Et si le ciel était vide ?

Et si le ciel était vide ?
on peut toujours espérer

lundi 31 janvier 2011

Dans ses yeux


Il faut l'avouer, je n'ai jamais essuyé de refus, ni même de geste hostile lorsque j'ai braqué mon objectif sur les Cubains. Pas un ne m'a tourné le dos, tous selon leur motivation, ont posé pour moi. Certains en faisaient commerce, se déguisaient pour devenir leur propre caricature et se postaient sur les sites névralgiques, à l'affût du touriste avide d'images. Un peso. Pensant à leurs difficultés et aux jeunes femmes sans talent qui se louent pour cent euros de l'heure chez nous, je leur ai donné volontiers. Le photographe doit assumer son voyeurisme. L'envie est trop forte, la frustration trop grande. Dans ce pays où tout le monde disait "oui" j'allais leur demander l'autorisation avant de les photographier ; dans les pays où ils sont moins compréhensifs, je prenais d'abord la photo puis j'allais la leur montrer et parlementais pour essayer de la conserver. J'ai donné le peso demandé pour des modèles surfaits, un peu trop typiques, qui ne m'intéressaient pas. Mais ce vieil homme m'a accroché de son regard. Il ne chaussait pas d'extravagantes lunettes, ne se parait pas de foulard coloré et de chapeau à larges bords. Il était au milieu de ceux-là, place de la cathédrale, mais dans son jus. Il ne tétait pas un gros cigare factice pour faire couleur locale. Il fumait. Il m'implorait de son regard. Il n'avait aucun succès avec le flot des touristes qui lui préféraient des congénères aux déguisements outranciers. Mais lui était sobre et authentique. Je me suis approché et lui ai demandé si je pouvais... il n'a rien répondu, il a juste hoché la tête, à peine. ll n'était pas un animal curieux. Il ne jouait pas. Il n'a pas souri, n'a pas essayé de faire bonne figure, n'a pas imposé non plus l'immobilité à ses traits, il est resté tel qu'en lui-même. Il ne m'a rien demandé. Mais on s'est arrangé.

La photo originelle est cadrée dans un plan plus large. On voit ses chaussures trop grandes, comme appartenant à un clown triste, des chaussettes roses "torero", il est propre et digne. Au "labo", j'ai recadré serré sur son visage et converti en noir et blanc (enlevée depuis). Son regard est terrible, je n'en ai jamais vu de si morne, il n'y brille plus aucune étincelle de vie, il n'y a dans ses yeux que l'abandon qui le frappe. Dans ses yeux ne luisait plus aucune lueur d'espoir. C'est un bon portrait.

samedi 29 janvier 2011

Rencontre du troisième type...



FONDATION NIMOTAURE




Depuis le temps où Simon et Alain se voyaient interdire les novilladas sans chevaux en Espagne jusqu'aux années 2008 2009 et 2010 qui ont vu répétitivement Juan Bautista et Sebastian Castella sortir en triomphe des arènes de Madrid, l'histoire des toreros français est l'histoire d'une conquête. On doit cette réussite aux qualités toreras des individus, notamment des deux chefs de file actuels, mais aussi à l'esprit pionnier qui traverse de part en part le mouvement des toreros français.



Pour que l'aventure continue d'être belle, il faut que l'esprit pionnier demeure.



C'est pourquoi, quelques grands anciens se sont regroupés pour créer une fondation, avec pour but d'entretenir le feu originel de leur aventure. Pour cela il faut, partout, diffuser le savoir accumulé depuis presque trente ans par les toreros français, lesquels sont les seuls à pouvoir transmettre ce savoir dans leur langue. Ce faisant ils transmettront les valeurs humaines, sociales, esthétiques et éthiques qui sous-tendent ce savoir. Celles-ci sont portées par le toro, seul professeur en la matière. Il arrive en piste exempt de toute impureté (limpio) et fait preuve pendant sa vie publique de qualités morales représentatives de l'idéal chevaleresque. Il combat avec panache et générosité, « sans peur et sans reproche », tel un chevalier médiéval. En un mot, il est noble, au sens de gentilhomme. Pour tous, il doit être un modèle et une source d'inspiration. Du reste, c'est pour s'en approprier les vertus, que l'homme le combat depuis la nuit des temps. Dans le respect de ces valeurs, les missions de la fondation se développeront suivant cinq directions:



Diffuser la culture et les valeurs taurines


Assumer la responsabilité des vocations engendrées par le spectacle des corridas


Préparer l'élite à la haute compétition.


Produire des analyses en réponse aux préoccupations de l'aficion


Mettre en place une politique de prix et de bourses pour valoriser l'esprit pionnier



Les modes d'intervention retenus pour la fondation font la part belle à l'implication personnelle de tous les toreros français et à la collaboration avec les entités représentatives de l'aficion. En voici les grandes lignes.



1) Diffuser la culture taurine



L'avenir de leur art étant engagé, les toreros français ont toujours su prendre en charge l'aspect pédagogique, technique et logistique de nombreuses initiatives en ce sens, y compris les missions d'information dans les établissements scolaires. Ils ont aussi apporté leur collaboration en soulignant l'importance des initiations au maniement des leurres (capes et muletas) Cette pratique physique, si brève soit elle, de la partie chorégraphique de la tauromachie fait plus pour la bonne compréhension des techniques de cet art, que dix ans d'observation militante mais uniquement livresque. Par ailleurs, les gestes de la tauromachie, en tant qu'exercices d'expression corporelle, illustrent parfaitement la difficulté et l'intérêt de la maîtrise de son corps dans l'espace, et ne peuvent que renforcer l'assimilation de celui qui les a pratiquées aux évolutions du torero dans le ruedo. Dans ce cadre de vulgarisation, on a aussi pu constater les vertus éducatives et pédagogiques de la tauromachie en milieu difficile. Là où l'autorité peine à se faire respecter, le toro impose sa loi par sa force et la peur qu'il suscite. Pour des individus en perte de repère, la rencontre avec cet animal mythique peut structurer tout un projet de vie. De plus on sait que les valeurs de courage, de respect de soi même et des autres véhiculées par tous les sports, sont optimisées dans les activités taurines, course libre et corrida confondues.



2) Assumer la responsabilité des vocations



Si on ne donnait pas à notre jeunesse le spectacle des corridas, elle rêverait de foot ou de rugby et trouverait dans ces deux disciplines les structures d'accueil adaptées à ses besoins. Pour la tauromachie bien des progrès ont été enregistrés, mais il reste encore beaucoup à faire. A Nîmes les soubresauts de cet hiver tendent à prouver que les structures existantes gagneraient à être stabilisées. La tauromachie est une activité qui s'apparente aux sports extrêmes pour laquelle les normes usuelles de la pédagogie classique s'avèrent improductives. Plus que de techniques c'est un vécu qu’il convient de transmettre. Cette préoccupation n'est pas nouvelle pour les toreros français. Déjà, à l'orée des années 1980, ils avaient publié un texte, intitulé « Pour une fondation d'art taurin », où ils traitaient de la question. Ils disaient: «« il n'est pas d'exemple ou un effort en faveur d'une discipline sportive ou artistique n'ait été récompensé par la révélation d'une série de spécialistes capables de représenter la France au plus haut niveau. Le mécanisme de ce phénomène est désormais bien connu. Il prend ses sources dans la popularisation de la discipline. Ce qui entraîne une augmentation du nombre de pratiquants. Ces praticiens improvisent, avec les moyens dont ils disposent les structures de leur perfectionnement. Ce qu'on fait les toreros français qui, dès 1979, ont organisé des stages de tauromachie sous l'autorité du Centre de Formation Interprofessionnel de la chambre de Commerce de Nîmes. Les performances de ces pionniers restent souvent inférieures à celles que de réelles possibilités de formation leur auraient permis d'atteindre. Sans outil de travail adapté, il n'y a pas de progrès possible, surtout dans les compétitions et disciplines de haut niveau. La causalité qui lie ces deux éléments est évidente. Quand, malgré ce, les plus doués de ces praticiens accèdent à une honnête renommée, leurs succès intéressent une nouvelle couche de public et le processus de vulgarisation se trouve relancé. Les automatismes de l'économie jouant alors à plein, il suffit d'assurer le perfectionnement des meilleurs et la formation des jeunes prétendants à la relève pour que le phénomène aille en s'amplifiant ». C'est ce qui s'est passé en France ces trente dernières années.



Les toreros français qui ont réussi à accéder à la catégorie ultime de « matadors de toros » sont la chance historique de la tauromachie française. Après Nimeno II, deux d'entre eux, Juan Bautista et Sebastian Castella se sont hissés au rang des meilleurs. Leur popularité en France comme à l'étranger s'affirme de jour en jour. Ils jouent auprès du public le même rôle de catalyseur, de draineur que Manolete, El Cordobes, Paco Ojeda ou José Tomas, avec les mêmes conséquences économiques au bénéfice des localités où ils se produisent, Naturellement leurs triomphes ouvre la tauromachie à des publics nouveaux et amène a la pratique des dizaines de jeunes auxquels il convient d'offrir le meilleur substrat socio-éducatif. Ce dernier doit permettre à chacun d'aller au bout de son rêve, amateur pour certains, professionnels pour d'autres. On peut parler de devoir d'excellence quant à l'option à prendre en faveur de ces vocations. Parmi elles il y a de nombreuses vedettes potentielles qu'il serait attristant et préjudiciable de ne pas voir se révéler. Les bienfaits moraux et matériels que la société tire de ses vedettes internationales n'est plus à prouver et la tauromachie française lui en promet de nombreuses.



3) Préparer l'élite à la haute compétition



La compétence accumulée tout au long de leurs carrières professionnelles donne aux toreros l'autorité et le recul nécessaire pour mener à bien un projet ambitieux. Leur fondation prendra toute sa part dans l'accueil des vocations mais ne veut pas se substituer aux écoles existantes. Elle n'aspire qu'à combler certains manques trop évidents en aval et en amont de l'activité de ces dernières. Par le passé tous leurs élèves sont venus chercher un perfectionnement auprès des professionnels. Désormais la fondation leur offre un cadre formel et sécurisé où les meilleurs peuvent se préparer à la haute compétition. Ils disposeront d'ateliers de perfectionnement, où chacun recevra le suivi adapté à ses besoins et ses ambitions. Aux outils traditionnels de l'apprentissage s'ajoutera le recours massif aux technologies de pointes, tant pour le perfectionnement en toreo de salon que pour l'analyse détaillée des confrontations avec le bétail. A l'intérieur des ateliers les classes d'élèves seront très hiérarchisées, afin de faire bénéficier les meilleurs d'un soutien (coaching) moderne et individualisé, qui les préparera à la fureur des grands tournois internationaux. Fureur impitoyable, cruelle et destructrice, présente au sommet de toutes les activités extrêmes, dont on peut regretter les effets, mais laquelle toute structure de formation doit préparer ses membres. Cela étant, on évitera qu'en fin de formation l'aspirant torero soit abandonné à lui même pour franchir le pas vers le professionnalisme. Des efforts particuliers seront consentis pour permettre à ceux qui le méritent une transition mieux encadrée vers les novilladas con caballos. La fondation mettra à leur disposition des structures et un réseau propre à assurer un passage sans traumatisme au stade supérieur des novilladas intégrales.



Avec un programme et des moyens en hommes et en matériel, la fondation Nimotaure est en mesure, à chacun de ses niveaux d'intervention, d'apporter la réponse la plus professionnelle et la moins démagogique. Il ne faut pas perdre de vue que, par nature, le toreo est une pratique élitiste qui ne supporte pas l'amateurisme. A tous les stades on doit cultiver l'excellence. Une structure d'accueil des vocations taurines doit permettre à chacun d'aller au bout de son rêve d'aficionado, mais en aucun cas entretenir de faux espoirs pour une profession où il y a plus de chances de finir invalide que de faire fortune. Jamais le devoir d'assistance aux vocations ne doit se confondre avec le prosélytisme.



Fidèle à ces principes et si le règlement du concours lui paraît équitable, la fondation présentera une candidature à l'appel à projet de la Communauté de Nîmes-Métropole pour gérer son tournoi annuel appelé «Graine de torero»



4) Produire des analyses



De part leur vécu le point de vue des toreros français sur la tauromachie à quelque chance d'être documenté. Il ne peut que venir enrichir un débat déjà copieusement alimenté par les autres représentants de l'aficion militante. Chaque fois qu'ils le jugeront nécessaire, via leur fondation, ils pourront faire part à tous du produit de leur réflexion collective sur les problèmes d'actualité. Leur positionnement au sujet du tournoi « Graine de torero », qui est un sujet urgent à traiter cette année est un bel exemple des analyses qu'ils peuvent produire sur les problématiques taurines. Il n'est pas le seul. L'incidence de la généralisation des fundas dans les élevages, ou l'évolution du tercio de piques, peuvent en être d'autres. Tout comme l'impact de la TVA sur le prix des places, l'équipement des infirmeries, etc... Sur tous ces sujets, les toreros français ont des idées, qui feront l'objet des prochains dossiers de leur fondation.



5) Mettre en place une distribution de prix célébrant l'esprit pionnier



Les grandes corporations du spectacle savent se montrer généreuses envers ceux de leurs rangs dont l'exemplarité et l'excellence est reconnue par tous. Mettre en exergue, chaque année, les meilleures réussites de la temporada, qui soient en accord avec les valeurs défendues par la fondation est un exemple d'initiative qui ne peut qu'aider à clarifier l'image de la corrida. Sur le modèle des « Césars », il peut être envisagé une grande manifestation médiatique de prestige qui récompense et célèbre les évènements de l'année les plus appréciés par un jury de professionnels. Il est clair que l'organisation de ce type de soirée demande une préparation débutée très en amont et une concertation avec tous les acteurs de la tauromachie en France. La fondation se donne du temps pour concrétiser. Pour l'heure l'important est de lancer l'idée avec comme perspective une réalisation après un ou deux exercices de maturation.




Conclusion



On le voit l'objet social et les buts de la fondation embrassent tout le champ de la tauromachie qu’ils soient en rapport avec l’aficion militante où les professionnels. En fait, c’est une société taurine de plus pour la ville de Nîmes, qui en compte déjà une bonne quarantaine, mais elle a pour particularité d’être exclusivement composée de toreros, ce qui lui confère une sensibilité et une compétence particulière. Elle s'exprime aujourd'hui sur le thème de la formation des toreros, parce que les circonstances du moment l'y ont poussé, mais elle est bien plus qu'une école taurine; elle est une école de vie. Une école de vie, dont le seul professeur est le toro. C’est lui qui éclaire notre passion de sa noblesse et de sa générosité.





PatrickVarin, Chinito


Co-présidents du collectif NIMOTAURE



Amis, ennemis et indifférents notoires, ayant un peu la flemme de vous écrire quoi que ce soit ce week-end, je vous fais passer l'intégralité du discours fondateur de la dernière société taurine nimoise, reçu par email, qui dans un style parfois ampoulé et abscons, tente de justifier sa création. Simplifions : il semble qu'il s'agit de la troisième école taurine nimoise qui ne voudrait pas dire son nom. La reprise d'activité de la deuxième école, historiquement première, ayant déjà provoqué quelques remous... Ce ne serait pas une école puisque opérant en aval et en amont d'icelles... Las, on se trahit dans la conclusion : "elle est bien plus qu'une école taurine" ce qu'elle est donc aussi alors... On peut même franchement sourire une phrase après, avec cette ultime révélation : "une école de vie dont le seul professeur est le toro" ce qui de fait exclut toute utilité à toute forme d'apprentissage autre que la confrontation avec les noirs...! Dommage, cela allait même réeduquer les délinquants.


Pourquoi ne pas dire qu'on espère avant tout se trouver du travail avec ce projet, car on a une réelle compétence dans le domaine, tout simplement ? Rien de critiquable là-dedans, après tout, je m'en suis bien trouvé un, moi, de travail. Ce qui apparait évident c'est que trois écoles taurines sur Nîmes, à vue de nez, ça en fait deux de trop... Aucun de mes trois enfants n'a connu ou ne connait qui que ce soit, au cours de leur scolarité qui s'intéressait de près ou de loin, même en spectateur, à la tauromachie. C'est inquiétant mais c'est ainsi. De plus quelques termes m'ont semblé tellement anti-romantiques, anti-artistiques, tellement inadaptés à la corrida, "coaching", "haute compétition", "discipline de haut niveau", "activité s'apparentant au sport extrême" que cela en est décourageant. Rafael de Paula, Curro Romero, Belmonte, Manolete, Tomas, étaient ou sont des toreros, pas des sportifs. C'est de l'âme qu'il faut pour distiller un toreo habité, pas des muscles !


Les buts énoncés, se discutent :


- Diffuser la culture taurine.

A mon sens, il faut laisser cela, à ceux qui sont compétents : les toreros ''profonds'', les écrivains, les peintres, les journalistes, les photographes, les sculpteurs, etc.


- Assumer la responsabilité des vocations


Bigre ! je crois au contraire qu'il ne faut rien faciliter. Seules les fortes personnalités, les passionnés, ceux qui sont prêts à en mourir, ceux qui ont une réelle différence à montrer doivent "encombrer" le ruedo. Alors seront convoqués les véritables enjeux fascinants, ceux qui de tout temps ont constitué la spécificité de cet art profond. Il ne faut pas faciliter l'entrée du ruedo aux moyens, ils sont déjà par dizaines à provoquer l'ennui mortel de l'aficionado et la dévaluation du spectacle.


- Préparer l'élite à la haute compétition


Eh non, trois fois non, le toreo n'est pas un sport ! Il n'y a aucun intérêt à produire des Fandi et des Savalli en série, ils existent déjà. Ce sont le coeur et le cerveau, la vie, la mort, les émotions de l'amour qui préparent l'âme des toreros émouvants, pas les "ateliers techniques pédagogiques"


- Produire des analyses


De cornes ? Ah non... des analyses sociétales, philosophiques, générales, dicter la bonne parole, quoi. C'est embêtant cette habitude qui toujours va à l'encontre du proverbial : "on ne peut être à la fois juge et partie'' la tauromachie ne cesse d'en souffrir et d'y prêter le flanc à la critique. Les empresas sont agents de toreros, les toreros sont ganaderos, les ganaderos sont empresas, et tout ça tourne en rond, imposant ses règles à un marché qui ne sera donc jamais nettoyé des mauvais principes. Faudra-t-il alors maintenant subir en plus les "analyses" d'autres intervenants professionnels ? De grâce laissez-nous analyser en paix, nous, observateurs extérieurs, dégagés de vos affaires, seulement animés de passsion avec notre parole naïve qui ne dit rien d'autre que notre ressentiment sincère. Quant à l'idée que seuls les toreros seraient compétents à commenter... on entend, on voit et on lit de pitoyables énormités dans leurs déclarations.


- Mettre en place une distribution de prix célébrant l'esprit pionnier


Après les Sept d'or, les Césars, les Molières, les... quoi ? les Maletilla d'or ? pour l'esprit pionnier. On sait à quoi servent les prix qu'on s'arroge de décerner : à s'auto-congratuler en se donnant une couverture médiatique. Ainsi va le monde. A toi, jeune passionné de toreo qui ne peux plus partir sur la route andalouse, baluchon à l'épaule pour connaître les coups de cornes de la pauvreté, de la passion déçue, de la faim et de la canicule, bon courage pour te frayer un chemin jusqu'aux ruedos avec toutes ces écoles qui te veulent comme élève pour y apprendre les redondos inversés devant des toritos entrés déjà dominés, qui soulèveront la foule des non aficionados heureux d'applaudir pour leur argent.


Eh bien vous savez quoi ? J'espère que toutes ces écoles travailleront, auront un maximum d'élèves dont un original de temps en temps qui s'en ira épanouir sa singularité ailleurs, sur la voie de son cheminement personnel, pour aller chercher sa vérité du tréfonds des tripes et délivrer enfin un message qui le distinguera des autres. Car c'est celui-là qui nous intéressera, celui à qui une petite voix intérieure dira qu'imiter n'est pas pour lui, celui qui ne souffrira pas du défaut majeur du monton des toreros modernes : ne pas avoir de personnalité et n'avoir rien à dire que de "sportif" quant à son toreo.

jeudi 27 janvier 2011

... de la Frontera



Vous faites quoi du 25 février au 12 mars ?
Parce que là-bas, il y a des filles qui boivent, du vin qui danse et des toros à voir, à moins qu'il ne faille intervertir les verbes... Enfin, c'est l'andalousie et cela se nomme "Jerez". On fait un coche de cuadrilla ?

mercredi 26 janvier 2011

Torero : La Super Planque...

C’est vrai quoi. Que risque un torero ? D’être adulé par les foules ? D’être caressé par de belles femmes ? De devenir une légende dont vont s’emparer les écrivains ? D’avoir sa biographie et sa statue de son vivant ? De faire la une des magazines ? De constater sa célébrité passer en boucle à la télé ? De devenir richissime ?

Vous dites ?

Le coup de corne ? Il risque un coup de corne ? De nos tristes jours, avec 80% des toros qui s’affalent, il risque plutôt un écrasement du métatarse, oui…

Et l’automobiliste ? Il ne risque rien, lui, peut-être ? Et le passager de l’avion ? Vous l’imaginez, dépressurisé, déchiqueté, congelé, carbonisé au Kérosène, ravagé menu. Et le pire, le pire… : l’époux d’une femme jalouse, non, mieux, l'amant d’une Espagnole jalouse ! Fatche de con… là je le plains, le type. Il préfère être seul devant un manso con caste de De Doña Dolores Aguirre je vous l’assure, plutôt que devant ce petit bout de femme qui souffle sa colère, sa mauvaise foi et sa suspicion ! Sacré mauvais quart d’heure, c’est indomptable. Ça fait longtemps que les peons se sont éclipsés sur la pointe des pieds, laissant le combat se dérouler à cuerpo limpio. Tandis qu’un torero… si, bon…, admettons, s’il est allergique au pollen et que les élégantes des premières font rien qu’à lui jeter des œillets, c’est sûr, il peut éternuer. Ou recevoir un cigare sur le pied… Nîmes, c’est plus dangereux : y’a un excité qui balance des CD sur les toreros en vuelta. Un jour de mistral, il a frôlé une tempe, j’vous dis pas… Je rêve d’un torero qui interdise à ses peons de le ramasser ou qui marcherait dessus avec mépris. A la Curro Romero. Ou tiens, qui s’essuie avec, et le lui rebalance, ça ce serait bien. Un CD de plastoc qui gît sur le sable d’une arène, visuellement, ça jure, je trouve. Ce truc froid, sur le sable chaud, à angles droits dans les courbes du cirque, au reflet métallique high-tech dans les ors et rouges des couleurs chaudes, berk ! C’est à peu près tout ce que risque un torero, non ? Vous ne trouvez pas ? Combien de toreros sont morts de leur art en 2010 ? Zéro. En 2009 ? Zéro. Et comme le compte à rebours serait fastidieux, en quelle année a-t-on déploré la dernière mort d’un torero suite à la rencontre brutale avec un tio ? Mmmm ? J’ai ma collection de la revue ''TOROS'' derrière moi quand j’écris, mais j’ai la flemme de la compulser pour vous donner la réponse. Pourtant, en la feuilletant, quand je tombe par hasard sur un des articles signés par ma plume, je suis assez content… C’est vous dire si j’ai mal tourné : je ne pourrais plus rien écrire chez eux maintenant, je suis devenu trop déconneur… trop dégagé de tout ça… « Give me a reason to love me » que je suis en train d’écouter, d’ailleurs, sur Deezer.fr… essayez, c'est la playlist ''Top 250 Solo Guitar''. Whouaw, ça arrache ! Jimmy Hendrix, là il y avait un torero...

Chaque année, entre vingt et trente marins pêcheurs périssent en mer rien que pour la France. Voilà un vrai métier dangereux. C’est autrement plus périlleux d’aller chaluter le maquereau que d’aller chahuter le toro. Ils meurent seuls, sans pépites de lumière sur leurs habits, dans le froid et la tempête, personne pour applaudir, crier ou se pâmer d’effroi. Plouf, glou-glou, et c’est tout. Funérailles dans la plus stricte intimité. Et travailler chez France-Telecom ? C’est pas dangereux peut-être ? Combien en sont morts l’année dernière ?! Toute une encierro… Et que je sache, on n’ouvre pas des cliniques psy pour consoler les toreros, pour les enseignants, si.

Hier au JT, j’ai appris qu’en 2010, quatre cents agriculteurs s’étaient donnés la mort. Vous imaginez ? Rapporté aux toreros, ça nous ferait cent trente-trois corridas - virgule trente-trois - dans l’année, d’où aucun torero ne serait revenu : ça en bouche un coin, non ? Le pauvre agriculteur qui n’a jamais entendu Arlette Laguiller parler de lui quand elle commençait ses discours avec son fameux : « Travailleuses, travailleurs… » s’appuie soixante-dix heures de travail hebdomadaire, ne prend jamais de vacances et cumule les rôles dans la paperasserie où on le noie. Etonnez-vous après ça, de constater dans l’émission ''L’amour est dans le pré'' que le pauvre type ne cherche pas la minette de base qui dilapide le budget chez les coiffeuses et autres ''prothésistes ongulaires'' mais une bonne grosse bien serviable et solidaire capable de traire dès potron-minet tandis que la daube est déjà sur le feu. Ben tiens…

Alors torero… c’est la super planque, je vous dis ! Bon, il est vrai que ça ouvre sur une autre question : ce blog à la con est-il vraiment destiné à l’aficionado de base ?

mardi 25 janvier 2011

lundi 24 janvier 2011

Grand écart



Samedi soir dernier, ultimes représentations du « Nîmes Flamenco Festival »


Au théâtre à vingt heures, Tres de Belen Maya ou le retour aux fondamentaux.


Tres, guitare, cante, baile, Tres. Y nada mas. C’est même en robe de ville qu’elle approche à quatre pattes d’une robe volantée icône de la danseuse flamenca, qui jonche le sol, histoire de nous rappeler peut-être qu’avant le costume dont il se revêt, il y a l’être, nu, devant ses émotions. C’est donc en robe de ménagère qu’elle dansera d’abord puis en étreignant la robe comme un partenaire, puis enfin, l’enfilant au sommet de cette progression devenant ‘’la’’ danseuse assumée. Une danseuse au style dépouillé, au répertoire court, classique, sans audaces contemporaines si chères à beaucoup, se recentrant dans l’essentiel, l’émotion pure, l’épure émotive, la source, l’essence.


Compris ? Parce que j’en ai pas d’autres…



Que faut-il pour un tel spectacle ? Trois chaises, trois, espagnoles, avec leur fameux dossier, une table, une loupiote jaune, trois types habillés en noir : un chanteur, un guitariste et un palmitos – ah non, ça c’est de Belin, la biscuiterie…- un palmaire ? un empaumé ? un Palma de Majorque ? Enfin, pas un amputé bilatéral des manitas, quoi… avec un tantinet de synchronisation pour les rapprocher l’une de l’autre, en rythme. Et une danseuse ad hoc, de là-bas, avec des remous de Guadalquivir dans les veines et des cristaux de soufre dans les tendons, et d’autres indignations que Hessel, plein le cœur. Pas des indignations de ''meilleur que son prochain'' ou de cathos - ça faisait longtemps - qui tendent l’autre joue quand on leur a déjà frappé la première, non, des indignations de race brave, des indignations racées, de Targuis, de Masaïs, d’hommes debout, pures, logiques, essentielles. Comme ces quatre mille habitants d’un village andalou qui sortirent spontanément dans la rue hurler leur indignation après le viol et le meurtre d’une jeune fille alors que quatre mille Français seraient restés scotchés à leur télé, se téléphonant peut-être toute la nuit pour constituer une association chargée d’examiner les conditions de confort carcéral du meurtrier.



Vingt-deux heures trente, à l’Odéon : Navarita Platea et son chanteur dandy. Un ringard gominé qui vous aurait plu, mesdemoiselles, avec son petit foulard à pois. Latin lover de la Costa-Brava post soixante-huitard, il serait un peu au flamenco ce que Javier Conde est à la tauromachie : un singulier, original et atypique ''maestro''. Il a le traje de luces, les mèches de jais, il fait des passes, estoque par le pont d’Avignon mais quand sort un toro, s’évanouit. Mais en même temps, son plaisir d’être là est si évident, il a tellement envie de communiquer… Comment lui en vouloir ? De la variété, ni plus ni moins, du balloche, très bien pour un samedi soir D’jeun. Deux groupies, deux, se sont même levées pour agiter leur silhouette en pôle position d’une salle ''assis-debout''. Je n’ai jamais su , dans ce cas de figure, s’il y avait vraiment urgence à ''move le body'' devant une assemblée : envie irrépressible ou volonté exhibitionniste de se chauffer à ''faire sa belle''… ?



Sur la musique ‘’d’Antonio Ringardo’’, en tout cas, c’est piégeux : tantôt il s’égosille tandis que les musicos l’ont planté, tantôt il miaule comme les matous en rut qui investissent mon jardin la nuit au printemps, tantôt le batteur entame un solo et elles se retrouvent alors toujours, au mitan de grands moments de solitude au cœur de cette musique déroutante, syncopée, sans mélodie, à hésiter d'une gestuelle gauche dont on comprend bien l’embarras mais qui jamais ne peut les conduire à renoncer, vu que le retour piteux à leur chaise sonnerait comme l’annonce publique et sonorisée d’un gigantesque :



« C’est moi qu’avais l’air con quand j’essayais de bouger mon corps d’envoûtante façon avant que le gominé ne choisisse de déstructurer son morceau pour me planter là, ridicule et désynchronisée de son projet »



Pas vraiment grave. Déjà beau d’avoir pris le risque. Et puis le gominé miauleur est parti changer de chemise, revenant servir la soupe aux minettes.

samedi 22 janvier 2011

Resena Essentielle sur la Carrasco

Sachant mon inculture crasse dans le domaine et pressentant être largement passé au travers de cette représentation, j'appelle depuis, Maja Lola à la rescousse, insistant auprès d'elle pour l'obtention d'un BAP - bon à publier - concernant un message loin d'être à mon avantage. Ce sera ma pénitence pour le bachouchage méthodique des cathos - ce qui m'évitera d'aller à confesse et de fréquenter un de ces curés...-

Et ce n'est pas pour essayer de me ''rattraper'' à ses yeux que je poursuis en disant que je trouve sa contribution instructive et belle, empreinte de cette émotion directement instillée dans le coeur d'un de ses enfants éloigné, par son pays d'origine. A la réflexion, je balaie même sa réserve qu'elle me servait pourtant en circonstance atténuante dans sa grande bienveillance : comme pour la corrida, c'est à celui qui s'y intéresse de cheminer en aficion jusqu'à en comprendre les arcanes et à en percevoir l'âme. Pour le flamenco je suis au début du chemin et grâce à quelques passeurs comme toi, Lola qu'est Maja, je progresse... Mais à toi maintenant de faire saigner ton coeur :

Maja Lola est en retraite spirituelle. Elle panse les irritations que tu lui infliges par tes écrits qui virent à la fixette maniaco-catholique qu'elle finit par trouver indigeste.

Elle se oint d'huile de rose musquée de Damas qui lui fait oublier que les hommes sont capables d'être blessants avec peu de mots et de la rendre triste malgré son légendaire optimisme. Et elle se console dans ce festival de flamenco si varié dans son expression artistique, ce qui prouve que c'est bien un art vivant en perpétuelle création.

R. Carrasco n'était pas abordable par le non hispanisant que tu es. Tout le spectacle était bâti sur Garcia Lorca : les chants sont ses poèmes qu'il avait mis en musique pour faire vibrer les chants populaires avec le lyrisme musical de l'époque. Nombreux sont cités par les connaisseurs sur ton blog ... Il y avait même une allusion au café Chinitas qui, dans les années 20, était mythique : "cafés cantantes" (cafés chantants), un peu l'équivalent du Flore pour les écrivains existentialistes : chanson "El café Chinitas". Et que dire de ce chant "Tres morillas des Jaen" dansé magistralement avec des arabesques gestuelles d'un orientalisme envoûtant .....

Quant aux tableaux, ils rappelaient des chromos des vieilles revues des années vingt, trente. Cette chanteuse appuyée au piano, "manton" richement brodé, hiératique et belle, arrachant son chant des entrailles, était émotion pure.

La berceuse si belle mimée par R.C. toute de blanc vêtue ("Este galapaguito no tiene mare ....." - Nana de Sevilla-). Même dans les costumes apparaîssait cette époque bénie de créativité que l'on a appelée "generacion 27" : groupement de poètes (GL, Alberti et tant d'autres) qui formaient un courant créatif dans la poésie comparable aux cubistes parisiens dans la peinture. Le "costume" final de RC (si décrié par mes voisines de fauteuil habituées à los volantes y lunares) m'a rappelé d'ailleurs la combinaison que portait souvent FGL dans des photos le présentant dans son atelier de création.

Ce spectacle, à mes yeux, était un vrai bijou d'une finesse et d'une rareté confondantes.

Le seul reproche que je lui ferai est qu'il méritait une explication préablable et qu'il était peu accessible pour ceux qui ne connaissaient pas cette période historique sur le plan artistique en Espagne.

Le public flamenco nîmois étant plus habitué à des figuras plus courantes, typiques et abordables où de nombreux spectateurs ne voient qu'un folklore. Ce qui n'enlève rien à l'émotion que peuvent engendrer ces dernières.

Enfin, pour finir, je suis certaine que Chulo et Ludo seraient "entrés" dans ce spectacle. Un moment de grâce .... et je rajoute, ne t'en déplaise, de grâce divine.

vendredi 21 janvier 2011

Vamos al tiroteo...


Le spectacle donné hier soir par Rafaella Carrasco et sa troupe, fut d’un tout autre acabit que le ‘’don aux planches’’ quasi volcanique de Belen Lopez. Certes la comparaison est idiote et ce n’est certainement pas la mesure des décibels produits par la percussion talonnière qui pourrait augurer de leur valeur respective. De plus il est salutaire qu’un festival donne à voir des prestations de nature très différente. Sauf que, quand même, à la frénésie Lopezienne correspondait une transe inspirée et habitée ravageant tous les sceptiques. Certes, des performances aseptisées, il y en eut au cours des différents tableaux qui se succédèrent agréablement chez la Carrasco. Des trouvailles aussi, avec une mise en lumière judicieuse et un évident label de contemporanéité. De belles photos se sont aussi perdues : il y avait beaucoup mieux à faire avec la faena du foulard que celle jointe ici, piquée sur le site officiel… Soit, j’ai passé une agréable soirée devant un intéressant spectacle qui se tient, et peut s’exporter dans le monde. Cependant mon cœur ne battait pas plus vite, mon souffle n’était pas plus court, ni mes yeux plus ouverts : J’ai bien pris note d’une création qui jamais ne m’invita dans les territoires de l’émotion. Et moi, sans émotion, je reste court. D’où la ‘’longueur’’ de cette resena. Quant au titre donné à ce spectacle, "Vamos al tiroteo" je compte sur vous pour me le traduire, cela m'aurait peut-être aidé à apprécier ce spectacle.

J’aurais bien aimé, proposons-lui pour l’année prochaine si nous sommes encore vivants, (ou même déjà pour le spectacle de samedi prochain) un ''mano à mano'' de resena avec Maja Lola, femme et conocedora del baile, y mézigue, hombre béotien del flamenco. Pour rire…

mercredi 19 janvier 2011

TACATACATACATACATACATACATACATACATACACLANG !


Qu’est-ce que je suis grossier, moi, en ce moment… vous avez remarqué ? Je viens de relire quelques posts… Oh là làaaa… un vrai pitbull… le fighting spirit au bout des doigts, j’ai le clavier lourd… On a dû me prendre quelque chose ou quelqu’un à qui je tenais beaucoup, pour être si vindicatif, non… ? Et en plus d'être grossier… y’a pas intérêt à m’emmerder… j'ai une de ses envies d'emplâtrer mon prochain... surtout s'il est ''catho'', comme me le faisait remarquer le tout Nîmes protestant hier soir au théâtre… Il paraîtrait qu’il y a de plus en plus de gens consternés de me lire… je me régale trop… et, encore, je me contiens pour l’instant… par égard pour Gina qui cosigne ici… mais comme j’ai envie de déraper… Si ça se trouve, quelques Lexomil et une bonne petite cure de sommeil d’une semaine et tout irait mieux. Oui mais voilà… pas le temps de dormir… En plus je suis devenu oléiculteur maintenant… et allez, une casquette de plus. Je me régale de me geler dans les rafales de mistral pour cueillir des picholines qui font exprès de se dérober quand j’approche la main. Production 2010 : 32,500 kg soit 4,99 litres d’huile accordés par le moulin. Je le regarde goguenard, avec cette phrase dans l’œil : tu vas bien me donner 5 litres quand même ? C’est sans compter sur la froide technologie qui bien que traitant un lubrifiant reste inflexible : il place le bidon sous le robinet inox et tape sur le clavier numérique 4,99 litres et le truc stoppe net à la goutte près ! 16,15 euros est ce que je lui dois, pour la prestation ''trituration''. Mais bon, au final rien à voir avec Lesieur, hein, ni même avec les huiles AOC haut de gamme à 20 euros le carafon, vu que c’est la mienne de ma terre à moi… cueillie de mes petits doigts gelés mus par mes chaudes pensées. Je vais en planter encore, greffer les improductifs, et bientôt il me faudra acquérir la gaule ''Campagnola'' la Rolls-Royce des branleuses électriques d’Oliviers. Ou alors demander à Belen Lopez de ''taconar'' sous mes oliviers ! ( c’est pas un enchaînement de génie ça, peut-être … ?) Belen Lopez est la Lucky-Luke du zapateo. Pas besoin d’électromyogramme, l’influx circule dans ses nerfs ! Piernas de fuego ! Mama Mia ! Quelles castagnettes jambières !! Le Pic-vert des tablaos !!! Depuis son passage, le théâtre est en réfection : plancher impraticable.



Noirs ses yeux humides, noire sa robe légèrement volantée d’ivoire aux poignets et aux pieds. Belen, c’est l’influx et la puissance, ses gestes tranchent l’atmosphère du théâtre de sentences définitives. Elle attaque, pilonne, défonce de sa détermination rapide et gracieuse et puis là où on croirait qu’elle fatigue enfin, soudain redouble de puissance, de rythme, de rage. Et puis termine comme sur un coup de tête, et se casse aussi sec, j’ai bien dit se casse et non ''part'', comme si elle disait ''Vous me faites chier, bande de cathos'' et disparaît. Chouette, hein ?



Robe neuve. Noire sa deuxième robe, avec traîne froncée qu’elle attrape au vol, de sa main leste qui joue de cet appendice costumier comme d’un véritable accessoire chorégraphique. Le taconeo (on me corrige au besoin…) devient frénétique, époustouflant, donne des maux de tête aux premiers rangs qui béent du maxillaire inférieur car s’il y a deux choses assez rapides pour qu’il soit impossible de les reproduire, ce sont bien la fréquence du halètement d’un chien victime de la canicule et le mitraillage talonifère de Belen sur les planches nimoises… Des ses ailes de pigeons de footballeur elle renvoie la traîne de sa robe à l’altitude de sa main et danse, toujours plus concernée. Rien à voir avec la gestuelle surtout décorative d’une Rocio Molina. Ici, plus d’âme et de technique. Elle est belle, Belen… jeune, rapide et puissante à la fois. Il doit marcher droit à la maison, le macho… parce que subitement stopper, tourner les talons et se ''casser'' dans l’instant comme si une horde de catholiques allumés (spécial dédicace…plus c'est lourd, plus ça me plait) voulaient vous asséner la bonne parole contre votre volonté, par-dessus votre portail comme une pareja de mormons cravatés et ''dépatibularisés'' un dimanche matin en vous sucrant votre seule ''grassmat'' de la semaine, elle sait faire la Belen…



Robe neuve. Plutôt sur-robe de fanfreluches vaporeuses orangées dont elle se dépiaute négligemment pour apparaître dans une nouvelle robe noire très ‘’Costa Brava’’ post–caudillo pour délivrer une affligeante prestation de variétoche italo-balnéaire, peut-être destinée à lui permettre de souffler, d’une consternante facture. J’aurais préféré aller pisser. Ma femme de ménage espagnole en fait autant dans ma cuisine quand elle époussette la hotte. Faut dire qu’elle est très belle. Ma cuisine. Ne manquait plus que papi Julio Iglesias qui par quelques ridicules mouvements labiaux censés incendier la libido de la gent féminine, aurait pu nous consterner un peu plus. Si je savais siffler, j’aurais.



Robe neuve. Jais, ses cheveux en queue de pouliche qui balaient ses fesses ou en rotor d’hélicoptère qui tranche son espace aérien personnel dans ses pirouettes magnifiques, aussi rapides que le permet la glace à un patineur qui serait bien plus gracieux que Candeloro et surtout bien moins con. Noirs, ses yeux qui lancent du feu, frénétiques ses jarrets qui pulsent des étincelles, puissantes ses cuisses qui assènent sa colère sur les planches maintenant disjointes du tablao, dans ce fantastique message en morse haletant, trop intense pour se décoder sur le champ. Fascinante, la dissociation de gestes très lents avec le haut du corps, tandis qu’en bas ça mitraille dru. Blancs la robe et le gilet, blanc nacré les chaussures affolées, tressautants les seins blancs barattés dans le corsage, vibrés les ligaments, ébranlés les muscles, impactées les articulations sur les planches assassinées, assourdissant le martèlement obtus, vibrants les tympans agressés, debout les spectateurs chauffés à blanc par cette prestation plus éloquente pour la condition féminine que toutes les lois féministes de la République. Dépassées les chiennes de garde, quand Belen se déchaîne, c’est une chienne et je la garde !. ‘’Poubellés’’, over the rainbow, les trois cent cinquante kilos d’IZ avec sa voix sirupeuse d’insulaire gavé. Clang !

lundi 17 janvier 2011

Gina le retour...



La tante Julia et le scribouillard



de Mario Vargas Llosa,



prix Nobel 2010 pour l'ensemble de son oeuvre







En apparence, c'est une histoire toute simple dans cette Amérique latine d'avant « la télé ». Tante Julia est une Bolivienne trentenaire, divorcée. Elle quitte La Paz pour retrouver sa belle famille à Lima et espérer son aide dans la recherche d'un nouveau mari. On lui en présente de drôles, des impuissants, des très vieux, mais des « bons partis » que son bon sens et son désir de vivre écartent aussitôt.



Peu à peu, c'est le narrateur, neveu par alliance, Varguitos, dix huit ans, étudiant en droit à ses moments perdus, employé dans une radio populaire et obsédé par l'écriture de nouvelles, qui tombe amoureux d'elle. Scandale ! Il n'est pas majeur et les mentalités ont la constance et la persévérance dures. Il faut se cacher longtemps, la « vieille » résiste aux assauts pourtant inoffensifs, - baisers et prises de mains, doigts entrelacés -, du jeune « morveux ». Par chance, une cousine et quelques amis sûrs, un maire corrompu dans un village reculé, des papiers falsifiés aident l'amour à se développer jusqu'au mariage, loin du chagrin familial et des colères et menaces de mort du père.



Un autre personnage important est Camacho, bolivien, employé à la radio comme écrivain et acteur ; il se dit artiste, mène une vie monacale de travailleur acharné, produit des feuilletons au kilo, et finit par s'embrouiller dans les personnages qu'il crée, mélangeant les rôles, les morts et les vivants, avant de se retrouver un temps en asile psychiatrique. On le désigne « scribouillard », toutefois on se demande s'il n'y a pas un auteur en trois scribouillards, une espèce de trinité littéraire dans le roman. Car Varguitos aussi, apprend son métier d'écrivain en scribouillant ses nouvelles qu'il soumet constamment à l'approbation des autres et il s'identifie par sa vie et son écriture à Mario Vargas Llosa lui-même, en fin de roman : même succès, mêmes activités entre l'Europe et le Pérou et si on y regarde de près, son nom Marito Varguitas, semble bien la contraction ironiquement déguisée du nom de l'auteur. On pourrait penser aussi que Vargas Llosas, comme Camacho crée beaucoup de personnages puis semble les oublier.



Or ils réapparaissent tous dans d'autres histoires, en apparence indépendantes de cette grande aventure d'amour fou entre la tante et le neveu. Elles sont toujours racontées par le même narrateur Varguitos (qui abandonne alors le « je » de l'autobiographie). Elles s'intercalent entre les chapitres de l'histoire principale et consciencieusement, l'auteur les mène à leur terme : il termine ses chapitres par des interrogations à suspense soutenant l' intérêt du lecteur, lui évitant de se perdre ; des passerelles fonctionnent habilement pour que le réseau assure une bonne circulation des destins croisés des nombreux personnages toujours décrits en quelques traits précis et suggestifs avec une empathie qui nous les rend très proches. La structure polyphonique du roman reste magistrale et autorise une profonde et fine analyse de l'art d'écrire ; on rencontre cette allusion quasi prémonitoire sur les





« ..enfants du ruisseau qui à force de constance arrivent jusqu'au Nobel, par effort de volonté. ».



De chapitre en chapitre, comme les personnages s'agitent dans des milieux les plus divers, tout en poursuivant ses réflexions littéraires, l'auteur procède à une rigoureuse analyse de leur psychologie, des problèmes familiaux, sociaux, politiques avec une dénonciation ironique, implicite des mécanismes qui gèrent leur monde : les hasards de la naissance, l'importance de l'enfance, la malchance, les accidents, les catastrophes avec leur cohorte de pauvres, de handicapés, les existences bouleversées. On se retrouve chez des riches, dans des favelas, des couvents, des églises, des hôpitaux, des commissariats, les tribunaux, chez les travailleurs, ceux qui aiment l'effort et les autres, dans la foule ( y compris aux arènes) avec ses rumeurs et ses violences. On s'installe dans les familles, on assiste à une noce ( on croirait lire du Flaubert !). On s'interroge sur le mariage et le divorce, le statut de la femme des années cinquante au Pérou, l'inceste, le viol, l'enfant, (belle source



d'ennuis et de dépenses)...L'auteur se méfie des institutions et des grandes utopies sociales, politiques, artistiques et c'est la tyrannie qui le dérange le plus, celle des riches, celle de la famille, du père, de certains officiers de police pas tendres pour les clandestins, des religieux, des catholiques plus satisfaits que charitables, des savants même les plus modestes, psychiatres, guérisseurs...et de tous ceux qui s'octroient le droit de « peser sur les esprits des autres », qui jouent les importants,



« qui pérorent de «leurs hauteurs... »



au nom d'une vérité qu'ils s'attribuent ou que les traditions leur ont attribuée. Cependant on n'observe de la part de Mario Vargas Llosa, aucun parti pris dans ce monde qu'il radiographie au scanner. Son indignation ne s'exprime pas conformément aux clichés des bien pensants, mais plutôt comme il le dit lui-même et comme tout le roman tend à le signifier avec




« cette norme morale qu'il avait faite sienne depuis son jeune âge et selon laquelle il valait mieux



COMPRENDRE que JUGER les hommes. Il ne se sentait ni horrifié ni indigné ni trop surpris.... »



Il use d'ironie sans sarcasme avec une apparente neutralité bienveillante qui nous laisse le temps de sourire sans doute, mais surtout de réfléchir en toute liberté.

Gina

samedi 15 janvier 2011

Restez dignes.


Un ami m’a offert les quatorze pages de «Indignez-vous !» de Stéphane Hessel. C’est un nouvel ami que je connais peu et je me suis demandé s’il ne m’avait pas adressé un message codé, indigné qu’il était d’avoir lu ma sensibilité ici… Je te salue l’ami, espérant que tu ne t’inscris pas dans le ''monton'' de ceux qui te trouvent sympa jusqu’à ce qu’ils se rendent compte que tu gagnes plus qu’eux – remarquez, ça, il y a longtemps que ça ne m’est pas arrivé… non, pas parce que la mentalité des gens évolue, mais parce que mes revenus ont stagné, puis régressé. Je sais, vous me plaignez – ou encore lorsqu’il se rendent compte que tu ne votes pas du même côté qu’eux… Démocrates, va !


Amis socialos-communistes, je vous aime, moi ! Sans déconner ! En ville dans les dîners de la bourgeoisie provinciale, ça ne parle que de cul, de fric et de vacances… pas intéressant… ceci pour les professions libérales décoincées. Pour certains autres, genre catho-écolos anti-corridas, ça boit agua sin gas et parle du dernier camp Scout, du Pape et de la planète : maxi-chiant… enfin pour moi, aficionado-athée-pollueur. Là, il faut complimenter la maîtresse de maison pour son plat, même s’il est dégueu. Oui, parce que, ce faisant, on relègue le plaisir du goût à ce qu’il est, une inclinaison satanique, et on prend acte du travail effectué, on dit sa reconnaissance de l’invitation et du dévouement. Même si c’est dégueu. Un jour j’ai tenté une incursion au pays de la vérité, devant tout le monde : j’ai tenté d’expliquer qu’il était possible qu’au niveau gastronomique tout le monde n’ait pas les mêmes références et qu’il me semblait respecter infiniment plus la cuisinière en lui disant mon ressentiment réel vu que cela allait favoriser d’enrichissants échanges culinaires - je suis souvent aux fourneaux aussi - plutôt que de la mépriser, en verbalisant l’hypocrite contraire de ma pensée profonde : tout juste si je n’ai pas été répudié, excommunié, etc… Un conseil, ne le tentez jamais s’il s’agit de votre belle-mère, vous seriez grillé jusqu’à la nuit des temps par votre moitié qui vous rétrécirait d’au moins un quart. Vous vous marrez, j’espère ?


Bon donc, avec les gens de gauche au moins, c’est sympa, on parle du dernier film vu, du dernier livre lu : et Pan ! v’la Hessel qui revient. Et là, même la gauche qui riait, va s’assombrir à nouveau. Ce livre, comme le soulignait Nadège Vidal dans son blo-blog, vaut surtout par son titre – dedans, il n’écrit pas grand-chose d’autre – et je rajouterais, par son prix : trois pesos, ce qui explique en partie son succès, - Oh la vengeance perfide de l’écrivain raté ! - avec aussi ce besoin d’étancher la soif avide des anti-Sarkosystes primaires, d’entendre un autre discours que le ''Royaliste'' : j’ai envie d’être président de la république après Mitterand dont je suis l’héritière. Ce que je comprends parfaitement. Voui. Si.



Très vite, on se rend compte que, comme tout socialiste grand teint, Hessel part du principe que l’homme est bon. Lequel ? Celui qui viole, qui tue, qui lapide une femme parce qu’elle en aime un autre ou découpe un jeune avant d’en remettre les morceaux à sa mère dans un sac poubelle ? Celui qui condamne à mort ceux qui se convertissent à une autre religion que celle d’état ? Une idée à laquelle je n’ai jamais pu souscrire, dans ma grande générosité de principe. Oui, je me moque de moi-même. Mes yeux ouverts, mes oreilles déployées, ma pauvre réflexion personnelle n’admettent pas d’évidence le concept. Hessel, quand même, induit des distinctions : l’homme est bon surtout lorsqu’il est palestinien, rom, immigré ou sans papier. Soit. C’est possible et confère en tout cas une posture de principe, humaniste et confortable reléguant de fait ceux qui cherchent plus profond, au mieux à des égoïstes, au pire à des salauds.


Alors je ne vous dis pas pour ceux qui pensent que le gratin familial est raté.


Ce qui n’est pas écrit mais induit dans la conscience du lecteur bien à l’abri sous sa couverture en laine mohair en poil de bique angora du pays Cathare – en fait j’en ai pas, mais j’en rêve, c’est le cas de le dire. Que celui qui n’a jamais plongé dans le sommeil sous un tel luxe, essaye une fois pour voir… d’autant que si le luxe va bien à la droite, la chèvre angora de l’écolo sierra à la gauche. La chèvre, concept réunificateur ! Légionnaires compris... –



Que la Roumanie ait reçu cinquante-quatre milliards d’euros lors de son entrée dans l’UE sans consacrer un kopek pour améliorer la condition de ses pauvres, ne l’interpelle jamais. Que les cent quatre vingt-treize autres pays du monde choisissent leurs immigrés en fonction de leurs besoins, non plus. J’ai donc trouvé ce développement de bons sentiments, agréable et rassurant mais un peu ''court''. Mais bon, si ça peut en convaincre quelques-uns d’être moins égoïstes ou matérialistes à outrance, pourquoi pas. Le chulo par exemple, tiens, … nâaan… je déconne…



Ne manquait plus qu’Edgar Morin, autre socialiste nonagénaire donc bon et indigné, pour nous expliquer hier soir chez FOG – Franz Olivier Gisbert – que c’est nous qui créons les conditions de leur délinquance. C’est dire la jubilation à écouter Salah Guemriche seul arabe du plateau, tempérant intelligemment la bien-pensance généralisée en expliquant qu’il avait besoin de Zemmour et Houellebecq pour comprendre et rester vigilant et lucide. Guemriche dont l’ouvrage sur le phénomène quasi maudit de l’apostasie, cette conversion de musulman à la chrétienté, confirme que celle-ci est, dans les lois des pays de l’islam punie de la peine de mort. Ce qui est un probant exemple de la tolérance universelle, vous en conviendrez. Et un athée là-bas c’est quoi ? Un chien ? Ouah-Ouah !



Je me suis souvent amusé avec ma jeune clientèle, à les pousser dans ce retranchement qui confie avouer qu’un mariage n’est possible qu’à la seule condition que le chrétien se convertisse à l’islam mais jamais l’inverse. Sens unique. Et l’amour dans tout ça, que je leur demande ? Si c’est celui que tu aimes, quelle importance qu’il soit bouddhiste, catho ou protestant ?



- Ah… mais non… c’est pas comme ça que ça marche qu’elle me répond… c’est que s’il n’est pas musulman je ne peux pas l’aimer…



Comme quoi, hein, rien de plus con que ces chansons d’amour qui parlent d’absolu. Ca relativise… je devrais organiser des après-midi ‘’thé à la menthe’’ avec ces jeunes femmes et leurs aînées qui me disent :



- Ah non ! Plus jamais d’Arabes ! Je cherche un Français !



Sérieux : plus rien à faire de la religion ! Emancipées les mousmées ! Alors là, je vous jure, je m’empresse de les inviter à se méfier au moins autant. Parce que je les connais les Français, moi... Tiens au fait, tous ceux que je connais qui ont une compagne arabe sont de droite... trop bon !



Il y eut aussi chez FOG le couplet adoré par Morin et une jeune journaliste au grand cœur, de ''ghettoïsation'', concept coupable de nous autres tous, qui faisons rien qu’à les embêter à les obliger à vivre ensemble, raison qui explique à elle toute seule, notre culpabilité dans leur délinquance : trop fun !



- Quelle insulte pour tous les pauvres !



A justement rétorqué à un Edgar Morin, a little interloqued, une salope de clairvoyante de droite…



Enfin, on s’amuse bien chez FOG, pour ceux qui n’ont pas préféré les demeurés de ''confessions intimes'' – une émission pour sociologues - avant même que ''La semaine mythomane de Bedos'' ne déboule pour terminer cette émission en riant.



J’avoue n’avoir jamais compris ce pseudo concept sociétal de ghettoïsation qui ne serait néfaste que pour eux. Autour de la placette à Nîmes, s’est installée la communauté espagnole : aucun problème. Dans le quartier Richelieu, les portugais : aucun problème. A propos des quartiers ‘’Chinatown’’ des grandes villes, personne ne parle non plus d'une influence néfaste qui s'exercerait sur la communauté dont on a pas obligé les membres à signer de force des contrats de location près de leurs frères. Je ne vois pas… Et qu’indique le seul fait que toutes ces populations soient rassemblées ? Cette volonté d’agrégation naturelle et souhaitée ? Qu’elles se plaisent dans leur communauté, ce qui ne leur donne en rien ce sentiment négatif inventé pour nous culpabiliser. Mais, mèfi ! Maintenant on vous traîne au tribunal pour ça. Meuh... il sera acquitté le Zemmour, vous verrez, c'est juste pour jouer les "Indignez-vous !" , ce cirque.



Dans ladite émission, on s’est encore inquiété des 18% estimés, de Marine Le Pen, car pour la population désormais apeurée et désorientée, un retour aux racines s’imposerait, les mots ''souveraineté nationale'', l’idée jadis ringarde de ''Nation'' lui étant redevenus rassurants. Et restent indignes pour d’autres, ses opposants de gauche, du centre et de droite. Une dernière provoc pour la route ? Provocation mais véridique : Il est super modéré dans sa déclaration, cet amour de la nation chez ceuss du Front Lepeniste quand même, par rapport aux communistes de Cuba où fleurissent partout des panneaux géants avec des radicaux :



PATRIA O MUERTE !



Une putain d’alternative radicale ! Bon, ben voilà, je crois que j’ai fini pour aujourd’hui, ne reste plus qu’à attendre la brillante contre-démonstration méthodique de l’ami Xavier qui vous l’avez constaté s’adresse plus aux élites, sa pensée étant plus puissante et philosophique que la mienne qui rase les pâquerettes du pragmatisme populaire, vu que c’est lui, le peuple, qui m’instruit des contorsions de la société : et moi qui ne recherche qu’à redresser des dos… n’importe quoi. Les toros ? Je les compte le soir, les toréant avec ma cape fantasmatique en mohair, pour m’endormir. Tunisie 1 – Algérie 0.



La gauche a abandonné le peuple et la droite la nation. JP. Chevènement

jeudi 13 janvier 2011

Cuba et Degas au coude à coude


Longiligne, gracile, altière, hiératique, danseuse assurément, elle s'arrêtait longuement devant chaque bronze du maître. Je sentais qu'ils lui parlaient bien plus qu'à moi. Elle contemplait chacun d'eux avec une fascination studieuse et pour qui était observateur, il était évident que s'installait une syncinésie d'imitation. Peu à peu, imperceptiblement, par de petits ajustements progressifs, son corps intégrait la posture statufiée. Cette chair palpitante, soumise à l'émotion fusionnelle qu'elle seule éprouvait, devenait le bronze qu'elle regardait. Que n'étiez-vous plus là, monsieur Degas, pour admirer ce moment fascinant. Danseuse assurément. L'avez-vous vue de l'au-delà ?

mardi 11 janvier 2011

Verdure, Chlorophyle et Nicotine.


Roberto a un grand couteau, un chapeau léger, une petite grange de planches disjointes au toit de feuilles récoltées au pied de palmiers royaux, quelques poules, deux dindons, un champ de tabac, un rongeur enfermé dans une cage, une claie sur laquelle sèchent des grains de café, une autre grange, plus grande, à l’armature de bois, au toit plus moderne, aux murs de feuillage. Roberto a un bungalow, deux ou trois même, sur la terrasse desquels basculent des fauteuils au gré du vent. L’un est marron, l’autre gris et le troisième turquoise. On ne sait pourquoi. La poésie du camaïeu peut-être. Ou ‘’rapport’’ au hasard des fonds de ses pots de peinture, ce qui est quand même d’ordre poétique. Sauf qu'au dessus des fauteuils ne sèchent pas des feuilles de tabac mais ses slips. Il a une femme qui sert un très bon café Cubita en souriant, un cochon qui se vautre en attendant le couteau, un petit chien famélique, des chats souples, quelques machines agricoles. Roberto a tout un empire tabacologique dont il a tiré un numéro de prestidigitation. Rosario notre guide, lui emmène les touristes et lui se charge de l’acrobatie. Sa petite affaire, comme un cigare, roule. Il nous fait entrer dans la grande grange sombre, son théâtre, s’empare de quelques feuilles mûres à point, les dénerve à la pointe de son grand couteau, assis face à nous, son public, et soudain, après une manipulation brève, de ces feuilles naît un Havane, soit quand même, ce que la planète bleue produit de meilleur pour infester les bronchioles, provoquer l’essoufflement, raccourcir l’espérance de vie. Pour ceux qui la préfèrent plus courte mais intense. Pour les bannis de la société, les parias qu’on envoie se geler sur les trottoirs, les inélégants qui instillent la mort dans les poumons des autres. Il faut voir, même à l’extérieur, la réprobation briller dans les yeux des légalistes. De ceux qui maîtrisent leurs émotions, qui gèrent leur vie sans besoin de dérive toxicologique. Mais d’eux, Roberto ne soupçonne même pas l’existence et il amorce : il roule et distribue sans discernement. Oubliez les cuisses de Carmen, il roule sur une vieille planche à découper. Pourquoi les non fumeurs les saisissent-ils pour les téter, est un mystère épais. Par conscience touristique aigue sans doute plus que par réflexe "calumet de la paix" vu qu'on a beau être des capitalistes impérialistes, on ressent plutôt l'envie d'aider ces Cubains sympathiques plutôt que de les combattre. Et puis ces non fumeurs nous les tendent, dégoûtés, pensant que nous ne le serons pas, de sucer leur salive. On n’accède pas aux sommets sans initiation. On ne se pâme pas aux premières notes de Chucho Valdès quand Franck Michael tourne dans la platine familiale. Oui Franck, toutes les femmes sont belles. Et cons alors, puisque tu vends un maximum de disques ? Elles aiment rêvasser, c’est vrai. Sauf la guide qui nous présente l’achat des cigares de Roberto comme un acte de solidarité quasi recommandé. Oui, Rosario, tu es commissionnée… mais ce n’est pas la raison qui nous poussera à les acheter. C’est juste qu’un puro campesino, pique la curiosité d'un fumeur. Chantal, elle, lui offrira une photo : elle trimballe dans son sac à malices, une petite imprimante blanche pas plus grosse qu’une boite de cigarillos qui lui tire instantanément son portrait, à Roberto-le-Campesino, pour le coup terrassé en terme de prestidigitation. Cafés, sourires, poignées de main, remerciements et demi-tour. Ah oui, ultime recommandation de Rosario, planquez les bottes de cigares achetées, le voisin de Roberto serait vert de jalousie, de cet impérialisme sauvage. Pas bon l'économie de marché, surtout quand on n'en profite pas soi-même. Aussi vert que les feuilles de la Vuelta Abajo.

vendredi 7 janvier 2011

A Louer



Devant l’église de Trinidad, une jeune fille était assise sur un banc avec sa maman. Fatigué, je me suis assis sur un autre banc non loin de là. Elles ''faisaient rien qu’à me regarder''. Alors j’ai engagé la conversation, moi, l’hispano-précaire, déblatérant d'affligeantes banalités de circonstance. La maman avenante me répondait, gracieuse. Je lui ai fait un compliment sur sa fille. Celle-ci semblait contrariée, elle avait le sourcil froncé et la mimique hostile. Plus loin, des copains – oui, on partageait le pain à table – qui étaient déjà passés par là, mimaient avec forces grimaces que la fille n’était pas amicale, qu’elle tirait la gueule. Je leur ai demandé si je pouvais les photographier vu qu’en voyage je ne suis qu’un œil et que mon appareil est en permanence greffé à ma main. La maman a dit oui, tandis que la fille fronçait un peu plus les sourcils. Elle avait une beauté rebelle, un peu sauvage. Mon vocabulaire d’espagnol épuisé, deux minutes plus tard, donc… je me suis levé et j’ai pris congé en leur serrant la main. J’ai rejoint mes copains qui m’ont dit :



- Alors ? Elles t’ont parlé ? Pétard, elle n’avait pas l’air commode, la fille… On voulait s’asseoir mais quand on a vu sa tête, comment elle nous regardait, on a préféré passer notre chemin…


- Si, en fait elle était très gentille… trop, même… quand je lui ai touché la main elle l’a serrée plus fort et j’ai entendu quelque chose comme :

Quieres compania esta noche ?


- Non… ? Sérieux ? Et alors… ?


- Alors… sa mère a ri.