lumière des réverbères. La rue, ceinturée de barrières fortifiées, est déserte à cet endroit. Au loin, le son du xistu. Miguelcho, immobile, à l’abri de ces madriers noueux doublés de poutrelles d’acier, tend maintenant une oreille attentive. Le bruit si caractéristique de la rencontre de ces deux mondes, vient s’amplifiant. Rythmique rurale sur portée citadine, version San Fermin. Cette encierillo qui des corrales de la Rochapea, les mène jusqu’à leurs quartiers de nuit, à Santo Dominguo, revêt pour Miguelcho en cette soirée du six juillet, une importance toute cérémonielle. Demain, il va courir. Demain, il court. Enfin.

La sensation qui étreint son corps depuis un an, ce cruel état de manque, il le ressent viscéralement. Miguelcho remarque le derrote lâché à son intention, dans un souffle puissant, par la bête la plus proche de lui, parvenue à sa hauteur. Comme pour accuser réception de sa présence. Comme pour lui dire :
« Alors à demain, Miguelcho...»

Il rentra chez lui, la tête dans les épaules, absorbé dans ses pensées qui s’essayaient à traduire l’impression laissé par ces morlacos de Pablo Romero aux poitrails si larges, et aux cornes si... enfin, mieux valait ne pas les évoquer.

Dans la maison, chaque objet dans sa nocturne immobilité, semble lui aussi, attendre le lever de ce jour qui ne sera pas ordinaire. Il alla se coucher sans tarder, juste le temps d’apercevoir sur la chaise de sa chambre, le pantalon blanc, la chemise blanche, la ceinture rouge, le foulard rouge, le tout préparé et repassé par Menchu. Tout est donc prêt.
Miguelcho se rappelle que lorsqu’il était petit, Josephina sa grand-mère, lui recommandait pour s’endormir, de compter les moutons. Cette nuit, ils seraient noirs, tondus et cornus, et ne feraient pas trouver le sommeil.

Le lendemain matin, Miguelcho, avale par petites gorgées consciencieuses un café noir puis plie méticuleusement le journal à la façon du Divino qui le lui a enseigné : le séparant en deux, décalant une partie des feuilles, puis enroulant le tout de manière à pouvoir en lâcher la moitié rapidement, dérisoire et ultime leurre avant imminence de châtiment. Ils ne sont finalement qu’un assez petit groupe au milieu de la foule ambiante, à brandir à San Fermin leur journal.

Le cohete, cette fusée-pétard retentit : les portes s’ouvrent. Puis très vite, fuse le premier cri. Une onde parcourt la foule, se propage par ce phénomène ambigu qui mêle la peur au plaisir, que les toros bravos suggèrent aux hommes depuis la nuit des temps. Miguelcho voyant la houle des corps s’animer à cent mètres de lui, se tient prêt, tous les sens en alerte. Quand à quarante mètres de lui, il distingue la première corne, Miguelcho démarre. Le groupe est dense autour de lui. Pour le moment, la préoccupation majeure est de jouer des coudes pour tenir son couloir, ne pas tomber. Miguelcho, bien en ligne, maintient sa foulée athlétique, court de tout son souffle, jette périodiquement un oeil inquisiteur par-dessus l’épaule, alternant le coté à chaque fois, contrôlant l’échappée. Même quand il ne regarde pas, son esprit le renseigne par la représentation mentale qu’il lui délivre, anticipant la course. Il lui fait voir les toros, la vitesse à laquelle ils se rapprochent, le groupe qu'ils composent, l'allure du meneur, ses cornes. Cela se présente bien, Miguelcho court concentré et confiant. Jusqu’à ce qu’il croise le regard de cette vieille femme, au visage ridé et diaphane, à la silhouette hiératique bizarrement juchée à la cime des barrières, qui ne le quitte pas des yeux. De cette présence étrange qui semble ne s'intéresser qu’à lui, il conçoit une fulgurante et néfaste association d’idée, malgré lui.

A cet instant il se sent perdre des forces. Il lui semble, que s’il n’a été jusque là, qu’un pion parmi les autres pions coureurs, soudainement les choses s’orchestrent autour de lui, pour en faire le personnage central de l'événement. Tous les autres continuent leur course à vitesse normale, perdant ainsi moins de terrain sur l’avancée des toros, que lui, qui sprinte pourtant, mais comme englué dans un ralenti dont il ne peut s'extraire. Si bien, qu’au fil des mètres, inexorablement, assez rapidement pour que courir et réfléchir à la façon d’échapper à son sort, soit impossible à mener de concert, il devient la cible. Tout le monde le double, il ne voit plus d’eux, que leurs dos, qui s’éloignent irrémédiablement.

La rue se dépeuple, il n’y a désormais aucune complicité à espérer. Miguelcho est seul, en point de mire des toros. Mon Dieu ! se dit-il, quelle solitude ! Rien qu’eux et moi sur le bitume. Eux, qui me poursuivent, et moi, qui les fuis. Il grimace de plus belle, tire sur les bras, allonge la foulée en vain. Les réactions des spectateurs à l’abri des barrières, les cris des femmes sur les balcons, lui indiquent qu’ils sont tout proches. Le bruit de leur galop s’amplifie. C’est le seul bruit qu’il perçoit, le reste ne lui parvient plus. Ils sont là, maintenant. Il est à bloc, le coeur qui cogne, la poitrine qui brûle, les jambes qui tremblent, il court. Miguelcho court si vite qu’il en pleure, mais sa main droite au cours du mouvement de va-et-vient qui l’anime, touche quelque chose de froid et gluant. Il entend des femmes crier sur son passage. Un mufle apparaît qui ne tient aucun compte de lui, puis un autre, à sa gauche cette fois-ci. Machinalement, il pose une main sur chacun des dos de cette escorte noire qui l’enserre, et il lui semble alors, qu’il ne risque plus rien, qu’il s’accorde au troupeau, qu’il en fait partie. Oubliées les contractures douloureuses, oubliées les angoisses de mort, la conscience du risque, et autres humanités terre à terre. Résolu le conflit désir-crainte... Miguelcho vole, en pleine sublimation de l’instant.

Un petit coup dans le dos, le frappe comme à la porte d’une réalité que la félicité de cet état de grâce lui a un temps fermé. Miguelcho devrait se dégager, mais il ne le peut pas. Un second puntazo plus appuyé et piquant, comporte un message impérieux dont la clarté ne lui échappe pas : dégager très vite ou être châtié. Sur le coup du troisième, il est projeté loin devant, tandis qu’une violente douleur lui déchire le flanc droit. Sa chute entraîne celle de Bixente, qui court sa portion de parcours. Puis, il ne le voit plus, l’entend retomber lourdement plus loin, enfin l’encierro leur passe dessus. Soit une cinquantaine de sabots, lestés de six ou sept tonnes, et armés de vingt-quatre poignards. Le silence succède au tumulte. Miguelcho et Bixente gisent sur le pavé sale de la rue, disloqués. Il flotte une odeur de bouse, de sang, d’urine et de vin de Navarre mêlés.

Miguelcho ouvre les yeux, mais ne voit rien. Le noir complet malgré ses efforts. Soudain, une formidable lumière l’aveugle :

« Cafe con leche y churros, Miguelcho ! » lance Menchu en tirant les rideaux.

Miguelcho haletant, se redresse d’un bond. Il est en sueur, les traits tirés, une profonde douleur tenaille son côté droit. Menchu papillonne dans la chambre, s’affaire en chantonnant comme si son labeur au service de la maisonnée, n’était fait que de tâches agréables. Tout le monde l’apprécie pour cette joie de vivre. Elle quitte la chambre sans se retourner, lâchant juste avant de disparaître :

« Au fait, le fils du bourrelier, tu sais, Bixente…, les toros l’ont tué ce matin.... »

lundi 5 juillet 2010

Etienne Merveille

Hier soir, j’avais un rendez-vous avec Etienne. Vous savez, celui qui a un nom ringard «merveille». C’est ça. Etienne Merveille. Mais comme je suis parfois un peu snob, je l’ai traduit en anglais, histoire de faire un peu smart : Steevie Wonder.
Il m’a donné rendez-vous aux arènes de Nîmes mais il avait oublié de me dire que dans un geste de générosité dont il est coutumier, il avait convié aussi quelques amis. Bref, après la présentation de deux copains à lui qui ne se sont pas trop attardés parmi nous, IL est arrivé et a inondé la scène d’une lumière joyeuse et vivante qui vous donne envie de sauter, chanter, danser, comme si votre corps se sentait tout à coup possédé.
Le roi de la soul a séduit, que dis-je, captivé et enchanté la foule. Gradins inondés de lumière et chauffés par une musique puissante qui vous emporte. Choristes, musiciens, mise en scène sur écran géant…. Tout était réglé, huilé, comme une horlogerie suisse. Des percussions entêtantes où se mêlaient des sons arabo-afro-cubains mâtinés d’hindou. Un toucher de clavier de S.W. à nul autre comparable. Et puis sa voix : chaude, puissante et harmonieuse qui vous donne envie de bouger et danser. Et de vous abandonner à des mélodies plus douces. Pas sirupeuses mais profondes, réminiscence de slows langoureux et émus.
Mais le plus extraordinaire, c’est la communion de spectateurs de tous âges, toutes générations confondues captivés par le talent de cet artiste.
Dans cette nuit chaude de juillet, les arènes ont frissonné d’émotion devant un tel géant. Et nous avec, goûtant cet instant magique offert avec générosité par un chanteur musicien hors pair : un certain Etienne Merveille.

Maja Lola

dimanche 4 juillet 2010

Depuis ma Vuvuzela 8 ...

Doigt Divin

Angela Merkel a des ampoules aux mains. Quatre abondantes salves d’applaudissements. Le Messi attendu ne s’est pas déclaré. La National Mannschaft ''mit Kompressor'' a laminé les nains de jardin de l’Albiceleste. Très tôt, à l’observation de la déglutition maradonienne on a compris qu’ils seraient irrésistibles. Ils sont jeunes, athlétiques, spontanés et s’emploient plus à parcourir les grèves engazonnées à vive allure pour se donner du plaisir qu’à se la péter en fomentant la grève des hyper-nantis. Maradonna a consolé toute son équipe, leur prodiguant un à un ce qu'ils venaient chercher : des bisous affectueux et une petite flatterie fessière de sa main si célèbre.


Autre mentalité, l’Uruguayen Suarez qui par son acte caractérisé d’anti-jeu élimine le Ghana revendique l’aura de ''La Main de Dieu''. Il oublie juste que lorsque l'expression sortit sous la plume d'un journaliste, elle était suggérée par l'authentique figure du Dieu vivant du football de l'époque, un génie balle au pied, Diego Maradonna. Ce qu'est loin d'être Suarez. Au moins sait-on aujourd'hui qu'il ne s'agit pas d'un ange non plus. Diablotin bêta tout au plus. Peu importe l’éthique, seul compte le résultat. A ceux qui auraient espéré que l’introspection solitaire face au miroir lui fasse honte, il pointe le doigt d’honneur de la proclamation publique de son statut de héros divin, sauveur de l’enjeu suprême. Où il nous est enseigné que l’injure n’est pas le problème mais le traître qui l’a révélée. Que la main n’est pas le problème mais que l’arbitre ne la voit pas, si (Henry). Ou que sa résultante la justifiait (Suarez). Faites jouer vos enfants au football pour leur apprendre les valeurs du monde moderne.


Ces valeurs qui ont tué Mohamed massacré sous les yeux de sa famille sur la route des vacances parce qu’une bande de barbares appelés à la rescousse d’une copine qui refusait de signer un constat d’accident anodin, a trouvé légitime de l’exterminer sur le champ. Ce qui les distrayait un peu du ballon frappé jusque-là au bas de l’immeuble. Argument ''développé'' : « Les constats, c’est pour les Français »

Le Paraguay, avec la crème de ses confidentiels quatre-vingt mille licenciés – six millions pour l’Allemagne - a fait douter jusqu’au bout les Conquistadors ibères qui devront rester fiers devant le rouleau compresseur teuton en demi-finale. La Latin face à l’Arien. La Bière face à la Sangria, la Choucroute face à la Paella. De la batucada footballistique en perspective. Réponse le sept juillet. A propos de l'équipe ibère, j'ai remarqué un truc : quand joue le Barça, les commentateurs disent "les Catalans'' mais là, même si huit ou neuf joueurs sur onze sont de ce club, ils sont devenus ''les Espagnols'' de la Roja... Barcelona d'un coup épouse Madrid.
Dans l’autre demi-finale, qui des tricheurs Sud-Américains ou des butés Bataves l’emportera le six juillet ? Cela nous fait donc trois Européens dans le dernier carré, qui l’eût parié ?

Enfin, le Tour de France vient de commencer et non, rassurez-vous, ''Depuis mon pignon de dopé'' ne succèdera pas à ''Depuis ma vuvuzela''… Pourtant, quand j’avais quatre ou cinq ans, scotché à la télé pour le podium de chaque étape, je guettais mon père, qui remettait au vainqueur l’écharpe des ''Pantalons le Toro'' sponsor officiel de la caravane du Tour. Au fait, peut-être me faudrait-il fouiller les archives de l’audio-visuel pour retrouver celui qui n’avait pas besoin de pédaler mieux qu’Anquetil et Poulidor pour être mon héros.




samedi 3 juillet 2010

Depuis ma Vuvuzela 7 ...




Bouuuuuuuhouhouuuuuuuuuuuu fait ma vuvuzela aujourd’hui. Mes favoris, Brésil et Ghana out of Africa ! Voilà comment je vois le truc : le Brésil, c’est un peu le jeune tigre de Sibérie qui meurt d’une crise cardiaque quand on vient le capturer vivant. Il n’est tellement pas génétiquement programmé pour avoir un prédateur qu’il en claque parfois d’être acculé et capturé. Les Brésiliens avaient gagné leurs trente derniers matchs et archi dominé leur sujet en première mi-temps pressant les oranges, amers. Et puis la suite, impromptue, improbable, connue.


Le Ghana, lui, a vérifié à ses dépens que les tricheurs ont raison de tricher car souvent l’issue n’est pas morale. Dernière minute, le but de la victoire pour le Ghana… empêché par un Uruguayen qui s’arroge goal, repousse le ballon presque entré, à pleine mains : carton rouge, ce dont il se fout puisque la partie est terminée et penalty. Dernière seconde, penalty raté et victoire envolée, l’exclu bondit de joie sur la touche : son sacrifice a été payant, les Dieux mafieux du football sont avec lui. Je me lève de mon fauteuil en disant : la suite est écoeurante et certaine, l’Uruguay gagne aux tirs aux buts, il ne peut en être autrement. Enfin je ne l’ai pas dit d’un langage aussi châtié mais bon, ça s’est vérifié. Que de larmes chez les Noirs, que de joie indue chez les Blancs que la moindre des bienséances aurait dû tempérer un peu.


Depuis que l’on ne joue plus pour glaner des points mais pour survivre, la Coupe du monde est devenue intéressante. L’enjeu est simple, clair, compréhensible même par les footballeurs. Chaque match est une finale avant la lettre. Regardez tout à l’heure Argentine - Allemagne, ça va être la guerre totale. Ces deux équipes se sont déjà fritées devant les cameras du monde entier lors d’une Coupe du monde. Pas autour d’un ballon, je veux dire, non, sur la pelouse mais en changeant de sport : boxe générale, sauvage, sans règles. Je pense que cette fois encore, on n’en sera pas très loin. Enfin, ça évitera de choisir entre la corrida de Saint-Gilles et celle de Vauvert ces villages séparés de dix-huit kilomètres ayant eu l’intelligence de programmer des toros le même jour, un jour de quart de finale de vuvuzela, les brutes ! Il devrait y avoir plus d’areneros que de spectateurs.

Question vuvuzela, ses détracteurs n’ont pas fini de s’arracher les cheveux, je pense : il paraîtrait que des syndicats européens en commandent en masse pour leurs manifs ! D’ici que la crainte du chulo aficionado se vérifie et que les chulos de la fiesta en la calle ne les importent en feria jusque dans l’arène, il n’y a qu’un couac.

Histoire de titiller une Nimoise partie confire dans la capitale chaude et polluée, voici comment j’envisage de procéder pour Argentina – Allemagne : allumer un puro de Cuba, touner la table basse supportant la télévision vers la piscine, m’immerger avec délice dans l’eau cristalline à 31° devant la buse massante du jet stream, m’accouder à la margelle d’Ipé (oui...issu d’une forêt brésilienne gérée) et tirer sur ma vitole caribéenne en étudiant les différences de style de jeu et des mentalités concernées par leur problème du jour : non, rends-le moi, il est à moi le ballon, ben tiens va le chercher dans tes filets, etc… ce qui, on en conviendra, n’est pas en mesure de dévier l’axe de rotation de la terre mais qui, pour occuper un après-midi d’été, devrait parfaitement convenir. Qui vient me rejoindre ?

Le plus roublard des malhonnêtes gagnera certainement, c’est la raison pour laquelle il était très sain que le Brésil assez doué pour disposer du monde sans jamais tricher et donc imposer sa légitimité, continue jusqu’au bout sans tigre dans son moteur. Mais bon, comme pour la corrida, le jour où tout sera écrit d'avance, le football sera mort.