Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

mercredi 9 juillet 2014

FAVELLA UMPAPA


Il y en avait des titres possibles :



« Pas de Samba pour les Cariocas »

« Tristeza »

« Samba Teutonne »

«  Vous reprendrez bien une bière ? »

« Caïpirinha 1 – Kronenbourg 7 »

« Capoeira Kaputt ! »



Et comme d’habitude, j’ai dû choisir le plus nul… pour toi lecteur. Mais ne te plains pas, je te rappelle que tu n’as pas besoin d’établir de carte de fidélité ni de remplir de fiche, ou de t’abonner à quoi que ce soit pour me lire, tu es libre, aussi libre que moi ou qu’un Brésilien naïf soudain confronté à la rigueur rhénane. Car oui, plagiste d’ipanema amateur de fessiers rebondis et de rythmes syncopés musicaux et charnels, face à l’Allemagne rigoureuse et fière tu n’es qu’un enfant immature, un latin approximatif et c’est pour ça qu’on t’aime, nous autres Français ! Pour ton art, ta poésie et ta spontanéité. Tu sais, on les a pratiqués ‘’Historiquement'’ les Aryens, mon grand-père aurait pu t’en parler, et c’est peut-être la raison pour laquelle ils ne nous ont passé qu’un but, par charité, eu égard aux errements belliqueux du passé. Voilà un peuple qui ne peut plus nous dire que nous le débectons, nous autres latinos de l’Europe, depuis que l’escroc de Latché et l’ours Berlinois se sont tenus le petit doigt devant la flamme de feu l’inconnu, empêtrés que nous sommes dans notre contestation permanente du moindre changement qui se profile, tandis qu’eux, modernes, sérieux et responsables, se sont dans le même temps relevés de la guerre avec ses représailles humiliantes, ont absorbé la moitié ''Trabant'' par leur moitié ''Mercedes'' comme qui rigole, travailleurs consciencieux qu’ils sont, avec des syndicats intelligents qui jamais ne perdent de vue l’intérêt national.



Toutefois, on n’arrive pas à les envier… va savoir pourquoi… question de mentalité, on suppose. Eux qui vomissent tout ce qui fait la fantaisie du Sud. Perso, le touriste fridolin, partout où il se pose, m’emmerde, pollue le cadre. Il s’attable par groupes pour chimer de ce liquide amer pour nordiques qui mousse même sur la moustache et pour rire gras. Pourquoi ne pas tremper une endive dedans, tant qu’on y est ? Je hais les endives.



Cependant, on ne peut enlever au cousin germain la haute conscience qu’il a de lui-même et de son pays pour lequel il se bat avec abnégation. La terminologie guerrière employée par la presse d’outre-rhin pour commenter les matchs ne laisse pas le doute planer : le football est un sport de combat ! Dans la facture de son style, l’honneur du peuple est en jeu. Hier soir, pour un Brésil naïf, la facture était salée, l’humiliation cuisante : après l’ouverture du bal à la 11e minute par Müller un type de 23 ans qui en parait 33 sosie du fameux Benjamin (Comment ? vous ne connaissez pas Benjamin, mesdemoiselles ? Je fais passer vos 06 si vous voulez… il est open, c’est le Brésilien de l’amour… spécialiste des instruments avant et à vent) suivirent quatre buts en six minutes, vous avez bien lu, soit un naufrage total, une raclée, une mémorable branlée électrocutant à domicile l’espoir d’un peuple. Bonjour la honte.



Pleurs chez les enfants, déception chez les ménagères, trahison chez les cariocas, dépression dans les prisons, émeutes dans les favellas, deuil national, c’est la cata, dans le caca. J’en Neymar de la défaite, scande tout un peuple vaincu par l’équipe d’un Joachim Löw très modeste ex-footballeur.



Le Brésil a arrêté de nous faire rêver depuis les années 80. Avant, il y avait lui et le reste du monde. (celui qui à cet instant penserait : mais ça c'était avant, regarde un peu trop la TV, mèfi...) C’était un temps où l’on pouvait conduire un ballon cinq secondes sans avoir un athlète sur le râble venu vous agresser, où l’évitement primait sur le contact, où la noblesse et la magie du dribble présidaient à ce fauchage déguisé qu’est le tacle dans une grande majorité de cas. Dans ce contexte, les artistes pouvaient s’exprimer. Ils n’étaient pas encore enserrés dans un block-système aussi intraitable qu’une mère abusive, dans un jeu aussi cadenassé que les consignes qu’une belle-mère intolérante fomenterait pour imposer à sa fille la vie qu’elle s’arrogerait le droit de choisir pour elle. Chacun pouvait choisir sa vie, son style, son avenir, savoir ce qui était bon pour lui, sans mondialisation outrancière des principes et des méthodes, pseudo-rassurante en ce qu'elle épousait la routine du plus grand nombre, comme si la stratégie des plans communs primait sur les découvertes du chemin de la vie… n’importe quoi… petits joueurs, va...

Peur de la différence, jalousie du parcours atypique, incompréhension devant cet art de l’improvisation inspiré qui s’affranchissait de l’efficacité de la méthode. Ca déroutait et fonctionnait par ce talent qui n’appartenait qu’à eux. Ils épandaient l’amour du ballon rond sur les pelouses, ils se libéraient et nous libéraient des méthodes fonctionnelles et tristes, dépourvues de libertés, de celles qui rassurent le vulgum pecus incapable d’imagination, seulement aptes à ahaner de besogneux schémas de tableaux, jamais en prise avec la vie réelle car, on ne connaît pas l’autre, et que c'est dans l'instant qu'il faut créer, quand cet autre se révèle.

Alors, sous la pression, ils sont rentrés dans le rang, ont eux aussi tenté d'être efficace et rigoureux sans réaliser qu'il s'agirait de la mise en bière de leur art. Mais ça, d'autres au mental plus adéquat le font mieux qu'eux. Il fallait au contraire, assumer sa couleur, son esprit, sa différence, autant assumer et produire son opposition de style plutôt que de tenter de jouer à l’européenne avec des gènes brésiliens. Autant se bercer des rouleaux d’ipanema, des courbes des chicas et de leurs déhanchements affriolants, des rythmes de bossa. Autant donner bien, tout ce qu’on a, dans la prédisposition de l’inné instillé par le terroir. Seulement voilà, l’inspiration, l’art, la magie du talent doivent se cultiver. Redevenez qui vous êtes, brésiliens, fuyez les conseils des logiques tristes et réductrices qui ne rassurent que ceux qui les dispensent, épanouissez-vous, sortez de la médiocrité, tentez les génialités, les reprises de volée, les retournés et les envolées, les sombreros et les râteaux, les petits ponts, redevenez brésiliens, réenchantez votre jeu et votre vie ! Vous perdrez peut-être encore, mais plus jamais si lamentablement dans le déni de cet amour du jeu qui autrefois vous rendait si remarquables. Arrêtez les précautions, les tactiques et les stratégies, jouez comme vous êtes, vous perdrez sans doute parfois mais au moins vous nous aurez subjugués et vous aurez vécu !

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Goaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaal !

Maja Lola a dit…

"Tristeza" irait bien ...

Le foot ? Pas ma tasse de thé. Mais cernée de toutes parts par de purs et durs amateurs, impossible d'échapper à quelques coups d'oeil distraits.

Choquée par les ralentis qui montrent de manière évidente que des coups à peine sournois et volontaires peuvent s'avérer "meurtriers" dans le but d'écarter un adversaire valeureux et charismatique ...
Si le catastrophique résultat des cariocas ne peut pas être imputé uniquement à l'absence de leur joueur leader, il n'en demeure pas moins que ces méthodes sont abjectes.

De quoi me faire encore moins tenter un intérêt pour ce sport !

Viva Brazil !!

Anonyme a dit…

Un compte rendu exceptionnel, des digressions intéressantes, encore une fois !
Gina