Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

mercredi 30 décembre 2009

DSP-Nimoiserie : Boudiou...!


Maintenant que les projets présentés par les candidats ont été divulgués dans la presse, ils sont bien entendu décortiqués et interprétés par tout un chacun et voilà le nouveau rebondissement généré par la lecture qu'en a faite la coordination des clubs taurins :

"... Le projet de la coordination consiste en une rencontre internationale de vingt écoles taurines françaises et étrangères, chacune d’elles étant invitée et parrainée individuellement par un club taurin différent de notre région, prenant en charge "son école taurine et ses invités" dans un esprit de rencontre et d'échange. Pour les clubs taurins initiateurs de ce projet, cet esprit est l'un des piliers de cette future manifestation. A cette date, les deux candidats à la Délégation de Service Public des arènes de Nîmes avaient déposé leur dossier.
- SIMON CASAS PRODUCTION faisait une promesse indéfinie et non chiffrée d’assistance au Printemps mais ne proposait aucune novillada sans picador.
- MECA ORGANISATION proposait de fournir pour le Printemps 10 vaches et 2 becerros, et organisait en dehors du Printemps 2 novilladas sans picador au titre de la temporada 2010.
Dans les semaines qui ont suivi, lors des différents comités de pilotage, le délégué à la tauromachie annonçait une réduction des subventions allouées au PRINTEMPS DES JEUNES AFICIONADOS, et nous nous trouvions dès lors dans une impasse pour organiser la rencontre internationale des écoles taurines.
Nous en étions donc là lorsque nous avons pris connaissance le 29 décembre 2009 du dossier de la DSP adressé aux élus municipaux pour le Conseil Municipal exceptionnel du 9 janvier 2010. Et nous avons constaté avec stupéfaction que SIMON CASAS PRODUCTION détourne à son usage notre idée de rencontre internationale des écoles taurines pour le Printemps 2010 en le dénaturant de
manière significative. En effet, dans le cadre du PRINTEMPS DES JEUNES AFICIONADOS, SIMON CASAS PRODUCTION propose de prendre en charge 2 novilladas sans picador lors du Printemps. Il s'agirait à ce moment là d'éliminatoires. La rencontre internationale des écoles taurines serait quant à elle sortie du PRINTEMPS DES JEUNES AFICIONADOS et repositionnée dans la Feria de Pentecôte. Elle deviendrait alors payante (pour tout le monde y compris les abonnés) et serait proposée en nocturne le vendredi soir, samedi soir (demi-finales) et dimanche soir (finale). Ces novilladas sans picador, seraient chacune le 3ème spectacle taurin de ces 3 journées.
Par cette manoeuvre, SIMON CASAS PRODUCTION s’accapare 3 spectacles supplémentaires qu’il supprime dans le programme du PRINTEMPS DES JEUNES AFICIONADOS, alors que de son côté, MECA ORGANISATION nous laissait organiser éliminatoires, demi-finales et finales dans le cadre du "Printemps" en Mars 2010 (avec entrées gratuites dans le cadre d'une vraie promotion de la
tauromachie sans en oublier la dimension pédagogique).


Les Aficionados de Nîmes et sa région se trouvent ainsi privés du PRINTEMPS DES JEUNES AFICIONADOS, et la manifestation détournée par SIMON CASAS PRODUCTION ne correspond plus à l’esprit qui avait présidé à sa création par les clubs de la Coordination. Notre manifestation, entièrement gratuite depuis l’origine, en habits de campo, et bâtie sur un esprit de rencontre et d’échange destinée aux jeunes aficionados, va se transformer en spectacle payant, en habit de lumière et au service d’une autre promotion.
Voilà, où nous en sommes avant le prochain comité de pilotage convoqué le 15 Janvier 2010 en présence des mêmes participants déjà cités.


La Coordination des Clubs Taurins de Nîmes et du Gard

dimanche 27 décembre 2009

DSP-Nimoiserie : c'est l'heure des comptes...



Ca y est... ! Lancement officiel de la nimoiserie par sylvain Pastor conseiller régional verdâtre qui se frite périodiquement à Casas devant les tribunaux... Je diffuse donc pour tous les habitués de ce blog qui n'ont pas la "chance" (ça dépend des jours... les jours de resenas par exemple c'est pas un handicap...) de lire Midi-Libre tous les jours, la déclaration de Pastor :

"Le nouveau choix par le maire de Nimes de Simon Casa Production comme délégataire de l'organisation des spectacles taurins à Nimes à partir de 2010 ne manque pas de surprendre. J'ai en effet soulevé devant la justice la question de la sous-traitance, interdite par la convention qui le lie à la ville de Nimes, à laquelle aurait recouru cette société. J'avais également pointé la fragilité de ses garanties financières. Quand on sait qu'elle a été déficitaire en 2008, on s'interroge sur la façon dont elle parviendrait à équilibrer ses comptes dans les conditions de la nouvelle DSP, qui lui sont manifestement moins favorables : suppression des frais de réservation perçus sur les spectateurs et, surtout, multiplication par trois de la redevance versée à la ville. Cla signifierait-il que depuis des années, Simon Casa Production gagnait trop d'argent sur le dos des contribuables nimois ??? Comment dans ce cas expliquer les pertes de cette société, tandis qu'elle sous-traitait en 2008 près de 3,7M€ ? A qui a profité cette sous-traitance et dans quelles conditions, fiscales notamment, quand on sait que Simon Casas est aussi détenteur d'une société de droit espagnol, Servicios taurinos integrales ?"
Vous constaterez comme moi que l'aïoli que je prédisais arrive... et pas la variante pour touriste à une gousse d'ail bien digeste, non, celui des autochtones, un huit gousses à relents automatiques brûleur de papilles... c'est du lourd, qui se ramène dans le mortier de l'écusson... les coups de pilons vont pleuvoirs... chacun son huile, abritez vos gousses ! Sur le même sujet, l'union des comités de quartiers de Nimes-Métropole déclare que "la suppression des frais de réservation est une bonne chose mais que sur 2008 il a été distribué sur l'ensemble des vingt spectacles, 17506 invitations (et pas une pour moi inutile de le préciser...à quel titre d'ailleurs ? Emmerdeur congénital ? c'est pas invitable, ça...) soit plus de 10% des places payantes, dont 9100 à la ville et que, malheureusement, le cabinet du maire n'a pas jugé utile la diminution et nous le regrettons".
Et allez... une gousse de plus dans le mortier... le quotidien qui s'est procuré le rapport de dix-neuf pages, met les pieds dans le plat en détaillant les ingrédients : Casas qui avait proposé 4% du CA sans minimum garanti a donc du s'aligner sur la proposition du challenger, soit 6% du CA hors taxes avec minimum garanti de 350.000 €. Un challenger qui propose même 7% au-dessus des 6M€. Tout le monde suit ? Le simple acte de candidature de Meca permet donc à la ville d'encaisser sur cinq ans une augmentation modique de... 600.000€. Une ville qui a priori - hors coup de théâtre lors du conseil municipal - l'en ... remercie ... c'est ça la gratitude. Au niveau des promesses prévisionnelles dont on sait qu'elles n'engagent que ceux qui y croient, Casas voit un total de recettes pour 2010 de 7,1M€ prévoyant de culminer à 8,4M€ en 2014 (5% dues à la hausse de la fréquentation, et + 2% par an pour les tarifs ) alorsque Meca espère 5,8M€ en 2010 et 6,6M€ en 2014 (2% des recettes dues à la hausse de fréquentation, 1,4% par la hausse des tarifs et 2% pour les autres recettes). Le jounal conclut judicieusement par une évidence :
"qu'il sera très intéressant quel que soit le délégataire, de se souvenir de ces chiffres au fil des bilans pour les confronter à la réalité".
Pfffiou... j'en ai marre, moi de parler chiffres, je n'avais pas créé ce blog pour ça, mais on y est un peu obligé vu le pittoresque des nimoiseries, si on veut les comprendre. Quant au propositions concrètes que je vous livre en vrac sans vous dire de qui elles émanent car il y en a de mauvaises des deux côtés, notons le retour sensationnel - accrochez-vous- de Jesulin de Ubrique. Non ? Si ! Des corridas équestres avec bien sûr du bétail éhontément amputé, des corridas de l'Art, si, si, c'est un truc qui se programme en tauromachie "l'Art"....
Bon alors, pour redonner un peu de moral au couple d'ficionados qui voudrait se payer des premières, à cent euros la place pour le moins cher, si on enlève les courses camarguaises, la novillada, et "tout ça qu'est pas d'la corrida", disons qu'il y a, à la louche, quinze courses formelles, ça leur fait donc un total de trois mille (3000€) euros : on comprend mieux la pression sur le pré-découpage des oreilles... Ceux à qui on a fait payer une telle somme ont intérêt à croire qu'ils ont vu une bonne corrida !
Donc moi, ce que je peux vous prédire, c'est une inflation d'oreilles, de queues, de grâces, de sorties a hombros par les portes du prince, du roi, de l'empereur et du Vizir... bref rien que de l'Iznogoud pour la tauromachie profonde, seule capable de résonner en nous, ample, profonde, sobre et classique, engagée, celle des enjeux vitaux, celle du pellizco, celle qui mouille les yeux des hommes, qui donne envie de vivre intensément, qui sublime notre condition, la tauromachie de la peur, du danger et de la beauté, celle indiscible de la rencontre magique qu'aucune programmation, jamais, n'a pu prévoir surtout quand elle se donnait pour priorité que tout soit "de garantie".

samedi 26 décembre 2009

Le Père Noël est fatigué

Ca y est. Le père Noël est passé. Chez moi, comme un cyclone. De nombreux enfants excités des retrouvailles festives. Le sol est jonché : de boue - les allers-retours dans le jardin - de traces de chocolat -les raids sur les gâteaux-, de petites étoiles dont la maîtresse de maison avait parsemé la nappe et que les filles s'étaient collées sur le visage pour briller un peu plus, de cheveux d'anges, d'aiguilles d'épicea, de ficelles multicolores, d'emballages de papillotte. J'ai tenté de débordéliser en temps réel, notamment pendant la phase du déballage frénétique des cadeaux : posté devant la cheminée, je récupérais et enflammais systématiquement tous les papiers d'emballage sous lesquels nous menacions d'être ensevelis... Encore que l'effusion soit judicieusement jugulée à la source par tirage au sort, pensez donc, à vingt-sept, si chacun faisait un cadeau à tous, ce serait sept cent vingt-neuf cadeaux qu'il faudrait déballer !
Moi, qui ai tant de mal à lire, j'ai reçu une floppée de livres visant à combler mon inculture. Je rêvais de livres photos, mais non, rien que de la littérature... Je vous fais la liste ? Alors :


- 50 façons d'assassiner les limaces


ouaip, chez Larrousse, et on ne rit pas. En 1er de couv il est écrit : Des recettes pratiques et rigolotes pour trucider ou entourlouper l'ennemi "number ouane" de votre jardin. Un clin d'oeil de ma compagne pour les salades et les tomates que je lui ai produites en maugréant l'été dernier. On n'a jamais eu le même humour... L'incompréhension qu'elle lit dans mon oeil quand je déballe ça, c'est ce qui l'amuse le plus, je crois... Elle doit m'espérer en bon jardinier éco-responsable nourrissant sainement nos enfants. C'est ce qu'elle trouve sexy... Alors que pour moi, c'est vraiment un rôle de (dé) composition ce côté "compost"... Pourtant, parfois je mets une belle chemise, me pschiiite "Habit Rouge" de Guerlain sur la trombine (et OH ! c'est mon parfum à moi, l'achetez pas hein...) mais non... rien...

Aaaaah par contre, si je transporte du fumier de cheval dans la brouette, la fourche en travers, torse nu sous la combinaison bleue, mes bottes crottées et la sueur "BIO" au front, travaillant à nourrir la progéniture, là, oui, je marque des points... Remarquez, mélanger des effluves bestiales et distingués, fumier et Habit rouge, ça peut le faire question érotisme, non... ? Le côté "assaut-bestial-sur-botte-de-paille-dans-écurie-aux-senteurs-de-crottin-mâtinées-d'effluves-raffinés" ça ne vous booste pas la libi... pardon...? Poncif éculé ? Mauvais goût resucé dans "l'amant de Lady Chatterley" ? Bon , ben je retire alors, de toute façon je n'ai pas d'écurie à la propriété... Sinon, je lui dis depuis longtemps : mais pourquoi n'as-tu pas pris un berger du Larzac ou un charpentier Ariégeois, enfin je sais pas, un tisserand du Causse à Ste Enimie là-bas, vous savez, ils font des pulls trop cools en poils de clebs, enfin un mec vraiment différent de moi, quoi... un mec de gauche... simple et droit, qui aurait plu à ta belle-soeur, un roc pas tourmenté ni aficionado, un végétarien altermondialiste. La vie est parfois vraiment incompréhensible...

Elle m'a offert aussi :

- La vérité sur Marie de jean-Philippe Toussaint

La première phrase de la quatr' de couv', dit :

L'orage, la nuit, le vent, la pluie, le feu , les éclairs, le sexe et la mort.

Oh, putaingggg..... ça commence fort... the décor is planted... chai pas si je lis... vaudrait p'têt mieux aller bécher le potager... d'autant que ça continue comme ça :

Plus tard en repensant aux heures sombres de cette nuit caniculaire, je me suis rendu compte que nous avions fait l'amour au même moment, Marie et moi, mais pas ensemble.

Gulp ! Un message codé vous croyez...? Si ça se trouve.... et ce n'est pas la critique retranscrite en quat-de-couv qui vient rassurer :

... c'est ce qu'on ressent après s'être fait piétiner par ce bolide en feu qu'est le nouveau Toussaint, à peu près aussi jouissif qu'un déluge de météorites dans les reins, si les reins étaient les lobes du cerveau... et nous voilà précipités dans une terreur secrète, un nouvel ordre des choses qui n'est autre que la "persistance du réel", un truc à se cogner la tête et à faire vomir un cheval...

Bon... impossible physiologiquement le vomissement équin... souhaitez-moi bonne lecture, merci.... Elle m'a offert aussi, "Un Homme" de Philippe Roth :

...en fin de compte, c'est un homme qui est devenu ce qu'il ne voulait pas être... un roman puissant qui prend pour territoire le corps humain. Il a pour sujet l'expérience qui nous est commune et nous terrifie tous.

Un autre message, peut-être...? Ce sont de véritables bombes à retardement les livres, finalement... on peut abattre quelqu'un avec un livre, savez-vous ? Et tiens prends ça dans la tronche !


- Entre les oreilles de Foenkinos

Quat-de-couv :

Mon psychanalyste constatant la vanité de ses efforts pour m'aider à mettre de l'ordre dans ma vie sentimentale, fit l'inventaire des causes de mes ruptures : Mathilde n'aimait pas les ciels ocre de Basse-Normandie (je maintiens c'est rhédibitoire), Joséphine n'avait pas lu Virgile (je ne pouvais pas me commettre avec une telle fille, c'eût été cautionner), Christine buvait son café sans sucre (manque de goût évident), Ghislaine avait lu Virgile (je passais pour un idiot quand elle m'en parlait), et Catherine s'appelait Catherine (sans commentaires)


Prometteur, non ? Merci fiston. Engrangés aussi :


-Les Chaussures Italiennes de Henning Mankell

- Le Club des Incorrigibles Optimistes de jean-Michel Guenassia

- Jesus-Christ Matador de Olivier Bourra

Personne n'ayant pensé à la place que ça prenait, je suis bon pour aller faire un petit tour chez Ikea, référence Billy... Bon sinon, je suis allé à ma messe annuelle, me remémorer un peu mon enfance pieuse et là, scandale ! Le curé sermonne comme il se doit mais façon new-look, interactif, tendant son micro à nos chérubins placés au premier rang. Il explique que Noël est une fête trèèèèèèèès importante mais qu'il y en a une plus importante encore -oh oui- qui fait sens, parce que unique au monde dans la nuit des temps, qui prouve que cet homme est le fils de Dieu, car il est revenu à la vie et cette fête c'est.....? c'est....? et donc il tend son micro à un de ces chérubins studieux du catech que de gentilles bigotes endoctrinent bénévolement au lieu d'aller essayer des bustiers pigeonnants chez Zara pour faire succomber leur homme à la tentation puis au péché suprême. Le silence se fait, le temps est suspendu comme l'attention des catholiques sur les bancs, les préceptrices sûres de leur enseignement jouissent déjà de la spirituelle réponse tandis que le père réitére la question, voix douce et visage bon, cette fête c'est, c'est..... ?

- LES CADEAUX !

hurle la petite fille angélique au micro d'une sono dont on ne savait pas qu'elle fonctionnait si bien tant que le curé y susurrait les bons principes, elle hurle ces mots conviction au coeur, au grand dam de l'assemblée contrite tandis que le curé encaisse retirant prestement le micro de la bouche d'une enfant soudain toisée de la répprobation consternée de sa maman, bonne catholique scandalisée endurant publiquement l'échec des efforts de son enseignement constant et dévoué à la cause non matérialiste. Et moi seul couillon de mécréant noyé dans la nef qui me gausse de cette pulsion de vie spontanée, saillie d'une condition bien humaine pas encore contrariée. Elle est pas moche la vie ? C'est dit, j'irais brûler en enfer !

jeudi 24 décembre 2009

Noël le moins triste possible...

ça y est vous avez tout ? Le foie le plus gras, l'huitre la plus glaireuse, la dinde la plus farcie, le chapon le plus persillé, la citrate de bétadine la plus effervescente, et les pensées les plus sombres ? Vous pensez à tous les conflits familiaux larvés, aux disparus avec qui il était si gai de se réunir, au sens de la vie et au temps qui passe ? Alors pas de doute c'est Noël ! Même si vous ne croyez plus au barbu conducteur de rennes depuis belle lurette, pensez à vérifier si vous n'avez pas un cadeau : il se trouve toujours sous le sapin...

mardi 22 décembre 2009

Peur sur l'Arène...



A Nimes, il est toujours nécessaire de patiner un temps dans la brandade avant de réussir à dégager la crème de la morue. On a bien compris au vu de l'offre de Meca, que le maire a été obligé sous peine de ne pouvoir justifier son choix, d'instaurer ce montant comme un préalable, une redevance-seuil pour considérer les offres dans une posture d'équité enfin supposé telle. Il s'est ainsi tiré une fameuse épine du pied au cas où il aurait déjà eu l'idée de privilégier son prestataire habituel... D'autre part, comme à l'accoutumée, la brandade, bien branlée, présente une texture crémeuse facilitant la déglutition des pilules amères vu que personne ne se demande le montant pourtant facilement calculable du manque à gagner pour toutes ces années durant lesquelles ne fut versé que le gros tiers d'une somme soudain apparue possible ; on lisait dans toutes les colonnes locales qu'on n'en était souvent de sa poche mais que l'amour passionnel de sa ville, n'est-ce pas, le valait bien. Du mécénat, quoi. C'est beau l'esprit de sacrifice, ça tirait des larmes aux yeux peinturlurés des ménagères freshly menopaused. Rendons au moins à Meca ce mérite d'avoir par sa candidature, permis à la ville d'encaisser une redevance beaucoup plus importante. Il en sera peut-être remercié (ne pas oublier le deuxième sens du mot...)
Mais attention !!! Une Nimoiserie a souvent une vie intrinsèque et repart d'un ressort inattendu. Qui a mangé qui, la question est peut-être encore en suspens, pas seulement du fait que la décision remportée (14 à 7...) doive être entérinée par le conseil municipal du 9 Janvier mais par les sous-entendus perçus en filigrane dans la déclaration du perdant. Je me trompe sûrement car je ne suis pas si malin que ça -si, si, je vous en prie...- et j'ignore tout des procédures juridiques, sauf qu'à lire attentivement les conclusions de Meca, il n'a pas fini le combat. Voici les déclarations des candidats parues aujourd'hui dans le "Mirdiiii-Liiiiiibreu" :
Simon Casas : Je suis là parce que je le mérite !
"Je suis très heureux d'avoir gagné ce concours qui a été long, mais qui s'est déroulé dans la transparence. Ce résultat ne m'étonne pas, même s'il y a eu une campagne de désinformation contre moi ! Je suis là parce que je le mérite. J'ai fais des propositions à la ville de Nimes la tête haute, j'accepte la compétition mais je reste le meilleur. Entre Meca et moi, il n'y avait pas photo. Si les Espagnols ne viennent pas se présenter à Nimes, ce n'est pas par amitié, mais simplement parce que mes résultats sont inégalables. J'ai donné aux arènes et à la ville de Nimes plus que quiconque. Je fais vivre les arènes sur le marché international de la tauromachie, je fais vivre les commerçants de Nimes"
Stephane Meca : Tout commence...
"Je dois tout d'abord féliciter le vainqueur et dire que je suis particulièrement heureux et fier d'avoir participé à ce concours pour les arènes de ma ville. J'ai relevé le défi et j'ai le sentiment d'avoir tiré la compétition vers le haut. En ce qui me concerne, je n'ai pas marchandé, en montrant ce que je pouvais faire. Grâce au dossier que j'ai présenté, je pense désormais qu'à Nimes un peu plus de transparence va être nécessaire et grâce aux propositions que j'ai faites dés le début, la ville va gagner d'avantage d'argent. J'espère aussi que les idées contenues dans mon programme seront retenues par le vainqueur et appliquées. Je suis contribuable nimois et je voudrais que la tauromachie et Nimes sortent gagnants. Je ne peux toutefois pas m'empêcher de m'interroger sur le déroulement des opérations depuis l'ouverture des plis et sur l'équité. En ce qui concerne la sous-traitance qui est interdite, je donnerai des précisions plus tard. Je crois pouvoir dire que l'appel d'offres ne fait que commencer...
Hein ? Avouez... ça se corse en cuisine, non ? On sent la brandade s'effacer et les relents aillés de l'Aïoli arriver... je ne manquerai pas de pilonner tout ça au mortier de ce blog s'il y a lieu. La sauce a toujours ce côté nourrissant et écoeurant à la fois.

lundi 21 décembre 2009

Vous Savez Quoi ?

LA DSP :

C'est Casas qui l'a ! Warrf...!!!

dimanche 20 décembre 2009

EDITO OU TARD

Isa du Moun - nom d'artiste - première à s'inquiéter :



- euh... nous allons entrer dans la quatrième semaine sans post, ce qui, pour un graphomane compulsif de ton espèce devient inquiétant...



Suivie de près par Chulo :



- Oh ! merde, tu hibernes ou quoi ...?



Puis de Jacques-Olivier depuis le diable-vauvert là-bas :



- ça fait longtemps qu'on s'est pas fait allumer, ça me manque, j'voudrais rester l'avocat du diable et continuer à me faire casser du sucre sur le dos...



Ludo :



-euh... voudrais pas être indiscret, mais... ça va ... ?


Mais alors.... ? Y'a quelqu'un qui m'aime sur terre ?!?!!! Aaaaah merci les amis de me dire que je vous manque, l'amour est un onguent dont j'oins ma peau craquelée, un baume réparateur dont je tartine voluptueusement mes pores, un viatique nécessaire. J'ai le corps si graissé d'amour dégoulinant que l'orsqu'on me prend dans ses bras, viouuuut je gicle comme une anguille hors de l'étreinte, ça me gêne, c'est là qu'est ma pudeur... Amour, lumière, mots et toros, tout ce dont j'ai besoin. Je me sentais un peu abandonné, flagada, submergé d'aquoibonisme, triste, noyé dans les frustrations ordinaires, n'ayant de temps que pour travailler et puis s'affaler, vaincu par le pessimisme tel un écureuil triste et amer confronté à une pénurie de noisettes. Z'êtes marrant vous, 'croyez que c'est drôle d'être spécialisé dans l'observation de la décrépitude humaine ? Spécialisé dans la maladie et la mort ?

Alors je me suis tu et j'ai regardé mes photos, j'ai créé une adresse en ligne, composé mes portfolios, allez lire ma présentation puis rejoignez la galerie, double-cliquez sur le petit symbole en haut à droite pour les avoir plein cadre, puis avancez par les flèches latérales. Il y en a que vous connaissez déjà mais je ne cesserai d'enrichir ma vitrine photographique à l'intérieur des portfolios existants ou en en créant d'autres. Il y a des toros bien sûr mais... pas que... Laissez des commentaires si ça vous chante, bonne visite. C'est là :

Donc vous êtes gentiment venus au renseignement et comme une meute le lièvre, m'avez débusqué de ma torpeur, du froid, de ma nostalgie, pour m'encourager à dégourdir mes doigts sur le clavier. Seulement voilà, l'inspiration ne vient pas et je n'ai pas grand chose à vous dire.
Alors si on tentait une petite revue de presse ? Si on se servait de l'actualité ? Digressant de sujet en sujet comme le Bonobo se lache de branche en branche (vous laissez pas impressionner, s'il le faut il ne grimpe même pas aux arbres le bonobo...). Dans la catégorie "embûches de Noël" Chirac est mis en examen. Au tribunal. Mais bon, il n'y a guère que bernadette pour ne pas s'en fiche. Dans la catégorie "disque d'or", Halliday est mis en examen. A l'hôpital. Sa discopathie est même devenue le centre du débat lancé sur l'identité nationale. Tous les Français se soudent autour du conflit intervertébral. On vient filmer ses fans et là... il n'y a pas de quoi être fier d'être admiré par eux. Tu vaux mieux que ça, Johnny ! On voit des bandes de débiles mentaux sexagénaires toujours surmontés d'une banane, arborant des tee-shirts reluisant de symboles dorés qui sont au Rock authentique ce que Julio de Iglesias est au chant profond, ahaner des borborygmes aconassés. Des gros Nazes. Pathétique. J'y crois pas : ils ont même agressé son chirurgien : ah les cons !!! MDR ! LOL ! RIP ! (rions un peu, ça c'est moi qui l'ai inventé, le RIP...) Remarquez, sa spécialité à Delajoux, qui l'a bien un peu tendue quand même pour recevoir sa beigne, c'est "Chirurgien des stars"... pas neuro-chir... faut quoi comme études pour faire ça ? Faut fréquenter les mêmes bars, pardon, clubs privés, avoir une belle gueule et pratiquer des dépassements d'honoraires "sans tact ni mesure". Et tout ça occupe la une de TF1 messieurs-dames, rien d'autre ne se passe dans le monde ! Bon ils s'en foutent car ils ne sont plus regardés que par le public des maisons de retraite, déficient neuronal. Ceuss-la même qui font semblant de s'indigner des Suisses qui disent nein aux minarets. Même pas les couilles de dire qu'ils n'ont pas envie que les vallées alpines soient architecturalement connotées à l'orientale. C'est vrai que ce serait pas très catholique d'être suspecté de racisme. De plus il faut être super tolérant : que les pays arabes refusent les clochers d'églises, ça c'est normal : Bouhou... mais pourquoi je ne comprends rien, moi, à la politique... je vais militer pour qu'il y ait des yodlers en culotte de peau et chapeaux à plumes dans les souks, moi, tiens... au nom de la tolérance mondialisée... J'aime bien mener des combats tout seul...
Johnny, même si je n'ai jamais acheté un de ses disques, je l'aime quand même plus qu'avant. Il est devenu émouvant. Il a trouvé sur le tard de bons paroliers, aux thèmes moins basiques que "quoi ma gueule, si je veux j'te casse la tienne". Et puis vérifiez bien cette vérité : chaque fois qu'il fait un duo avec un autre artiste, celui-là a beau régler son potentiomètre au maximum tentant de n'être point ridiculisé, il en sort invariablement lessivé, balayé par la comparaison, terrassé par la puissance de l'organe de papi Halliday. Un cyclone le vieux Johnny. Aaaah je me souviens de cet été adolescent où les "Que je t'aime" incessants et gueulards des baffles des commerçants du quai, surchauffaient les promenades sur le môle du Grau du Roi où l'on croisait des escouades de stéphanoises, bras-dessus-bras-dessous, quatre de front, indissociables, épaules brûlées par le soleil, qu'il fallait contourner en observant leurs coups de langue sur les énormes cônes de glaces Italiennes de chez Nocella tandis que leurs effluves de Monoï donnaient le vertige. Elles suçaient les cônes goulûment - quand ta bouche se fait douce, quand ton corps devient dur- et le Johnny - putain - qui n'arrêtait pas l'infernal refrain queue nous entendions libidineux -Queue je t'aime - injonction douloureuse, incantation quasi-freudienne, taraud viscéral, mine anti-personnelle à l'explosion rentrée, missile cul-loté slalomant entre les bourrides de lottes et les fessiers seulement emballés de voile de lycras multicolores moulants, Queue je t'aime - quand tu n'te sens plus chatte et que tu deviens chienne- Oh ouiiiiii Queue ! Je t'aime..... tellement il était cruel de promener sur leurs silhouettes, hagard, nos yeux de puceau injectés d'hormones en overdose !

Pfffff... bon... on souffle un peu.... les minarets, c'est fait... je suis donc le seul raciste de France comprenant le choix Suisse - même pas honte - puis bon si un cheik porte des valises bourrées de dollars, ils lui refusent pas l'ouverture d'un compte secret les Suisses, si ? Alors... et toc ! Jhonny, c'est fait... Bon ben Latiatia, désolé pour le coup de rein perdu du Rocker en rythme mais bon, t'avais qu'à prendre un jeune aussi. What else ? Sur les toros ? A Nîmes ? ben des noms d'élevage circulent déjà pour Pentecôte alors qu'on ne sait toujours pas officiellement qui les fournira : c'est fort, hein ? Ca consulte dur pour le renouvellement de la DSP, Casas propose toujours un redevance de moins de la moité que Meca qui se plaint de n'avoir pas été traité équitablement dans la candidature, le maire convoque ses adjoints en comité secret et restreint, conciliabulle, délibéré, tout bientôt... Mon pronostic ? J'en sais foutre rien, mais je m'en doute... Si : Chirac sera acquitté mais devra chez Bernadette se tenir de plus en plus à carreaux. Parce que dans le regard d'une femme vous lirez toujours que si elle pardonne, toujours elle se souviendra...
Bon, il est 1H43 maintenant, demain je travaille, ma voiture pisse le gas-oil, la faire dépanner dés l'aube, puis travailler si possible. Ils m'attendent, prêts à m'engueuler, parce que je viens en même temps que l'infirmière, parce que je leur fais rater une débilité télévisuelle, parce que je retarde leur repas d'un quart d'heure. Avant, penaud, je leur sortais une pirouette pour esquiver, solliciter leur indulgence, maintenant, vingt-cinq ans après, je les engueule deux fois plus fort, leur dis qu'ils sont là pour m'attendre ou qu'il s'adressent à un autre dont il n'est pas acquis que pour 4 euros d'indemnité forfaitaire de déplacement ils viennent endurer leur caractère, et du coup, à la fin, ils me remercient et je sens leur respect.
J'allais oublier : Alain Montcouquiol remporte à l'unanimité avec "Le sens de la marche" la première édition du Prix jean Carrière récompensant un ouvrage célébrant l'héritage littéraire du Sud et de la Méditerranée. C'est cet évènement qui aurait du me faire sortir du silence le 27 Novembre...

samedi 21 novembre 2009

Pourquoi allez-vous voir les corridas ?



Le rituel de mort
Pierre Veilletet


Les cénacles taurins, enclins à l’hyperbole, prétendent appartenir à une mystérieuse « planète des taureaux »…. Une planète, diable ! c’est beaucoup dire, en effet. Mais comment qualifier ce fragment d’astre ancien, ce météorite encore incandescent, ce petit monde (mundillo) sulfureux, qui résiste à la volonté universelle de prohibition ? Quand presque tout « ce qui nuit gravement à la santé » est illicite ou sur le point de le devenir, quand la modération est une fin et la compassion un devoir, on continue de tuer des taureaux en place publique…. Impunément, puisque la loi qui interdit le principe « tolère » les exceptions…. Inexplicablement, puisque les puissantes sociétés protectrices d’animaux, qui ont l’opinion pour elles, dénoncent en vain « cette barbarie d’un autre âge ».

Pour être honnête, il faut préciser que le mundillo constitue lui aussi un lobby. Depuis l’Espagne, il rayonne sur les colonies taurines que sont la Colombie, le Pérou, l’Equateur, le Venezuela, le Mexique, le Portugal (ou la mise à mort est interdite), le sud de la France, et y brasse beaucoup d’argent. Pour la seule Espagne, une saison s’évalue ainsi : 60 millions d’entrées, 6 milliards de francs de chiffre d’affaires, sans compter les bénéfices induits par 250 retransmissions télévisées. Son poids économique ne suffit toutefois pas à expliquer que la corrida ait survécu à la réprobation générale même en Espagne, ses adversaires sont plus nombreux que ses partisans – ni aux tentatives inlassables d’éradiquer cette rumeur archaïque du corpus humaniste. S’il ne s’agissait que de gros sous, si la corrida n’était qu’un avatar cruel du cirque, elle serait passée de mode comme le cirque lui-même – sinon comme la cruauté.
Au lieu de quoi, la ville de Saint-Sébastien a reconstruit d’immenses arènes et, un peu partout, des jeunes gens et des jeunes filles, qu’aucune influence, ni familiale, ni culturelle, ne prédisposait à cette dilection, vont sur des gradins au soleil de cinq heures chercher autre chose que ce que leur offrent les circuits de Formule 1 ou les stades de football.

C’est ce durable pouvoir d’aimantation, qui explique la persistance du scandale et mérite examen. Il n’est pas question d’entamer ici un plaidoyer. D’une part, cette cause perdue se défend fort bien elle-même, ne serait-ce que par l’ironie du fait accompli ; d’autre part, comme l’avoue Hemingway dès la première page de Mort dans l’après-midi : « d’un point de vue moral moderne, c’est à dire d’un point de vue chrétien, la course de taureaux est tout entière indéfendable ; elle comporte certainement beaucoup de cruauté, toujours du danger, cherché ou imprévu, et toujours la mort ». Notons tout de suite que ces désagréments, ou pour parler plus sérieusement, ces contradictions inaliénables, sont précisément celles que nous essayons désespérément d’escamoter derrière l’euphémisme, le simulacre, les faux-semblants.

Etant d’abord acquiescement à la violence ontologique, la corrida ne peut être qu’insupportable à une époque dominée par la dénégation. Celle ci sous tend d’ailleurs le discours animalitaire, dont il est facile de pointer les incohérences. Il a, sans jeu de mots, ses vaches sacrées et ses quantités négligeables. Ainsi s’échine-t-il à sauver le chien fidèle, le bon phoque, le beau taureau, pour abandonner sans frémir l’insignifiant homard à l’ébouillantement ou l’infime escargot au grill, en vertu d’un anthropomorphisme sélectif et fluctuant qui postule au centre du monde l’assomption d’un Homme idéal.

Au contraire, la tauromachie rive au sol un monstre bicéphale, allégorie de ce qu’il y a d’incurablement « inhumain » dans l’homme. L’animalitarisme est un produit dévoyé des Lumières. La tauromachie les ignore. Voilà pourquoi un aficionado un tant soit peu scrupuleux répugne au prosélytisme. Il aime « ça », sans toujours savoir pourquoi. Peut-être y pressent-il un moyen de connaissance intime, donc difficilement communicable. Le plaisir que cette connaissance engendre parfois n’est jamais exempt de mélancolie. Certes il s’agit d’une fête, et , et des plus colorées qui soient, l’imagerie nous le montre à satiété. Fiesta ! Féria ! Alegria! Empoignades dionysiaques de Pampelune, nuits de poivre et d’oeillets à Séville où l’Amour monte en amazone, le chignon pris dans une résille : cela existe, cela se chante encore. Il ‘n’empêche qu’au sortir d’une bonne corrida – on nous pardonnera de ne pouvoir définir ce qu’est une bonne corrida – tandis qu’il s’éloigne à pas lents des arènes, l’aficionado un tant soit peu scrupuleux sent descendre en lui la mélancolie des soirs de taureaux.

Est-ce le vague remords d’avoir fait partie, deux heures durant, de ce que Freud appelle « la horde originaire », la foule aux pulsions louches ? Est-ce le passage de la mort en allée avec la dépouille de la bête noire tirée par les chevaux de l’arrastre ? Est-ce l’éclat soudain d’une lune de marbre ? Est-ce l’angoisse du nevermore, la poignante certitude qu’on ne pourra revivre ce qu’on a vécu et que peut-être on n’aurait jamais dû voir ? Le desancantado des soirs de taureaux est un précipité de ces diverses impressions. Mauvaise conscience de la transgression et trouble d’une révélation dont on était indigne…. Si ce sentiment a quelque chose de religieux, est-ce un hasard ? Il confronte irrépressiblement celui qui l’éprouve à la fuite du temps et au deuil du visible.

Rien de plus voyant à tous les sens du terme, qu’une course de taureau. Pourtant, les meilleurs connaisseurs, c’est-à-dire les toreros eux-mêmes, affirment que l’essentiel ne cesse de s’y dérober au regard le plus attentif. La « séduction brève » (Florence Delay) est aussi fugace qu’un baiser volé. Stricto sensu cela ne se voit pas, ou cela ne peut pas se voir. Compte tenu de la réputation dont nous parlions plus haut, le destin de la corrida serait donc d’être mal vue. Il n’est qu’à considérer l’impuissance des photos de faena en face de ce qu’elles mitraillent. Saturées de signes et de couleurs, quelquefois plastiquement belles, elles sont inhabitées. Vides de ce que l’opérateur avait cru entr’apercevoir dans son objectif. Elles ressemblent à ces photographies de « miracles » où les moindres détails du décor ont été fixés mais où manque l’apparition. De même en multipliant les ralentis, la télévision n’aboutit-elle qu’à fausser le rythme de la faena par injonction d’une lenteur fabriquée, d’un temple électronique, à s ‘approprier l’œuvre, à la vampiriser (comme fait la vidéo de tout ce qu’elle envisage) pour n’en restituer qu’une coquille chatoyante et
creuse. La « solitude sonore du torero » (José Bergamin) en est absente. Sa musique, tue aussitôt qu’éclose, ne s’enregistre guère. Pas plus que ne se filme l’invisible. Que la corrida soit ainsi réfractaire à toute forme de duplication en fait un spectacle à part. Pas seulement un spectacle, autre chose. Et cette autre chose est une séance où s’est engouffrée l’interprétation. Autant l’arène forme un champ clos, autant la tauromachie est un champ ouvert, véritable openfield symbolique, labouré par la littérature, la peinture, la sculpture, le cinéma, la musique, la psychanalyse. Chacun creuse son sillon, en lorgnant sur celui du voisin, si bien qu’en la matière, il y aurait plutôt surabondance que pénurie de sens. Dans les années 60, la fiesta nacional était supposée incarner à la fois l’oppression franquiste, et sa subversion secrète (dans ce cas, le taureau mourait à la place du dictateur !). Moyennant quoi les exégètes des deux camps pouvaient assister, pour des motifs opposés, à la même corrida.

Aujourd’hui, la métaphore politique n’a plus cours. C’est le libidinal qui prospère. Les fantômes de Bataille et de Leiris président sans le savoir à de nombreuses courses. Le milieu taurin a fini par admettre qu’il y avait du sexe là-dedans, voire du sado-masochisme, et quantité d’autres fantasmes que le machisme ordinaire traitait autrefois par le mépris.
A y regarder de près, il n’est pas impossible que les bas roses, les dorures, les broderies, soient en effet des attributs féminoïdes et que la première phase de la lidia ressortisse à la réduction. Au fur et à mesure qu’on approche de la mise à mort, la figure ambiguë du torero se masculinise jusqu’à l’estocade où c’est un mâle agresseur qui enfonce son épée dans le vagin sanglant ouvert par le picador. Et cetera…. A vrai dire les variations érotico-freudiennes sur le thème du « drame copulatif » et de « l’orgasme du taureau » sont devenus des poncifs de la littérature taurine.

Quelle que soit la lecture qui en est faite, la corrida est implicitement regardée comme un sacrifice. C’est à dire une façon pour le profane d’accéder au sacré grâce à l’immolation d’une victime. Or, il est difficile de soutenir que le sacré, tel que l’entend, par exemple, Marcel Mauss, ait jamais inspiré la tauromachie moderne, née à proximité des abattoirs. Dans le sacrifice, la victime propitiatoire est prise par les dieux à la place du sacrificateur qu’ils protègent. Dans la corrida, les dieux n’interviennent pas et le sacrificateur peut tout aussi bien être le sacrifié. Non seulement la victime désignée n’est guère passive, mais le torero se compromet avec la mort.
Plutôt que de sacrifice, parlons plutôt d’un rituel de la mort où tous les protagonistes sont actifs et dont aucun n’est objet de consécration. De ce point de vue le torero apparaît moins comme un sacrificateur que comme un intercesseur, ou mieux, un médiateur entre le public et la mort. Tantôt bourreau, tantôt victime, car les rôles peuvent s’inverser à chaque instant.

Plus on voit de corrida et plus on mesure à quel point cette médiation est individualisée. Sacrificateur, le torero serait mandaté par un chœur univoque, ce que le public n’est pas. On attend donc du torero qu’il soit l’interprète de chacun en particulier. Ce qui nous ramène à « l’invisibilité » de la corrida. Personne ne voit la même, personne ne voit rien, parce que chacun regarde différemment la peur, le courage, le désir et le petit homme seul là-bas sur le sable, qui va rencontrer la mort à notre place.

Comme il la terrasse, nous en faisons un héros. Mais seul le héros sacrifié devient un mythe. Joselito. Manolete. Paquiri….Ce qui distingue la corrida de tout autre spectacle, ce qui la ritualise, c’est donc la présence de la mort. Depuis quelques années, cependant, le public se montre plus sensible à la qualité esthétique des faenas qu’à leur conclusion. L’estocade, justement désignée comme « le moment de vérité », semble devenir secondaire même pour le torero. Alors que jadis il avait à cœur d’honorer son adversaire en lui donnant une « belle mort », il s’agit aujourd’hui d’être « bref » à l’épée, de ne pas tacher de sang le succès obtenu par le maniement de la soie.

En réalité, la sensibilité animalitaire imprègne peu à peu la tauromachie. Celle-ci cherche des toreros de plus en plus brillants et pour les mettre en valeur sélectionne des bêtes de plus en plus dociles. Elle veille à gommer les aspérités du drame, à éponger au plus vite les taches sur la piste, à ne point encourir le reproche de cruauté. Elle ne veut plus avoir partie liée avec la mort, qu’on ne lui ressorte plus à tout bout de champ son passé et ses mœurs de boucher. C’est de l’histoire ancienne. Elle s’est humanisée, elle ne cesse de s’humaniser. Elle mérite enfin d’être considérée comme un art à part entière : inoffensif et respectable.
D’un torero qui tue avec probité, on dit qu’il s’engage, qu’il se mouille les doigts. Voilà précisément ce que plus personne ne veut plus faire, se mouiller les doigts.

vendredi 20 novembre 2009

La Pensée du Jour

J'attendais la joie de la victoire ou le regret de la défaite et j'ai découvert un sentiment nouveau, inouï, l'amertume de la victoire.
Alain Finkelkraut

jeudi 19 novembre 2009

Main de Dieu et Bras d'Honneur



Après la "main de Dieu" celle de Diego Maradona qualifiant d'une "tête" l'Argentine face à l'Angleterre, vengeant ainsi tout un peuple de la guerre des Malouines, après le coup de boule de l'îcone intouchable terrassant l'Italien partout justifié -jusqu'au plus haut sommet de l'état - parce qu'on avait mal parlé de sa maman... voici maintenant, du bout des doigts, la qualification de la France en ce colossal bras d'honneur infligé au peuple d'Irlande droit et valeureux, Ô combien digne et combatif dans l'adversité. Et tout le monde de se congratuler avec moult effusions, impudiques et malhonnêtes à souhait : Aaaah les valeurs du sport... Bon travail les éducateurs, il va vous falloir une bonne dose de rhétorique philosophique, de dichotomie crasse pour imposer vos arguments. Avec cet entraîneur au charisme de palourde et cette qualification injuste, il ne manquerait plus que l'on gagne cette coupe du monde africaine pour écoeurer définitivement la morale du sport encore vendu comme un bastion imprenable de vérité. Encore va-t-il nous falloir entendre les "j'ai rien vu et ce n'est pas moi qui arbitre" de ces jeunes milliardaires en culottes courtes démotivés pour finir d'avaler l'amertume de cette pilule sans enrobage. Ce n'est pas contre la grippe mexico-porcine qu'il faut se vacciner mais contre la malhonnêteté pour se sentir aujourd'hui heureux de la qualification de la France aux dépens d'un plus petit mais bien plus valeureux que soi, des Irlandais qui mouillaient leur maillot pour leur drapeau, leur identité nationale, leurs chasses à la grouse dans les brumes des Highlands et non pour mettre de l'essence dans leur Porsche. Des Irlandais qui n'avaient pas cherché à casser la gueule des supporters français à l'issue du match aller perdu mais qui les avaient conviés sportivement à une troisième mi-temps amicale dans les pubs de Dublin. Alors si en cherchant sur la toile une photo d'Henry, travailleur manuel faussaire, j'ai finalement opté pour le décolleté de cette ramasseuse de balles madrilène c'est parce que cela donne plus confiance en la vie : c'est beau une ramasseuse de balles madrilène...
Ce soir rendez-vous à la Casa Blanca à Nimes pour écouter la truculence des histoires d'un Zocato déchainé. Adios, et que les Dieux du football des Africains du sud nous sortent vite d'une compétition où nous n'avons rien à faire, mauvais que nous sommes !

dimanche 15 novembre 2009

BCN la nuit
















Le Mur des Supputations




Ici, à Nimes, on se fiche pas mal de la commémoration de la chute du mur de Berlin dont les médias nous rebattent les oreilles. Non, le mur qui nous occupe se trouve à la sortie de la ville, juste au début de la route d'Alès et est devenu la sortie-événement de tous ceux qui n'ont pas plus à bader. Point de barbelés ni de miradors, mais quand même, sept mètres de haut sur cent trente-cinq de long ! Le supposé milliardaire qui en a commandé l'érection l'a payé trois cent mille euros soit trois maisons pour pauvres subventionnées en Loi Borloo... Deux comités de quatier viennent s'y lamenter, sont sur les dents et voudraient bien l'attaquer au cure-pipe, à la pince à ongles, à la pioche, à la grenade offensive, à la mine anti-personnelle, à la mitrailleuse lourde, au mortier de 75, au lance roquette anti-char, au canon de MX-30, au missile sol-sol à tête nucléaire, bref à ce que vous voulez dûment labellisé contondant et destructeur, dès demain matin. C'est la guerre. Les élus sont sommés de s'expliquer, ils le font en éludant car la muraille gigantesque semble être passée inaperçue... Sur la chinoise encore, on peut se promener, mais là, devant ce bouche-vue de première, que faire sinon se sentir insulté en pleine face ? Vous qui avez attendu votre permis quelques mois en payant les intérêts de votre prêt-relais car les employés de la DDE de pauses cafés en conciliabules de collégiens débiles, étaient "débordés" - je vous assure que c'est une expérience que d'aller chercher un papier aux services techniques de la ville de Nimes... - vous ne pouvez évidemment admettre que vingt petits jours aient suffi pour avaliser la construction. Ce mur choque d'autant plus que ce quartier se pare de restanques, de murets de pierres sèches ceinturant élégamment les parcelles boisées, de cactus, de pins d'Alep... enfin voyez, il jure...

Le mur d'enceinte de la prison centrale c'est de la gnognotte à côté... Si, véridique ! Alors, les bruits galopent :

- C'est un ami du maire...

- il a soudoyé tout le monde...

Bref, c'est une nimoiserie de plus...

Moi je dis, vu la mocheté de maison érigée par le richissime que l'on aperçoit malgré tout, une néo-provençale multi-toits de vulgaire facture - quel gâchis avec ce budget, il n'y a pas d'architectes talentueux à Nimes peut-être ? - c'est pas vraiment un mal total. D'autre part j'ai une idée : pourquoi ne pas transformer l'antipathique propriétaire ayant voulu s'isoler du populo et la mairie inattentive, en mécènes bienfaiteurs associés ? Qui uniraient leurs moyens financiers pour attribuer quelques mètres carrés de la forteresse à chacun des artistes locaux ? Mmmm ? Pourquoi pas une réappropriation du mur par le petit peuple inspiré des artistes nimois ?

Trente mètres carrés de haricots à la Viallat, puis d'aficion à la Pires, de sculptures en bas-relief à la Tapernoux, pourquoi ne pas donner à des écrivains la possibilité d'y coucher une nouvelle (héhé....), aux photographes d'y imprimer leurs images (rehéhé...), aux taggeurs -les bons- leurs peintures, enfin, 'voyez le genre ? Un mur qui de "putain-de-mur-bétonné-déprimant-attisant-la-haine" deviendrait le joyeux patchwork d'expressions artistiques variées et séduisantes qui déplacerait le landerneau culturel du monde entier, inscrirait une entrée de Nimes dans le dynamisme de sa création, constituerait une oeuvre unique, un argument de plus propre à drainer le tourisme ? Hein, pourquoi ?
Eh bien je vais vous le dire pourquoi. Parce que Fournier n'est pas Bousquet. Parce qu'en terme de dynamisme culturel, Nimes n'est pas Berlin, parce qu'en terme de modernité, Nimes n'est pas Barcelone, parce qu'en terme d'ouverture d'esprit les pépés-mazetiers qui dirigent les comités de quartier auront une hauteur de vue qui s'arrêtera à la visière de leur casquette de boulomanes vu qu'ils ne supportent que les pierres sèches de leurs ancêtres, parce que le protestantisme austère n'y verra qu'une verrue, parce que les anti-corridas y verront une propagande insupportable, parce que... ça suffira pour ce soir. Mais sait-on jamais, si on rapportait à l'adjoint à la culture qu'il y a une bonne idée par ici...?
Je suis naïf ? Eh oui, c'est ça le problème...

Venir au monde

mardi 10 novembre 2009

L' AFFAIRE DU DIAMANT NOIR



Ta Ta taaaan.... quel suspens déjà, à la résonnance de ces mots... Un bon titre de polar, non ? On imagine bien le scénario :
Un vieux type intrigant, un rachalan à la mine patibulaire, rabassier à ses heures, réboussié permanent, vivant de menues rapines, entourloupes, cueillette et braconnage, taiseux sur ses coins à champignons et ses affûts à la grive, élevant quelques poulets "impossibles à vendre au prix qu'ils vaudraient" (dixit mon ancien voisin icône de la description qui précède...) etc....
Je n'ai qu'à l'écrire ? Je tiens une bonne histoire ? Ouais... l'étiquette d'écrivain-mazetier régionaliste, bof... Mais revenons à l'affaire du diamant noir. Le protagoniste, Jean Paul Fournier, maire de Nimes qui se balade plutôt en costard, sirotant des coupes de champagne à l'hôtel Impérator en temps de feria, lorsque je le chope chez Pablo lui demandant pseudo-innocemment quelle course il a préférée, celle du jour avec des bonbons resucés ou celle de la veille avec des Palha redoutables, affûte soudain son instinct de politique et, flairant le piège, développe un non-raisonnement débouchant sur : "les deux". J'en déduis donc que lorsqu'on est un aficionado de si peu de conviction, sans univers marqué ni volonté politique conséquente, la plaza de Nîmes s'installe pour longtemps dans cette non-identité taurine propre à satisfaire le "Parisien" (à Nimes, tout spectateur d'une autre région que taurine) de passage, venu s'encanailler chez les sauvages sudistes, se pâmant d'une vérité dévoyée en secouant son mouchoir Yves Saint-Laurent avant d'aller asséner quelques contre-sens, toujours à l'Impérator - dix euros le centilitre de champ - en espérant qu'ils le feront admettre dans le cercle restreint des initiés. Ne rentrons pas dans le détail de l'affaire concernant l'obtention d'une viabilité sur un terrain sis impasse du diamant noir . Allez lire son blog si vous voulez en savoir plus : http://www.jean-paul-fournier.com/article-32969929.html
Mais rendons compte du jugement qui fait la une du quotidien aujourd'hui : condamné ! Vingt-quatre mille euros d'amende et cinq ans d'inégibilité. Aïe ! Non définitif puisque désormais en appel. Et l'on sait la capacité de retournement d'une nimoiserie... Mais si la condamnation était confirmée, projetons-nous dans un avenir taurin proche. Fournier devenu inéligible, le couple tacite qu'il forme avec Casas est rompu. On se demandait déjà de quoi pourrait arguer le maire pour reconduire sans trop de remous une empresa prompte à déclarer qu'il en est souvent de sa poche et qui propose la moitié de l'offre du challenger - Meca propose en effet trois cent cinquante mille euros de redevance à la mairie -
Et Meca est soutenu par un Lachaud, autre candidat à la mairie -genre "chevalier-blanc-catho-de-droite"- qui aurait ainsi le terrain dégagé pour devenir vizir à la place de l'Iznogood juridiquement empêché. A suivre donc, car l'énigme du diamant noir n'a pas encore révélé toutes ses facettes. Attribution de la nouvelle DSP vers Noël...
On rappelle au passage que dans une autre nimoiserie dont vous lirez ici le succulent (si,si!) résumé http://photosmotstoros.blogspot.com/2009/02/printemps-des-nimoiseries.html un autre appel est en cours, l'injure raciste n'ayant pas été retenue. Ca vaut le coup de vivre à Nimes ! Je pense d'ailleurs vous entretenir bientôt d'une autre nimoiserie assez incroyable...

lundi 9 novembre 2009

CHEMA MADOZ



Méfiez-vous des proverbes. Dans le cas de Chema Madoz, de la coupe aux lèvres il n'y a pas toujours loin... Une photographie, une idée, est le principe de base de l'oeuvre de Chema Madoz où transparaît la subtilité de son esprit. Une démarche qui ne cède en rien aux émotions ou à la lumière, à l'instantané, mais au contraire dictée par une pensée élaborée en amont et mise en scène avec une grande sobriété afin de concentrer le lecteur sur le message suggéré. D'autres exemples savoureux ici :

http://www.chemamadoz.com/gallery1.htm

mardi 3 novembre 2009

Prix Renaudot




Un Roman français : Frédéric Beigbeder publié chez Grasset en Août 2009

Frédéric Beigbeder était en septembre à Nîmes pour la feria. Très à l’aise, muscles bien dessinés sous un t-shirt noir, son allure athlétique s’exposant à la foule des danseurs trop serrés pour se trémousser sur la piste des jardins de l’Imperator, il dominait dans son rôle de disc jockey. Un peu éméché, sans doute, la quarantaine souriante sous sa chevelure de Gaulois, derrière sa barbe colmatant le creux du menton, avait-il une tête d’écrivain célèbre ? - Non. Trop sympathique et simple pour cela.
« Tapez sur la tête d’un écrivain, il n’en sort rien, enfermez-le, il retrouve la mémoire », c’est ce qu’il exprime avant de laisser renaître ses souvenirs pendant sa garde à vue de janvier 2008 dans ce ROMAN FRANÇAIS, pas du tout fictionnel, entièrement autobiographique, présenté avec un souci de sincérité digne du Jean-jacques des Confessions. Il nous avertit bien que la mémoire lui faisait défaut, que rien ne subsistait en lui depuis l’âge de sept ans.
Etre arrêté en possession de cocaïne, quand on est célèbre, quand on est connu dans la France cultivée qui suit les émissions littéraires, dans la Capitale, ce village parisien que constituent Saint-Germain et le quartier latin, quand on a un frère sur le point d’être décoré de la Légion d’Honneur, quand on est sensible, poli, père divorcé et responsable de temps en temps de sa fille à ramener de l’école et à garder pendant le week-end, ne restent que la lecture ou surtout l’écriture pour supporter l’humiliation, la promiscuité, la saleté, le confinement. Encore faut-il avoir droit à un crayon !
S’ensuivent donc des histoires parallèles, autobiographie d’un côté, détention de l’autre. L’auteur narrateur revoit depuis ses arrières grands-parents jusqu’au moment présent, sa vie, les lieux où il a vécu enracinés dans l’histoire sociale, politique et économique de sa famille et de la France, - un peu Updike dans Villages, ou Dubois dans Une Vie française -, des moments glorieux ou sombres. Et nous aussi, nous revivons une époque révolue, plus ou moins lointaine en même temps que lui. Nous partageons son espace, ses rencontres, ses lectures, des films et des chansons, ses points de vue, ses réflexions, ses analyses, ses confessions, sa confession.
Par ailleurs, ce sont des détails sur la détention sans que cela tourne à la satire systématique de cette organisation avec tous les poncifs rebattus par les media. Il ne se révolte pas contre le policier qui ménage sa susceptibilité, le traite comme un enfant car il en est un. Non qu’il ne nous dise « j’ai pas fait exprès », mais presque ; pour lui, avoir snifé un rail de Coke aligné sur le capot d’une voiture, c’est anodin. Mais il s’insurge avec virulence contre la détention qu’il dénonce comme
« la honte de mon pays…..si le juge ou le flic est mal luné, si vous êtes connu et qu’ils veulent se payer votre tête, ou juste arbitrairement par pur plaisir sadique, parce que leur femme les a mal baisés la veille, vous irez séjourner au Dépôt, sur l’île de la Cité…et l’on vous jettera menotté dans un trou noir, on vous désapera intégralement à nouveau pour regarder dans votre cul, avant de vous pousser dans un cachot humide et gelé sans couvertures dont le lit est une planche de bois où les chiottes sont posées par terre, une cage à zombies non chauffée dont même les geôliers s’excusent avec embarras en baissant les yeux... La France a trouvé des milliards d’euros pour renflouer ses banques en 2008 mais elle tolère un POURRISSOIR D’HUMAINS au centre de Paris… Quelqu’un a pris la décision rationnelle de torturer les gens en France. La France est un pays qui pratique la torture dans le premier arrondissement de Paris, juste en face de la Samaritaine. Et moi aussi je serais complice de cette calamité si je ne la décrivais pas ici… »

Sinon, le ton reste doux, humble. L’auteur narrateur s’inquiète du sort qu’on lui réserve ou qu’on va lui réserver, de cette détention qu’un procureur prolonge arbitrairement, semble-t-il, au-delà des promesses qu’on lui avait faites ; il se préoccupe de l’opinion qu’on aura de lui, de l’inquiétude des gens qui l’aiment, de sa fille. Et son principal objet de souffrance, c’est elle, Chloé. Car par le livre qu’il conçoit, il revit le divorce trop silencieux et digne de ses parents, cause de son amnésie ; il cite ses deux divorces à lui, redoute que sa fille ne souffre comme son frère et lui-même furent marqués, anéantis qu’ils étaient le plus souvent sous les mensonges et gâteries paternelles ou beau-paternelles, puis sous les sacrifices et la sollicitude étouffante de la mère. Dans ce Roman français c’est finalement la tendresse qui l’emporte pour les aïeux, le père, la mère, le frère Charles, le presque jumeau, abhorré, admiré et aimé, et la petite Chloé. Une vague de nostalgie submerge le texte, soulève l’amitié, la compassion, l’affection pour ce Monsieur en apparence heureux, souriant et insouciant à travers ce qu’il définit lui-même :
« écriture simple, dialogues rapides, descriptions concises et les mots grossiers… que cela sonne vrai, juste, humain…L’important c’est l’homme qu’on sent derrière, la personne qui nous parle ».
Et l’homme, on l’aime, on aimerait le lui dire, on le félicite, son prix Renaudot vient à point prouver qu’on ne l’avait pas trop mal jugé.
Gina


Les Aresquiers






















samedi 31 octobre 2009

Do you like the blues ?

Evidemment vous n'avez pas fait l'effort, vous n'avez pas acheté le kit caisson de basses et enceintes -30 à 35 euros- nécessaire pour avoir un son correct. A mettre d'urgence sur la liste des cadeaux de Noël car cela change tout. Mais il y a fort à parier que vous êtes dotés du standard minimum, deux casseroles nasillardes en plastique injecté. C'est dommage. Vu qu'après moults efforts aidés par Lilian - un aficionado sympa qui s'y connait question PC et dont je n'hésite pas à pourrir la vie de famille dés que j'ai un problème - je suis enfin devenu assez intelligent pour inclure des vidéos sur le blog. Voici donc Leela James, parfaite inconnue pour moi jusqu'à ce que le hasard et l'amour du blues me fasse croiser sa route... D'ordinaire pour bien chanter le blues il faut avoir accumulé pas mal d'expériences, malheureuses surtout, connu des malheurs même, ruines, chagrins d'amour, deuils, avoir chargé le cornet de pas mal de susbstances fantaisistes, irrigué ses veines d'eau... de vie, bref avoir un chant profond à brailler de sa voix éraillée en essayant de tenir sa carcasse debout sans chialer au milieu de tous ces gens insupportablement heureux...
Ici rien de tout ça, on écoutera Leela James juste pour son art, pour sa jeunesse, pour son âme de panthère et sa coiffure de lionne, pour le grain de sa voix et de sa peau, ses coups de poings dans le vide et ses retraits du buste à la "Sugar" Ray Leonard, pour la naïveté de sa mimique quand elle demande :
Do you love Rock and Roll ?
Parce qu'elle aime le blues, ce flamenco noir Américain, pour ses gants de soirée à l'Opéra assorti avec son pantalon de treillis camouflé, pour ses racines Africaines, sa cuillère à thon en boucle d'oreille, pour ses seins qui tressautent dans son corsage, pour le lacet de ce corsage à dénouer, pour les premières notes, l'attaque de ce morceau, le son de sa musique, pour la longueur de ce morceau, pour le décolleté penché vers son public, pour sa passion qui transpire, pour ses musiciens, pour ses choristes, pour la lumière qu'elle allume dans le regard des gens, écoutez Leela James chanter "My Joy" et cela deviendra la vôtre.

mercredi 28 octobre 2009

Pourquoi allez-vous voir les corridas ?



Francis MARMANDE
Pourquoi vais-je aux toros ?
C’est bien la question ?
Ferait-on un recueil sur le thème :
pourquoi allez-vous au cinéma ? ou au théâtre ? ou à l’opéra ? au temple ? à la piscine ?
Donc, ce n’est pas du même ordre.

Répondons. Le plus sinistrement tentant, sous chantilly d’élans bucoliques et couche de pathos, c’est, j’imagine, de chanter l’amour, la passion, l’irrésistible.
Mon aller aux toros n’a qu’un rapport de loin à l’amour. (Il a pu m’arriver d’y aller par amour).
J’aime les gens, les femmes, les hommes, l’amour, la littérature, le vin, la musique, tous les musiciens de jazz sans exception ; j’aime Rebeyrolle, Goya, Eric Dolphy, la politique ; j’aime les manifs, la foule, la fête, les toros ; j’aime lire Bataille, Molière, dessiner ; j’aime jouer ma contrebasse Pöllmann au vernis foncé ; j’aime le haschich, le rire, l’étreinte, la douceur ; j’aime les enterrements, l’océan quand il était en vie, le vent de nord-nord-ouest sur l’Arzamendi, les planeurs sur Itxassou, presque tous mes souvenirs, je n’aime pas la corrida.
Aller aux toros n’est pas une question d’amour.
C’est plus grave.

En 1954, mes parents m’ont entraîné voir une corrida à Saint-Sébastien.
Ils m’en avaient parlé.
Ma mère, surtout.
Mon père, avec une petite caméra Kodak 8mm, avait filmé sommairement Conchita Cintron à Bayonne et une course de vaches à Hasparren. Je connaissais ces images. La corrida de Donostia de 1954 où toréait Chicuelo 2 m’a ravagé. La semaine avant, j’avais vu au théâtre de Bayonne une représentation sans doute médiocre du Malade imaginaire à l’usage des scolaires. J’en suis sidéré. J’ai tout juste 9 ans. Que des filles et des garçons jouent, disent à haute voix des mots écrits jadis, bougent, se choquent, sous de méchants éclairages, me paraît le comble de la vie.
Nous habitons alors un monde illimité sans télévision, sans moteurs à explosion, sans l’obsédante haine positive de la beauté qui règle l’urbanisme et le désir, sans la haine polpotienne des chichis qui s’est imposé partout. Un monde discret, en un sens, dont la domination (les classes sociales, l’église catholique, le pouvoir politique) est plus lourde, plus frontale. Un monde de franquisme accablant à Donostia, de frontière épaisse, de peur. Un monde aussi de règles opaques et de puritanisme obsédant. Je sais tout ça.

La vivacité, la folie, la témérité de Chicuelo 2 est, dans l’instant, la déchirure de ce monde. L’impossible, le réel même.

Au quatrième toro, il pleut.
Il pleut comme il sait pleuvoir au Pays Basque.
On devrait réserver le mot de pluie à ce que l’on connaît, et en inventer un pour ces trombes atlantiques que stockent les Pyrénées.
Si fait qu’après tergiversations d’usage (je le saurai plus tard), la corrida est interrompue au quatrième toro.
Je n’aime pas la corrida.
Pourquoi vais-je à la corrida ?
La question ne se pose même pas. Depuis cinquante ans, je parcours le monde à la recherche des deux toros qui ne sont jamais sortis à Donostia.
Il me manque deux toros qui doivent être par là.

mercredi 21 octobre 2009

MOI NON PLUS



Lucia Etxebarria : Je ne souffrirai plus par amour


Il ne s’agit pas ici de jérémiades féministes : ‘’souffrir par amour’’ nous concerne ou nous a tous concernés, hommes et femmes.
C’est un essai littéraire qui se lit comme un roman car l'auteure, en fine jeune psychologue (elle est née en Espagne en 1966), nous informe de tout ce que ses souffrances personnelles l'ont amenée à rechercher et à comprendre. Aussi, l’essai est-il pittoresque, très digeste quoique savamment documenté, nourri aussi d'exemples concrets, que Lucia Etxebarria a choisis dans sa vie que nous connaissons déjà à travers ses nombreux romans ( Amour, Prozac et autres curiosités, Aime-moi, por favor, Un Miracle en équilibre… soit un best-seller, un prix Nadal, un prix Primavera, Planeta...), et à travers des exemples empruntés à la vie quotidienne de ses amis, à la littérature, au cinéma.
D’emblée, Lucia Etxebarria secoue les idées fausses : ''nous n'avons pas le droit de réserver le mot « amour » à un type particulier de relation, qui serait la relation charnelle et passionnelle unissant deux êtres, et relèguerait dans une catégorie subalterne l'amour fraternel, maternel, ou encore celui que l'on ressent pour un ami très cher, voire pour un chien’’. Et bien sûr, ne pas confondre ''amour'' et ''passion''.
On est mis en garde contre ces clichés à la vie dure qui s’ instillent en nous dès la naissance comme par exemple, les hommes ne pleurent pas, dominent leurs émotions jusqu'à devenir ensuite, stressés, malheureux, alcooliques, violents ; les femmes se sacrifient, s'oublient, servent, doivent se marier, obéir au mépris de leur liberté et de leurs désirs, d’abord à leurs parents puis à leur partenaire et à la société entière qui les veut minces, belles jusqu’à la mort.
L’auteure récuse aussi le mythe de l'amour éternel, romantique, - une invention de l’Occident -, entretenu par la famille, l'Eglise, une certaine littérature, la télévision, ses publicités et ses telenovelas, Tout comme le mythe du bonheur en famille. Lisons plutôt :
''Cette famille nucléaire, idéale, heureuse et harmonieuse, est à considérer comme une utopie que ni toi ni moi – ni aucune famille normale – ne peut atteindre. Les familles normales se disputent, se jettent la vaisselle à la figure à chaque Noël quand ce ne sont pas des injures, supportent comme elles peuvent des belles-mères tracassières, des tantes célibataires donneuses de leçons, des beaux-frères tout orgueilleux de porter des caleçons aux armes de l’Athletico (et qui, par-dessus le marché, demandent qu’on offre à leur nouveau-né un bavoir assorti -mais si, si, ça existe), tantôt s’aiment et tantôt se détestent, se réconcilient quand c’est possible et survivent dans un rapport de force qui exige une diplomatie digne du protocole de Kyoto’’.
On se rappelle l’évocation d’une certaine « belle-sœur » par M. Delon dans ce blog.
L. E. tente d’expliquer les difficultés de la vie de couple selon des catégories où la psychologie range les Humains. La pire est celle des dépendants émotionnels, ceux qui ne savent pas rompre, se cramponnent à quelqu'un qui ne les aime pas, qui est parti au loin, qui aime ailleurs. L’anxieux, par exemple, recherche constamment la fusion avec l’autre qu’il a l’art de faire fuir en manifestant ses émotions positives ou négatives d’une manière exacerbée, explosive, jalouse, agressive. Les évitants craintifs ou anxieux, sont mal à l’aise dans leurs relations d’amitié ou d’intimité, peu confiants, inquiets, soucieux de protéger leur indépendance émotionnelle ou financière. Ils se méfient des contacts physiques, n’expriment pas leurs sentiments, se protègent par des barrières, travail, vice, passion, colère, silence, fausse maturité, distractions, dénigrement de l’autre, infidélité (autant pour soigner leur âme que pour des besoins physiques).
Heureusement, il y a les sûrs d’eux, toujours à l’aise dans leur relation de couple qui, tout en préservant leur autonomie, savent exprimer leurs griefs ouvertement sans le recours à des stratégies défensives ou destructrices.
Les difficultés relationnelles, explique L. Etxebarria, prennent naissance très tôt dans les familles où souvent on ne sait pas communiquer, où on surprotège, on compare, on tyrannise ou néglige ; cela se perpétue dans la société scolaire, religieuse où on interdit, dicte, sape l'estime de soi si bien que chacun se fabrique sa mauvaise « image de soi » à traîner toute sa vie d’autant plus que les media s’en mêlent qui, implicitement transmettent le message qu'une femme ne vaut que par son apparence et l'homme par ce qu'il fait.
Alors, L. E. très proche de nous, lecteurs qu’elle tutoie, cherche à nous conseiller et à nous secouer avec l’énergie et l’humour parfois caustique qui la caractérisent, - sans que son ouvrage soit une liste de recettes. On émerge d’un nuage de poussière, on voit plus clair. Mais, Il n’y aurait pas assez de thérapeutes pour tous, ni d’îlots de par le monde pour isoler nos autonomies reconquises.
GINA



lundi 19 octobre 2009

L'écrivain et le jet de l'éponge...



Floride, Key West, les années trente. Le jeune Alfred Colebrooks dit Blackpie, ''dérouille grave'' dans un de ses combats. Son entraîneur Shine Forbes jette sa serviette sur le ring pour signifier l'abandon de son poulain. Par trois fois, l'arbitre refuse d'interrompre la partie. Shine Forbes, furieux et inquiet pour Colebrooks, monte alors sur le ring et assène un violent coup de poing à l'arbitre. Cohue générale. Plus tard, Forbes apprend de la bouche de son manager que l'arbitre n'était autre qu'Ernest Hemingway.
Ce soir-là, l'entraîneur se rend au domicile du romancier pour s'excuser. Hemingway serre la main de Forbes et l'invite pour le lendemain. C'est ainsi que le jeune coach va devenir sparring-partner d'Hemingway...

samedi 17 octobre 2009

Cadeau...



J'ai fait un pesto à midi tiens... Sous l'influence du cours de cuisine Italienne donné mercredi dernier à la FNAC par une jeune femme qui venait y signer son livre sur le rizotto. Intéressant. Ail, basilic, parmesan, pignons de pin et huile d'olive, le tout à mixer dans le blender du super robot KitchenAid multi-fonctions en titanium à mouvement planétaire offert par votre mari qui rêvait de voir s'affairer devant lui vos hanches moulées dans le tablier cintré et vos mains farinées aller et venir pour élaborer de bons petits plats et finalement toujours rangé dans le placard étant donné l'expansionisme ordinaire de tous ses accessoires encombrant votre cuisine étriquée, qu'il faut laver un à un après chaque utilisation... Deuil ordinaire de la conjugalité... Excellent le pesto et trop facile. Et les pâtes ? Vous croyez savoir cuire les pâtes ? Aaha ! Laissez-moi rire ! Vous n'avez même pas dans votre minuscule cuisine de quoi stocker la mega casserole qu'elles nécessitent ! Un litre d'eau par portion, messieurs-dames. Et une cuillère à soupe rase de gros sel par portion. Une portion de pâtes c'est 100gr. Vous avez bien lu. Donc une pasta-party pour dix c'est dix litres d'eau : z'avez la casserole ad'hoc ? Et les dix cuillèrées de gros sel ? Avouez que cela vous aurait foutu la trouille de les immerger ! D'ailleurs cette Laura Zavan a commencé son cours ainsi : en France les pâtes sont toujours trop cuites et dans trop peu d'eau ! Bande de radins amateurs d'amidon ! Peu d'eau, donc moins d'énergie pour la chauffer et du temps de gagné sur le chrono de la journée, hein ? Gagne-petit, va ! Et bien sûr vous mangez ça à la française, sans cuillère à soupe pour enrouler les linguine élégamment, mais en les coupant connement en petits tronçons intransportables jusqu'à votre bouche ! Aaaah j'ai honte...
Je ne sais si dans les veines de l'Américaine Megan FOX coule du Valpolicello mais on dirait bien que l'Emilie-Romagne a quelque peu encodé son ADN. Quand j'ai aperçu ce baiser qu'elle nous adresse, j'ai instantanément pensé à Monica Belluci beauté universelle partout vantée qui ne m'est soudain plus apparue que sous la forme d'une mémère bouffie de soupe au pistou et indurée au piccorino. J'ai pensé à vous, mesdames, qui toutes voulez tendre vers cet idéal. Alors cet exemple est pour vous, allez, une deuxième pin-up pour les un an du blog. Pour moi, l'intérêt est purement professionnel : un quadriceps comme ça, on n'en voit pas tous les jours. Oh que oui qu'on clique sur la photo... Mais vous fulminez parce que l'été est fini et que le basilic, déjà, a gelé. Alors voilà de quoi dépanner le blender d'après Laura Zavan :
Deux poignées de Roquette, des pistaches non salées, quelques noix, parmesan (vingt mois d'affinage minimum) ail, huile d'olive (ou, variante, Mascarpone pour des crostinis à l'apéritif) mixez ! Le rapport avec les toros ? Aucun, si ce n'est que j'ai un rabo de toro à confire au vin rouge, donc je vous quitte là.

jeudi 15 octobre 2009

Vaseline et Politique



Moi, je, incarnation présumée du bon sens populaire, au même titre que vous ou vous, voudrais vous parler aujourd’hui des politiques. Plus je les écoute moins je les comprends. ''FISTONAPISTON'', Sarkozy deuxième, ne doute de rien. Forcément. Sur les marchés, serrant les mains, lui qui sort de l’œuf, explique la vie, donne des solutions-minutes à des sexagénaires conseillés avec condescendance. Il ne doute de rien vous dis-je… Il se prépare à diriger l’EPAD le vaisseau amiral de l’économie française. Sa formation ? Lycéen. Il doit avoir deux diplômes quand même, le brevet des collèges et le bac lequel est obtenu par 80% des gens. Pasqua nous assure qu’il est un garçon brillant. On est rassuré, surtout si ça émane de la bouche de Pasqua. Pensez, 23 ans et en deuxième année de droit. Mon fils je ne t’ai sûrement pas assez félicité, tu étais toi, en cinquième année au même âge. D’autant que comme tu es un garçon normalement sensible, modeste et intelligent, tu ne cherches pas à en remontrer aux aînés mais à apprendre d’eux, couillon que tu es.
Les garçons dont jouissait Mitterrand en Thaïlande avaient-ils au moins dix-huit ans ? Ou enfin l’âge légal de la majorité dans ce pays ? Est-ce vraiment l’inquiétude du client en proie au désir devant tous les possibles ? Telle est la question. Parce que pour le reste je n’ai pas tout compris. Je l’ai écouté avec attention pourtant, ce fameux soir dans le journal de vingt heures. Il a dit : ‘’je condamne fermement le tourisme sexuel’’. C’est bien, enfin, l’homme étant ce qu’il est, le fait que les pauvres aspirent la richesse des frustrés sexuels, c’est bien ou pas, pour eux, je n’en sais rien. Mettons que, pour un ministre interrogé devant son pays, ce soit la réponse à donner. Sauf que deux phrases auparavant il avait dit : ‘’Oui, je suis allé en Thaïlande user de rapports tarifés’’ On attendait à ce moment-là, la question qui tue de la part de la journaliste, un perfide mais logique :
- Et…condamner quelque chose que l’on pratique est-ce bien crédible ?
Mais non, ça ne lui est pas venu. Ella a demandé, puisqu’il avait insisté sur la juste nécessité de différencier homosexualité et pédophilie :
- Et…comment pouvez-vous être sûrs que ces personnes étaient majeures ?
- La différence est quand même évidente entre un boxeur de quarante ans et un jeune homme !

Mmmmouais…. Donc il nous demande de croire l’hypothèse selon laquelle dans un pays où se prostituent des milliers de jeunes au visage lisse et au corps harmonieux, il aurait lui, dégoté un vieux boxeur basané et boursouflé des tabassages professionnels consciencieux successifs. Bon…pourquoi pas, le look mauvais garçon destroy ça pourrait pas être sexy ? Et tout non coupable étant présumé innocent, on lui accorde le bénéfice du doute. Mais alors, quel putain de doute !

Quant à l’affaire concernant un Polansky immédiatement défendu, je m’excuse, mais même sans parler de viol, si une très jolie jeune fille de treize ans s’offrait à moi, la moindre des jugeotes serait de lui indiquer d’aller jouer ailleurs. En fait je suis peut-être frustré because seules les mamies octogénaires me couvrent de compliments : Aouah dorrrrteur, que vous avez les mains chaudes…. En ce sens, il est pas très chouette le type, même si on aime ses films ; En tout cas dans les pays développés, car la Cubaine que je soigne en ce moment, m’apprend que sa mère a douze ans de plus qu’elle, et qu’elle a un frère… aîné ! La chaleur des Caraïbes sans doute. Quant à violer une enfant, alors là…. Et quant à défendre, scandalisé, l’idée qu’un violeur d’enfant puisse ne pas avoir de compte à rendre à la justice sous prétexte que c’est ancien ou qu’il s’agit d’un artiste, même si cela vous parait être un concept provincial bourgeois monsieur le sinistre, il faut souffrir que le bon sens populaire que vous administrez s’en offusque, tant cela se rapproche plus d’une sympathie pédophilique que de l’idée élémentaire de la protection de l’enfance. Cela lance comme un pont avec ce qui vous est reproché et il est alors plus difficile de vous croire. Je veux dire, dans la France profonde, celle des ploucs, des culs-terreux, des bien-pensants aux idées près du bonnet, nous. Le peuple, quoi. Evidemment qu’une posture littéraire à la Houellebecq dans ‘’Plateforme’’ ça a une autre portée et qu’on a besoin de cet écrivain et de son talent. Pour autant a-t-on envie qu’il nous administre ? Nommer un Mitterrand à la culture ? Mais oui, bien joué l’omni-président, la culture c’est forcément de gauche, n’est-ce pas ? Et ce patronyme qui claque à la mémoire collective de l’Histoire récente, quelle belle ouverture dans votre gouvernement. Et vu que vous déciderez de tout, le ministre potiche à son poste godillot flatte son ego et votre ouverture. Regular. No pasa nada…
Au cas où vous n’auriez pas compris pourquoi le bon peuple est en crise avec ses politiques on va le repréciser : c’est qu’il ne cesse de ressentir qu’avec ou sans vaseline l’essentiel est bien de nous le mettre. Profond. Je sais, c’est pas chic. Et puis ce n’était pas possible que vous l’ignoriez encore. Mais ça m’a fait plaisir. Pourtant, une question en suspens me taraudera toujours : est-ce que nous, à votre place, nous deviendrions aussi comme ça ?
photo AFP Loïc Venance