Tout concordait, le hasard faisait bien les choses, le jour où j'annoncerais le résultat du prix Hemingway ce serait le millième message de ce blog et le gagnant ce serait... MOI ! Avouez, ça tombait pile-poil et je n'avais rien calculé en ce sens. C'est pour ça, j'étais sûr de gagner : quand le destin se convoque tout seul, c'est imparable, un signe du ciel, les nuages s'écarteraient, un éclair zébrant zébrerait puisque c'est son job et une boule de feu fondrait à mes pieds déposant la sentence immarcescible : c'est moi.
Mon cul.
C'est un autre... Mon contraire craché : espagnol, cultivé, distingué, poétique, multi agrégé, multi vainqueur de prix littéraires, un tronche, une pointure, comment voulez-vous lutter, je vous le demande ? Il a pondu un truc, larmoyant à souhait, pathéto-romantique, un truc pour les filles à leur papa. Nooooon, lecteur, je déconne, je n'ai pas encore lu sa nouvelle et si jamais je pensais un truc comme ça, ne comptez pas sur moi pour vous en parler ainsi. Pas si mal élevé par ma maman. Ce qui me plaît déjà, c'est que le type, il vient de Caravaca de la Cruz ! Ça c'est un nom, putain, Caravaca de la Cruz, redis-le lecteur, un matin de trachéite avant de boire ton café : tu vas voir comme ça sonne bien... Sûr que tu expectores tes mucosités surinfectées après l'avoir prononcé, si on est en Novembre et que ta BPCO* se rappelle à toi. Ah ben oui, il y a beaucoup de ''si'' c'est comme pour gagner le prix Hemingway... Caravaca de la Cruz... On dirait une injure émise par une corneille à un corbeau : Caravaca de la cruz, style ''casse-toi gros tas, c'est ma croix'' tu vois ? Pour se percher, je veux dire. Je me demande même si dans une nouvelle ou un post de ce blog, je n'ai pas utilisé le nom de son village pour sa musique intrinsèque... Parce que ça me vient, Caravaca de la Cruz, en même temps que Villasequilla de Yepes. Je te jure lecteur, j'ai un jour utilisé ces deux noms-là, dans le même texte.
En attendant ça fait chier, hein... oups... enfin je veux dire, c'est bien normal s'il a été meilleur, le conquistador... Lecteur je te vois, tu souris devant ton écran, ça t'arrange toi, que je perde, c'est plus marrant pour toi et comme ça je te reste sympathique, oui, oui, je te connais... ça te rassure, je n'atteins pas les hautes sphères des champions qui te resteront à jamais inaccessibles - mais comment fais-tu pour vivre ? - je reste dans la fange, à tes côtés, popu. Mais moi, avec mon petit numéro comique pour faire semblant que je m'en fous, je larmoie peut-être, présentement, comme disent les Sénégalais, je saigne, dépéris, m'étiole et me flétris ; Même que, si ça se trouve, c'est pour ça qu'ils ne me le donneront jamais : parce que ça leur fait un buzz de folie, mon chant profond sur leur prix pervers de tortionnaire obèse sadique et impuissant qui tuait les petits poissons de Cuba et les grands fauves africains en se repaissant de sang de toros espagnols...!?!
Peut-être l'as-tu même échappé belle lecteur : parce-que ptêt' bien qu'en coup d'éclat suprême, j'aurais posté ce millième message annonçant ma victoire et me serais coupé la coleta. Recta. Fini. Circulez, y'a plus rien à lire. J'aurais arrêté là le blog. Belle chute, non ? Ça pour une nouvelle, ça aurait été une nouvelle !
Ouh pardon, j'allais partir sans vous donner le vainqueur :
Se llama Miguel Sanchez Robles, il a écrit :
"L'ultime tragédie païenne de l'Occident"
*Broncho-Pneumopathie Chronique Obstructive