Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

mercredi 26 novembre 2014

Selon Barthes


Selon Barthes, le rapport entre l’“écrivant” et le langage est un rapport essentiellement transitif: à travers sa parole, “l’écrivant” entend agir dans le monde. Pour lui, le langage n’est qu’un instrument de communication, qu’un médium grâce auquel il exprime, extériorise sa pensée. L’“écrivain”, par contre, conçoit le langage comme une structure autonome et “souveraine”; loin de le réduire à un simple instrument de communication, il le considère comme “un lieu dialectique où les choses se font et se défont, où il immerge sa propre subjectivité.” Contrairement donc à l’“écrivant”, l’“écrivain” ne transcende pas le langage. Il en résulte que l’écriture de l’écrivain ne saurait être transitive: la structure du monde tout comme celle du sujet énonciateur sont absorbées entièrement par la structure du langage. Au lieu d’utiliser le langage à des desseins représentationnels, l’écrivain travaille sa parole et s’absorbe entièrement dans le langage qu’il énonce. Ou encore, l’action de l’écrivain n’excède jamais le langage mais reste immanente à celui-ci: “elle s’exerce paradoxalement sur son propre instrument.” Sa relation au monde n’est jamais qu’indirecte, médiatisée par la structure du langage. Aussi est-il inutile d’exiger de la part de l’“écrivain” une œuvre engagée; celle-ci ne nous raconte ni le comment ni le pourquoi du monde, mais uniquement sa lutte avec le langage. Cela dit, la fondamentale non-extériorité de l’écrivain par rapport au langage n’annule pas la question, toute aussi essentielle, de la responsabilité. En effet, celui qui interroge le langage, interroge forcément le monde.

La Pensée du Jour



Un appareil photo n’a jamais fait de grandes images, pas plus qu’une machine à écrire n’a écrit un grand roman
Peter Adams

mardi 25 novembre 2014

B - A, BA : Lecture


Je vais encore vous parler de moi… Et vas-y qu’il est narcissique, l’égotique de service, etc, etc… que ne va-t-il pas encore se chuchoter…  En même temps, un web log, un blog ou « journal en ligne » n’est rien d’autre qu’un ‘’journal intime diffusé’’, faudrait assumer un jour…  Mais il y a tellement de choses difficiles à assumer…  Tiens, quand un type  qui écrit, entend le mot « écrivain » par exemple…  crois-tu, lecteur, qu’il  bombe le torse et se promène content de lui, en raclant la face dorsale de ses orteils comme Adam jouant les macs sur le goudron ? (… ? … pour le Macadam… ça y est… ? non… ? laisse tomber…) Bon, s’il est idiot, oui…  mais sinon ? Sinon, s’il en tient forcément un peu, mais pas trotrop, il ne le réalise pas, ne le prend pas pour lui, n’imagine pas endosser sérieusement le statut. D’ailleurs, penses-tu vraiment que dans la phrase : « Mais il y a tellement de choses difficiles à assumer » un écrivain aurait écrit « choses » ? Alors, tu me diras, lecteur perspicace : mais s’il n’y croit pas lui-même… ?

Et puis bon, qui est vraiment ce type ???

Est-ce l’auteur sensible qui sut dépeindre avec délicatesse les amours improbables d’un vilain nain torero rabougri avec une beauté altière et déliée ou le chroniqueur insatiable capable de t’entretenir du dernier plug anal géant qu’Anus et Uranus aient jamais vu s’ériger Place Vendôme au fil des siècles ? Cela dépend dans quel esprit et cadre il écrit, on rappellera une autre fois la dichotomie barthésienne, mais en gros, à l’écrivant, le blog, à l’écrivain la nouvelle.

Eh bien dans le cas d’un gus qui a du mal à endosser une veste estampillée ''écrivain'', parfois certains y croient pour lui, et essayent sincèrement de le lui faire admettre.  Les Avocats du Diable sont de cet acabit. On les croit mondains, ils sont passionnés. Ils te font sentir qu’ils t’aiment. Ils ont compris quelle sorte de fragiles nous sommes, malgré ce qu’on joue, de la moquerie à l’indifférence.  Ils te mettent en lumière jusqu’à la gêne. Ce n’est pas confortable mais, il en reste des particules nécessaires à ta composition. (si t’as pas lu Houellebecq laisse tomber…) Ils te font croire à toi-même. A chaque lecture publique d’un de tes textes, se dépose la même pellicule de réalité sur ton propre cœur, que celle chaque fois déposée par la mort d’un toro pour te faire admettre la tienne qui s’approche, inexorable. (lecteur, lectrice, jouis de ta vie, viiiiite, j’te jure… fuis cet écran et éclates-toi !) Sauf que là, c’est une pellicule de confiance, pleine de vie, un voile subliminal léger, une cristallisation bénéfique. Sur le moment, tu ne l’identifies pas vraiment mais tu en ressors plus motivé. En repartant, tu te rends compte, mais trop tard, que par pudeur, tu n’es pas assez allé au devant des gens.

Il y a cette jolie et distinguée Sétoise qui trouve « intéressant » d’être au contact des auteurs (‘di diou,…vite, qu’est-ce que je pourrais dire « d’intéressant » qu’elle ne soit pas venue pour rien) il y a cette femme venue au buffet te décocher dans le buffet de ton ego un encouragement piquant, cette autre sur le balcon qui t’adresse un chaleureux : « et continuez surtout, hein… » comme si c’était important pour elles, comme si elles avaient identifié que c’était important pour toi. Sachez mesdames les diablesses, (les messieurs eux, s’abstiennent, ils sont en compétition…) que malgré les maladresses polies bredouillées à ce moment-là, ces petites phrases sont tout sauf anodines, qu’il est très émouvant d’entendre résonner en vous l’écho de ce qui s’écrivit dans la solitude. Ca fait plaisir, on n'a finalement qu'un petit cœur tout mou, vous savez... Alors merci.  

Eh donc, comme ça, tu serais un ''écrivain'', marcus ? C’est quoi cette consonance qui tue à la fin du mot… vain… comme s’il était illusoire de le croire, de l’imaginer. Tu as commencé tellement tard, que de temps perdu… Je me souviens de cette libraire qui me complimentait : crois-le ou pas – je te tutoie lecteur, maintenant que nous sommes intimes - j’ai longtemps été persuadé qu’elle se foutait de moi. Je me souviens de cet article de Durand qui citait d’un ton badin « l’écrivain nimois marc Delon… » (il déconne ou quoi… ???) j’étais un peu resté à l’arrêt sur sa ligne, comme ''Iron'' mon chien, sur une place chaude désertée par la bécasse, essayant de découvrir où était l’embrouille…
Parce que, si tu veux, tant que je passe plus d’heures à masser qu’à écrire, j’aurais un peu de mal à le croire. Dans ma conso perso à l’année, y’a des hectolitres d’huile à l’arnica et quelques décilitres d’encre… vouais, mon rendement kinésithérapique est autrement plus élevé : je pratique plus de douleurs que de métaphores, plus de… ok vous avez compris pas la peine de s’étendre, sauf tout nu sur une de mes tables, ah,ahaaa… on bouffonne moins, là , hein… ?   

Bref, si tu crois que je viens dans ces petites sauteries en me la ''pétant GRANTECRIVAIN grave'', tu te vautres le paragraphe dans le dictionnaire jusqu’à l’explication de texte. Surtout quand le lecteur a la bonne idée de t’appeler dans l’après-midi pour te demander de lire la fin avec lui. Toi qui pensais jouir de ton texte bien à l’abri. Puis quand Béranger démarre, pulse de la syllabe de sa grosse voix, emplit le volume de la pièce de tes mots, sature l’espace de tes trouvailles, fait craquer les moulures de tes cagades et fait se décoller les faux plafonds en stuc de tes invraisemblances, tu te dis qu’au comble du ridicule tu vas sembler un eunuque au parloir, toi…quand il va s’agir d’articuler…

Le Béranger, il est redoutable, il te le gobe, ton texte, te l’ingère, te le digère et te le ''turborétropulse'' si bien, que tu découvres un truc inédit avec des surprises. Il interprète, quoi. Je pense d’ailleurs qu’à 95% le crépitement des applaudissements lui sont attribués ! (il est bon le salopard…non seulement tu chopes les suées froides dans la triste solitude nocturne pour  inventer des lignes immortelles – quasi - mais sur le fil, et même pas en loucedé, un fort en gueule vient t’en souffler les honneurs !)  

Bref, nonobstant l’incessant rappel préliminaire de tes nombreuses places de finalistes du PH qui ne sont que la confirmation douloureuse de la constance de ton plantage permanent au truc – lol - tu remercies le staff – merci – tu dis aux gens à bientôt j’espère – à bientôt j’espère – et tu ne peux que bêtement ''psychoter'' quand plusieurs personnes te font remarquer qu’à l’applaudimètre… ce qu’il faut d’urgence relativiser ceci pouvant être dû à l’ordre de passage, à la position de la lune par rapport aux auditeurs, à la phase en cours de leur digestion, sans compter que Sheila vendait plus de disques que Léo Ferré, Mouloudji et Reggiani réunis, ce qui est quand même un critère qui, s’il ne nous rajeunit pas, nous édifie. 
Bises brandade et tapenade.    

vendredi 21 novembre 2014

La Pensée du Jour


Une femme intelligente est une femme avec laquelle on peut être aussi bête que l'on veut.
P.Valéry

jeudi 20 novembre 2014

FUCKING CHRISTMAS


La France, cet ex-pays de la liberté, de la provocation, de l’humour, de la transgression, de l’innovation, de la sexualité, de l’art avant-gardiste, la France catholique, réductrice, conventionnelle et nœud-noeud l’a décidé : ''The Tree'' de Mc Carthy, un sapin de Noël détourné, ne doit pas ériger fièrement ses 24 mètres verdoyants et gonflés dans le ciel de la place Vendôme. Du coup c’est elle qui devient gonflante… cette France-là, bornée, bourgeoise et provinciale qui s’offusque au lieu de se cultiver. Se cultiver en regardant un sextoy ? Non, en essayant de comprendre l’idée qui préside à son érection. Certes, elle avait déjà du mal à comprendre sa propre idée présidant à l’élection du plug hollandien pour lequel elle s’était auto-lubrifiée avec tant de joie. Dans le TûT pour cinq ans, un avatar autrement plus piquant et préjudiciable qu’un épicéa de toile. Vous me haïssez, je sais. Z’avez qu’à pas lire...

Donc, comme l’a fait remarquer Ruquier un soir où l’on n’était pas couché, les cathos sont super calés, question sextoys. Ben oui, ils ont reconnu qu’il s’agissait d’un plug anal dont l’utilisation est quand même, comment dire, confidentielle et pointue. Rat-porc au sens unique déclenché par toute intromission depuis l'entrée des artistes (la peur du sens unique bis…) la tendance est fâcheuse de ne voyager que vers le tréfonds de l’intimité comme chacun sait ou le devrait, ce plug présente une base large qui empêche son utilisateur de se retrouver aux urgences à fuir le regard de praticiens rigolards...

Heureusement pour vos illusions, je suis tenu au secret médical… Si vous saviez ce qu’une infirmière qui l’était aussi, m’a raconté (elle doit penser qu’entre pro de santé elle ne viole rien…) de ce qu’elle avait vu passer dans son service. C’est du propre ! Enfin, façon de parler hein… on en retrouve des trucs dans l’ TûT de ceux qui ignorent tout de la loi du sens unique… et chez du beau monde en plus… de ceuss qui se présentent garants de la morale … si les voies du Seigneur sont impénétrables… il n’en est pas de même de celles de certains ecclé… Quoi ? Non j’ai rien dit… Ouais ok, du 4-16-4mm en PVC blanc, bon… Non c’est Nico, le métreur de Delta-Bois qui me demande… ‘’j’effervesce’’ en ce moment, un trois-en-un à moi tout seul : je fais le kiné – mal – mais au prix où on me paye j’ai même plus honte, l’éditorialiste – mal – mais vous payez pas pour lire, moindre mal… et le maître d’œuvre… mais c’est le proprio qui paye…il me le présente lubrifié dans le style mielleux qui le caractérise, (« un jour de travaux » mais en fait, quatre…) comme une attention gentille qu’il me fait... mais moi je sais bien que ça va lui faire du crédit d’impôt… Il n’y a pas pensé au mois de septembre quand il faisait bon et maintenant on va devoir fermer une semaine pour installer son crédit d’impôt sinon les patients seront congelés… je l’adore…

Tout ça pour dire, qu’apparemment, de ce pseudo sapin évocateur de plug anal, il serait logique de penser qu’il nous délivre le message que ben… Noël, on l’a dans l’TûT ! Comme une dénonciation de ce fait : la spiritualité de cette fête religieuse s’est diluée dans les entrailles matérialistes voraces d’une débauche consumériste effrénée. Enfin moi c’est ce que j’ai compris du truc… et pourtant je ne pense pas comme un communiste... je crois qu'il illustre qu’on ne pense plus qu’au plaisir en abandonnant le sens originel. C’est ce que cela m’évoque. En ce sens, Mc Carthy en transgressant, en choquant, en interpellant, atteint un but super-catho. C’est une interprétation possible en tout cas. C’est n’importe quoi, les cathos, de choper les boules devant ce sapin, franchement… vous devriez être contents... Y'a même un intégriste qui a frappé Mc Carthy par trois fois !

Et dire que jusqu’à mon entrée en sixième et la découverte ô combien traumatisante de la gent féminine ce sont les frères en soutane de Saint-Jean Baptiste de la Salle qui ont assuré mon éducation ! Je le leur rends mal, je le reconnais… mais va, merci pour la jouissance car s’ils ne m’avaient pas hérissé tant de barrières, quel plaisir éprouverais-je à les transgresser ?

Pour les universitaires que ma fantaisie ne serait pas arrivée à convaincre, cet extrait :

Dans ce paradigme de l’art contemporain, le beau n’est plus une valeur de référence (là encore, il faudrait statuer sur Tristan Tzara et les modernes), ni l’élévation spirituelle (paradigme classique), on y cultive plutôt le décept, relativement au spectateur, le hasard relativement aux matériaux, souvent aussi la transgression à l’égard des valeurs propres au monde qui gouvernent l’art moderne. En un mot, l’art contemporain se construit à partir d’un faisceau de distances : avec le matériau, les règles de la vie en société, le bon goût, les critères de l’art, etc.  .

Pour les universitaires consciencieux, ça vient de là :

mercredi 19 novembre 2014

CERET 2015


En trois notes :

Dolores Aguirre Ybarra
Juan Luis Fraile y Martin
Adolfo Martin Andres

Plus de détails ici :

céret de toros

mardi 18 novembre 2014

La Pensée du jour


Tous les arts sont comme des miroirs où l'homme connaît et reconnaît quelque chose de lui-même qu'il ignorait.
Alain

lundi 17 novembre 2014

La Peur du Sens Unique


Madame C qui avait rendez-vous entre madame A et madame R, n’étant pas venue, je me lance :

Clergue est parti. C’en est fini pour lui de l’écriture de la lumière. Peut-être a-t-il vu cet ultime noir et blanc dont parlent ceux qui sont revenus d’une expérience de mort imminente ? Ce tunnel noir profond avec au bout, libérateur, ce blanc pur, soit le contraste que recherchent  souvent les photographes ? Sa vie, son œuvre, vous les trouverez partout. Je vais plutôt vous entretenir de cette petite anecdote.

Ce jour-là, j’avais osé. Dans cette rue piétonne d’Arles il arrivait en face de moi, petite chose courbée et solitaire. Il s’arrêtait tous les dix mètres, essoufflé, s’appuyait aux rebords des fenêtres, attendant que la tempête de sa poitrine se calme, puis repartait d’un pas précautionneux. C’est peut-être pour ça que j’ai osé, parce qu’il était faible et ‘’à la merci’’… Ayant vu quelques temps auparavant, un documentaire sur sa vie, je savais qu’à dix-huit ans il avait eu l’aplomb de présenter ses photographies à Picasso au sortir d’une corrida. Et c’est de là que tout était parti. Picasso lui avait dit «  reviens l’année prochaine m’en montrer plus » Il l’avait fait. On connaît la suite. Dans mes heures de rêverie où je cherche à m’évader du handicap et des maladies, des douleurs en tout genre, dans les moments où je rêve d’une autre vie, plus intéressante, différente en tout cas, je me l’étais déjà dit : t’es vraiment con, t’as Clergue à quarante kilomètres et t’es même pas capable de lui mettre tes photos sous le nez … Un peu comme tu fais lire tes premiers jets à quelqu’un qui a l’habitude et la culture de lire. Avoir enfin un avis constructif, qui sorte des « c’est nul » des jaloux et des « c’est génial » des flatteurs, des amis bienveillants (parce que les ‘’amis’’ malveillants, ça existe aussi…) et de ceux qui n’ont pas lu mais se débarrassent.

Seulement voilà, cela fait bien longtemps que le culot et l’inconscience des dix-huit ans m’ont quitté… d’autant plus que tu n’as plus faim et exerce ton métier. Il n’y a pas d’urgence. Rien que l’ego, que tu arrives à maîtriser le plus souvent, grâce à ta gentille éducation.

Mais ce jour-là, il arrivait – très lentement – droit sur moi, et sous le bras j’avais mon livre de photographies fraîchement imprimé, ‘’FIGURAS’’… Alors j’ai osé…

-       Je peux vous aider M. Clergue, je vous vois en difficulté... ?

-       Ça va merci, je vais chez mon Kiné là, juste à côté…

Le contact était établi. On a parlé de sa toute récente opération du poumon. Je l’ai rassuré lui affirmant qu’il ne resterait pas essoufflé comme ça, que ça irait mieux de semaine en semaine. Il a vu mon livre sous le bras, m’a demandé ce que c’était. (je sais, timide mais trop fort… ;-)  Je le lui ai offert en lui disant que s’il voulait bien se donner la peine de m’envoyer ses impressions, il y avait mon email en dernière page. Une semaine après j’ai reçu un mail au ton très amical avec des commentaires très intéressants. Lus avec une grande avidité, un grand lecteur ça ne se trouve pas tous les jours sous les pierres du chemin, hein.

Il m’encourageait, me disait que j’avais trouvé un angle neuf : la grimace de patio de caballo !  Que je devais jeter tout le reste, tout ce qui ressemblait aux photos des autres, aux portraits posés, à ceux qui n’exprimaient que le contrôle ou l’introspection plate, que je devais devenir le spécialiste du rictus, de la grimace, de l’attitude, de l’émotion, du tic et de la manie... resserrer mon travail sur cette idée, l’assumer, et que le monton des autres photographes devaient en faire une comme ça de temps en temps par mégarde et s’empresser de la jeter…

Evidemment, me connaissant un peu, vous vous doutez que j’ai préféré ne pas le croire, histoire de me préserver d’être con et fier d’être benoîtement flatté… C’est là que j’ai été con... (lobectomie du poumon pour l’un et du cerveau pour l’autre ?) je lui ai répondu limite agressif que de toute façon, ça rimait à rien de demander ça à un vieux monsieur très courtois que sa mansuétude naturelle dirigeait tout droit vers la tolérance et l’encouragement…

Te rends-tu compte lecteur à quel point je peux être c… ? Je lui demande son avis avant de lui dire que je pense qu’il ne vaut rien… mais quel c… !  Il aurait pu couper court, se dire : ce mec est trop com…pliqué ! Non, il m’a encore répondu très gentiment, me dévoilant d’autres raisonnements qui m’ont ouvert un peu le… diaphragme ;  je sais, vous auriez précieusement gardé cet échange d’emails… tellement je suis c.., je me suis gardé de me gargariser dans ce travers. Poubelle. Comme un c... Car il me disait, il me disait… enfin je sais que c’était très intéressant et que j’aimerais bien les relire aujourd’hui car… j’ai jeté et oublié ce que j’avais jeté, par gêne ou pas pudeur, je sais pas – y-a-t-il un psy devant son écran ?-  Ce dont je me souviens par contre, c’est de sa gentillesse, de son esprit ouvert, tolérant, loin de ceux qui n’ont que des certitudes, de sa façon attentive de vous écouter alors que vous n’êtes rien… Je sais qu’avec peu de mots, il m’a donné une couche de confiance à laquelle je peux me référer si besoin. Et le besoin est permanent !

Maintenant qu’il est parti, je regrette de n’avoir pas continué à tirer le fil de cette relation enrichissante. Mais j’ai compris pourquoi, le plus souvent, nous ne le faisons pas. Car il y a d’autres personnes qu’on connaît un peu, avec qui on aimerait avoir cette audace. (ouais ok le psy, ''on'' c’est moi…) Mais je ne le fais toujours pas. Je le redis, je sais pourquoi maintenant : la peur du sens unique, la peur de n’avoir rien à apporter à l’autre, la peur d’être niais comme un fan, à attendre toujours de l’autre ce qu’on est incapable de donner, de l’intérêt à l’échange, en toute réciprocité. Ou alors il faudrait être inconscient de toutes ces choses, il faudrait ne douter de rien, en toute ingénuité, il faudrait avoir dix-huit ans.

Un exemple, lecteur : tu crois que je n’aimerais pas boire un café avec Montcouquiol de temps en temps ? Tu crois que je n’aimerais pas parler toro ou écriture avec lui ? Ben si, j’adorerais... mais ce mec par son vécu, je le trouve inaccessible, qu’est-ce que je pourrais bien lui dire qui l’intéresse, moi ? Rien… Que la sténose canalaire de madame G me  gonfle ? Enfin surtout son caractère de Yorkshire castré… ? Je ne crois pas que je le passionnerais… que j’aille l’apostropher lors d’une de ces rares heures où je fais une course en ville et où je le vois par hasard dans un café en train d’écrire… ? Coucou c’est moi, le counas qui interrompt ta prose… non mais puis quoi ? Tu rigoles ou quoi ??? C’est pas vraiment le genre de gars sur l’épaule de qui tu vas taper familièrement quand tu l’aperçois, immobile, hiératique, absorbé, devant son café à 7h30 du matin au zinc des Halles, chez Arlette. Non… tu l’aperçois mais tu n’y vas pas… Si t’es dans un jour d’audace maximum tu t’asseois trois places plus loin en te plongeant dans la lecture du Midi-Libre sans moufter, pas plus… Tu sais quoi lecteur ? Si ça se trouve il s’emmerde… et ça lui ferait vraiment plaisir d’entendre des choses simples comme cette température qui a sacrément baissé, ou cette putain de petite mouche asiatique qui s’est attaquée à la châtaigne, et à cause de qui on aura moins de crème de marrons à mettre dans son yaourt nature. Mais bon, c’est de sa faute aussi… quand on a écrit des choses si profondes comment veux-tu que le premier quidam venu, t’entretienne de la survie de la châtaigne sur les pentes cévenoles ? C’est risqué, non ?

Monsieur M dont je quitte le dos meurtri, vient de m’apprendre que Lucien Clergue est mort à la clinique des Franciscaines, à cinq cents mètres de chez moi. Ça n’a aucune importance, sauf que quatre fois par jour, insouciant, je suis passé devant ses derniers instants tannés. Ceux qui avaient sa peau.

Souvenir... de ce qu'on ne verra plus...


Irréductibles : Nouvellix et Aperotix

Soirée “Prix Hemingway 2014”
Jeudi 20 Novembre, à 20 heures à l'Hôtel Imperator


Lecture des nouvelles extraites du recueil
" LATIFA et autres nouvelles du Prix Hemingway 2014"

(éditions Au diable vauvert)

Philippe Béranger lit
LATIFA d'Étienne Cuenant
et ÊTRE DE TAILLE de Marc Delon

Aude Béziat et Olivier Jalaguier, auteur de la nouvelle, lisent
LA PROMESSE DE LA CHENILLE

Un apéritif offert par notre partenaire l'Union des Clubs Taurins Paul Ricard prolongera ce moment de convivialité.

Entrée gratuite mais places limitées
Réservation obligatoire dans la limite des places disponibles à : residence@audiable.com

Impatients de vous retrouver très prochainement,
Amicalement,

Les Avocats du Diable

samedi 15 novembre 2014

Fandiño seul contre lui

Comme l'annonce le site torobravo.fr, Ivan Fandino se produira à Las Ventas ''seul contre lui'' face à des élevages réputés peu urbains.

Oui, ''seul contre lui'' c'est ainsi que je nomme désormais les ''seul contre six'' tant il m'apparaît évident que le premier des adversaires d'un tel défi, c'est soi-même. Ses propres limites, tous domaines confondus, artistiques, techniques, mentales...

Pour filer une métaphore laborantine, sous la lumière rouge de la passion, dans la cuvette houleuse d'un public où tout a déjà baigné, six toros comme autant de révélateurs de vos grains d'argent ou d'une mauvaise composition, d'un angle sans perspective, avec des noirs opaques, bouchés, que vous avez beau revendiquer, le spectateur n'est pas dupe. C'est très périlleux et pas uniquement pour la santé, aussi pour la profondeur de champ du souvenir que vous comptiez imprimer.

En début de saison, l'enjeu est grand : plan shooting dans toutes les autres arènes du circuit ou virage sépia de votre toreo vers les oubliettes. Triompher à Las Ventas c'est un peu s'imposer nécessaire à tous, on vous tire, vous encadre et vous affiche au mur. Mais Yvan-le-sombre a-t-il les moyens d'étinceler au long cours, de se transcender à répétition ou son art est-il plutôt d'extraire quelques pépites fugaces et hermétiques à beaucoup ? Perso, un mano à mano avec Alberto Aguilar m'aurait beaucoup plus intéressé. Koi, Keskya ? Il pense ce qu'il veut le gato negro...

Enfin... si vous vous demandiez comment échapper au repas dominical des Rameaux chez belle-maman, vous avez un alibi maintenant. Assumez, vous l'avez toujours su confusément que vous n'étiez pas le gendre idéal, capable de rester assis des heures durant à complimenter les plats et écouter les névroses avariées, les obsessions politiques assénées et les projets de vacances de chacun. Non, vous, il vous faut du sang de choix, de la sueur et des anchois, du poulpe et du jambon, des cigares et de l'émotion, une vie ouverte, où tout n'est pas écrit dans le marbre comme du Sanscrit.

Que vive l'impondérable, l'aléatoire, le sel de la vie (mince, j'ai oublié de vous parler du « Sel de la Terre » de Wim Wenders sur l'oeuvre de Salgado. Courez-y vite s'il passe encore) et que meurent les toros en livrant leurs secrets magnifiques.

De quoi on parlait déjà ? Yes, Fandiño seul contre lui, ben voilà, pas plus.

Photo piquée à Signes du toro

jeudi 13 novembre 2014

La Pensée du Jour


La société ne doit rien exiger de celui qui n'attend rien d'elle.

G. Sand

mardi 11 novembre 2014

Vu hier soir

Dans l'exploration effrénée, film après film, année après année, à laquelle se livre avec talent et malice Woody Allen sur les relations homme-femme, nous avons cette année ''Magic in the Moonlight ''
J'avoue préférer le cadre des contorsions de la société New-Yorkaise branchée, dont j'ignore tout, qu'il nous traduit parfois, plutôt que cette version surannée des nantis de la Côte d'Azur des années vingt, d'autant qu'elle se dilue à la sauce jazzy New-Orleans, une musique qui aurait facilement tendance à me faire ''choper les arcanettes'' comme on dit intra-rempardos du côté d'Aigues-Mortes... Encore que les gens bien se seraient contentés d'intra-muros, sauf qu'on les emmerde.

Enfin, là n'est pas le plus important et il a bien le droit lui aussi, de se dépayser un peu...



Woody Allen n'est pas un cinéaste qui peut faire l'unanimité et selon son ADN propre, on peut facilement vivre ces quatre-vingt-dix-huit minutes de babillage mutin comme un pensum désuet dont on prévoit le ressort principal : le coup du type qui s'éprendra d'une femme dont tout le sépare et qu'il était venu démasquer, confondre, haïr.



Soit. Seulement voilà, le talent n'est pas donné à tout le monde et Woody Woodpecker, lui, en a. C'est intelligent, poétique et même, même, romantique, puisque par la mystérieuse magie qui arrive à unir deux êtres au-delà de toutes leurs différences, on va assister à la destruction progressive mais implacable de l'incrédulité, du rigorisme, du pragmatisme, du cynisme et du pessimisme ennuyeux. Autant d'avatars qui barrent la route du bonheur à ceux dont la principale préoccupation n'est pas de vivre intensément ou de laisser entrer la félicité dans leur cœur, mais de ne pas apparaître faibles d'esprit et d'observer que les autres leur ressemblent afin que ne s'écroule pas leur monde médiocre. Ceux-là sont déjà morts mais ne le savent pas encore. Allen lui, est bien vivant et qui n'aurait pas intérêt à être entraîné dans un sillage épanouissant ? Tout, par exemple l'Amour ou Morante de la Puebla, ne peut s'expliquer ra-tio-nne-lle-ment ! 



A recommander à tous les critiques, sceptiques, cyniques, ratiocineurs, empêcheurs de convoler en noces justes ou injustes mais choisies, oiseaux de mauvais augures, les jaloux, les susceptibles, les agressifs, les intolérants, les frustrés, les cœurs secs, penseurs convenus, juges auliques, méchants, embryonnaires, salaces, spécieux, austères et autres butors malveillants. On n'oubliera pas les cons non plus. A regarder trois fois pas jour, un quart d'heure avant les repas. Et que grand bien leur fasse, quoiqu'on puisse en douter. Mais là, justement on retombe dans l'incrédulité pathologique et ce n'est pas bien... !

Sur le style : Baudelaire par Théophile Gauthier

… il commença cette vie de travail interrompu et repris sans cesse, d'études disparates et de paresse féconde, qui est celle de tout homme de lettres cherchant sa voie ; Baudelaire l'eut bientôt trouvée. Il avisa, non pas en deça, mais au-delà du romantisme, une terre inexplorée, une sorte de Kamchatka hérissé et farouche, et c'est à la pointe la plus extrême qu'il se bâtit, comme dit Sainte-Beuve qui l'appréciait, un kiosque, ou plutôt une yourte d'une architecture bizarre.
Plusieurs des pièces qui figurent dans les fleurs du mal étaient déjà composées. Baudelaire, comme tous les poètes-nés, dès le début posséda sa forme et fut maître de son style, qu'il accentua et polit plus tard, mais dans le même sens. On a souvent accusé Baudelaire de bizarrerie concertée, d'originalité voulue et obtenue à tout prix, et surtout de maniérisme.
C'est un point auquel il sied de s'arrêter avant d'aller plus loin. Il y a des gens qui sont naturellement maniérés. La simplicité serait chez eux une affectation pure et comme une sorte de maniérisme inverse. Il leur faudrait chercher longtemps et travailler beaucoup pour être simple. Les circonvolutions de leur cerveau se replient de façon que les idées s'y tordent, s'y enchevêtrent et s'enroulent en spirale au lieu de suivre la ligne droite. Les pensées les plus compliquées, les plus subtiles, les plus intenses, sont celles qui se présentent à eux les premières. Ils voient les choses sous un angle singulier qui en modifie l'aspect et la perspective. De toutes les images, les plus bizarres, les plus insolites, les plus fantasquement lointaines du sujet traité, les frappent principalement, et ils savent les rattacher à leur trame par un fil mystérieux démêlé tout de suite.
Baudelaire avait un esprit ainsi fait, et, là où la critique a voulu voir le travail, l'effort, l'outrance et le paroxysme du parti pris, il n'y avait que le libre et facile épanouissement d'une individualité.
Ces pièces de vers, d'une saveur si exquisement étrange, renfermées dans des flacons si bien ciselés, ne lui coûtaient pas plus qu'à d'autres un lieu commun mal rimé.
Baudelaire, tout en ayant pour les grands maîtres du passé l'admiration qu'ils méritent historiquement, ne pensait pas qu'on dût les prendre pour modèles : ils avaient eu ce bonheur d'arriver dans la jeunesse du monde, à l'aube, pour ansi dire, de l'humanité, lorsque rien n'avait été exprimé encore et que toute forme, toute image, tout sentiment avait un charme de nouveauté virginale.
Les grands lieux communs qui composent le fonds de la pensée humaine étaient alors dans toute leur fleur et ils suffisaient à des génies simples parlant à un peuple enfantin.
Mais à force de redites, ces thèmes généraux de poésie s'étaient usés comme des monnaies qui, à trop circuler, perdent leur empreinte ; et, d'ailleurs, la vie demeure plus complexe, chargée de plus de notions et d'idées, n'était plus representée par ces compositions artificielles faites dans l'esprit d'un autre âge. Autant la vraie innocence est charmante, autant la rouerie qui fait semblant de ne pas savoir vous agace et vous déplait.
La qualité du XIX e siècle n'est pas précisément la naïveté, et il a besoin, pour rendre sa pensée, ses rêves et ses postulations, d'un idiome un peu plu composite que la langue dite classique.
La littérature est comme la journée : elle a un matin, un midi, un soir et une nuit. Sans disserter vraiment pour savoir si l'on doit préférer l'aurore ou le crépuscule, il faut peindre à l'heure où l'on se trouve et avec une palette chargée des couleurs nécessaires pour rendre les effets que cette heure amena...
… le poète des fleurs du mal aimait ce qu'on appelle improprement le style de la décadence, et qui n'est autre chose que l'art arrivé à ce point de maturité extrême que déterminent à leur soleil oblique, les civilisations qui vieillissent : style ingénieux, compliqué, savant, plein de nuances et de recherches, reculant toujours les bornes de la langue, empruntant à tous les vocabulaires techniques, prenant des couleurs à toutes les palettes, des notes à tous les claviers, s'efforçant à rendre la pensée dans ce qu'elle a de plus ineffable et la forme en ses contours les plus vagues et les plus fuyants, écoutant pour les traduire les confidences subtiles de la névrose, les aveux de la passion vieillissante qui se déprave et les hallucinations bizarres de l'idée fixe tournant à la folie.