Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

jeudi 28 juillet 2011

Humour Photographique Bulgare

Bien sûr, pour qui n'est pas photographe et n'a donc pas connu un tel parcours plus ou moins approchant, ne consulte pas assidûment les forums photos du net, il y a de quoi ne pas saisir tout le sel de ce texte écrit par un Bulgare parait-il, qui circule maintenant sur ces mêmes forums spécialisés. Il saisit bien la gourmandise technique des amateurs - à laquelle je n'échappe pas - et peut-être même, cette fuite en avant par la course au matériel qui empêche de se poser des questions plus essentielles sur ses aptitudes artistiques et l'approfondissement de son art... Désopilant.





Mon Parcours Photographique





Janvier :


J'ai fait une photo du chat avec un jetable. Affreux. Va falloir acheter un reflex numérique. On m'a conseillé le D300s. Ah, ils vont voir maintenant !!!


Février :


L'objectif du kit ne me convient pas. Pas net pour deux sous, pas de flou artistique, un bokeh nerveux et dégueu... J'ai de nouveau photographié le chat - les moustaches sont pas nettes, un peu grasses sur les bords...


Mars :


Je me suis payé un 17-55/2.8. Aigu comme un rasoir. J'ai photographié le chat - on voit chaque petit poil de moustache ! Ah, ils vont voir maintenant !!!


Avril :

Le DX, c'est pour les cons ! Je me suis pris un D700. Je photographie maintenant le chat dans le noir complet, a ISO 25600. J'ai du changer le 17-55 pour un 24-70.

Mai :

L'étendue des distances focales est insuffisante. Le chat se cache sur l'armoire. Je me suis pris un 14-24 et un 70-200/2.8. Maintenant je photographie les chats sur les toits des voisins.

Juin :

Je comprends maintenant pourquoi les vrais photographes utilisent des focales fixes. J'ai photographié le chat avec - on voit une paire de moustaches nettes, le reste est agréablement flou. Ils vont voir maintenant.

Juillet :

J'ai lu sur le forum que les optiques modernes n'ont pas de signature artistique. Je me suis fendu de quelques classiques manuels: 50/1.2 et 85/1.8. J'essaie encore de faire le net sur le chat, mais il est rapide, le petit salaud...

Août :

On s'est foutu de mon chat sur le forum. Parait il - mon horizon penche. J'ai pris un Gitzo Carbone avec triple bulle, tête titane et stabilisateur gyroscopique. Ils vont voir maintenant !!!

Septembre :

On racontera ce qu'on voudra - les photos numériques manquent d'âme, de chaleur et de corps. Je me suis pris un F6. Je me délecte du grain nerveux et sportif du Provia, de la douceur moite du Velvia et de la noblesse bleusanguine du Maco Orthochromatique. Les poils de chat sur les scans sont un peu chiants, remarque...

Octobre :

Ces crétins du labo ont paumé mes pellicules avec le chat dessus. Je me suis payé un Durst. Le chat apprend doucement a vivre sous lumière rouge.

Novembre :

La sagesse vient avec l'expérience. J'ai revendu toutes mes merdes nikonesques a quelque blaireau débutant, avec l'armoire déshydratante pour les optiques. Je me suis pris un M7. Ca, c'est du vrai modelé !!! Bon, le chat sort du champ constament, j'arrive pas à calculer le parallaxe suffisamment vite.

Décembre :

J'ai vraiment été con... Exit ce piège a snobs leicaïstes, me voila heureux possesseur d'un Blad (j'ai un temps considéré le Bronica, mais je me suis dit - assez de compromis). J'ai essayé de placer quelques photos du chat sur le marché pour me payer un dos numérique, mais personne ne les a aimées. Remarque - c'est normal, vu les merdes utilisées... Alors j'ai du revendre la bagnole. Toujours pas suffisant pour un dos numérique, mais ça m'a permis de m'équiper en éclairage de studio.

Janvier :

Mine de rien - c'est lourd quand même, un Blad... Je l'ai laissé tomber sur le dos du chat, maintenant il rampe sur les deux pattes de devant. Vu sa vitesse, c'est quand même bien plus confortable a photographier. Et puis les photos sont plus dramatiques.


Février :

Enfin !!! Victoire !!! Le Blad attend sagement dans l'armoire. J'ai photographié le chat avec un sténopé Holga. J'ai eu des commentaires très positifs sur Anti-photo.fr. Curieusement, tout le monde pense que c'est un autoportrait...

Mars :

Houuuraaah !!! Je me suis payé une chambre "4x5 inches". Je l'ai montrée au chat, qui a miaulé tristement, rampé jusqu'au rebord de la fenêtre et plongé du 16ème. Je suis descendu et ai pris des photos de sa dépouille sanglante avec mon téléphone portable. Je les ai publiées sur le forum histoire d'expérimenter, et elles ont été votées photos du jour !!! C'est un peu dommage pour le chat, remarque... Tout compte fait, je me rends compte que l'effet aurait été bien plus dramatique si je l'avais pris du 16ème a travers branches et feuillages avec un gros télé... Je crois que j'ai besoin d'un reflex numérique. Et d'une paire de chats.

mercredi 27 juillet 2011

Rififi à Mimizan


Il est si probable que ce soient les zantis qui aient tenté de brûler la famille d'André Viard que Claire Starozinski s'est fendue d'une montée au créneau moraliste dans les colonnes du Midi-Libre pour condamner "avec la plus grande vigueur... et gnagnagna... lâcheté... gnagna... violence inouïe... gna... honorable... gn... respect de l'autre..." on dirait du Ségolène... mais elle s'est trahie : elle dit, "Tout combat pour être honorable doit se mener dans le respect de l'autre" soit une définition idéale de la tauromachie... mais en effet, vu que ce n'est ni Klein ni les compères de CyR qui ont autre chose à faire et dont je conserve les alibis en lieu sûr, cet attentat ressemble par la méthode, à celui perpétré sur la maison de Simon Casas il y a plusieurs années. Dites donc Viard, vous avez pris du galon, c'est un bon indicateur de notoriété, le feu ! Sans doute doit-il cette tentative de réchauffement micro-climatique à son influence pour le classement de la tauromachie... gnagnagna... patrimoine... gnagna... immatériel... etc.
Donc, bien tentés les zantis, si c'est vous, sauf que c'est s'arroger bourreau. Ce qui me gêne.

Mais l'histoire qui m'a interpellé je l'ai entendu à la radio : les zantis trouvant que la loi était bafouée à Mimizan dont le club taurin organise une corrida parce qu'elle violerait le principe selon lequel il ne s'agirait pas d'une place à tradition ininterrompue, entament des actions. Invoquant cette loi, ils en reconnaissent donc le penchant inverse, c'est que là où, etc... la corrida est légale ! On ne pourrait en effet pas se recommander d'un aspect d'une loi et en réfuter les autres aspects. Ou la loi est bonne ou elle est mauvaise mais pas moitié-moitié... et c'est en tout cas la loi. Il ne m'appartient pas de dire si leur indignation est justifiée ou non, ne connaissant pas l'histoire du coin, de plus, n'étant pas juge, vous vous en fichez un peu de mon avis et je le conçois.
Ce qui m'a interpellé c'est qu'ils ont roulé du tambour chez leurs militants par delà les monts et les vaux, pour que ceux-ci emmerdassent - mal conjugué mais plus souillant - toute la région en réservant chambres d'hôtels, gîtes, couverts et tout ce qu'il y a à louer dans le canton, puis, de décommander tout ça, au dernier moment.
Voilà... bien joué, non ? Sauf que c'est s'arroger juge à la place des juges et saboteur chez de nombreux commerçants que le combat du toro indiffère. Ce qui me gêne. On dirait vraiment qu'il y a urgence. Comme s'ils n'avaient pas pu laisser passer cette édition puis fourbir leurs armes pour éventuellement gagner, pourquoi pas, l'année prochaine. Non, il faut créer l'incident géopolitique.

Mais dans tout ça, moi qui face au choix, pragmatique moyen ou fin idéologue, ai toujours choisi la première alternative - peut-être par cette faculté de grande adaptation naturelle au monde qui m'entoure (je n'ai pas insinué que c'était une qualité !) - il y a forcément une finalité qui m'échappe. Car, mettons qu'ils y arrivent un jour, à interdire les corridas, soit, que se passera-t-il ? Juste un léger différé pour l'abattage qui n'aura plus lieu devant le public. C'est peut-être pour cela qu'on "indulte" à tour de bras des invalides souffreteux : pour nous habituer au futur des spectacles - abandonner un tel filon n'est pas envisageable - qui s'affranchiront de la mise à mort. Les toros retourneront un à un dans leur chiquero où un "matador" électronique les abattra sans peine ni gloire.

C'est une idée que je défends depuis longtemps : en fait, au plus profond de leur inconscient écobobotisés, ils se fichent que les toros souffrent mais ce qu'ils ne souffrent pas, eux, c'est l'idée insupportable que leurs semblables puissent éprouver de l'intérêt à ce combat sanglant. Pure idéologie. La vie en société doit être hypocrite ou ne doit pas être. Il faut nier la mort - dans les couloirs d'hôpitaux, on met en place des subterfuges d'itinéraires extrêmement élaborés pour que le visiteur ne croise pas un corps - il faut nier la naturelle inclinaison de l'homme pour le sexe nomade, ce crime majeur de l'humanité - tu parles... mon cul, oui... oh pardon... mais regardez autour de vous - il faut nier l'émotion, la passion, l'humain, quoi. N'être qu'un cerveau dominant aux affects bien verrouillés. Sinon, sinon... les zantis s'attacheraient à la porte des abattoirs, ils pleureraient, s'ouvriraient les veines, décompenseraient, là, effondrés, rayant les grandes portes du sang de leurs petits ongles. Militeraient contre l'abattage Hallal qui vide de leur sang des animaux conscients. Ils erreraient, livides, hâves et faméliques traînant leurs carcasses squelettiques, suicidaires, désenchantés, prostrés. Ce qu'ils ne supportent pas mes frères je vous le dis, c'est cette étincelle que nous avons dans l'oeil : la passion. Un gros mot.

mardi 26 juillet 2011

Cocoricôooooo...

Vendredi 5 Août à 19H des taureaux français pour des "matadors" français :

Taureaux de :

Ferney, Jalabert, Granier, Yonnet, Darre, Pagès-Mailhan pour Serrano, Miletto, Lescarret.

Chevaux français, piques francaises, Floc de Gascogne, foies du gers.

Le Torero Mort





Le torero mort, c'est l'expo que propose le Cercle d'Art Contemporain du Cailar un sympathique village où le taureau camarguais est si aimé qu'on lui érige des monuments. La tombe de ''Sanglier'' par exemple, un grand cocardier qui trône à l'entrée du village ou encore dans les prés, celle du "Cosaque" de la manade lafont, un taureau si communiste qu'il distribuait ses coups de barrière à tous les hommes en blanc... Au vernissage, le 5 Août il y aura aussi à boire et à manger, ce sera la teuf ! Vous pourrez passer avec un air inspiré devant les toiles de Chambas ou Di Rosa feignant d'avoir compris le subliminal message qu'elles renferment tout en sirotant la production des viticulteurs du coin. Profitez-en aussi pour acheter à la boucherie Maeva du taureau de Camargue AOC et du riz du delta voisin.

lundi 25 juillet 2011

Le Club des 27



C'est à l'âge de vingt-sept ans que Les Harvey guitariste des Stone the Crows perdit la vie, électrocuté sur scène, à vingt-sept ans que fut violée et tuée Mia Zapata de The Gits, à vingt-sept ans que Ron « Pigpen » McKerman de Grateful Dead se vida de son sang jusqu'à blémir, à vingt-sept ans que Alan Wilson (Canned Heat), Gary Thain (Uriah Heep), Kristen Pfaff (Hole) finirent pas overdose, à vingt-sept ans que Pete Ham (Badfinger) se pendit, à vingt-sept ans que Jacob Miller (Inner Circle), D Boon (Minutemen), Denis Wielemans (Girls in Hawaï et Hallo Kosmo) périrent dans des accidents de voiture, à vingt-sept ans qu'un oedème pulmonaire fut fatal à Dave Alexander (The Stooges) et c'est à cet âge aussi, que la très fragile Amy Jade Winehouse entre dans la légende, comme Jim Morrison, Jimmy Hendricks, Kurt Cobain, Robert Johnson, Brian Jones, tous disparus à cet âge, comme Janis Joplin, encore, autre exception féminine blanche à avoir chanté comme une noire, jusqu'à vingt-sept ans... Bye Amy.

samedi 23 juillet 2011

Génial Vidal


Au cours de mon parcours en aficion, j'ai souvent été confronté à la frustration de n'avoir pas étudié l'espagnol ce qui me laissa maintes fois sur le bord de la route des toros bravos. Je l'ai cruellement ressenti quand on me parlait de ce revistero dont les resenas étaient aussi attendues que les courses elles-mêmes. Mieux, comme nous l'apprend François Bruschet dans sa préface, certains de ses lecteurs assidus étaient indifférents à la tauromachie. Je crains qu'il ne soit plus envisageable de nos jours de trouver un journal assez courageux pour laisser s'exprimer une telle plume. Nous ne sommes malheureusement plus à une époque ou l'inimitié qui lui était voué par le mundillo dont il ne voulait pas s'approcher, signait la garantie de son indépendance forcenée. Aujourd'hui, grâce à la parution de ce petit livre "Chroniques Taurines" chez les fondeurs de briques, il est possible d'accéder à cette lumière qui ne se limite pas comme chez les autres, à la connaissance des toros mais déborde jusqu'à une grande intelligence de la vie. C'est pour illustrer cette qualité que j'ai choisi cet exemple d'une resena sans haine ni concessions, lucide, qui a dû en heurter plus d'un à sa sortie. Si l'on rajoute le fait qu'il téléphonait ses resenas au sortir de la course dans l'enceinte même de l'arène, on en dit un peu plus long sur son talent. A tous ceux qui ne comprennent pas ce que les blogs non alignés sur le commerce des corridas tentent de leur apporter, je ne saurais trop leur conseiller l'achat de ce petit livre redoutablement efficace pour parfaire leur aficion pour peu qu'ils la rêvent "de verdad".

Jandilla/Joselito, Jesulin, Barrera Taureaux de jandilla sans prestance, preque des novillos, soupçonnés d'avoir été afeités ; 1er, 4 et 6 invalides; 5e de réserve, noble. Joselito : demi-épée basse et ronde des péons (quelques sifflets) un avis avant la mise à mort et une épée basse (oreille). Jesulin de Ubrique : bajonazo effronté et ronde des peons (quelques sifflets) ; estocade courte effrontément basse, ronde des peons et descabello ( oreille). Vicente Barrera : pinchazo et demi-épée (silence); pinchazo suivi d'une voltereta - premier avis - estocade en perdant la muleta, descabello - second avis - et le taureau tombe (silence) Plaza de Valencia. 12e corrida de la feria. Complet.
La Torture n'est ni Art ni Culture.
Une fois la piste libérée pour le premier taureau, côté soleil, deux jeunes gens, un garçon et une fille, déplièrent une pancarte qui disait :
"La torture n'est ni art ni culture" Une partie du public les hua quand il la remarqua puis plus rien : le public s'assit pour voir la corrida et les gamins aussi. On crut alors que l'incident était oublié mais les gardes civils firent alors leur apparition côté soleil, arrachèrent violemment la pancarte et expulsèrent sans ménagement ceux qui la portaient. Un mauvais traitement dégradant qui souleva une authentique indignation. C'était une honte d'être aficionado aux taureaux, d'être citoyen et d'être espagnol face à cette brutale attaque à la liberté d'opinion, face à cette arbitraire expulsion de ces gentils jeunes gens qui n'avaient embêté personne, face à cet acte de fascisme inqualifiable. Des gardes civils contre des gamins innocents, qui se contentèrent de saluer sans un geste mauvais et d'arborer une pancarte où l'on disait la vérité : la torture n'est ni art ni culture. Leur affirmation était aussi évidente que le soleil brillait et que nous étions en période de Fallas. Là où se trompaient assurément les deux jeunes, c'était de croire que combattre un taureau consiste à le torturer. Les piques et les banderilles sont des phases qui servent la puissance du bétail, qui cherchent moins à lui infliger un châtiment qu'à la travailler et à calibrer sa bravoure. Il y aurait beaucoup à dire et à débattre au sujet de la nature du combat et de sa légalité. Ce que l'on ne peut faire en aucun cas - sauf abus d'autorité et brutalité manifeste - c'est violenter quiconque est contre et l'expulser sauvagement. Si on les avait laisser voir la corrida, les deux gamins qui protestaient auraient constaté que, effectivement, c'était bien une véritable bêtise. Parce qu'ils sortirent des taureaux minimes, des taureaux de camelote, diminués de force et de cornes, sans défense dans leur rencontre avec le cheval caparaçonné et le sinistre individu au castoreño qui le montait, humiliés ensuite par des toreros qui, au lieu de toréer, leur faisait des minauderies. C'est bien là qu'était le délit. C'est là - et pendant toutes les corridas de la feria - où aurait dû intervenir l'autorité, envoyer la police et emmener au poste les fraudeurs, ceux qui transformèrent le spectacle en escroquerie et la fiesta brava en torture. Mais au lieu de les arrêter, on les encouragea à commettre leurs abus. L'autorité même était complice, et avec elle, les politiques, qui occupent les meilleures places dans les arènes. Il y avait là ceux du parti x et ceux du parti y. Là, ceux qui gouvernent encore et ceux qui peut-être gouverneront. Là, les ministres en fonction et les ministres in pectore, et là, les maires et les mairesses, les députés et les conseillers, silencieux face à la sordide irruption des gardes civils mais divertis par la sinistre mascarade en laquelle les taurins avaient transformés la représentation qu'ils applaudirent. Joselito ne s'étendit pas au premier invalide et il administra une faena longuissime au quatrième, en derechazos et naturelles, courant d'un côté à l'autre de l'arène. Il reçut un avis et coupa une oreille. Maintenant, est-ce cela toréer ? Jesulin ne s'entendit pas avec le deuxième, mais il assena au cinquième, franc, des derechazos et des naturelles de la pointe, y ajouta ensuite un enchaînement de passes hautes, à genoux, de dos - et provoqua l'émeute. Il tua les deux d'un cruel bajonazo, et ça, oui, c'est de la torture ; mais on lui donna pourtant une oreille, on cria au brave, on le couvrit de fleurs et de baisers. Vicente barrera s'obstina à toréer les pieds joints, mauvaise technique étant donné le caractère réservé de ses taureaux qui aurait nécessité d'autres moyens. Et le tout avec des sortes de novillos qui donnaient la sensation d'avoir été afeités et qui furent étripés par le cuirassé qui les piqua acculés aux planches. Telle fut la version atroce et répugnante de la séculaire fiesta brava que nous offrirent éleveurs et toreros, que permit l'autorité et qu'applaudirent les politiques. Et cela n'est effectivement ni art ni culture. C'est de la torture. C'est abject, c'est une escroquerie.
Joaquin Vidal le 19 mars 1996

mardi 19 juillet 2011

Santana : Light and Love...




C’est sur le coup des 23 heures que papi Carlos, 64 ans, fit son entrée sur le ruedo goudronné et ''débarriérisé'' pour rappeler que c’était toujours de sa main gauche agile qu’il gagnait les oreilles de la foule. Avant, Keziah Jones était venu faire étalage de son auto-marginalisation dans la gratouille syncopée et brouillonne qui soulagea le brouhaha de l’arène lorsqu’elle prit fin, ''Rythm is love'' excepté, plus clair et audible.
Avant lui encore, il y avait… Asa, artiste auquel on n’associera aucune image, Maja Lola instigatrice de cette soirée m’ayant concédé qu’il fallait aussi se sustenter, finalement d’accord pour suçoter les coquillages de son assiette ''del mar'' au bistrot éponyme voisin…

Donc, l’homme au chapeau noir, toujours fringuant, entra pour une intro quasi cacophonique qui ne portait en rien sa couleur. Puis, il m’a semblé comprendre ce choix, c’était l’avalanche décibelle indissociée de tous les possibles, gangue incongrue de tous les chaos musicaux d’où allait bientôt s’élever sa note singulière, ronde et chaude, presque lyrique, incantatoire, qui vous étire les boyaux aussi sûrement qu’il étire ses cordes, d’autant que, rappelez-vous, bande de quinquas dégénérés, c’est sur ses standards comme Samba Pati ou Europa que vous roulèrent la première pelle, celle qui allait irrémédiablement vous faire basculer dans le monde à la con, inextricable comme une jungle, des gonzesses amoureuses où il vous est interdit de progresser à grands coups de machette, malgré l’envie.

Europa, c’était la soupe selon Santana. La soupe, dans le langage des musicos c’est la musique alimentaire, celle qu’on ne se plait pas à jouer mais qui, plaisant au plus grand nombre, fait parfois ''Tilt'' avec la foule. Et où il y a tube, il y a fric. Ce fameux été ou Europa déversait jusqu’à l’écoeurement ses notes dégoulinantes de mièvrerie sucrée pour qu’on ait le temps de ''pecho'' la vacancière nordique sous le charme de l’exotisme latino, je l’ai vécu dans ma courte expérience de musicien des plages. On le jouait tous les soirs, à la terrasse des cafés surpeuplés de Port-Camargue à…... la Grande-Motte, contre un sandwich ou trois francs six sous. Les filles nous regardaient. Et leurs pères, aussi… Pendant un mois, on avait réussi à en vivre, c'est-à-dire à ne pas mourir de faim et à payer notre camping. On rêvait de ces filles à côté de qui on se baignait, regardant leurs petits corps souples qui sentaient bon l’ambre solaire Piz Buin à la noix de coco, jusqu’à s’en crever les yeux, mais que jamais on étreignit. Parce que l’époque était plus romantique ou qu’on était n’osait rien leur dire, ou parce qu’elles nous faisaient comprendre qu’on leur plaisait la veille de leur départ et il n’y avait plus alors qu’à envoyer lettre sur lettre enflammée et désespérée à la Hollandaise de passage pour lui dire combien elle était belle et lui faire découvrir avec un effarement satisfait combien sa féminité pouvait troubler. Lettres qu’elles devaient lire en s’esclaffant dans leur chambre avec leur meilleure copine, le diamant du pick-up labourant inlassablement les sillons langoureux d’Europa de ce salaud de Carlos Santana qui en ''pecho'' plus facilement lui, des girls... Au moins cela leur permettait-il de progresser dans notre langue. Mais nous, c’est du goût de leur langue qu’on avait rêvé… ça sent peut-être le Gouda au cumin la langue d’une Hollandaise, non ? Et leurs seins protégés par des maillots jamais quittés, qui deviennent comme des diamants blancs purs, des triangles de signalisation réfléchissants dans la nuit ont-ils goût au lait d’alpage qu’ils suggèrent ? Sont-ils aussi froids que le marbre de Carrare ? Sont–ils aussi doux qu’ils sont blancs ? Nous n’avons jamais su. Mais combien d'érection bétonnées se sont dissipées dans les dunes chaudes de la plage du Grand Travers ? Satan seul le sait !

L’acmé du concert fut pour moi sur ce morceau dont il m’est impossible de retrouver le titre – Soul Sacrifice ? – qui nous prenait tout entier, ne s’arrêtait jamais, dont on avait envie qu’il nous entraîne jusqu’à l’aube tandis que sur l’écran géant passaient en boucle des images fascinantes de transes africaines, d’incantations Baoulé, de possessions Dogon, de révulsions Songye, danse des masques, pulsions d’oripeaux déchaînés, toute cette énergie Africaine seule capable de suivre la fréquence frénétique de cette scansion envoûtante. C’est alors que toute l’énergie vibratoire de ma voisine, Maja Lola herself, qui m’avait invité à ce concert, surgit des profondeurs de son duende tripal et commença à s’exprimer … Oh putain… Gâaassp… au secours… soudain, son corps de rêve produisit une ondulation si lascive que celle de Kâa le serpent du livre de la jungle pourtant référence ondulatoire suprême et incontesté dans la mémoire collective, n’était qu’une gaucherie pitoyable de pré-pubère complexé... son corps en proie à la magie noire des sorciers, au duende de la marisma et tout autant à la dévotion obstinée des prêtresses Vaudou était agité souplement comme une liane tropicale humide à laquelle se serait agrippé un Tarzan permissif et tolérant entamant avec elle une session de haute voltige dans la canopée… Total respect Maja Lola, que le duende soit avec toi !

On a aussi eu droit au quart d’heure de philo du café du Commerce pendant lequel Carlos se crût obligé de nous dire d’affligeantes banalités qui le démythifiaient grave, like : makes every day like it was the best day of your life (or anything like that, if you see what i mean…) you are light and you are love… light….love…light…love… qu’il a clignoté un moment… ok Carlos… light…love… if you want... it’s our pleasure.... light....love…

C’est alors qu’impressionné de la pulsion qui s’emparait de Maja Lola je me suis tourné vers ma voisine de droite, une inconnue qui allumait une cigarette. Dépourvu de cigare je lui en ai demandé une. Elle me montra un exemplaire de ses ''modules'', les toutes fines, ''grosses'' comme des pailles, me demandant si cela ne me dérangerait pas.

- me déranger ?
- oui, c’est très féminin… tout fin…
- mais ce n’est pas dérangeant ou infâmant de ressembler à une femme…

Je vous dis pas les points subliminaux que j’ai instantanément marqués… voilà un homme assez viril pour ne pas craindre une apparence efféminée et qui trouve en la femme des raisons de l’admirer, a-t-elle dû penser… je suis trop fort… mais bon, c’était pas le moment de batifoler vu qu’à ma gauche, la Maja Lola maintenant complètement déchaînée, avait quitté le stade de l’ondulation discrète, pour entrechoquer toute la rangée de tendido comme si Tarzan et elle, jouaient au pendule contre les baobabs ! Oh putain… pourtant je ne l’avais pas poussé à la boisson au restau… elle n’avait bu que trois ou quatre flacons de blanc de l’Hermitage, pas de quoi tenter une excommunication.

Bon et puis Santana infatigable, enchaînait les standards : ça dépotait sec ! Et vas-y que je te retiens la note, que je te la glisse et la prolonge, papi était déchaîné lui aussi... Deux chanteurs, deux batteurs, deux percus, une petite section de cuivre mais bien tonitruante, une sono à dégommer des portugaises ensablées par deux siècles de pelletage égyptologiques, pas de répit… je ne vous dis pas l’état de Maja Lola à la sortie, que j’ai vite perdue dans la foule complitely euphorisée, hagarde, répétant hébétée l’incantation peacefull : light…love…light…love….light…love… mais bien sûr… allez dodo maintenant Maja Lola… je te la dédie cette resena et merci pour cette soirée dont toute ressemblance avec des personnages existants, toi par exemple, ne serait que le pur fruit de mon imagination débordante si bien mariée à une moquerie congénitale. ;-)))

dimanche 17 juillet 2011

Feria de Céret 2011


Et les catalanes ? Elles ne sont pas sympathiques les catalanes peut-être ? Voyez celle-ci qui se penche dangereusement vers moi... elle voulait absolument me faire la bise, ou quoi ? 'Reusement que j'étais tout bien enfermé dans ma voiture, hein, ceinturé, climatisé, vitre fermée, air bag prêt à exploser, ABS et ESP enclenché... Maintenant, remarquez, je regrette, de n'avoir pas tendu la joue, une si jolie occasion perdue, c'est bête... Alors si elle passe par ici, ou si vous pouvez l'avertir, et ben je lui en fais une maintenant, virtuelle mais sincère :
! Smack !
Un peu de douceur dans ce monde de brutes, ça ne peut pas nuire.


Et tiens, une à Josefina, aussi... quelle chouette fille..., espiègle, maline, coquine, madrilène quoi, et qui... chuuuuut... ok, ok... chhhhhhtttt... c'est bon, c'est bon, je dis plus rien... Bon par contre je dis à son mari que j'ai essayé de suivre ses conseils pour les ''Extra Vecchio'' là, de TOSCANO, les cigares de la botte, qui tuent et confèrent à ta bouche des relents d'égout, ben j'abdique, hein... dans la catégorie pas cher je préfère encore les GUANTANAMERA, petits cubains rythmés, fait machine.... Bon, ils tuent aussi, mais sûrement moins vite.

Et puis le bonjour à tous ceux que j'ai croisé ou décroisé, de près ou de loin et merci à la peña sous l'arcade pour la trithérapie pro-cholestérol servie avec diligence : ventrèche, magret, saucisse, frites bien huileuses : on a survécu. Et aussi à ces gamins avec qui on a joué avec des pétards comme si on était revenus en enfance : trop bonne, la régression !

samedi 16 juillet 2011

Du Vert qu'on ne vit pas au Bleu qu'on salua.


Armés, puissants, combatifs, tels étaient les toros d'Escolar Gil choisis pour Robleno, Castaño et Alberto Aguilar pour la corrida de clôture de Céret. Des toros forts comme... des toros, une évidence devenue assez rare pour être signalée. Sauf que pour trouver quelque chose d'aussi immobile que le premier de Robleno, je ne vois que le monolithe de marbre que l'ancienne mairie communiste de Nîmes a placé sur le cinturon pour le baptiser Salvador Allende. Si, le toro de Guisando, aussi, peut-être. Le plus curieux est que le public et la présidence sont eux aussi restés de marbre imputant vraisemblablement cette paralysie au mystère du comportement des toros. Sauf qu'une blessure ornait le cuissot droit de la bête et pouvait témoigner d'une cornada récente. Curieusement donc, si souvent une légère boiterie entraîne la mise au vent du mouchoir vert, ici l'impotence fonctionnelle totale n'a rien déclenché. Comprenne qui pourra, en tout cas le spectateur y aura perdu de n'avoir pas vu sortir un sobrero. Sur son second toro, Robleno réussira de belles séries de naturelles.

''Cortesano'' cardeno bragado meano, cinq cent-cinquante kilos de caste, le deuxième toro de la course, pour Castaño, s'est avéré être le toro de la feria. Sorti comme un démon indomptable, rematant violemment aux ''quatre coins du cercle'' – c'est vous dire – il chassait, pugnace, tout ce qui lui contestait son terrain, soit la totalité du ruedo. Castaño qui nous avait déjà intelligemment fait le coup à Vic, vit très vite l'intérêt qu'il y avait à le mettre en valeur et nous resservit le coup du tercio de la concours. A trois reprises, d'un peu plus loin chaque fois, la dernière charge déclenchée avec métier par Javier-le-briscard par un jet opportun de montera pour que l'ébullition du public soit entretenue et il a chargé, ''Cortesano'', excellemment piqué par Paco Maria. Sans vriller, sans pomper, sans carioca, sans se reprendre et pas en arrière : un exploit ! Une lidia soignée, une faena complète, bien qu'on puisse rêver à ce qu'aurait pu transmettre ce toro en des mains plus talentueuses, un pari réussi avec ce recibir concluant, et sans doute s'agit-il des deux oreilles les plus justifiées que j'ai vues depuis un moment. Le grand toro validant la prestation et donc la récompense. Voile bleue hissée en hommage à la houle grise.

C'est alors que ma voisine sortit son Activia au Bifidus actif puis, le yaourt mangé sagement, rangea sa petite cuillère dans son sac à main. Elle croqua ensuite dans une figue molle. Ou sèche, je ne sais plus, mais les filles font toujours des trucs bizarres qui ne nous viendraient pas à l'idée. Ce fut alors au tour de ''Mr Aouuuuh'' d'entrer en action : il se leva se tournant vers nous et dit :

- Eh les gars, on est une soixantaine là, dès que le toro entre, dès qu'on voit ses cornes, on gueule tous ensemble ''Aouuuuuuh'', soyez sympa, je mange à Vivès ce soir si on le fait, j'ai parié un restau...''

Le toro est sorti et on a beuglé : ''Aouuuuuuh !''. Comme des boeufs, avec entrain, pour le faire gagner. Le type s'est levé, a brandi son poing victorieux en direction de ses amis puis s'est tourné vers nous et nous a remercié. On lui a demandé si le vin était compris. Les filles alentour ont trouvé la demande de ce gars bizarre, mais l'ont trouvé marrant.

Alberto Aguilar m'est apparu meilleur qu'à Vic, à peine moins hurleur mais avec un désir plus vif de s'engager : voir la photo de ce derechazo ''imbriqué''.Une corrida plaisante avec un lot de toros de respect d'une grande présence en piste, clôturait donc cette intéressante journée de Céret de toros 2011, peut-être pas un millésime exceptionnel comme l'année passée - que j'avais raté...- mais gouleyant quand même.

jeudi 14 juillet 2011

Test : Apprendre ou Renoncer plus vite ?


C'est le diumenge 10 de juliol à onze heures passées, quand Palmeñito novillo saltillo de Moreno de Silva pointa son hocico de rata poussé par cinq cent cinquante kilos de caste dans le ruedo cérétan, qu'on sentit que les choses sérieuses allaient commencer. Ce n'est pas El Dani aux côtelettess esquichées au sol par la corne qui nous contredira. Adrian de Torres, deux de tension artérielle à peu près, un grand garçon lymphatique, ne prit pas la mesure de cette vivacité et en fit lui aussi très vite les frais. S'il est bien d'opposer à l'agressivité et à la sauvagerie le calme et la douceur - comme le font souvent les hommes avec les amazones...- encore faut-il une vitesse de jeu de jambes permettant des transferts de colocacion adaptés au rythme de la bête. Mais cela n'avait pas l'air d'entamer le stoïcisme congénital du jeune homme qui préférait encaisser plutôt que de se bouger ! Question de nature profonde, sans doute... qui lui permettra un peu plus tard de se rapprocher sur son second pour faire éclore quelques passes serrées. A noter l'énorme poussée de la première pique de son premier novillo qui mit le cheval en accent circonflexe sur vingt mètres.

Physiquement, rien, ni l'armement ni le volume et surtout pas l'allant, ne distinguait ces novillos de los señores toros d'arènes de première catégorie. Ou alors, en leur faveur ! Aussi ne fais-je pas partie des déçus de cette course dont on entendait les réserves à la sortie ou que l'on peut lire dans certains blogs. Bien sûr, je n'ai pas vu Madrid – deux rentrés vivants - ni Carcassonne où une alimaña vida le ruedo personne n'ayant prévu de mourir ce jour-là, mais d'une part, je ne crois pas que l'exceptionnel puisse être la règle de base et d'autre part, mouvoir une demi-tonne à cette cadence sur un squelette de trois ans et demi en endurant trois ou quatre piques sans baisser pavillon de son agressivité est une caractéristique que vous ne devriez compter par temporada que sur les doigts d'une main. No ?

Certains trouvèrent qu'ils ne galopaient pas vraiment sur tout ce qui bougeait, comme les Springboks dératés d'Irmaos Dias de la veille. Certes, mais en s'affrontant en force au cheval et avec cent-cinquante kilos de plus sur la carcasse, rien que de très logique. De plus, ayant eu l'idée d'aller me documenter sur ''Terres de toros ''on lit sur le comportement du saltillo qu'une des caractéristiques de ces ''lesaquenos'' est « sa charge au pas lent qui met à rude épreuve les nerfs des toreros »

Des courses comme ça, pour ma part, j'en redemande ! Le plus difficile étant de trouver des toreros pour les affronter. Blanco sera ''empêché'' par son premier, manso et réservé, peut-être trop châtié – quatre piques – et débordé par son second, puissant et maître du ruedo, trop de toro pour lui. C'est au crédit d'El Dani qu'il faut je crois mettre les séquences les plus maîtrisées. Les trois novilleros pouvant coucher sur leurs feuilles de route, qu'ils ont tué des Moreno de Silva. Les prochains à s'y risquer se nomment Pedro Carrero, José Arevalo et Javier Jimenez, le 7 Août à Millas, pobres de ustedes ! Des novillos que tout aspirant à devenir figura se devrait d'affronter pour accélérer son orientation vers le sacerdoce ou le recyclage professionnel.

mercredi 13 juillet 2011

Le Conde n'est pas bon.

Il semblerait que planait une malédiction sur cette course du samedi après-midi. Après le refus des Couto do Fornilhos non conformes à l'idée que l'Adac et son public se font de toros limpios, on suppose qu'il a fallu faire face au rendez-vous en catastrophe, et, mauvaise pioche, les Conde de la Maza n'ont pas fait l'affaire. Après cette infiltration hippomontée censée révéler la bravoure, ils se révèlaient sans race ni colère. Que malo ! Le premier, chancelant, fut remplacé par un sobrero de Fidel San Roman – quel nom... comment peut-on rester fidèle sans se raconter des histoires ? - aussi chancelant que lui, plus, en bonus, une corne vilainement escobillée ce qui à Céret plus qu'ailleurs, fait désordre. Un costaud ce toro, violent et invalide, donc dangereux qui tenta le démontage des arènes catalanes avant de fournir peut-être à un anti planqué dans les gradins avec une caméra, un argument très probant de ce que peut être une atroce agonie de boucherie. Lardé par Rafaelillo de coups de verdugo inefficaces, ce toro prit le parti de rassembler les forces qui lui restaient pour fuir au pas, tout au long des planches, en présentant son cul de trois quart arrière pour mettre sa partie vitale – nuque, bulbe rachidien - qu'il fallait soustraire à l'avalanche maladroite d'un torero de plus en plus exaspéré, en passant sa tête par-dessus la barrière, dans le callejon... vous voyez le truc ? Et ça durait, et ça durait... affreux.... J'ai failli prendre ma carte au CRAC ! Heureusement la perspective certes fantaisiste de me rapprocher de sa médiatisée présidente et pourquoi pas de faire un jour crac-crac avec elle – elle est si douce et aimable – m'a instantanément remis dans le droit chemin de la pensée taurine orthodoxe. Bon, ben voilà, je crois que c'était le fait taurin le plus remarquable de la tarde... avec celui qui a sauté... - clique sur la photo, lecteur - ah si, avec l'arrivée de Serafin Marin coiffé de la berettina. Si vous avez lu les Stroumpfs, c'est exactement la forme de leur chapeau, mais en rouge. Il poussa le catalanisme jusqu'à en affubler ses collègues de cartel espagnols ainsi ''démonteratisés'', ce qu'ils firent de bonne grâce.... ça ne mange pas de pain et ça fait toujours plaisir...

Je propose d'ailleurs qu'à Nîmes où on n'a pas de ''capeou'' national, si ce n'est une casquette à visière imprimée ''pigeon'', on s'oigne le front de brandade de morue, qu'on machouille un croquant Villaret et qu'on se carre une picholine dans le cul pendant la faena. Recta. A Bayonne on pourrait se coiffer d'une chistera, tandis qu'à Collioure on se pèguerait un anchois sur les sourcils, non... ? Je le savais, vous n'avez pas d'humour... comme tous les séparatistes. Et puis si on veut vous garder en France c'est qu'on vous aime, nous ! Et puis bon, si le Breton ne peut plus parler à l'Alsacien qui ne peut plus rire avec le Provençal, etc, on revient à ce qu'on a déjà connu : le Moyen-Âge ! Eh bé... c'est pas comme ça que j'aurais mon callejon l'année prochaine... Enfin, ils le donnent à Colmont, alors tous les espoirs sont permis. Si, cette catalanité revendiquée a un sens, j'allais l'omettre, piètre tacticien que je suis : rappeler qu'ici, aficion et catalanité (mettons que ça se dise...) vont très bien de pair. Un signal tras montanes.

Le troisième homme était le murciano Ureña auquel échut le plus beau – cardeno claro - et plus noble des toros de la tarde qu'il tua mal après deux avis, assassinant son second d'un horrible golletazo... si mes souvenirs sont bons car je ne prends pas de notes, tout exprès pour voir ce qui surnage... Bises à vous, lecteurs anonymes.

Perle du Bac

Les Amazones étaient comme des femmes mais en encore plus méchantes.

mardi 12 juillet 2011

Les Véloces Porcs-Epics d' Irmaos Dias.


Les cérétans de l'ADAC eux-mêmes, ignoraient qu'ils avaient programmé une novillada non-piquée.

Comment pourrais-je vous expliquer ça... Si, peut-être comme ça :

Prenez une vieille souche, de ''la terra Portuguese'' en l'occurrence, laissez gambader les vaches par monts et vallées qu'elles s'accouplent aux mouflons et bouquetins en rut, et pourquoi pas aux cerfs bramaïres des clairières, ignorez la quête libidineuse erratique des machos montant tout ce qui sniffe le mâle soulagement, biches, élans et gazelles Springbok y compris, feignez de ne pas vous apercevoir du mélange des rejetons hybrides génétiquement modifiés bien qu'écolos grand teint ainsi obtenus, qui fauteront allègrement entre eux et surtout, surtout, ne sélectionnez jamais ! En Février, mieux vaut combiner les volutes bleues d'un Lusitania de Partagas au délice d'un Porto, qu'aller se les geler en placita de tienta, non mais.

Eh bien l'ADAC, pas bégueule, vous en achètera quand même un lot de quatre, pour nous évoquer ce que pouvait être la corrida au dix-neuvième siècle. Le premier, je crois, a pris.... quatorze piques épiques... sans tâter même du bout des cornes le caparaçon, gagnant la paix éternelle sans savoir de quoi il était fait. Ils sortaient comme des flèches et galopaient, galopaient... comme des candidats socialistes en vue d'une primaire sans DSK. Je crois n'avoir jamais vu des novillos galoper aussi vite, aussi longtemps. Ils prirent des refilons à toute allure, refilant le tournis aux piqueros débordés, refilons qui les faisait ruer aussi éperdument qu'une Nafissatou soudain empognée par un piquero borracho alors qu'elle tentait de récupérer sous le lit une savate en éponge bouclette brodée ''Sofitel'', offrant ainsi au désir du torero moyen, la céleste vision d'une croupe dessinée comme un cœur, s'élevant naïvement vers les sommets libidineux de la pulsion irrépressible de l'homme, une pulsion souvent sous-évaluée voire carrément ignorée par la ménagère croulant sous les responsabilités familiales.

Pffiouuuu, dis donc... vais aller boire un coup, moi, parce que, rien que d'évoquer la scène... je reviens....

Voilàaa, ça va mieux... za bu un grand verre d'eau aque des glaçons, za plongé aussi sec dans la piscine et branché la clim dans la maison, puis actionné le ventilateur de plafond au dessus de mon bureau, c'est bon, je pense arriver à finir cette resena, le corps enfin tempéré.

Ces novillos présentaient à peu près tous les avatars capables de rendre le toreo bien élevé, impossible. Les toreros s'ouvraient de cape prenant bien soin de centrifuger les trajectoires au loin de toute la longueur de leurs petit bras et Sbong ! Plein fer qu'ils venaient sur les types, coupant les terrains, comme s'ils avaient été toréés tout le printemps. Ces novillos souvent, avaient un temps d'avance sur leurs adversaires, avec des retours avisés et des accompagnements à la barrière de gala. On a vu des abandons de cape soudains et de redoutables espantadas ''chacun pour soi et Dieu pour tous''. Dans ce contexte, Miguel Angel Moreno et Emilio Huertas ont du s'atteler à découvrir la tauromachie d'ancêtres dont ils n'avaient pas rêvé, comme Bombita ou Machaquito. On saluera donc le peu qu'ils ont réussi et on n'en voudra pas à ces apprentis de 2011, des échecs récoltés avec des bestiaux de 1880 : eux, au moins, étaient là...

Le geste torero le plus applaudi fut la pose des banderilles par le petit peon au costume rouge qui ''dut'' saluer à la barrière. Des banderilles difficiles à exhumer, les noires étant toujours au fond de la caisse vu la faible probabilité d'un usage ici très adapté, ce qui leur conféra un look de porc-épic survolté. Une mansada perdida de catégorie dont l'exemple n'est certes pas à suivre absolument mais Ô combien plus intéressante que des cochons abrutis ridiculisés au profit de fausses valeurs.

Ces novillos étaient à combattre.

Ce soir 18H30

Un lien - tardif - pour voir en direct les corridas de Pamplona :

http://justin.tv/bullfights


De rien.

jeudi 7 juillet 2011

La Pensée du Jour :

Toute relation est dominée par celui qui a le moins d'intérêt à la maintenir.

La Valise Mexicaine






RENCONTRES D’ARLES 2011
Film de Trisha Ziff

On attendait la narration des pérégrinations de cette fameuse valise contenant les négatifs de photos prises pendant la guerre civile espagnole par Robert Capa, Gerda Taro et Chim. Un film documentaire sans doute … un déroulé chronologique des errances secrètes de l’objet, un jeu de piste, une mise en lumière des clichés, un catalogue sur écran de la découverte de ces trésors …
Nous étions bien loin d’imaginer que telle la boîte de Pandore, cette valise nous délivrerait des choses bien plus profondes, humaines, cruelles, déchirantes … l’histoire du drame d’un peuple confronté à l’horreur de la guerre.
La réalisatrice, en faisant témoigner des survivants, des réfugiés, leurs descendants, nous livre toute la richesse profondément humaine, dramatique et émouvante de cet épisode de l’histoire.
Puis les photos apparaissent ….
Capa et ses prises « en vivo », à même le champ de bataille, près des combattants, Gerda Taro et ses photos dérangeantes de morts où sang et visages d’enfants défigurés glacent les veines, Chim qui immortalise les êtres dans leur quotidien, enfants aux yeux magnifiques autour d’une assiette de soupe, femmes à la couture, travaux des champs… toute la vie quotidienne qui s’écoulait au moment du drame.
Les divers choix d’approche de la photo par ces trois jeunes juifs exilés nous sont révélés de manière évidente. Mais au-delà de la particularité de capture de l’image, bien vite les photos dévoilent les conditions de traitement des exilés politiques, ces républicains qui durent fuir les vainqueurs.
Et le film prend une autre tournure : celle de faire revivre l’histoire sous un éclairage autre. De l’exil de républicains vers le Mexique où le peuple du Président Cardenas les accueille avec une chaleur bienveillante (Cardenas avait largement fourni de l’armement aux républicains), il est rappelé que seules les classes nanties, intellectuels, ingénieurs, purent bénéficier de cette destination d’exil. Intégration immédiatement réussie dans un pays hispanophone ayant la complicité de leurs racines latines.
Les classes plus humbles, ouvriers, paysans, atterrirent au camp d’Argelès. Terribles photos. Longues colonnes de femmes, enfants, vieillards, soldats … Sur le sable, sans toit, entre barbelés, se lavant à l’eau de mer, se protégeant du froid en s’enterrant dans le sable … Des gradés, des officiers, sentant perdre leur dignité dans ce traitement et ne pouvant s’embarquer pour la Mexique, préférèrent retourner en Espagne … où ils furent fusillés.
Oui. Les images révèlent, évoquent, gênent, effraient, indignent.
Couleur actuelle. Celle des petits-enfants des républicains qui creusent le sol, tamisent la terre, « archéologues » à l’œil en éveil qui photographient les ossements des fosses ouvertes, les époussettent avec respect et précaution, cherchant inlassablement « mi abuelo » dit une fraîche et vivante jeune fille …. « je veux le faire sortir du néant … l’enterrer dignement … qu’il revienne parmi nous ».
Un jeune photographe fixe sur pellicule inlassablement ces fouilles puis, interrogé par le caméraman, finit par éclater en sanglots … « je veux que nous les retrouvions tous …. parce que tous sont mes grands-pères » avant de fuir pudiquement la caméra pour ne pas montrer son chagrin.
Film fort, poignant, qui nous interroge : qu’est l’histoire …. Est-elle la même selon l’époque à laquelle nous l’abordons ? Que devient-elle dans le cheminement du temps ? Faut-il oublier ? Faut-il faire revivre l’indicible pour la mémoire ?
L’image, la photo, jouent un rôle à part entière dans ce film : ils sont les « personnages », ils sont la mémoire vivante qui dit, qui montre, qui accuse.
Le côté surréaliste de l’aventure de cette valise est incroyable car, disparue depuis 70 ans, elle nous restitue de manière brutale cette histoire en faisant abstraction du temps passé dans l’ombre et l’oubli, nous donnant ainsi la curieuse sensation que la guerre s’est déroulée …. hier, la semaine dernière !

Film magnifique. La gorge était serrée, les yeux embrumés mais le cœur grand ouvert.



Maja Lola

mardi 5 juillet 2011

Nouvelle : Appel à Commentaires

Avec cette nouvelle, JP.Combe était dans la short list des finalistes de l'édition 2011 du prix Hemingway. ll nous la confie aujourd'hui pour vous, lecteurs, dont il espère des retours. Eh oui, voyeurs embusqués, celui qui écrit est un solitaire friand de ce que sa prose a provoqué chez l'autre... il est souvent frustré de ne rien en recueillir. Sortez donc du bois, venez réagir à la lecture de cette nouvelle. On s'en fout, de votre orthographe, de votre syntaxe, allez-y franco, dites-le lui, qu'elle était chiante ou passionnante et pourquoi ! Ce blog gratuit n'a qu'un salaire : les rencontres, les échanges, les commentaires qu'il provoque. Alors s'il n'y en a pas, je passe pour quoi, moi, à ses yeux ? (il croit que je suis absolument célèbre et que des milliers de gens intelligents s'échouent par ici...) De toute façon je vais vous dire un truc : tant que je ne verrai pas quatre ou cinq commentaires bien sentis, je ne reprendrai pas le blog. Voilà. Non mais. Oui je sais : maintenant que vous avez "Bonjour Madame" et "Bonjour Monsieur", mon blog vous intéresse moins... Allez, un petit effort, vous devriez y arriver : Gina , Maja Lola, ( ne vous laissez pas impressionner par ces deux pipelettes omniprésentes) Chulo (ça passe dans l'île rouge ?) Isa (s) , Xavier, Benjamin, (sinon rétorsion dès le w-e prochain...), Elixirman (un prolixe), Victorina (la discrète), Antoine "Magic" candidat du prix, et des dizaines d'autres qu'on ne connait pas encore. On ne pourra jamais organiser une paella géante si vous ne vous signalez pas, pensez-y ! Je ne reprendrai pas le blog et c'est dommage parce qu'allait suivre une autre série de photos de nu (JP, j'aurais tout essayé hein, tu notes...?)


A l'attention des autres auteurs ayant participé au prix Hemingway :


Si être lu par le public de ce blog vous intéresse, si vous avez l'autorisation du "Diable Vauvert" dont il ne faudrait pas froisser la fourche, c'est avec plaisir que je passerai vos nouvelles à la moulinette du ouèbe ! De rien, merci à vous, merci aux gens, merci moi-même, on s'aime, il fait beau, les filles sont presque nues, des toros sont à venir, plus personne n'a de rond, tout va bien. Bises.






IL Y AVAIT DU SABLE ET PUIS DE LA CHALEUR

Jean-Philippe Combe






Il y avait du sable et puis de la chaleur. De la chaleur tout autour et du sable sous sa joue, les paumes de ses mains. Il y avait de la lumière en quantité qu’il percevait malgré ses paupières hermétiquement closes.
Il s’était donc passé quelque chose.
Peut-être une naturelle s’était-elle mal terminée. Il ne se souvenait pas de sa dernière passe, il se rendait seulement compte qu’il ne pouvait pas bouger un seul de ses membres. Et puis ses yeux qui refusaient de s’ouvrir.
Il pensa à Christian Montcouquiol et paradoxalement, il ne visualisa pas l’homme dans sa chair mais plutôt sa statue devant les arènes de Nîmes. Dans son costume bronze et bronze. Et au dessus de tout, le fantôme de Julio Robles qui souriait. Il pensa également à un novillero que personne ne connaissait, à part sa mère peut-être pour l’avoir avec malheur mis au monde, qui s’était fait prendre dans une petite arène de campagne par un novillo maintes fois toréé et qui s’était laissé mourir assis sur le bord d’une clôture, la main en visière au dessus des yeux pour mieux apercevoir les Toros dans le lointain. Il se demanda comment il faudrait réagir si son tour était venu de n’être plus qu’une ombre.
Tout à cet instant n’était que paradoxe. Le fait qu’il avait plus la sensation de vouloir se reposer que l’impossibilité physique de faire réagir son corps, cette absurdité que personne ne lui venait en aide alors qu’il gisait ici depuis plusieurs heures. Et puis enfin cette élasticité dans la perception du temps. Dans une fraction de pensée, il évalua le délai nécessaire pour qu’une cuadrilla vienne en aide à son Maestro au sol. Quelques pas avalés en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire, une ou deux capes qui volent pour détourner la furie et enfin des bras rassurants qui éloignent de la mort. Au lieu de ça, il y avait de la chaleur et du sable. Au lieu de l’air frais et des draps reposants de l’hôpital, il y avait de la chaleur et du sable.




Il eut envie de regarder sa montre. C’était stupide, personne ne torée avec une montre. Il aurait tant aimé à cet instant qu’on lui donna une idée, même une simple ébauche d’idée, du temps qui s’écoulait. Que quelqu’un remît à la verticale ce sablier devenu horizontal par la main d’un sadique invisible. Et puis quelle bêtise de penser que tout ce qui gît se repose. Une nouvelle tentative d’ouvrir ses yeux se solda par un échec. Il s’était donc passé quelque chose.
Il eut la vision d’une cape valsant sur une corne, mais il ne parvint pas à se souvenir si cette image datait d’il y a cinq minutes ou d’il y a cinq ans. Des cris d’effroi accompagnaient cette image mais ils étaient tellement étouffés qu’ils auraient aussi bien pu venir de la nuit des temps. Il se souvint tout d’un coup de ce Toro qui sortait mal du derechazo, et dont la charge manquait de franchise lorsqu’on le citait de plus de trois mètres. Cet assassin qui donnait des coups de tête dans l’air furieux, borgne de l’œil gauche et parlant meilleur latin qu’un agrégé des Lettres anciennes. L’unique exemplaire explosa alors en milliers de petites bulles, comme autant de défauts, et il comprit qu’il délirait. Puis il réalisa qu’il ne ressentait aucune douleur. La peur lui murmura quelques sons aux oreilles. Et s’il était mort, après tout ? Etait-ce infiniment impossible ?




Ses yeux s’ouvrirent et il but une gorgée immense de cette lumière qui jusqu’alors était tellement immatérielle. La mort s’éloigna à petits pas, respectant sa règle primordiale de ne jamais se retourner. La première chose qui le choqua fut de voir que ses peons qui venaient vers lui à marche lente la croisèrent sans s’en offusquer. Comme si tout simplement et tout bassement ils ne l’avaient pas vue. Puisqu’à priori tout n’était pas terminé, il voulut légitimement et dans un reflexe savoir où la corne avait pénétré. Il fallait pour cela trouver la force de décoller sa main du sol. Lorsqu’au prix d’un effort surhumain il y parvint, de minuscules grains de sable chutèrent comme une myriade d’étoiles qui lui fit penser à Noël. Il savait qu’un bon aficionado pouvait reconnaître un ruedo à la couleur de son sable et il se sentit penaud en réalisant que lui, le Matador reconnu, ne parvenait pas à déterminer de quelle arène cette douce cascade venait. Il lui aurait fallu de la concentration alors qu’il n’aspirait qu’au calme. Calme qu’un éclat de voix déchira.


- Ne bougez surtout pas si vous voulez rester en vie !


Un des subalternes avait hurlé cette sentence dans une langue qui n’était pas la sienne mais qu’il comprenait. Naturellement, il pensa au risque de paralysie et décida d’obtempérer. Reposant sa main sur le sol dans une extrême lenteur, il lui parut bizarre qu’un de ses banderilleros s’adressa à lui dans une langue autre que celle que parlait sa mère mais il décida de remettre cette réflexion à plus tard. On le souleva et en rêve, il vit les areneros ouvrir la porte du callejón située devant l’infirmerie. Incrédule et se sentant flotter en sécurité entre ciel et sable, il se laissa s’évanouir, ne sachant cependant pas s’il s’enfonçait dans une simple inconscience ou plus définitivement dans une mort silencieuse.

***

Il s’éveilla au milieu de la nuit avec la même sensation que l’on éprouve lorsqu’on sort d’un cauchemar. Il n’avait pourtant pas rêvé.
Néanmoins, des tremblements déchiraient son esprit et de la sueur perlait à son front. Sensiblement de la même façon que lorsqu’il venait de revêtir son habit de lumière et qu’il patientait dans sa chambre d’hôtel, après avoir prié son valet d’épée de le laisser seul et avant d’aller affronter le patio de caballo. Il redoutait cet endroit, qui venait pourtant juste après le calme et le recueillement de la petite chapelle. Cet instant ne durait pas très longtemps mais c’était celui qui le mettait le plus mal à l’aise. Ces quelques minutes où les photographes l’assaillaient avant d’entrer en piste, où les gens venaient lui serrer la main avant d’entrer en piste, où l’ombre chatouillait son front avant d’entrer en piste. Cet instant où il espérait l’arrivée du soleil et de la vraie solitude. L’impossibilité vaincue d’être seul quand on est deux, avec la force brute. Non pas qu’il n’aimait ni les photographes ni les visiteurs ni l’ombre, simplement il voulait être lui ce court moment. Il s’endormit sur cette pensée et à son réveil, il aperçut l’infirmière.




Pour avoir parcouru le monde taurin au travers de ses arènes, il savait que rien ne ressemblait plus à une chambre d’hôpital qu’une autre chambre d’hôpital et que toutes les infirmières avaient cette même aura de bonté que seuls les mourants peuvent voir. Aujourd’hui c’était la troisième fois qu’il mourait et pour la troisième fois, il voyait ce halo. La jeune femme le fit penser à Sainte Véronique. Il eut envie de lui dire mais une nouvelle fois, il se heurta à un mur de fatigue. Tenant à deux mains une taie d’oreiller fraîche et douce, la jeune femme se pencha lentement vers lui. Il décida alors de lui parler avec les yeux.


- Vous êtes très faible, monsieur, lui dit-elle presque à voix basse et toujours dans cette langue qui n’était pas de l’espagnol. Vous n’avez aucune blessure physique, mais si vous êtes meurtri dans votre âme, rassurez-vous, nous nous occuperons de vous tout aussi bien. A présent reposez-vous. Vous êtes entre de bonnes mains.


Elle sortit de la chambre tandis qu’y entrait la lumière du petit matin.
Il se culpabilisa de n’être pas inquiet. N’importe qui aurait paniqué en regrettant l’absence de fleurs dans la chambre, en subissant le silence assourdissant des amis qui n’étaient pas là. Lui le premier se serait effrayé. Mais sans un début d’explication, ce ne fut pas le cas à cet instant. Il se contentait d’alterner les périodes d’éveil et de sommeil comme on passe d’un quite à un burladero. Puisqu’il avait construit sa carrière sans ne jamais s’en remettre totalement à son apoderado, se laissant toujours une marge de manœuvre pour s’octroyer des respirations de courses plus difficiles entre deux corridas de bétail bonbon, il se sentait le droit aujourd’hui de se laisser aller entre les mains d’un étranger.


Les deux hommes qui entrèrent dans la chambre n’étaient pas des médecins. C’eut été trop facile de le deviner au fait qu’ils ne portaient pas de tenue d’hôpital, il le comprit d’avantage au manque d’humanité qu’ils dégageaient. Celui qui se tenait légèrement en avant le fixa quelques secondes d’éternité avant de lui présenter une carte.



- Bonjour monsieur, dit-il comme pour prouver qu’il était un être humain. Je suis l’inspecteur Bradley des services de l’immigration. Comprenez-vous ce que je dis ?


Il s’étonna en se rendant compte que c’était la première fois qu’on lui posait cette question pourtant si évidente. Puisant au fond des ses réserves de force, il acquiesça d’un léger mouvement de menton.


- Je sais que vous êtes très faible mais nous aurions besoin de vous poser quelques questions. Une patrouille vous a trouvé gisant dans le désert à la frontière mexicaine. Vous n’aviez aucun papier d’identité sur vous. Etait-ce relatif au fait que votre costume de déguisement n’avait pas de poche, l’avenir nous le dira…
Les agents esquissèrent de concert un rictus sadique de satisfaction.


- Puisque vous n’avez pas la force de parler, contentez-vous pour le moment de hochement de tête. Etes-vous citoyen américain ?



La porte de la chambre s’ouvrit dans un silence tout hospitalier. La voix tonitruante d’un médecin brisa la calme tension qui régnait avant que le Torero ne puisse entamer un geste.



- Bradley, bordel ! Qu’est-ce que vous foutez là ?



- Bonjour Docteur File, répondit le policier sans se retourner.




On ne vous apprend pas la politesse à la fac de médecine ?
Les deux hommes se disputèrent comme le Maestro l’avait déjà vu faire mille fois dans les séries B. Pour compléter le stéréotype, le policier demanda qu’on le prévienne lorsqu’il pourrait interroger son suspect.
L’homme en blouse blanche attendit que les deux fonctionnaires aient quitté la chambre pour se consacrer à son patient. Lorsqu’il se retourna, il découvrit celui-ci profondément endormi.

***

Deux jours passèrent, puis le téléphone sonna dans le bureau de l’inspecteur Bradley. Sans ménagement ni formules de politesse excessives, le docteur File lui annonça que le malade avait récupéré des forces et qu’il pouvait à présent s’entretenir avec lui.



- Je dois cependant vous prévenir qu’il tient des propos assez déroutants ajouta le médecin.



- Pensez-vous que son cas relève de la psychiatrie ? s’inquiéta le policier.


- En aucun cas, monsieur. Je dirais même au contraire qu’il est doué d’une intelligence supérieure.


Tandis qu’il raccrochait le combiné, Bradley songea qu’il était décidément difficile de cerner les hommes de science. Il arriva à l’hôpital en fin de matinée et une infirmière qui avait été informée de sa visite l’accompagna jusqu’à une petite pièce sans fenêtre dans laquelle se trouvait une machine à café. Il vérifia qu’il avait de la menue monnaie dans la poche, se persuada que cette simple table et ces deux chaises seraient bien suffisantes pour un premier contact et demanda à la jeune femme si elle pouvait faire venir son interlocuteur. Elle acquiesça puis ajouta qu’ils ne seraient pas dérangés, qu’elle ferait le nécessaire en ce sens. Bradley s’assit, posa ses coudes sur la table, et, faisant un V inversé avec ses bras, appuya son menton sur ses doigts entremêlés. Alors il patienta.


L’homme qui entra dans la pièce en emboîtant le pas volontairement lent du docteur File avait de la superbe malgré ses traits tirés et son pyjama de convalescent. Même un genou à terre, reste toujours Torero lui avait appris son oncle. Et les postures ancrées au plus profond de ses gènes avaient fait le reste. Le médecin l’aida à s’asseoir puis quitta la pièce sans même un mot à l’adresse du policier. Il garderait bien sûr un œil sur sa montre afin de s’assurer que l’interrogatoire ne fut pas trop long. Bravant les règles élémentaires de courtoisie, Bradley n’avait même pas esquissé le geste de se lever pour saluer l’homme qui le fixait à présent avec insistance.


- Alors… Où en étions-nous, entama l’agent sans transition, comme s’il reprenait une discussion interrompue il y a quelques secondes.



- Vous me demandiez si j’étais citoyen américain, monsieur.



Bradley siffla entre ses dents, visiblement bluffé par l’aplomb de la répartie.


- Eh bien ! On peut dire que la fatigue n’a pas altéré votre mémoire.



- Pour être honnête, dit le Matador, je ne savais pas si je l’avais rêvé où si c’était réellement arrivé. J’ai ma réponse.



- Mais moi je n’ai toujours pas la mienne. Etes-vous citoyen américain ?


- Non señor, je suis de nationalité espagnole.


- Vous parlez admirablement notre langue.


- C’est parce que je l’ai longtemps étudiée à l’Université de Salamanque.



Bradley griffonna quelques notes sur son carnet puis sortit un ordinateur portable de sa sacoche qu’il posa devant lui avant de l’allumer. Tandis que la machine démarrait, il demanda.



- Quel est votre nom, je vous prie.


- Je m’appelle Juan Pedrosa. Mais dans mon pays, je suis plus connu sous mon apodo ; El Jipe.



Le policier fut surpris d’entendre un premier mot qu’il ne comprenait pas dans la conversation.



- Votre quoi ? dit-il en se rapprochant légèrement.


- C’est mon surnom, celui qui apparaît sur les affiches.


- Vous êtes dans le spectacle ?



- Je ne vis que pour l’Art, monsieur. Je suis Matador de Toros.


Bradley se figea, comme si on l’avait piqué avec une seringue hypodermique. Après quelques secondes, le Maestro reprit la main.


- Cela signifie Tueur de Taureau.


- Je sais ce que ça veut dire, trancha l’inspecteur. Il y a bien assez longtemps que je traque des Chicanos pour comprendre leur dialecte.


Le Torero pensa tout d’abord qu’il avait mal compris, mais en découvrant l’expression de dégoût sur le visage du policier, il dût se rendre à l’évidence. Il était bien face au paroxysme d’un racisme ordinaire. Il prit la meilleure des décisions à ce moment-là, celle de ne pas surenchérir.


- Vous travaillez dans un abattoir et vous êtes venu dans notre pays pour trouver du boulot dit le flic en cherchant l’icône de son explorateur internet.



- Non.


- Etes-vous sur notre territoire pour perpétrer un attentat contre le gouvernement ?



- Non, pas du tout !



- Etes-vous sur notre territoire pour préparer ou aider à préparer un attentat contre le gouvernement ?



- Mais enfin, non !


- Avez-vous commis un crime pour franchir la frontière ?



- Ca suffit, s’offusqua la Figura qui sentait la pièce tourner autour de lui.


Un des deux hommes vivait une sensation de vertige, l’autre la percevait. Pour calmer le jeu, Bradley se leva et en marchant vers la machine à café posa cette simple question ;



- Avec ou sans sucre ?



Juan Pedrosa déclina l’offre de la main et essaya de rassembler ses idées tandis que l’inspecteur glissait les pièces dans le monnayeur. Comme le café s’écoulait dans le gobelet, le policier réattaqua.


- Pourriez-vous me dire pourquoi vous étiez seul et évanoui en plein désert, à deux pas de la frontière ?


- J’ai passé deux jours à espérer que vous alliez me donner la raison, monsieur.



- Vous n’avez donc aucune explication…


Un silence pesant accompagna le policier jusqu’à sa chaise.


- Mes hommes vous ont retrouvé dans un accoutrement bizarre, fait de paillettes et de dorures. Je me suis documenté, je n’ai rien trouvé qui ressemble à cela. L’avez-vous fait vous-même ?


Le Maestro songea un bref instant aux heures de travail qu’avaient passé les employés de chez Fermín sur cette splendeur puis enchaîna.



- Cet accoutrement, comme vous dites, vient du plus grand tailleur taurin de Madrid. C’est un habit de lumière. Vous n’avez qu’à taper ça sur internet, vous allez en trouver de toutes les couleurs et de toutes les beautés.


Bradley but une gorgée de café puis donna l’impression qu’après tout, il n’avait rien à perdre à essayer. Il lança Google puis saisit ce terme qu’il n’avait jamais entendu auparavant dans la zone de texte. Le moteur lui renvoya une débauche de résultats mais aucune de ces entrées cependant ne concernait un vêtement. Seule la première ligne reprenait le terme exact et il s’agissait d’une pièce de théâtre créée quelques années auparavant et qui parlait d’un groupe d’illusionnistes.


- Il doit y avoir une erreur, objecta El Jipe, essayez dans ma langue.




Tapez Traje de Luces.
La requête renvoya un grand nombre de résultats mais une nouvelle fois sans aucun rapport avec ce dont parlait le suspect qui s’énerva.



- Ecoutez inspecteur. Je suis célèbre de l’Espagne jusqu’en Colombie, de France jusqu’au Pérou et certainement plus encore au Mexique. Donnez mon nom à votre satanée machine et vous verrez bien !



- Vous m’avez dit Pedrosa, c’est ça ? P, E, D, R…



- Tapez El Jipe, señor, l’interrompit le Diestro. C’est sous ce nom que les gens m’aiment.


Le policier lança cette fois-ci sa recherche dans la section images de Google, conscient de faire d’une pierre deux coups s’il trouvait un résultat probant. D’un simple regard, le Matador comprit que rien ne s’était affiché qui allait dans son sens.


- C’est purement impossible, dit-il d’une voix pleine d’émotion.



- Voyez vous-même, trancha l’inspecteur en faisant pivoter l’ordinateur d’un demi-tour afin que l’écran se retrouva face à son interlocuteur.


Dans la mosaïque de couleur que formaient les vignettes, aucune ne le représentait lui. Il avait l’impression de regarder dans un caléidoscope qui ne parvenait pas à le faire renaître à la vie. Comme si son enveloppe charnelle, pourtant si souvent meurtrie, n’avait jamais renfermé son âme, comme si l’encre des articles de journaux s’était évaporée, les mémoires numériques effacées.



- J’ai besoin d’air, suffoqua le Maestro. S’il vous plaît, faisons quelques pas dans le parc.


La supplique réveilla le peu d’humanité qui restait en Bradley et l’officier accepta, considérant qu’il n’y avait pas grand risque à promener un mythomane amnésique physiquement affaibli.
Les deux hommes marchaient à présent en silence dans une allée ombragée de la cour et Juan Pedrosa avait cette sensation irréversible de prendre part à son dernier paseo. Non pas le dernier de sa carrière mais l’ultime de sa vie. Un défilé de deuil, sans musique ni compagnon de cartel.



- Pourquoi me mentez-vous, monsieur Pedrosa ?


- Je ne vous mens pas, inspecteur Bradley. Je suis Matador d’alternative. Je combats des Toros de quatre ans et de cinq cents kilos. Je les mets à mort et je triomphe souvent, je suis blessé quelques fois. Je ne pose plus les banderilles moi-même qu’occasionnellement, dans les arènes de première catégorie.



Fatigué par la passion qu’il mettait dans son explication, le Torero vacilla. Bradley le soutint et ils s’assirent face à face sur deux chaises qui se trouvaient sur la pelouse.



- Je ne vis que pour la Corrida de Toros, señor. Je ne mourrai que par elle.
Le p


olicier décida soudainement qu’il était grand temps de mettre fin à cette mascarade. Il interpella une infirmière qui passait. D’abord sur la défensive, la jeune femme se rassura en voyant la carte de l’officier.



- Mademoiselle, commença posément Bradley, avez-vous déjà entendu parler de course de taureau ? D’habit de lumière et de mise à mort ? poursuivit-il sur un ton de sarcasme.



- Oui, monsieur.



Le Maestro sentit ses poumons se remplir d’oxygène et son visage s’illumina. Son esprit s’envola vers un campo qu’il reverrait bientôt, et, fermant les yeux, il chevaucha son andalou favori. Ce sale type ne serait bientôt qu’un mauvais souvenir et il pourrait de nouveau revêtir son costume de lueur. Une nouvelle fois, le salut viendrait de ces anges que sont les infirmières.



- Puis-je vous demander en quelle occasion, Matilda ? demanda Bradley après un coup d’œil furtif au badge de la jeune fille.



- En fait, monsieur, c’est curieux que vous me demandiez cela précisément maintenant. Je ne l’ai pas entendu moi-même. C’est une collègue infirmière d’origine Mexicaine qui a écouté un patient délirer pendant son sommeil. Il parlait de l’Espagne et de taureaux sauvages qu’on enfermait dans une arène pour les combattre. Des hommes habillés de lumière les faisaient danser dans une valse lente avant de les tuer d’un coup d’épée. Il se trouve que j’ai de la famille en Espagne, je leur ai tout de suite téléphoné pour leur demander si cela existait encore de nos jours. Ils m’ont répondu que Dieu merci ça n’avait jamais existé et qu’il fallait avoir un esprit bien malade pour inventer des horreurs pareilles.


El Jipe reçut un coup de plat de corne dans la tempe. Tout bourdonna quelques secondes, puis, voyant que le policier était cadré et tenait sa tête légèrement baissée, il se lança dans un volapié foudroyant. Ils roulèrent tous deux au sol et le Torero, profitant de l’effet de surprise, plongea sa main dans la croix et saisit l’arme de Bradley. Il se releva, recula de deux mètres et mis l’homme en joue. L’infirmière hurla mais resta tétanisée.



- Je ne vous veux aucun mal ! Vous comprenez ? Aucun mal, répéta calmement le Matador. Monsieur Bradley, lancez-moi votre téléphone. Je vais appeler mon valet d’épée, chez moi, à Séville. Il vous dira que tout est vrai, que je ne suis pas fou.



Bradley s’exécuta et Juan Pedrosa demanda à l’infirmière l’indicatif pour appeler l’Espagne depuis les Etats-Unis. Elle lui donna en tremblant de tout son corps. De sa main libre, la Figura composa le numéro qu’il connaissait par cœur et qui était le même depuis des années avec calme. Il y eu un long silence, puis une voix robotique annonça ;



- España Telecom, bonjour. Le numéro que vous demandez n’est pas attribué et ne l’a jamais été. Si vous désirez qu’il devienne le vôtre n’hésitez pas à profiter d’une de nos promotions. Un numéro qui n’a jamais été utilisé, c’est l’assurance d’un…




Le Maestro fit glisser le téléphone le long de sa joue puis posa ses yeux sur le cadran. Il n’avait pas fait d’erreur en saisissant les chiffres. Dans le lointain, la voix continuait à débiter sa litanie sans intérêt lorsque l’homme laissa chuter l’appareil dans la pelouse. Tandis qu’il levait lentement l’arme en direction de sa tête, El Jipe songea que si la grâce et la beauté qu’il avait rêvées en perfection, si la lenteur et l’harmonie qu’il avait si souvent respirées n’existaient pas, alors la vie ne valait pas la peine d’être vécue. S’il ne pouvait pas se saouler de la charge d’un Toro, il ne s’enivrerait plus jamais. Alors il pressa la détente.

samedi 2 juillet 2011

Luna y Fuego à l'Impérator

Longue attente lorsque devant la foule médusée on vit passer, après l’heure annoncée de début du spectacle, les plateaux de tapas y vino en direction des coulisses …. Mais comme nous allions bientôt oublier notre impatience !

Devant ce mur éclairé des jardins surmonté de vases de géraniums qui nous transportaient dans un patio andalou, les hommes se déploient sur la scène : un guitariste, deux cantaores, un palmero.

Sobriété, silence, recueillement qui prépare cette soirée prometteuse.

Un cante où deux voix très opposées alternent leur art. Limpide et puissante pour l’une, voilée et secrète pour l’autre : comme étouffée par un velours épais, voix qui évoque celle des gitans rompus aux quejios que berce souvent un tinto dans les tascas le plus obscures de Jerez …

Le chant perce la nuit accompagné par la guitare et les palmas. Silence religieux lorsque sur la table les nudillos des hommes debout rythment la montée de cet hommage aux astres, cet appel au démon intérieur… long appel qui finit par la voix déchirante du cantaor nous emportant dans l’émotion de cet instant de grâce.

Puis elle arrive … monte lentement les marches, tête baissée, mesurant ses pas. Robe rouge sang, traje de Fuego, zapatos rojos, pelo azabache … la scène lui appartient. Soudain, comme un orage qui éclate, un cyclone déchaîné, elle danse ! En quelques déplacements rapides elle prend possession de son espace, visage endurci, traits tendus, zapateo puissant qui laisse pantois, réalisé de manière hallucinante par une femme qui frôle la cinquantaine et dont l’embonpoint est trahi par sa robe moulante ajustée aux caderas. Mais là nous avons une vraie gitane, pur jus, de la « raza calé » comme on dit là-bas …. Una emperaora qui, regardant le ciel dans sa danse, nous fait nous sentir humbles et terriens.

Puis elle cède le sitio à José Moya. Danseur virtuose à la technique infaillible, bien travaillée artistiquement, bien maîtrisée. Une énergie qui dépoussière la scène au sens littéral du terme et qui lui procure un plaisir que l’on voit exprimé sur son visage à la longue chevelure mouillée.

Mais lorsque paraît à nouveau La Farruca … tout devient plus lumineux, plus magique. Elle reprend possession des lieux. Tableau plus sombre, robe de nuit d’un taffetas élégant et austère. Traje de Luna. Et la force de sa danse qu’elle maîtrise par un temple profond et inspiré que déchirent des fulgurances époustouflantes de son jeu de zapateo nous rappellent que c’est elle, la grande, la Luna y Estrella de esta noche.

Au salut final, lorsque la gravité de son visage s’est estompée, que son sourire est venu l’illuminer, tous mes voisins de spectacle ont été unanimes …. « comme cette femme est belle …. ! »

Et je n’ai pas pu m’empêcher de penser que j’y voyais la beauté révélée par ce bonheur qu’elle venait de vivre et de nous offrir ….. sa danse avec le duende.

Maja Lola