Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

dimanche 29 novembre 2015

The Impossible Instant Lab

 On déroule un peu et on regarde la vidéo


A l'impossible...

jeudi 26 novembre 2015

NOIR FONCÉ



Salut les gens. Alain, c'est mon cousin ; germain qui plus est. Il est Alsacien mais bon, personne n'est parfait, hein ? D'autant que vous pourriez passer une nuit à l'écouter et si ce n'était son accent vous auriez la certitude d'être face à un méditerranéen : une sorte de self-made man hédoniste, volubile, talentueux, enthousiaste et malicieux. Du genre aussi à paraître très malin et indifférent mais au dedans tendre, bon et facilement dérouté. Eh oui zincou c'est comme ça que je te vois... Une révélation, je sais... Il a toujours aimé "Regarder vers le Sud" - le titre de son premier livre - et livre là, son deuxième roman. Vous le trouverez sur Amazon.fr en version papier ou même en version en ligne. Alors j'espère bien, bande de pleutres radins qui lisez gratos mon blog depuis des années que ce coup-ci vous allez me faire le plaisir de dépenser 3,99 euros pour prendre la gifle de ce texte, ok ?
Je ne vous emmerde pas avec des pubs ou des souscriptions à la noix, moi, mais là, c'est Noël, faites-moi plaisir, faites-vous plaisir, achetez mon cousin, putain ! Merci. Ci-dessous l'avis de Gina, lectrice attitrée de choc :


Commentaire : Noir Foncé


Alain Rudler


C’est l’histoire d’un bénévole chez « SOS Présence ».  Dans un roman probablement autobiographique,  Antoine narrateur protagoniste de l’histoire, après avoir eu recours aux services d’un psy, veut devenir un « écoutant–soignant » au service des « appelants-souffrants »  dont il se contente d’écouter les plaintes sur un téléphone. Pas à pas, tout au long de seize chapitres,  il  raconte sa  formation, le passage de son apprentissage accompagné à l’exercice en solitaire, de jour comme de nuit, de sa nouvelle et difficile fonction qui l’occupe  vingt heures par mois parallèlement à son métier.


 Au fil des chapitres, les rencontres sont nombreuses : les personnages défilent, apparaissent disparaissent ou réapparaissent. Ils surgissent d’un trait, rarement physique sauf si on les voit, toujours désignés par leur nom, toujours décrits en situation selon leurs propos rapportés au style direct mais le plus souvent indirect dans une abondance de métaphores éclatantes de pittoresque et de familiarité, dans un langage très actuel et spontané. Il s’agit des chefs responsables, les sympathiques qu’on apprécie sans savoir pourquoi, les détestés en sachant pourquoi.
Puis, il y a la liste des « appelants », cités en titre de paragraphe, avec leur mal à vivre, qu’on ne voit pas, qu’on devine et imagine, réduits qu’ils sont au ton de leur voix, à leurs propos, à leurs obsessions, haine tenace, travers sexuels ou silences, échanges d’inspirations-expirations de part et d’autre d’un appareil téléphonique. 


Et c’est sous la pesante et intransigeante loi de neutralité que le roman s’installe car Antoine déroge à la règle. L’histoire n’est plus seulement le récit initiatique d’un apprenti psychologue, mais le roman d’Antoine et Marion dont l’histoire s’insère d’une manière habile et très moderne entre les informations et les réflexions qui nous sont données sur le fonctionnement de l’institution et des relations entre les divers personnages.


Marion a 14 ans, elle est leucémique et amoureuse de la voix d’Antoine qu’elle s’efforce de dévoyer en usant de puérilités plaintives et séduisantes. Les mises en garde, les bizarreries dans le comportement pervers de cette Marion qui l’intrigue, qui semble tout savoir de lui, de sa vie, de ses horaires, rien n’empêche le naïf narrateur de basculer dans l’erreur, le gros  péché de non-neutralité qu’il fallait absolument éviter : échange de poème,  RDV téléphoniques,  puis échange de SMS,  subtiles déclarations d’amour… Ensuite, annonce du décès, organisation des funérailles bouleverseront le sensible Antoine déjà empêtré dans une histoire familiale douloureuse, la mort de « pépé ».


On se laisse prendre par tout ce que dit le narrateur, tout ce qu’il découvre de l’hypocrisie et de l’égoïsme humains qui se logent partout où on ne les attendrait pas. Jusqu’aux dernières lignes de l’histoire,  la sensibilité d’Antoine nous émeut et on est aussi surpris que lui, la même gifle nous secoue lorsque bien installés dans l’atmosphère  du roman, on bascule dans le coup de théâtre final qui n’est pas sans rappeler Joël Derick (mais qu’on ne révèlera pas ici).


Il reste qu’on a lu un beau roman, structuré par un écrivain habile et compétent. Les histoires s’entrecroisant en va-et-vient savants et habiles dans l’espace et le temps ;  le rythme reste rapide, l’expression pittoresque et aisée malgré l’abondance des informations et des réflexions tandis que l’aventure et le mystère suivent le fil du récit jusqu’à ce point d’où on dégringole brutalement tous. 
                                                                                                       GINA

mardi 17 novembre 2015

lundi 9 novembre 2015

''A Vif'' de John Wells



Curieusement traduit par le titre d'un autre film avec Jodie Foster et en une phrase aussi haletante qu’un coup de feu en cuisine, si Bradley Cooper vous fait craquer, si la gastronomie vous intéresse et que le guide Michelin est une de vos Bibles, sans doute aurez-vous intérêt à vous caler dans le fauteuil d’une salle obscure spécialiste du Pop-Corn et autres saloperies emballées vous dirigeant tout droit vers le diabète pour vous délecter de l’ambiance de ce ‘’film de guerre’’ entre mercenaires de brigade, qui signe le scénario éculé mais efficace du retour de l’enfant prodige, le retour du surdoué des fourneaux, génie psychotique et perfectionniste qui jusqu’à l’épuisement ne délèguera jamais, allant  recta à l’implosion avant que la douceur d’un psy ne le remette dans le chemin de la résilience pour enfin atteindre la sérénité conduisant finalement à reléguer à sa juste place, l’accessoire, ce vers quoi tendait tout le film, l’obsession de l’acquisition de la troisième étoile. Rototo.

mercredi 28 octobre 2015

Faut-il être con pour être torero ?

C'est une angoissante question que j'avais posée dans je ne sais plus quelle nouvelle... 
Moi, je pense que pour le moins, il faut être irrationnel (tendance fataliste) romantique (tendance sacrificielle) courageux (tendance généreux) flamenco ( tendance philosophique)...
L'Education Nationale espagnole semble en tout cas avoir répondu, qui crée une sorte de "Bac Pro Torero", banderillero en fait, pour les élèves en grande difficulté scolaire. C'est Maja Lola qui nous signale cet article que vous pourrez lire ici :

vendredi 23 octobre 2015

Irrationnal Man



Etre intelligent, cultivé, capable d’interpréter la pensée des grands philosophes ne suffit pas. Encore faut-il que tout cela soit servi par un esprit rationnel. Décréter par exemple que tuer quelqu’un, tuer utile,  redonnerait un sens à sa vie, n’est pas rationnel. Pourtant, c’est ce qu’entreprend joaquin Phoenix remarquable dans son rôle de prof de philo désabusé et impuissant, jusqu’à ce que cette ‘’mission’’ lui redonne vie. Il devra gérer les deux liaisons entamées avec chacune son lot de surprises, de la prof libérée en quête d’une autre vie – emmène moi en Espagne – à l'étudiante fascinée par la vulnérabilité de ce vieux briscard.
La comédie tourne alors au thriller poursuivant la même fascination pour le détail qui change tout, de ‘’Crimes et délits’’ ou ‘’Match Point’’ avec moins de force puisque ceux-ci nous avaient déjà défloré le principe. Dommage que les dialogues trop précis et détaillés nous expliquent tout ce qu’il aurait été plaisant de pressentir confusément, enlevant à l’histoire un peu de son suspens.
Mais ça c’est parce qu’on est un gros sévère de blasé… car s’il y a un type talentueux qui sort un bon film chaque année c’est bien woody. Ouais, un type qu’on a envie d’appeler par son prénom tant on l’accompagne avec plaisir depuis longtemps. Sans doute faudra-t-il attendre qu’il ne soit plus là pour savoir qu’il aurait manqué au cinéma. A voir en VO comme il se doit dans un vrai cinéma, pas dans un multiplexe de beaufs se goinfrant de pop-corn, quoique la population très "enseignant de gauche" fut presque aussi caricaturale... Pas taper, c'est pas ma faute si je suis observateur...

vendredi 16 octobre 2015

Fijeza, codicia, motor, repeticion, nobleza, transmision...

C'est si rare de nos jours, de voir toutes ces qualités énoncées en titre, réunies en une même bête, alors profitons de ce plaisir :


Attention, ici bétail de race

samedi 3 octobre 2015

Qui a peint le toro et le torero ?







Fresque exécutée par des enfants de l'école : avant...et après
Pourquoi est-ce que je me préoccupe de ça ?

Parce que si l'on en croit le Droit, son auteur peut attaquer le CRAC et l'Education Nationale. Cherchons, diffusons, et qu'on rigole un peu. A buzz, buzz et demi...

A lire ici

vendredi 2 octobre 2015

Meyer : y'a pas meilleur ?

Alors là, par contre, je ne suis pas amoureux du tout. De rien. Ni du verbiage contextuel, ni du parti pris artistico- chai-pô-quoi mais bon, y'a des toros, donc je soumets...!

Beurk

Coup de coeur pour Evgenia Arbugaeva

Non seulement Evgenia manie son Leica avec talent mais elle est courageuse aussi : il doit faire froid, partout où elle photographie. Si ça se trouve, elle est belle aussi... mais ça, on n'en sait rien car Evgenia est humble et n'affiche pas son image... bon bref, je suis amoureux... de ses séries en tout cas, et comme vous êtes de petits chanceux, vous allez pouvoir les voir aussi, là :

EVGENIA ARBUGAEVA

lundi 28 septembre 2015

La Pensée du jour

Des photographes, des philosophes, des spécialistes de la photographie s'interrogent ici sur la notion controversée de photographiable. S'agit-il d'une limite ou, à l'inverse, d'une liberté indéfinie ? Les prétendues "limites du photographiable" ne sont-elles pas faites pour être reculées et déplacées ? La découverte (immédiatement inventive) d'un nouvel "objet" photographique se base sur des possibilités techniques et sur une plausibilité mentale à un moment donné, mais elle parvient à faire voir quelque chose qui, jusqu'alors n'avait pas droit de cité et n'avait pas de nom. Du coup, le photographiable, ne se ramène pas au constat d'une gamme prévue de moyens. Loin de se borner au prévu, il s'ouvre à l'invu. Le fin mot du photographiable ne serait-il pas que notre perception est toujours prothétique ? L'oeil n'a jamais été nu. On ne perçoit pas le monde, mais un monde. Et ceux qui, de tout temps, se mettent en devoir de le rappeler à tous, ce sont les artistes.

A propos du livre "le Photographiable" de jean Arrouye et Michel Guérin.

dimanche 27 septembre 2015

La Nuit de la Branlette...

- Une nuit
- Deux contraintes
- Trois mille euros
- Dix-huit ans révolus
- Vingt finalistes
- Des dizaines de fantasmes
- Des centaines de déçus
- Des milliers de lecteurs
- Vingt-mille signes
- Des millions de spermatozoïdes
- Des jurés dépravés en rut
- Des litres de bave, liquide séminal, sperme, cyprine
- Un orgasme majeur, le gagnant !



C'est, messieurs-dames, la grille, le canevas, du nouveau concours de nouvelles jeté en pâture aux auteurs tumescents, à l'ego priapique en quéquette de gloriole, nous, les bien caressés. 

Sur une idée libidineuse de J.O Liby et inscription préalable ici : 

leprixdelanouvelleerotique@lesavocatsdudiable.com

et à condition que vous ayez déjà répandu un peu d'encre quelque part, vous recevrez par mail le samedi 24 octobre à 23h59 la double contrainte : une paire de menottes en fourrure rose et un plug robotisé qui, non, pardon, c'est pas là, un contexte et un mot final qui devront pénétrer votre nouvelle, genre : 
<< c'est alors qu'elle aperçut le shavensbrück de malade dont dame Nature l'avait doté >>, enfin, ou du moins un truc dans le style mais en beaucoup plus chicos, peut-être : 
<< mais speed rabbit n'avait plus de piles >>  ou quasiment :
<< Haletante, pantelante, ivre, la chair encore douloureuse des assauts subis, elle offrait sa croupe à la lune en cherchant sa culotte sous le lit tandis que Kevin la possédait encore de son regard lubrique. A cet instant il comprit que sa chair blanche se repaîtrait encore de sa sauvagerie >> on dirait du Harlequin dis-donc... On verra bien, c'est pas moi qui organise...


On rend les copies en PJ par email sous Word avant sept plombes du morningue, après être allé déposer son pantalon de pyjama au linge sale, GHÂâââââââaâ....

Le prix ? Trois mille euros je te l'ai dit lecteur, et une résidence de trois semaines au "Paradise'' à la Junquera... ah...attend...non... à la Laune, chez les moustiques des roubines où tu pourras aussi choper des maladies graves (Lechmaniose, Dengue, Chikungunya) légèrement moins honteuses.

jeudi 24 septembre 2015

RIP par PEYRE

Voici une visite commentée des Rencontres Internationales de la Photographie par Henri Peyre fondateur de l'incontournable site galerie photo le site des photographes à grand négatif de haute résolution, moyen format et grands formistes



Que voir en Arles ?

Suite à ma visite (forcément incomplète) en Arles, quelques observations et recommandations :
D’abord j’avais cessé d’aller en Arles il y a déjà 2 ans, en ayant définitivement assez qu’on tente de façon éhontée de nous faire prendre des vessies pour des lanternes : je trouvais que les tirages étaient dans l’ensemble d’une médiocrité détestable, que le porno chic en grand format ne pourrait jamais devenir le fondement de l’art et qu’on pouvait difficilement nous faire croire qu’il y avait tous les ans 30 nouveaux génies de 22 ans en photographie. Bref, je m’étais détourné de la foire-à-lancer-les-petits-copains.
En revenant en Arles cette année, entraîné par un ami resté plus positif et curieux que moi de ce qui pouvait encore s’y faire, j’ai eu l’heureuse surprise de trouver un niveau infiniment meilleur que celui sur lequel j’étais resté.
Il y a vraiment de belles choses à voir cette année. Je fais ci-dessous la liste d’un certain nombre de travaux qui valent qu’on parle d’eux… et, vraiment, je reviendrai l’année prochaine.

Eglise Sainte-Anne (01 sur le plan officiel) :
Kou Inose – très beau travail sur le rêve et l’angoisse. Il y a à l’achat dans l’espace un livre sur l’auteur qui présente bien. Mais hélas, les noirs des reproductions sont cramés.
Issei Suda – De très jolis petits tirages sur l’idée de la préciosité et du peigne (évidemment c’est un raccourci insolent). Il n’y a pas que le grand dans la vie. Etre petit peut aussi être une qualité admirable.

Stephen Shore – je croyais connaître ce photographe qui a eu beaucoup de réussite dans sa jeune carrière. J’y voyais un type assez bon sans plus, incroyablement favorisé par des circonstances exceptionnelles. Je pensais qu’il avait tout tiré de l’influence de glorieux ainés et qu’il devait le meilleur de son travail à la nostalgie de la peinture d’Hopper, dont il a la souffrance. J’ai nuancé mon jugement devant une très belle série que (honte à moi) je ne connaissais pas. C’est à l’Espace Van Gogh ; c’est la série Archeology (de 1994). C’est manifestement à la chambre 20x25, en noir et blanc. En 20x25 la profondeur de champ est réduite, en photographie documentaire on photographie ce qui va disparaître, et le noir et blanc est plutôt bien pour illustrer ce qui est monochrome. Les moyens employés par Shore sont donc en parfait accord avec le sujet : des tranches de niveaux archéologiques juste dégagées sur des chantiers de fouille. C’est tout bonnement magnifique. J’ai enfin vu quelque chose de génial chez Shore. Quand il y a accord de la forme au fond le boulot est forcément sublime.

J’ai eu ce choc 2 autres fois durant la visite : devant les daguerréotypes de Mustapha Azeroual dans le parcours OFF du festival (à la Maison Molière, rue Molière) : je connaissais quelques travaux antérieurs de ce photographe qui me laissaient dubitatifs : c’étaient des trucs raffinés à en être ampoulés enrobés dans un discours bien trop suave pour persuader. Là on n’est pas dans l’ampoulé mais directement dans l’ampoule et c’est excellent : Mustapha photographie des éclairs de flash au daguerréotype et cela donne comme résultat que pour une fois on voit ce qui d’habitude nous aveugle : l’ampoule allumée s’est inscrite, le temps de l’éclair, très nettement sur la plaque argentée. Voir et ne pas voir, c’est aussi ce qu’offre ce support bizarre qu’est le daguerréotype. Du coup il y a accord parfait entre la forme et le fond. La suavité de Mustapha reste dans le choix délicieux d’un encadrement délicat et est là parfaitement à sa place. C’est un travail superbe.

J’ai eu ce choc une troisième fois devant de Markus Brunetti à la Grande Halle (15) : Il y a là, faites par ce photographe qui vient de la publicité et voit les choses en grand, les plus belles églises d’Europe en représentation parfaitement rectifiée, sans soleil, sans touriste, sans poteau et sans voiture, dans des jours gris qui auraient plu à des Becher assez bêtes pour photographier des châteaux d’eau alors qu’ils auraient pu photographier ce qui avait de la valeur, hein, et le tout imprimé par Epson sur les plus grandes laizes possible. Donc un effet cathédral pour des cathédrales, et une façon mécanique d’allier la richesse du chef d’œuvre à la richesse du détail qui marche parfaitement. C’est un travail irréprochable, qui ne prend pas de risque et est mené avec conscience et même foi. Un travail de bénédictin vraiment, un bénédictin qui voudrait nous faire publicité de sa ferveur et qui y arrive parfaitement. Je parierais volontiers qu’il y aura des conversions.

J’ai vu encore de fort belles choses. Il y avait en particulier toute une série de portraits posés absolument sublimes de Paul Tournachon dit Nadar (fils) dans l’exposition Oser la Photographie au Musée Réattu : attention, il faut les trouver : c’est caché dans un meuble à tiroirs. Entre parenthèse quand on sort de cette exposition on continue de saluer le travail de cadrage de Cartier-Bresson, mais la confrontation avec la sensualité des tirages d’Adams est vraiment mortelle pour le français. Il y a des gars qui font des images (et bien, sans conteste) mais il y en a d’autres qui font de la photo.

Je voulais aussi dire que j’ai vu un magnifique tirage d’un portrait de Marcel Duchamp à New York (1948) par Irving Penn. C’est un tirage gélatino-argentique viré au selenium, acquis par la MEP en 1992. On trouve cela à la Chapelle du Méjean (22) qui présente les acquisitions de la MEP. Franchement, ça peut se mettre chez soi (Mon ami m’a dit : « oui mais c’est un peu cher » et presque j’aurais trouvé qu’il exagérait de parler comme cela).
Par contre, pour la cinquantième fois j’ai fait l’effort de me replacer devant des Avedon qui étaient là en me motivant le plus que je pouvais pour essayer de trouver que la composition est belle, le point de vue décapant, les images pleines de force et tout ce qu’on me dit à chaque fois. Cela n’a, une nouvelle fois, pas marché. Je continue de trouver que les portraits d’Avedon sont simplets, plats et sans intérêt, les tirages me semblent vulgaires et je trouve que ce bonhomme n’a aucun sens du rapport de la forme au fond. (Là mon ami est consterné, la prochaine fois je ne dirai rien, c’est inutile de casser le bonheur des autres).
Dans la même exposition je me suis arrêté devant un immense dessin de Jean-Olivier Hucleux (1923-2012). Cela date de 1993 ; c’est un portrait de Robert Frank à la mine de plomb d’après une photographie de Marc Trivier. Pas de doute, c’est bien plus intéressant que la photographie originale. On regarde longuement le dessin en appréciant la façon dont le dessinateur a subtilement cherché de la matière dans les basses lumières. Un vrai travail d’orfèvre qui indique plus qu’un long discours comment on devrait traiter des images noir et blanc dans Photoshop.
Toujours dans le même lieu, j’ai aimé revoir des tirages de Joël Sternfeld. Pas de doute c’est un type qui aime donner à voir et il y a en particulier un tirage extraordinaire où l’on voit un pompier s’emparer d’une courge dans une grange tandis qu’à l’arrière-plan le camion de ses collègues est en action, arrosant ; toute échelle déployée, la ferme en feu.

Je voudrais enfin saluer le travail très intéressant et déjà classique de Marco Maria Zanin sur des Cathédrales Rurales (Cattedrali Rurali), nom qu’il donne à des ruines de fermes abandonnées au milieu des champs. C’est du très grand format, dans une veine documentaire pas tout à fait frontale. C’est très au point et vaut le détour, on peut même acheter, c’est pas cher et c’est sûr que cela prendra de la valeur. C’est au bas de la rue du 4 septembre, trottoir de gauche avant d’arriver sur le coup de midi à la place Voltaire, qui est bien le meilleur endroit de la ville quand on veut manger à peu près au frais.

lundi 21 septembre 2015

La Pensée du jour

La recherche du plaisir est d'un côté sottise misérable.
Elle poursuit l'apaisement, quand le désir ne peut être apaisé, est avide de n'être pas assouvi.
                                                                                                                 Georges Bataille

samedi 19 septembre 2015

Un peu d'Histoire



Avec les anti d'il y a un siècle

Deux places pour un massage

Dans l'état d'aquoibonisme transcendantal chronique où je me trouve depuis deux ans, je n'avais pas prévu de me déplacer pour voir des Puerto de San Lorenzo. Oh qué no. Il a fallu que mon avant-dernier patient me dise que sa femme avait gagné deux places pour la course dont elle ne savait quoi fouchtre et que mon dernier patient se décommande pour que se retrouve mon ex-auguste fessier dont les fibres rouges striées me propulsaient jadis en Fosbury dans le firmament du ciel azur du ''Stade Municipal Marcel Rouvière'', sur les pierres millénaires fossilisées de l'amphithéâtre à anti-corrida.

Ça va l'intro t'a plu, lecteur ? C'est lourd, hein, ce matin ? En même temps, t'es obligé de ramener ta truffe ici ? Bon, alors...

L'éloge de la lenteur est un concept qui se défend, notamment pour le maniement des étoffes devant les museaux ; mais, quand tu vois sortir un toro au pas, très lentement, il n'y a pas de quoi accélérer le galop de ton espoir de voir une bonne course... maintenant que tu as compris de quels toros il s'agissait, les gonzinards :

Luque coupa parait-il, une oreille. Je jure que je l'apprends ce matin par le journal. On ne s'en était pas rendu compte ma sirène et moi. Rien d'étonnant, je réalise que je passe plus de temps à la bader qu'à regarder en bas. Une gazelle énergique et souple, qui ne choit dans le sable que lorsqu'elle veut bronzer, c'est quand même plus passionnant qu'un bovin déjà noir qui se croit tout le temps à la plage, non ? Si.

Le ''Pas Gitan'' (El Payo) prenait l'alternative. Pas le plus mauvais que j'ai vu mais manquant encore de sel, poivre, personnalité, alegria, détermination.

Heureusement Joselito Adame. Il a dû être pauvre, lui, dans sa jeunesse. C'est lui qui s'intéressa le plus, le mieux, le plus intensément à son métier. Concentré, concerné, travailleur, belluaire, mexicain. Las, il tenta en conclusion d'un trasteo intéressant une sorte de volabir à moins que ce ne fût un récipié dont résulta l'épée la plus laide qu'on n'ait jamais vu dans l'histoire de la tauromachie de Tijuana jusqu'à Barrancos.
Et si ça me plaît à moi, d'exagérer ?

Quand mon patient revint avec les deux places que sa femme m'offrait, je lui dis de transmettre à celle-ci, qu'elle avait gagné une séance de massage, qu'elle n'hésite pas à me contacter pour prendre rendez-vous. Cela n'eut pas l'air de le ravir, je crois que je suis bon pour une bouteille de vin...

mercredi 16 septembre 2015

La Pensée du jour

Moi je dis : la volupté unique et suprême de l'amour gît dans la certitude de faire le mal. Et l'homme et la femme savent de naissance que dans le mal se trouve toute volupté.
                                                                                        Charles Baudelaire

mardi 15 septembre 2015

Soins à domicile VI



Malade est son statut, terminal son état, grabataire sa condition. 
Une toute petite chose, menue, ratatinée parmi  les remous des couvertures d’où elle n’émerge qu’à peine. Elle ne parle pas. Un calot vissé sur le crâne, rencognée dans son matelas à eau, elle flotte sur son îlot sans jamais mettre pied à terre. Migrante de sa propre santé, tentant de retarder celle qui rôde et l’attend, obscure, sûre de son fait. 
Les bras repliés contre elle, mutique et un œil fermé, elle m’observe de cet œil encore ouvert où brille malgré tout une malice. Je soliloque, commentant ce que je lui fais ou lui indiquant ce que je voudrais qu’elle fasse, demandant à son mari de traduire ou de m’indiquer la traduction des mots dont j’ai besoin : tendre le coude ? Quelque chose comme « tirmas nichen… » ma foi, moi, je répète, me délectant de ces nouvelles prononciations et ça lui arrache des sourires. Quand je m’embrouille dans le maniement des trois moteurs du lit médicalisé, aussi. Elle tangue alors comme sur la houle avant que je n’arrive à stabiliser l’installation dont j’ai besoin. 
Elle ne dit rien, jamais, mais semble écouter avec attention. Selon mon horaire de passage par rapport à celui de l’infirmière, flottent des effluves qui nous renvoient à notre dépendance organique. Sa mine est alors renfrognée, son visage sans expression et elle ne me regarde plus. Elle a honte. De bon matin c’est difficile, parfois. L’envol des couvertures provoque la libération des effluves gênants, la mobilisation des membres inférieurs, aussi. Je force mes traits à l’impassibilité, je pense à l’infirmière pour qui ce sera pire… quel métier ! 
J’y vais depuis des mois et jamais elle ne m’a adressé la parole, elle ne doit rien savoir de notre langue.

Ce matin je mobilise machinalement ma patiente, ses membres ne pèsent pas lourd dans mes mains, essayant de discuter avec son mari qui parle un drôle de français, assez incompréhensible, avec des syllabes pourtant familières. Une sorte de français subliminal : tu comprends la première phrase lorsqu’il prononce la troisième tandis que tu réfléchis à la deuxième. Il me dit qu’ils sont de Ouarzazate, je lui dis que j’ai visité le palais du pacha Glaoui et ses quarante chambres où l’attendaient ses quarante épouses qu’il passait en revue tous les soirs pour choisir celle qui l’accompagnerait la nuit. Je lui dis que le type avait certainement réglé tous les problèmes passionnels. Sauf que c’est sa première épouse qui choisissait pour lui me précise-t-il… et qu’il y avait tout un jeu de conspirations savantes pour passer dans sa couche ou n’y jamais passer justement. Elle grimace, sa couche pince parfois l’entrejambe, mais elle reste mutique. Je dis qu’un jour, j’y retournerais volontiers, là-bas, et pousser jusqu’aux gorges du Todra. Et puis chacun se retranche dans ses pensées, silencieux.  

J’en termine, prenant congé du mari, enfilant ma veste et, la main sur la poignée de la porte pour la refermer derrière moi, la retrouve dans ''ma ligne de mire'', sa tête dépasse de la cloison du couloir. Je lui fais un dernier signe de tête entendu qui veut dire « à la prochaine » sauf qu’aujourd’hui ses deux yeux sont ouverts et qu’elle parle :
« Si tu vas à Ouarzazate, emmène-moi... »