Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

vendredi 25 avril 2014

Qu'est-ce que l'amour ?










HER


Extraits :

Un gros, un énorme navet : Scénarisé comme une vanne de Ruquier ( pour souligner le coté "penser malin"). Tourné comme une pub pour une banque en ligne ( pour souligner la déshumanisation). Joué comme une campagne de sensibilisation aux mycoses vaginales ( pour souligner le désarroi et l'émotivité des cadres).

Un chef-d'oeuvre d'intelligence, de sensibilité, de grâce, d'humour et de poésie.

                                             On voit bien qu'entre ces deux réactions l'écart est grand ! Disons-le tout net, il me semble que le premier avis est celui d'un gros bourrin qui soulève de la fonte au lieu de lire ou d'écrire. Il me semble que si j'étais une femme, c'est par le second que je souhaiterais être aimée.
Qu'est-ce que l'amour ? est finalement la question vaste à laquelle s'attaque Spike Jonze dans ce très beau film, ''HER'' qui invite à l'introspection. Et à la reprise de l'anglais au moment de demander vos tickets au guichet... un seul mot, comme ça, sans élan, avec un H aspiré, it is not easy... Le film est très bien servi par Joaquin Phoenix, un viril émouvant qui trimballe sa moustache triste dans le désarroi d'une séparation qui n'en finit plus, attendant, finalement comme tout un chacun, la dernière extrémité pour quitter une femme dont le souvenir des jours heureux, l'expérience de vie qu'il eût avec elle, l'attendrit toujours. Comment en serait-il autrement ? 

Il n'est plus avec elle depuis longtemps mais, se trouve incapable de mener les démarches d'un douloureux divorce, avant de s'avouer un jour la clé de l'inextricable nœud qui fera sursauter l'ex-divorcé que vous êtes, en prononçant ces paroles : 

<< j'attendais de ne plus l'aimer pour pouvoir la quitter...>> 
 
Car l'amour est un diesel, même s'il devait exister meilleure image pour embuer vos beaux yeux mesdames, un moteur progressif, une invasion lente qui ne démarre pas au quart de tour, mais croît doucement, s'instille insidieusement dans toutes les molécules de votre petit corps tout mou pour l'envahir, le baigner de liquide intersticiel en une décoction magique et vénéneuse dont on ne trouve pas forcément l'antidote rapidement, ni ne s'arrête net, comme une porte qui claque !

Alors ? Qu'est-ce que l'amour, mmm ? Vous pourriez le dire, vous ? Quand 90% des ''je t'aime'' signifient ''aime-moi !'' Comment le définir ? Est-ce la douleur du manque ? Le caprice affectif de vouloir être aimé par telle personne ? L'imaginaire d'un fol espoir ? La détresse d'une fiction rêvée ? La quête éperdue d'un absolu inatteignable ? Le deuil raisonnable des espoirs déçus ? La sage acceptation des renoncements, parce qu'on sait bien au fond : ces rêves que l'on nourrit, l'autre, jamais semblable, ne pourra les décoder tous... ? Parce que l'autre, celui qu'on connaît moins, celle qui semble si différente, échappe à la routine et sera vécue plus attirante que celle de la présence quotidienne, Ô injustice... 
Et si nous n'y pouvions rien ? Si au lieu de remplir les cabinets des psys rengorgé de culpabilité, il était écrit dans nos gênes que ce nomadisme ( vécu, rêvé, assumé, caché, larvé, autre...) est nécessaire pour la survie de l'espèce … ? Si c'était ''naturel'' ? S'il n'était pas possible de suffire à une seule et même personne, toute sa vie durant, Dupond ? Ah oui ? Vous croyez ? Une manière de se dédouaner, vraiment ? Ce film se le demande en tout cas et nous avec, qui le regardons engoncé dans notre fauteuil quitte à fermer les yeux endormi par la douce voix.

Car, à Los Angeles dans un futur proche qui permet d'acquérir de géniaux programmes pour tenir compagnie aux esseulés par des logiciels évolués, intelligents et sensibles, égrenés par la voix de Scarlett Johansson, peut-être là, plus sensuelle encore que si on l'apercevait, tant l'imaginaire frustré pédale à la recherche de sa représentation, quand on est quasi hypnotisé par le rythme lent et chaleureux de cette voix, de qui tombe-t-on petit à petit amoureux ? Du programme ? De son ingéniosité ? De la femme par la voix de laquelle il passe ? Du concepteur qui l'a créé ? Vers qui se rue-t-on en l'allumant quand on rentre chez soi ? De qui exactement devient-on dépendant ? Ne confond-t-on pas la fiction avec ce qui devrait être une réalité plus charnelle ? Comme cette voisine par exemple, si discrète et pudique, effacée même, mais pourtant bien réelle, elle !

Parce qu'à la fin, cette voix qui répond toujours trop bien, sans jamais provoquer de dispute ou de jalousie, cette voix qu'on imagine partenaire, exclusive, privée, pour ''nous'' entité humaine individuelle unique, que répond-elle quand on lui demande à combien de personnes elle est en train de parler extemporanément ?

  • Je parle à 6416 individus en même temps que toi...
  • 6416 ????
  • Oui...
  • Et... mais... tu...tu en aimes d...d'autres... que moi... ?
  • Oui, j'en aime actuellement 428...

Après cet électrochoc appliqué sur la relative naïveté de tout être amoureux, enfin sorti de l'envoûtement, la voisine effacée révèle d'étonnantes qualités : parmi les plus criantes, tout d'abord elle est là, elle existe, elle a une peau, une bouche, des seins ; elle est gentille en plus, on peut se confier à elle et poser même sa tête sur son épaule, c'est plus concret et vous n'avez plus à cauchemarder cette vision de 428 crânes s'entrechoquant en cherchant le même appui sur une seule et même épaule... 
Qu'est-ce que l'amour ? Quelles sont ses limites ? A quoi cela sert-il d'aimer ? Les purs esprits étant néanmoins aussi des corps organiques, au fait, la chair est-elle nécessaire à l'amour ? Pourquoi ce besoin d'aimer et d'être aimé ?
Peut-être, en pleine conscience de notre fin, pour que la vie vaille la peine d'être vécue ?
Mdr !!!!!

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Et si l'Amour n'était que ce leurre si répandu parmi toutes les espèces qui permet d'assurer leur survie?
Franz-Olivier Giesbert a trouvé un beau titre pour son dernier roman :
"L'Amour est éternel tant qu'il dure".
Gina