Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

jeudi 6 décembre 2012

Noire, la part chtonienne...

Les pages qui suivent, désordonnées, sont plus faites d'interrogations que d'affirmations. Longtemps, je les ai gardées dans mes tiroirs sans oser les publier, et peut-être ai-je tort aujourd'hui de le faire, mais, ante mortem, il ne m'a pas paru absurde de témoigner, dans ce livre chaotique, d'une inexplicable passion pour un spectacle dont je pourrais très bien démontrer qu'il est le contraire de ce que je prétends qu'il est.
                                                                                                                                                        René Pons



UNE  QUESTION  NOIRE



Qu'il est difficile et piégeux de répondre à cette question... René Pons va pourtant s'y astreindre comme pour s'expliquer à lui-même ce qui serait accessible à la conscience sur ce thème dérangeant. Avec parfois quelques incompréhensions du lecteur attentif et logique face au raisonnement poursuivi, par exemple lorsqu'il dit :

<< J'éprouve pour les animaux, essentiellement les animaux sauvages, une admiration sincère, je n'aime pas la chasse, je n'ai jamais chassé >>

Il serait compatible d'aimer les taureaux en allant voir les corridas et impossible d'admirer la bécasse parce qu'on partirait en quête du bel oiseau avec un fusil ? Je ne connais pas de chasseur de bécasse qui ne soit quasi amoureux de la Scolopax Rusticola. J'ai moi-même divorcé d'elle avant qu'elle ne devienne une maîtresse trop envahissante me détournant de la vie de famille... j'ai tellement cherché à lui faire l'amour à mort, de l'aube au crépuscule dans le ''sale'' des bois varois que j'en revenais ébouriffé, griffé sur tout le corps de ces ébats mystérieux où on ne l'étreignait que très rarement, restant alors, là, subjugué par son corps chaud et doux dans la main, admirant la finesse de ses traits, la droiture de son bec, le mimétisme de son plumage avec le sous-bois jonché de feuilles de chêne vert fanées, aussi rousses qu'elle ; muet, devant son œil encore humide et surpris de la rencontre brutale et irrévocable avec les plombs ; Tant de beauté qui sentait la poudre, à la fois si fragile et si adaptée à son milieu... Fascinante bécasse au vol imprévisible cachant dans son aile la plume si convoitée par les peintres... Même devant sa fiente, qu'on appellait ''miroir'' on restait en arrêt, aussi tétanisés que des Setters anglais.

Dans un livre dont la conclusion principale, la réponse finale, repose sur le fait que l'homme se doit d'assumer ce qui légitimerait ses inclinations diverses et divergentes, qu'il est un être de contradictions, on peut dire que la preuve qu'on aime les animaux sauvages, c'est qu'on n'a jamais chassé... on peut dire ça ? Certes, puisqu'il s'agit d'une contradiction majeure, on pardonnera donc la carence de rigueur de la démonstration, comme dans cette autre occurrence où il est dit que la corrida n'est pas démocratique par sa bipartition sociologique sol y sombra qui fait souffrir de la chaleur et de l'excès de lumière, les moins fortunés... ce qui peut immédiatement amener à se demander s'il serait plus démocratique, puisque découpe météorologique céleste il y a de fait, que ceux qui ont payé plus cher soient les moins confortablement installés ? Aaaah s'il était ''démocratique'' d'avoir à choisir sa voiture exclusivement chez Ferrari ou Aston Martin, que la vie serait douce !

Mais tout ceci n'est pas si grave qui relève plutôt de la sensibilité de chacun et il faut plutôt saluer l'honnête cheminement de l'auteur qui explorant sa question noire ne livre pas une réponse toute blanche, partisane ou naïve mais explore pas à pas en nous entraînant dans un sillage qui ne peut être qu'intime et subjectif, la foultitude des nuances de gris qui sont autant de composantes subtiles que les moins fanatiques des opposés au rite, feignent d'ignorer, tandis que les plus idiots d'entre-eux revendiqueront toujours superbement ne pas connaître, paix à leur âme.

Parfois même, je me suis senti dans la ligne exacte de l'auteur, notamment quand il dit :

<< La corrida, joyeuse et lumineuse pour la plupart de ses adeptes, se situe, pour moi, plutôt du côté de l'ombre. Derrière tant d'éclats c'est une nuit qui commence >>

et aussi devant le touchant aveu d'une question, celle-là même : Pourquoi allez-vous voir les corridas ? Dont je vous reparlerai très prochainement, autour de laquelle on peut tourner longtemps sans jamais entrer tout à fait dans le péremptoire de ''La'' réponse clé, tellement, n'en déplaise aux détracteurs, elle contient de ferments de notre condition même.

Loin, très loin de la prose de branlette lyrique -oh pardon - le plus souvent proposée autour de la corrida, René Pons éprouve et décrit la part chtonienne de l'affrontement, portion congrue de la représentation artistique du thème plus volontiers du côté de l'hyperbole que de la << gravité économe >>. Un texte intéressant que je regrette de ne pas avoir collecté pour la question sus-citée, tant décriée il y a dix ans, et qui génère ici ou là comme on le voit, de plus en plus d'essais...

Au fait, ''Gravité économe'' quoi de mieux que ces deux mots accolés, pour décrire José Tomas, qu'il évoque par ailleurs pour clore son texte comme << ce maître de la litote qui permet aux critiques taurins de le couvrir d'hyperboles >>

Alors, Pourquoi René Pons va-t-il voir les corridas ? Vous ne le saurez pas vraiment en lisant une question noire, mais pour peu – c'est déjà un effort intellectuel – que vous soyez assez évolué pour faire abstraction des dualités simplistes de zantis, comme le blanc et le noir, le bien et le mal, le soleil et l'ombre ou que sais-je encore, l'apparence de belle-maman vs celle de sa fille quand vous la connûtes à vingt ans, bref à la condition que vous soyez capables d'envisager le chemin du questionnement plus nourrissant pour votre propre voyage vers la question, qu'une réponse lapidaire, il faut acquérir ''Une question noire'' de René Pons édité à l'Atelier Baie en prenant soin de garder trois francs six sous pour acheter un jour un ouvrage sur le public de l'arène by himself dont je vous reparle bientôt !

1 commentaire:

Anonyme a dit…

On comprend dans l’analyse qui est faite du livre que le rapport de l’auteur à l’animal reste ambivalent et difficile à saisir.
Quant à l’érotisation de la bécasse, elle rappelle ces contes et mythes où le passage de l’animal à l’humain est facile, l’homme toujours viril et la délicate femme soumise à sa volonté. Tant pis, c’est un joli détour.

Gina