Un Don qui choque

Un Don qui choque
Qui Chipote ?

vendredi 29 avril 2011

Que d'la bombe !





Alors ? Votre prochain mug, il sera d’obédience vaticane ou anglicane ? Avec Jean-Paul II ou ''WC'' écrit dessus ? C’est pour ça qu’elle se fait appeler Kate… William et Catherine ça craignait, question initiales. Quoique, vu le goût de chiottes qu’a leur coffee c’était raccord pour le mug. Je reconnais, je n’ai pas pu échapper à ce mariage. Pourtant avec l’aversion que j’en avais, depuis un mois que tous les journaux télévisés nous en bassinent les tympans, j’espérais passer au travers. Mais non. Ca a commencé avec la première patiente de la matinée :

- Mais je vous avais dit de ne pas venir M. Delon !

- Vous étiez sérieuse ? Il est neuf heures du matin, vous ne verrez pas la queue de sa traîne avant les deux heures de remplissage d’antenne à subir et vous êtes déjà scotchée à votre télé ?

- Mais oui c’est comme ça, c’est pas tous les jours et je ne veux rien rater !

Je jette un coup d’œil circulaire, des Paris-Match et des Galas jonchent la table basse… je comprends subitement que j’avais sous-estimé la portée de l’évènement chez la groupie de base. Je renonce à discuter et tourne les talons. Toute la matinée j’en ai soupé du mariage de Kate. Dans tous les foyers, le totem moderne crachait du Led et de l’électron et il me fallait arracher à son adoration prosternée des patients qui soudain n’avaient plus mal nulle part, n’avaient plus de bronches encombrées ni d’articulations ankylosées ou de nerfs mauvais conducteurs. Tout marchait bien. Partout on tentait même de me corrompre :

- Mais asseyez-vous ! Vous prendrez bien un café… ? Et puis comptez-la hein, la séance, dites, c’est pas de votre faute s’ils se marient !

- Heu…non…sans façon… six mois de déconventionement pour avoir fait un faux en écriture parce que deux clampins se mariaient, non, merci…

Et je tournais les talons, dépité. Me parvenaient des commentaires du style :

- Toutes les filles rêvent d’être des princesses ! Alors pensez…on va pas rater ça…

C’est vrai ? Ca existe toujours le produit fantasmatique des lectures pour enfant, des sixties ? Dans Meetic par exemple, on ne lit plus des trucs genre : « Où est-il mon prince charmant qui viendra m’enlever sur son grand cheval blanc pour partager un bonheur parfait ? » Si ? On le lit, ça ??? P’tain ! Faut pas s’étonner qu’elles ne voient rien venir, les sœurs ânes…

Ca fait quand même huit ans qu’ils vivent ensemble les tourtereaux princiers. Huit ans que ''Kate'' qui baisse pudiquement les yeux quand salue son Prince de mari, explore (« baise lubriquement » aurait été le pendant phonétique de « baisse pudiquement » mais bon… faut pas exagérer, si ?) assidûment le Kama-Sutra anglican tendance colonie indienne débridée… Il parait qu’il est bon dans la figure dite de l’hélicoptère. Je ne vous fais pas un dessin, vous connaissez…ben si, le rotor ascensionnel, là…si…m’enfin…vous savez bien… vous la prenez dans la main imprimant une vigoureuse rotation et avec les lèvres – les vôtres – vous faites Blbblbblblbblb… Non… ?


C’est triste chez vous dites-donc… Ah évidemment, faut être une adepte du lâcher prise, hein, sinon, comment voulez-vous lui prodiguer les encouragements nécessaires pour le décollage vertical ?

Z’êtes marrante… avec vos histoires nœud-nœud de Prince charmant… c’est plutôt Apocalypse Now, qu’Orgasmic Now, que vous lui inspirez, question rotor. Sinon, elle a perpétué la tradition de feu belle maman Lady Diana Spencer : elle a refusé la notion d’obéissance à son mari. C’aurait été anti-érotique au possible… parce que la soumise, soit, ça fait fantasmer cinq minutes, mais au bout d’un quart d’heure, tu la méprise ! Encore heureux qu’elle ne s’appelle pas Mc Kay la princesse. … Mmm… ? Entamer une nuit de noce, seul, avec sa Kay Kate… trop d’la boule !

Enfin rentré chez moi, j’ai voulu voir le JT, ben, goal !, J’y suis retombé dessus… de partout ça y était… Finalement j’ai regardé cinq minutes, vous savez, pour les chapeaux ! Ca décoiffait grave ! Y’avais des chapeaux d’un autre monde ! Celui que j’ai préféré était tout petit, cylindrique, noir luisant, comme les yeux de la belle brune qui le portait. C’était pas Victoria Beckham ? Ah ben un peu qu’il y avait du beau monde, des footeux, mister Bean, Elton John et monsieur... enfin, un proctologue. Je repense au petit chapeau noir : ça doit interférer, non, la femme qui est dessous, pour l’appréciation de l'accessoire. Même que Karlo (Lagerfeld) quand il a aperçu celui de ''miss jambon d’York'' (à droite...) il a eu un cri du cœur : « Atroce ! » qu’il a persiflé… renchérissant d’un : « c’est un cauchemar ! » C’était rigolo…Stéphane Berne était plié mais ne pouvait pas trop se lâcher…

Enfin, j’ai réussi au bout d’un moment à tomber sur le café Argana de Marrakech où je sirotai un thé à la menthe pas plus tard qu’Avril 2007… P’tain… ! Trop d’la bombe les pays amis… P’têt un Khadaf’ qui fit fi de l’amitié franco-marocaine ?

Et puis il y a eu l'autre bombe bien rastoc dévoilée par Media-Part : la fédé du rond, ballon s’entend, mais pas que, voudrait blanchir l’équipe première, histoire que le gersois d’origine s’y reconnaisse… P’tain ! Si on est pas mal barré, là… c’est Sarko qu'a téléphoné ou quoi ??? Déjà qu’avec tous les noirs et les arabes on n'était pas bon, alors sans… en attendant, mettons Chabal dans les buts, ils n’oseront pas s’approcher. Chabal c’est un gentil, il a dit deux trois petites choses anodines et ça fait tout un foin chez les ovaleux, oh là làaaa quelles chochottes sur le verbe, dans le Sud-Ouest, j’vous jure…

Bon enfin, on lui souhaite du bonheur à Catherine-Kate, elle a l’air plutôt sympa. Mais bon, précisons à toutes les rêveuses de Meetic qu’il vaut mieux être libre qu’épouser un type qui ressemble au Prince Charles, non ? Quant à sa chérie, Camilla machin, j’ai bien cherché une once de féminité mais niet, j’en ai pas trouvé. Rien. Ni dans la démarche, ni ….enfin nulle part, quoi. Ils vont super bien ensemble. Et puis, princesse, tous les devoirs et toutes les contraintes, j’vous dis pas… Mieux vaut obéir à un type qui n’est pas prince ! Enfin, moi, celle que je regardais surtout, c’était sa petite sœur qui portait la traîne, mignonne comme tout, et pas de couvre-chef. Adorable Pippa. J’vous jure, c’est comme ça qu’elle s’appelle.

mercredi 27 avril 2011

Batacazo protectard

L’inscription, par le ministère de la Culture, de la tauromachie au patrimoine immatériel de la France, est une bonne chose dont certains ont du mal à se réjouir parce que obtenue par un André Viard souvent diviseur d’aficionados dans ses propos.



Une bonne chose, non pour la promotion éventuelle dont on se fiche, mais par le signal perçu que cela induit. Un contre signal s’opposant à toutes les insanités dont les aficionados se sont vus accusés depuis des années et aussi un appel à s’interroger de façon neutre pour ceux qui voudraient la découvrir sans dogmes. En fait il ne s’agit que de la reconnaissance d’un phénomène et d'un état existant.



Je trouve qu’il faut louer librement l’initiative et le travail de Viard, assez librement décrié par ailleurs quand il se trompe, prend une mauvaise direction ou dit seulement le contraire de la veille. Je souscris pleinement à son édito « Les lignes ont bougé » du 24 Avril. Grâce à cette action, des milliers de fanatiques, à force de tendre la joue, ont pris une énorme claque dans leur visage d’indignés permanents, révulsés et roidis de convictions si inébranlables que toute forme d’ouverture d’esprit ou même d’écoute apaisée leur était un puissant allergène. Eh oui, messieurs dames amis des animaux, nous, qui n’avons jamais été leurs ennemis, nous, que vous avez préféré qualifier de racistes, de barbares de pédophiles même - c'est dire votre anthropomorphisme délirant - plutôt que de chercher à comprendre ce goût pour le combat des taureaux, nous avons mis le doigt sur votre susceptibilité : votre pensée n’est pas unique sur terre, d’autres, pas moins dignes que vous, pensent différemment et vous l’ont fait savoir. La tauromachie ne disparaîtra pas dans les six mois comme vous nous le prédisez chaque année, elle n’est pas un vestige de la barbarie des siècles passés, elle sera toujours très actuelle car elle est intimement liée à la condition humaine, elle qui nous parle du passage suprême, de l’intensité du bonheur de vivre en pleine conscience de notre fin, de la prééminence de l’idée sur l’adversité, pour ne verser que dans l'essentiel et l'universel.



A l'inverse de vous, nous vous l’aurons dit sans insultes, sans diffamation, sans armes, sans violence, sans sabotage.






J'ai par contre plus de mal à comprendre l'affolement épistolaire qu'il y aurait urgence à fournir pour contrer le tsunami du courrier anti qui va s'avalancher dans les boîtes aux lettres de "qui de droit". Cette inscription au patrimoine immatériel est-elle la résultante d'un jugement objectif du phénomène ou un graissage de patte du plus grand nombre ? Ecrire pour se retrouver cinq cents face à des centaines de milliers peut-être... pour quoi faire ? Enfin, moi je vais quand même le faire à ma façon. Je vais adresser un "Fantasmatadors" à Fillon avec la dédicace suivante :


Nul doute qu'il se trouve en politique - au moins - autant de "fantasmatadors" qu'en tauromachie... Puissent ceux ayant accédé aux postes de responsabilité, avoir le courage des choix intelligents et justes, ceux qui ne craignent pas les coups de cornes d'une démagogie qui ne les inscrirait jamais au patrimoine immatériel des bienfaiteurs de leur pays. Mes plus respectueuses salutations à l'aficionado que je vous sais être.


Si avec ça, je petit-déjeune à Matignon dans le mois qui suit, j'envoie une carte à Claire Starozinsky...

lundi 25 avril 2011

Dimanche de Pâques : mon son de cloche




Samedi, j'ai fait l'impasse et vous lirez ici ou là que j'ai bien fait, les "fauves" étaient invalides. Comme si la pluie ne suffisait pas à nous décourager. Dimanche matin, soleil. Après avoir salué Jacques Durand qui m'a entretenu un instant de considérations souriantes sur le racisme, j'ai pris place sur les gradins pour assister à la sortie des six clones six, du Scamandre. Des sextuplés d'éprouvette cinquenos, quasi identiques à quelques kilos près. Tendance cyclone six, auprès des chevaux qui goûtèrent au sable à trois ou quatre reprises. Broncos au cheval et tardos à la muleta, c'est comme ça qu'ils furent, les bisons hirsutes de Riboulet. Des rustiques affinés cinq ans en Camargue, puissants, sauvages et brutaux au cheval comme on aime que soient les toros et puis très réservés à la muleta comme on n'aime pas qu'ils le deviennent. Après les Yonnet et les Tardieu... une vraie malédiction camarguaise ! Ceci dit, on restera sur une très favorable impression du grand tercio de piques qu'ils permirent, tous.

Comme d'habitude, je n'ai pas goûté le toreo de Leal bien qu'il ait réussi une séquence où il tira valeureusement quelques passes isolées sans rompre d'un pouce à son deuxième adversaire, un sobrero du même élevage, bien mieux armé qu'un insurgé de Misrata qui aurait été doté par l'OTAN...
Vilches ce torero doué et alluré composa de jolies figures... de bien trop loin pour émouvoir, lui qui devait déjà s'émouvoir de son actuacion du lendemain dans la Real Maestranza de Séville. De plus, il tua mal son premier et très mal son second.

Tellez, lui, repart avec une de ces oreilles plus utiles à la soupe qu'à la salle des trophées après une trop longue faena terminée par une épée basse, hémorragique, qui conféra à cette longue agonie la note sanguinolente d'arabesques rouge vif sur le sable éclatant de lumière, sous les applaudissements d'un conclave arlésien dont on ne comprend pas toutes les réactions... J'ai alors pensé à cette artiste italienne qui vomissait sur ses toiles en un message sûrement très subversif -mais une fois accrochée au mur, ça devait puer le pourri dans le living-room, non ?- Bref ce toro qui jamais ne tombait, à la pénible agonie, agité de soubresauts et secouant la tête, projetant un jet continu de son humeur écarlate, mourait laidement mais créait sur la toile lumineuse du ruedo une oeuvre étonnamment belle que des areneros incultes s'empressèrent d'effacer illico presto. Zélés fonctionnaires d'un sable qui peinait à boire toute cette gouache. Si cela ne m'avait pas tant fasciné, je l'aurais photographié. Faut voir, je l'ai peut-être fait... je vérifierai.

Dimanche après-midi, retour aux toros du troisième tiers. Les beaux Fuente Ymbro. Je ne m'y suis pas ennuyé mais n'ai rien vu non plus de très marquant. La preuve, à l'heure de me souvenir, moi qui ne prends pas de notes... il ne me revient pas grand chose. Sinon deux toreros avec assez de bouteille pour avoir de la personnalité. Un caractère qui préside à des choix souvent protestés par un public qui n'y retrouve pas les redondants redondos qu'il vient voir. Qui siffle alors que le torero réfléchit, essaye, cherche la meilleure façon de prendre le problème et donne une réponse plus classique ou originale, que son inculture crasse ne reconnait pas :
Vous voulez que je vous dise les mecs ? Vous la méritez, la mondialisation ! Deux oreilles pour Abellan ( 1+1)

Finalement, le fait le plus marquant, de cette journée, pour moi, je l'avoue, celui qui a fait le plus d'effet à mon petit ego tout ''restransiné'' dans sa coquille, c'est d'avoir appris par sa bouche même, qu'un type comme lui, Jacques Durand, prenait du temps pour lire mon blog... Par les temps qui courent, savoir que des types capables d'une lecture s'affranchissant du premier degré me lisent aussi, est quand même hyper rassurant... J'aurais coupé deux oreilles à un enquêteur du fisc dans la monumental de Gimeaux devant tout le personnel de l'URSSAF que ça ne m'aurait pas plus rempli de joie !

samedi 23 avril 2011

Vendredi Saint : resena par ouïe-dire et video



Une fois évacué le désormais sempiternel indulto injustifié, il semblerait de l'avis général, que nous ayons eu tort de soigner les adducteurs de M. Tartempion plutôt que de nous rendre à Arles en cette tarde du vendredi. Ludo avait tenté de m'alerter pourtant... De l'avis de Franck Boures revistero à ''Toros'', nous aurions vus un corridon de toros et, qui l'eût cru, une corrida pour satisfaire les toristas ! Le jeune Tomasito qui prenait l'alternative dans son jardin, l'a payé cher face au volume de la charge d'un toro qu'il aurait sans doute fallu analyser, plutôt que de chercher à tout prix à placer l'entame de faena à la Castella par cambiada cafouillée. On peut le voir sur You Tube. Il aura donc appris hier par cornada dans les "adducteurs en zone musculaire" (!) dixit la Provence, que face à la caste, ces a-priori de stéréotypes, ne sont pas de bonnes orientations. Un enseignement majeur dont on ne doit pas s'étonner qu'il n'ait pas été intégré par un jeune à qui on n'a pas du souvent faire croiser la route du toro qui combat. Mais arrêtons là cette resena par ouïe-dire et constatons que le Juli, lui, s'est bien amusé.
A propos de l'indultite devenue quasi réflexe, il me vient la pensée suivante : Dans le public, l'air du temps a aussi fait évoluer la sensibilité. C'est au toro plus qu'au maestro, dorénavant, qu'on est reconnaissant de s'être régalé. C'est donc lui qu'on récompense en lui laissant la vie, s'affranchissant ainsi de la dernière ombre qui aurait pu ternir la joie : cette culpabilité larvée, confusément ressentie depuis que l'immense majorité de la société la lui renvoie, ce goût pour cette barbarie supposée, que l'air du temps, justement, a pernicieusement instillé en lui. Alors, en demandant la grâce, il sort de l'arène dédouané, le coeur léger, rassuré sur son propre compte de vilain barbare qui petit à petit se civilise...
Non ? Psychologie de café du commerce ? Justement... il le fréquente, le café du commerce, le public...


vendredi 22 avril 2011

Pourquoi allez-vous voir les corridas ?


ESQUISSES ET PORTRAITS

« Il faut écrire comme la musique joue, comme la peinture peint, comme la sculpture sculpte, comme la danse danse. Ce qui veut dire : comme la parole parle, et comme l’écriture, si elle est libre, écrit. »

Philippe Sollers ''Les passions de Francis Bacon''


La corrida est une affaire de corps, comme la musique, la sculpture, la danse , la parole et l’écriture. Une affaire de corps à corps bien sûr, mais pas seulement. Et comme il y a cet enjeu, cet enjeu du corps, présent, vibrant, et pensant, on passe totalement à côté du sujet, si l’on se contente d’y voir seulement un spectacle, où un homme se doit de dominer un taureau dans les règles de l’art, et cette remarque s’applique ipso facto à la peinture, la musique, la danse, la parole et l’écriture. Je vais voir et entendre une corrida, ce que josé Bergamin appelle fort justement « la solitude sonore du toreo », le corps et la plume en alerte. C’est la seule attitude qui convienne me semble-t-il à l’art taurin. C’est la seule attitude qui permette de se mettre à la hauteur de ce qui ‘’se joue’’ dans le ruedo. Le jugement vient plus tard, les fleurs et les épines peuvent attendre.


Ce rituel exige de nous une attention aiguë, la peau ,les muscles, le moindre neurone, le corps est là, d’une présence absolue, ce qui n’est pas chose aisée il faut bien le dire, pas d’abandon, mais une tension continue qui n’est justifiée que parce qu’il assiste à cela. Une telle présence trouve parfois son double dans l’analyse. Rien ne doit nous échapper, il s’agit donc de ne pas se prélasser sur son tendido. Se prélasse-t-on d’ailleurs face au ‘’ jeune peintre ‘’ ou à la ‘’ jeune fille assise ‘’ de Pablo Picasso, lorsque l’on écoute le ‘’ Dejarme solo ! ‘’ de Michel Portal ou la ‘’ Sonate en B mineur Opus 58 de Frédéric Chopin ‘’ par Martha Argerich, lorsque l’on assiste à la procession des trois pasos de San Benito sur la place Alfafa de Séville, ou que l’on s’arrête étonné, puis stupéfait devant une toile de Willem de Kooning ? Tout homme attentif à ce rituel, qui met ses sens en éveil, sa mémoire en route, alors que le plus souvent elle se complaît dans la déroute, est prêt pour le sacrifice.


J’ai devant les yeux une photo de Louis Aragon, prise en 1964 à Paris par Lutfi Özkök. L’auteur de ‘’ La défense de l’infini ‘’, un titre qui pourrait figurer sous une photo de Curro Romero, est assis dans un fauteuil, la main droite, celle de la plume et de l’épée, semble retenir la tête de l’écrivain, légèrement penchée sur le côté, les doigts serrés cachent une partie de la joue. Si c’est un masque, et l’on sait qu’Aragon en raffolait, il n’a pas encore trouvé sa place. Les yeux sont mi-clos, dans l’ombre. A quoi pense-t-il ce corps à la fois relâché et tendu ?


Cette photo de Louis Aragon n’est pas muette, elle écrit, écoutons :

« Mais je salue d’une façon très humble, jusqu’à terre, ceux qui s’avancent maintenant. Sont-ils les véritables sages, je ne le saurais jamais. A supposer par grande audace qu’ils se sont, eux, trompés, et que tout contre eux a raison, comment réprouverais-je un égarement sans retour, qui suppose un instant de gravité parfaite, et le tout bien pesé qui suffit à faire taire le monde un néant » Vous avez dit toreros ?


A quelques centimètres au-dessus de cette tête, qui est tout un roman, accroché sur un mur blanc, un Picasso, une taurine, et comme toujours chez picasso, on est à la fois au cœur de l’art primitif – taureau félin – et au centre même du volcan de l’art vivant. L’art de ce peintre est de nous révéler ce qui se cache. Ce qui se cache derrière un portrait, un visage, un groupe de jeunes femmes, un taureau, un massacre. Ces formes savantes, nous en disent aussi beaucoup sur la corrida, sur l’homme qui peint, et sur l’espace et le temps de ce travail – on pourrait définir ainsi le toreo – savante composition d’un centaure géant et d’une figure humaine, est-ce un ange ? est-ce un homme ? ou l’un rêvant de l’autre ? On n’accroche pas impunément sur un mur, un dessin ou un tableau de Picasso, il y a un risque, la force du trait, l’éclair du dessin, le noir de l’encre, le miroir de ses illusions, il faut donc avoir un corps qui fait corps à l’espace et au temps. Il en va de même si l’on s’aventure à fréquenter les toros. On ne s’affronte pas impunément avec cette bête, l’enjeu est immense car il porte en lui l’histoire immédiatement visible de tous ceux qui avant nous ont peint ces aquarelles. La responsabilité est immense, et l’amateurisme fleuri ne dure jamais très longtemps.


Le livre est beau. Papier bible et cuir. Au centre de la couverture une photo en noir et blanc, l’homme porte une barbe blanche, coupée court, ses yeux fixent une ligne absente, lointaine, le front est plissé, la bouche fermée, déterminée. Songe-t-il aux vertes collines d’Afrique, à Cuba, à Madrid, à Venise ? Ces yeux fourmillent d’histoires, d’histoires de vie, qui se sont coulées dans l’histoire du monde. Quelle présence ! Quelle force !

Un regard et une plume pour échapper à la mort. Et personne n’ignore qu’elle n’est pas avare de victimes. La fin, arme à la main est une autre histoire qui se passe de commentaires. Cet homme dissimule quelques fauves dans sa tête, mais il ne se laisse pas dévorer. Il est amarré au temps et à l’espace avec une dignité rare.


A bien y regarder, ce portrait pourrait bien être celui d’Antonio Ordonnez, à bien y regarder bien sûr ! Mais que dit-il vers la fin ? Qu’écrit-il à propos de Venise, et de la mort imminente de son héros, ancien militaire, venu là, au bout du monde - et quel monde !

Celui de Casanova, de Vivaldi, et de Proust – chasser le canard et séduire une jeune femme :


« Jackson, dit-il, savez vous ce qu’à dit le général Thomas J. Jackson en certaine circonstance ? Celle où il rencontra sa mort ? Je l’ai su par cœur autrefois. Je ne garantis pas que ce furent exactement ses paroles, bien entendu. Mais les voici comme on me les a rapportées : ‘’ Ordre à A.P. Hill de se préparer à l’attaque. Ensuite il délira encore vaguement. Puis il dit : Non, non, traversons le fleuve et reposons nous à l’ombre des arbres…

Le colonel voulut parler, mais y renonça pendant que ça le prenait pour la troisième fois et que ça le tenait si bien qu’il sut qu’il n’y couperait pas.


  • Jackson dit le colonel, rangez vous sur le bord de la route et mettez vous en code. Connaissez vous le chemin jusqu’à Trieste, d’ici ?’’

  • Oui mon colonel, j’ai ma carte.

  • Bien. Je vais me transporter à l’arrière et me caler sur la grande banquette de cette putain de monstre de bagnole de luxe.


Ce fut la dernière chose que dit jamais le colonel. Mail il parvint très bien à gagner la banquette arrière et referma la porte arrière. Il l’a referma soigneusement et comme il fallait.

Au bout d’un moment, Jackson repartit le long de la route bordée de fossés et de saules, tous phares allumés, cherchant un endroit où tourner. Finalement il en trouva un et tourna prudemment. Quand il fut sur le côté droit de la route, face au sud, en direction du croisement qui le mettait sur la grand-route de Trieste, celle qui lui était familière, il alluma la lampe de bord, tira la feuille et lut : Au cas où je mourrais, le tableau sous emballage et les deux fusils qu’on trouvera dans cette voiture seront retournés à l’hôtel Gritti Venise, où leur propriétaire légitime viendra les réclamer. Signé : Richard Cantwell, Colonel d’infanterie USA

Il les retourneront certainement par la voie hiérarchique, pensa Jackson, et il embraya. »


C’est ainsi que s’écrivent parfois des faenas, précises, au dialogue serré, à la mémoire vive, l’espace saisi comme un corps, des faenas d’une diabolique géométrie, avec un but : les achever à l’ombre des arbres. Prolonger infiniment le corps et la pensée, montrer ses milles terminaisons, ces faenas qui disent le monde et donc l’instant, sont à savourer immédiatement. Ces moments là, s’impriment eux aussi sur du papier-bible. Et l’on peut alors lire dans les yeux du torero : « si par malheur le toro me tue, si sa corne frappe trois fois au centre, j’ai tout prévu et mon valet d’épée sait ce qu’il doit faire ! ».


Triana. Vendredi saint. Dans quelques minutes le Cachorro va sortir de l’église del Cristo de la Expiracion, silence, long silence. La porte s’ouvre et l’on aperçoit le Paso dans l’ombre de l’église. Il faudra vous baisser pour qu’il éclaire la rue. Puis la musique, ce cornet, Al gitano de la cava, qui réveille Miles Davis et Gil Evans, à nouveau rassemblés, ici à Séville, sur le volcan. La musique vient de la terre, comme le toreo, ses cascades de notes s’élèvent vers le ciel, la diable n’a qu’à bien se tenir. Contre ça, il ne peut rien faire. Il est désarmé et la musique s’arrête !


Musique déchirée, éclaboussée, qui caresse l’invraisemblable. D’un bond nous nous retrouvons à New-York, Miles s’approche de Trane, ils se regardent au plus profond, au plus juste, les accords passent par le regard. Qui en douterait ? C’est ici et nulle part ailleurs que naissent les chef-d’œuvres. C’est ici que le Jazz devient autre chose. Complexe, savant et simple à la fois, lumineux et orageux, rugueux et lisse, mémoire vive et pari pascalien. Le monde est renversé, le pied ne peut plus frapper la mesure, ce sont ces mesures dissonantes qui frappent l’esprit. C’est ainsi que Joselito m’est apparu un matin, à Nîmes face à six taureaux.


Comment se passer de lui, comment l’éviter, alors qu’il reste un mystère total, une Divine comédie ? Ce dimanche de la résurrection il est vêtu de bleu et d’or pour honorer Séville. Il est là, et l’on a encore dans les yeux, un artiste rare qui vient de tirer sa révérence. Tous les journaux publient sa photo. C’est donc cela un torero qui se retire ? Ce corps qui traverse pour une dernière fois le ruedo de la Maestranza qu’affiche l’ABC, c’est donc fait comme ça un corps de torero ? Un peu lourd, mais d’une détermination absolue et irréductible, le regard fixé sur ce que cache ce sable d’or. A quoi pense-t-il ce soir là ? La cape comme une traîne, le bras droit légèrement replié. A quoi pense-t-il ce corps qui disparaît ?


Le jeune homme brun sera au rendez-vous. Personne n’ignore qu’il est expert en géométrie, qu’il inverse ces données qui nous semblaient acquises. Pieds au sol, au cœur de la lave, il avance la main, et c’est un pinceau, il offre sa jambe et c’est un livre. Le taureau ne sait pas encore à qui il a à faire, s’il accepte de se laisser leurrer, c’est pour mieux frapper. Le jeune homme n’ignore pas la saveur de ses gestes, et le savoir de sa main droite. Il donne donc à voir et à lire. Voici un taureau, c’est une feuille blanche, voici une muleta, c’est une plume. A quoi pense-t-il à ce moment précis où les cornes le frôlent ?

Qu’entend-il ? : « Tel pour un grand musicien…son jeu est d’un si grand pianiste qu’on ne sait même plus du tout si cet artiste est pianiste, parce que…ce jeu est devenu si transparent, si rempli de ce qu’il interprète, que lui-même on ne le voit plus, et qu’il n’est plus qu’une fenêtre qui donne sur un chef-d’œuvre. »


Il y a quelques années de cela, sur une scène Bordelaise, un pianiste blanc de peau invente le silence sonore de la musique, allonge les accords, navigue dans les espaces, ébauche des mélodies, invite son clavier à répondre à une respiration réfléchie. Il galope, saute, se tait, respire, s’expose au passé composé d’une musique venue de très loin, imagine un demain d’octaves lumineux, étire le temps, met en musique le temple. En ce dimanche de la résurrection, José Tomas ne fait pas autre chose. Il me laisse sans voix, comme le fit Paul Bley cet autre dimanche béni. Quelques jours plus tôt, dans le matin frais de Séville les costaleros de Los Gitanos ont défilé devant moi en templant sur la musique des cornetas y tambores, le paso s’est transformé en muleta. Que pouvait-il faire d’autre ?« C’est sûrement cela la transcendance » me souffle-t-on. La sœur de l’excellence. C’est peut-être tout cela, la tauromachie. Comme tout cela est digne d’être montré, comme tout cela est digne d’être vu. C’est notamment pour tout cela, et mille autres choses également, que je continue à me rendre rituellement aux arènes. Pas vous ?


Philippe Chauché.

mercredi 20 avril 2011

Corraleros


J'ai pu aujourd'hui aller "espincher" du côté des corrales d'Arles. Faudrait que j'arrête avec ces mots du quartier de la Placette à Nîmes, car j'ai consulté Statcounter qui m'a appris que je suis désormais plus lu à Paris qu'à Nîmes... Mais j'hésite : je suis pas sûr d'en être fier.
Bon ben especially for you les taciturnes du métro, "espincher", c'est jeter un petit coup d'oeil, avec une idée de voir sans être vu, comme ça en passant, surveiller du coin de l'oeil, passer le regard dans une petite ouverture..., glisser un oeil avec espièglerie... ou une oeillade de courte durée, tout ça... donc "espincher"... c'est plus court, voyez... Vu ?


Tiens par exemple, vous là, qui travaillez dans une tour de la Défense, la petite secrétaire de la société amie, oui, celle qui récepti
onne vos plis que vous tenez à lui amener personnellement... bref celle qui vous plait tant, avec ses lèvres charnues et ses yeux rieurs - ah non c'est vrai, personne ne rit à Paris, faut pas déconner, on n'est pas des niais de province - et ben vous l'espinchez chaque fois, voilàààà ça y est, c'est compris, maintenant.

Qu'est-ce que j'ai remarqué là-bas ? J'ai vu deux groupes de toros apeurés, serrés les uns contre les autres... mais pour autant pas réceptifs... je ne donnerais pas cher de leurs combats... en tout cas pas le montant d'une place de corrida. Non, je ne dis pas lesquels, ça vous apprendra...

Cornes exceptées, les Miuras sont des Miuras : hauts, longs, ultra-réceptifs. Un cameraman est apparu sur une passerelle en bordure de leur enclos, ils ont tous bondi et jailli de l'autre côté pour lui faire face. Sinon, todos cornicortos, j'avais oublié que c'était une caractéristique de l'élevage... je vous mets une chtite photo pour que vous vous rendiez compte, v
ous jugerez par vous-même s'il s'agit des Miuras de vos cauchemars. Sûr, rien que le nom est terrifiant : Miuuuurrrrras brrrrr... Le risque de se faire embrocher n'existe plus, en tout cas, vu ce qui dépasse du frontal... De bonnes petites têtes bien de leur époque. Principe de précaution ? Progrès sociétal ? Evocation subtile ? Référentiel ? Kératine c'est ma copine ? Armement subliminal ? Foutage de gueule ? No se, mais je me doute !

Les plus faits, les plus armés, sont sans conteste les Fuente Ymbro de dimanche. Enfin, je vous passerai une sorte de diaporama (très) lent pour illustrer tout ça. Plus loin, des fenêtres étaient occultées par des panneaux de bois sous lesquels j'ai passé ma tête, pensez... mais c'était pas pratique pour photographier. C'était l'enclos des sobreros. Z'avaient tous l'air bien armés... Trop pour être vus et faire regretter le choix des lots officiels ? Tsssss... le jour où je n'aurai plus l'esprit mal tourné, moi... j'irai habiter Paris, tiens.

mardi 19 avril 2011

Juan Pedro Domecq, le ganadero exceptionnel





Domecq est mort. Un camion qui ne dévia pas sa charge et le percuta de plein fouet. A midi, sous le soleil exactement. On lit partout quel ganadero exceptionnel il fut. Charitable concept chrétien par lequel la mort exonère de tout. On ne s'acharne pas sur une dépouille. Pour autant la magie du passage suprême vaporise-t-il la mémoire dans la stratosphère ?


C’est vrai, ''exceptionnel'' est le terme qui sied au ganadero qu'il fut. Mais d’ordinaire, quand on est leader de sa catégorie, le nom devient une sorte de label d’un summum. Exemple : on ne dit pas « un appareil de nettoyage à haute pression », on dit un ''Karcher'' y compris pour ceux d'autres marques, tant les produits de celle-là se sont imposés comme les meilleurs, dans l’opinion. Jusqu’à la parole présidentielle qui tenta de désincruster la racaille avec… Peut-être demain, dans les commissariats, dira-t-on des clients de prostitués, qu’on a arrêté un ‘’Caubère’’, allez savoir.



Juan pedro Domecq, lui, restera dans le monde de l’aficion consciente, comme celui qui aura dit les plus ineptes des énormités concernant les descendants du Bos Taurus Iberica et aura labellisé le meilleur des sangs braves de l’histoire du ganado comme celui de la médiocrité. Excusez du peu.
A cet égard on pourra lire le symptomatique hommage qui lui est rendu par ‘’Terres Taurines’’ qui a mon sens, l’enfonce un peu plus dans cette malheureuse réputation, « auquel le ganado doit beaucoup ». Pour le comprendre et le ressentir, il suffit juste de le lire à l’envers :
Car enfin, en reprenant les propres termes de cet édito, si ce ganadero des plus inventifs et passionnés, si cet interlocuteur à la conversation intelligente, à l’argumentaire tenace, si cet homme sensible, courageux, vrai, entier, doué d’humour et d’humanité, à l’esprit brillantissime, disait qu’il fallait se passer de la pique et qu'il voulait produire des toros artistes jusqu'à les faire sombrer dans une exaspérante soseria, ... comment lui pardonner ?

Paix à son âme.



photos Sud-Ouest. jean-Louis Duzert

dimanche 17 avril 2011

Enfin baiser gratuit...



Deux oreilles et la queue. Non, rien à voir avec le livre le plus enthousiaste de l'aficion. Ce sont tout d'abord les attributs avec lesquels entendre le discours de Caubère, acteur marathonien, aficionado a los toros à ses heures, y a las putas tambien et ensuite bien sûr, celui par lequel l'hypocrisie n'arrive pas. Pour ceux d'entre-vous, vraisemblablement peu nombreux qui n'en auraient pas déjà pris connaissance sur ''Toros y Putas'', pardon, je me gourre : sur "Campos y Ruedos" veux-je dire... voici l'émouvante et courageuse confidence de cet homme. Oui, c'est courageux dans notre société plus policée que polissonne. C'est là, merci de faire un copier-coller, pour surseoir à un problème de traitement de texte... :


http://www.liberation.fr/societe/01012331686-moi-philippe-caubere-acteur-feministe-marie-et-client-de-prostituees


Facile, pas cher et dur à digérer.

Mettons, suite à votre désir d'intégration, vous avez fait cuire des merguez sur votre barbecue, des merguez achetées chez Ali, en bravant votre peur de franchouillard pétrifié par l'étranger, qui fait rien qu'à les embêter. Coup de bol, vous n'avez pas été le malheureux élu des agressions quotidiennes qui émaillent votre quartier chaud-bouillant et vos saucisses assez pimentées pour vous faire oublier de quoi elles se composent, arrivent intactes à la voiture autour de laquelle rôdent trois patibulaires que vous saluez avec un humanisme non dissimulé, feignant de les prendre pour des admirateurs de la marque aux chevrons entrelacés. Eh bien lorsque le grill en est débarrassé - des merguez, eh oh ! - préparez l'air de rien le repas suivant : Je veux dire le repas suivant celui que vous êtes en train de manger ! Mettez des poivrons à ''braises mortes'', retournez-les deux fois ce qui s'avère judicieux pour les cuire sur leurs trois côtés - calculez, vous verrez - et puis même, debout sur leur base, côté pédoncule. Au cas où il s'en trouverait d'assez tartes pour essayer de l'autre côté... Dessert du repas actuel absorbé, un crumble aux pommes, mais cela importe peu, pelez-les, avec la pointe du petit couteau qui vous sert à pleurer. Quand vous pelez les oignons avec icelui. Débarrassez-les de leurs graines, oui-oui, faut tout dire, dans une ''recette'', même les évidences et donc, souvenez-vous, les oignons n'ont pas de graines. Découpez-les en lamelles looooooongues que vous déposez dans une jolie assiette creuse en terre cuite vernissée, du Var, avant de les inonder - j'ai jamais dit que vous alliez mincir - d'huile d'Olive. Là, faut marquer un stop. Stop. Pas de l'huile à trois francs six sous achetée dans n'importe quel mauvais rayon de supermarket ! De l'huile du moulin, de la vraie, de la bonne, que des pros se sont "estrassés" à fabriquer comme il faut. Parfumée. Eh oui, faut mettre le prix... mais la vie est courte... faut savoir ce qu'on veut... rien à foutre de votre pouvoir d'achat en berne... Faut de la bonne huile et pis c'est tout ! Arrosez... encore... je sais, votre femme est en train de vous dire que vous en mettez trop... ignorez-la... arrosez toujours... elle continue ? Une rasade de plus ! Jusqu'à ce qu'elle ne rouspète plus. Faut les dresser, les infirmières raisonnables, les détouner du principe de précaution, leur apprendre le plaisir, que diable ! Parce que si vous commencez à renoncer là, à la rasade d'huile, je ne vous donne que très peu d'années pour que ce soit vous, qui soyez mangé ! Escagassez-moi sept ou huit gousses d'ail dégermées au presse ail dûment raclé avec la lame du petit couteau pleureur. C'est fini. Si c'est pour vous, ça suffit comme ça. Si vous recevez, rajoutez de la couleur : noir d'olives, jaune et blanc d'oeuf, brun et argent d'anchois de Collioure, beige pois-chiches, vert et nacre de cébette et encore un filet d'or par dessus. Digestion pénible et haleine de fennec assurées, mais faut savoir ce qu'on veut. De rien. Quant à ceux qui n'aiment pas le poivron, qu'est-ce qu'il foutent encore là, à lire cette ligne ?

lundi 11 avril 2011

Mora éloquent silencieux


Dans la plaine de la Crau, tumulus de pierres et nichées d’Outardes Canepetière. Dans les arènes de Saint-Martin, jeunes feuilles vert tendre aux platanes, ciel d’Azur et trente degrés à l’ombre. Désolé. Cebada Gago sur qui plonge un déluge d’acier piquero à faire pâlir un bunker Africain: c’est ballot Gbagbo. Pour Lopes Chavez le vaillant, Serrano le cantaor et Mora le beau mec.


Disons-le tout net, ce n’est pas aujourd’hui que nous jetterons un voile pudique à la face de notre enthousiasme citoyen : hier, une corrida, enfin, a soutenu notre intérêt. La raison en est simple et l’équation n’est pas une trouvaille de ce dernier printemps : il y avait du toro. Oh… attendez… rien de transcendantal non plus, mais des toros, solides et fiers, d’une colère racée, qui prenaient leurs trois piques – presque systématiquement carioquées – sans en concevoir de susceptibilité particulière alors qu’une seule d’entre elles aurait envoyé ad patres la majorité des « grands toros » indultés ces dernières années. Dix-sept piques données avec le modèle ''Bonijol'' au fait. Ceci expliquant cela ? Qui a l'air de fonctionner en tout cas : ça saigne ! Concernant la vuelta al ruedo, si elle est donnée individuellement à ce toro, elle n’est pas justifiée. Un bon toro, un toro sérieux, n’est pas pour autant un toro d’exception. Si elle est donnée ''à l’ancienne'', pour l’ensemble du lot, non plus… Pour les mêmes raisons. Ah ben oui, mais ce n’est que moi qui parle, et je suis assez vieux pour avoir dans une vie de souvenirs, d’autres références à côté desquelles le lot d’hier ne pèse pas si lourd. Ceci dit, quand je serais mort, vous lirez un peu ce que vous voudrez, notamment Oui-Oui aficionado…



Susceptible, le public aurait pu l’être, à propos de celui qui finit avec des ''pointes'' à bouts tellement carrés, qu’il est légitime de suspecter une ''cornucure'' chez un frénétique de la prothèse ongulaire qui n’aurait aucun sens de l’angle aigu. Mais non, il n’a pas moufté le public, devenu si vieux, si ignorant, ci...vilisé. Enfin, des toros avec de l’allant, de la charge, de la caste et non ces coups de freins à mi-passe, cette réserve observée après la pique chez les locaux confondus – Yonnet-Tardieu – et si vous recroisiez un peu avec des camarguais pour redonner un peu d’allegria à leurs courses ? Quel chagrin d’avoir dans la région des toros camarguais de pure souche aux qualités de spontanéité reconnues, de magnifiques coursiers et de ne pas infuser ! Des quarterons, non ? J’ai entendu Hubert Yonnet le regretter lui-même il y a quelques années… mais l’a-t-il tenté depuis ? Non ? Même pas un petit essai ? Aaaah bien sûr, de temps en temps sortirait un gros ''baou'', un fada, qui filerai des coups de barrière à tous les banderilleros, sauterait dans le callejon à tout bout de champ… poursuivrait d'un amour vache des Javier Conde désemparés jusqu’aux burladeros, mais serait-ce si grave ? On s’emmerde tant dans 90% des courses ! Et les callejons sont si surchargés…



Donc, c’est Mora alias David-le-gominé, et non Juan ou Eugenio, qui foula pour notre bonheur le sable de la Crau pour combattre le sixième et dernier. Avant, Lopes Chavez, vaillant, bousculé et malheureux à l’acier, puis Serrano qui continue à confondre l’arène avec un studio d'enregistrement en plein doublage de film gore, réussit finalement à terrasser la foule de ces vociférations exaspérantes, incessantes, lassantes. Mora fit son entrée, calme et déterminé, maître de lui-même comme il allait l’être de l’animal ''cornufâché''.



Sa faena fut courte. Silencieuse. Structurée. Bilatérale. Entre les passes, des respirations ; entre les séries, des pauses ; Entre les pauses réfléchies, de belles poses, SILENCIEUSES et profondes, laissant le spectateur se constituer lui-même son cri intérieur, intime, qui montait inexorablement des tripes, avant de se confier à nouveau, engagé, et avec une maîtrise jamais prise en défaut. De plus, bien que misogyne dépourvu de clitoris et homophobe convaincu, et ajoutant cela aux qualités déjà évoquées, de racistoïde anti arabo-nippon, je reconnais à ce type, une belle gueule dont je comprends qu’elle puisse ajouter pour la partie sexuelle dite faible du respectable aux fesses déjà surchauffées par le béton cravenque, une note d’intérêt supplémentaire. Merci pour elles, Mora, c’était le pied.



Il n'y avait alors plus de hurlements vulgaires en piste, ni de cris bouffons, plus de "musique fainéants !" ou de ''cruza-te !'', enfin fondues les bouches disparates aux cris singuliers, plus qu'une voix chorale surgie synchrone de milliers de bouches, à la milliseconde près, par le mystère de cette naturelle soudain tombée du ciel directement dans nos estomacs : OLé ! Soit la locution généralement employée en pareil cas.



Dévoilons, pour boucler la boucle, cette interview récurrente sur les ondes, d’une porteuse de Burqa qui dit attendre expressément d’être verbalisée et traînée devant un juge pour imposer en France la loi Européenne. Si ce n’est pas là, une volonté manifeste d’intégration par contribution législative locale, que le cul me pèle. Niqab ni soumise. Quel rapport avec les toros ? Aucun, si ce n’est que pas plus que Mora n’est un salaud de tortionnaire même s'il a coupé deux oreilles, il n’y a à se sentir raciste de ne pas vouloir que l’islam en nous, pousse un peu plus sa corne. Pas plus que le type qui a écrit ce qui suit sur un de ces blogs militants dont la France a le secret, est un ''humaniste visionnaire'' :


Quel est le dommage – ou le préjudice – réel créé par la présence de femmes en burqa dans l’espace public ? S’agit-il d’un préjudice sonore ? Cela se comprendrait si la burqa était en bronze, mais tel n’est pas le cas… S’agit-il d’un préjudice visuel ? Les femmes en burqa dissimulent-elles les panneaux de signalisation routière ou les feux tricolores ? Pas que l’on sache. S’agit-il d’un préjudice olfactif ? Les femmes en burqa dégagent-elles des effluves d’hydrogène sulfuré ou de putois ? Pas davantage. Quels sont les troubles de jouissance causés par la présence de femmes en burqa dans l’espace public ? Suscitent-elles des difficultés de la digestion ? Des constipations chroniques ? Des insomnies à répétition ? Des difficultés d’érection ? Des tendances à l’éjaculation précoce ou à la frigidité ? Aucune enquête épidémiologique n’a permis de mettre ces diverses pathologies en relation avec l’existence de burqas dans l’espace public… Autrement dit, et sous réserve d’enquêtes plus approfondies, l’existence de la burqa se révèle strictement inoffensive pour la santé publique…


Bon, on va lui dire : la Burqa c'est pas sexy man, et ça empêche de bien voir les toros. De plus, ça réfléchit pas, la Burqa, ça absorbe... Tu imagines dans les pays chauds ? Je ne sais pas quel est l'Afghan de mes deux qui a inventé ça, mais ça ne devait pas être une lumière, le type, plutôt un obscurantiste ! Et pis tu vois pas à qui tu causes ! L'autre jour j'ai déjà été obligé de manger face à une Espagnole qui ne voulait pas enlever ses lunettes de soleil, je ne savais pas où regarder ! Elle a évacué le problème d'un ton léger, cette extrémiste :
- ça ne te dérange pas au moins que je garde mes lunettes ?


- Non, non, pas du tout... que tu t'empresses de répondre poliment...


Moi, j'imposerais le port de la Burqa noire en laine Mohair de chèvres Angora, en juillet-Août. Sans déconner, ça, ce serait progressiste. Et puis c'est pas érotique, hein... le mec..., sa femme..., ben personne ne la désire sous la burqa ! Tandis que toi, quand tu te promènes au bras de ta belle, observant le regard avide des autres hommes à son endroit, ben c'est déjà jouissif, non, d'imaginer que c'est dans ton lit qu'elle va dormir, ce soir ! Enfin, il me semble. Ou je suis un pervers sophistiqué ? Bon, enfin, on va s'arrêter là, hein, 'voudrais pas trop choquer les bien élevés.


N’empêche putain, je viens d’inventer la ''resena sociétale'' et vous y avez assisté : émouvant, non ?


PS : Merci à la Unica de n'être pas raciste anti-moi et de m'avoir permis l'accès au callejon, merci à Cédric, merci à la guichetière pour sa gentillesse.