Adieu

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photo de Anya Bartels-Suerdmont

jeudi 26 novembre 2015

NOIR FONCÉ



Salut les gens. Alain, c'est mon cousin ; germain qui plus est. Il est Alsacien mais bon, personne n'est parfait, hein ? D'autant que vous pourriez passer une nuit à l'écouter et si ce n'était son accent vous auriez la certitude d'être face à un méditerranéen : une sorte de self-made man hédoniste, volubile, talentueux, enthousiaste et malicieux. Du genre aussi à paraître très malin et indifférent mais au dedans tendre, bon et facilement dérouté. Eh oui zincou c'est comme ça que je te vois... Une révélation, je sais... Il a toujours aimé "Regarder vers le Sud" - le titre de son premier livre - et livre là, son deuxième roman. Vous le trouverez sur Amazon.fr en version papier ou même en version en ligne. Alors j'espère bien, bande de pleutres radins qui lisez gratos mon blog depuis des années que ce coup-ci vous allez me faire le plaisir de dépenser 3,99 euros pour prendre la gifle de ce texte, ok ?
Je ne vous emmerde pas avec des pubs ou des souscriptions à la noix, moi, mais là, c'est Noël, faites-moi plaisir, faites-vous plaisir, achetez mon cousin, putain ! Merci. Ci-dessous l'avis de Gina, lectrice attitrée de choc :


Commentaire : Noir Foncé


Alain Rudler


C’est l’histoire d’un bénévole chez « SOS Présence ».  Dans un roman probablement autobiographique,  Antoine narrateur protagoniste de l’histoire, après avoir eu recours aux services d’un psy, veut devenir un « écoutant–soignant » au service des « appelants-souffrants »  dont il se contente d’écouter les plaintes sur un téléphone. Pas à pas, tout au long de seize chapitres,  il  raconte sa  formation, le passage de son apprentissage accompagné à l’exercice en solitaire, de jour comme de nuit, de sa nouvelle et difficile fonction qui l’occupe  vingt heures par mois parallèlement à son métier.


 Au fil des chapitres, les rencontres sont nombreuses : les personnages défilent, apparaissent disparaissent ou réapparaissent. Ils surgissent d’un trait, rarement physique sauf si on les voit, toujours désignés par leur nom, toujours décrits en situation selon leurs propos rapportés au style direct mais le plus souvent indirect dans une abondance de métaphores éclatantes de pittoresque et de familiarité, dans un langage très actuel et spontané. Il s’agit des chefs responsables, les sympathiques qu’on apprécie sans savoir pourquoi, les détestés en sachant pourquoi.
Puis, il y a la liste des « appelants », cités en titre de paragraphe, avec leur mal à vivre, qu’on ne voit pas, qu’on devine et imagine, réduits qu’ils sont au ton de leur voix, à leurs propos, à leurs obsessions, haine tenace, travers sexuels ou silences, échanges d’inspirations-expirations de part et d’autre d’un appareil téléphonique. 


Et c’est sous la pesante et intransigeante loi de neutralité que le roman s’installe car Antoine déroge à la règle. L’histoire n’est plus seulement le récit initiatique d’un apprenti psychologue, mais le roman d’Antoine et Marion dont l’histoire s’insère d’une manière habile et très moderne entre les informations et les réflexions qui nous sont données sur le fonctionnement de l’institution et des relations entre les divers personnages.


Marion a 14 ans, elle est leucémique et amoureuse de la voix d’Antoine qu’elle s’efforce de dévoyer en usant de puérilités plaintives et séduisantes. Les mises en garde, les bizarreries dans le comportement pervers de cette Marion qui l’intrigue, qui semble tout savoir de lui, de sa vie, de ses horaires, rien n’empêche le naïf narrateur de basculer dans l’erreur, le gros  péché de non-neutralité qu’il fallait absolument éviter : échange de poème,  RDV téléphoniques,  puis échange de SMS,  subtiles déclarations d’amour… Ensuite, annonce du décès, organisation des funérailles bouleverseront le sensible Antoine déjà empêtré dans une histoire familiale douloureuse, la mort de « pépé ».


On se laisse prendre par tout ce que dit le narrateur, tout ce qu’il découvre de l’hypocrisie et de l’égoïsme humains qui se logent partout où on ne les attendrait pas. Jusqu’aux dernières lignes de l’histoire,  la sensibilité d’Antoine nous émeut et on est aussi surpris que lui, la même gifle nous secoue lorsque bien installés dans l’atmosphère  du roman, on bascule dans le coup de théâtre final qui n’est pas sans rappeler Joël Derick (mais qu’on ne révèlera pas ici).


Il reste qu’on a lu un beau roman, structuré par un écrivain habile et compétent. Les histoires s’entrecroisant en va-et-vient savants et habiles dans l’espace et le temps ;  le rythme reste rapide, l’expression pittoresque et aisée malgré l’abondance des informations et des réflexions tandis que l’aventure et le mystère suivent le fil du récit jusqu’à ce point d’où on dégringole brutalement tous. 
                                                                                                       GINA

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Bon ben entre un Bretzel et une Knack, je me le ferais...

Anonyme a dit…

Aaaaah... ça change un peu des "expertises" sur les attentats qu'on se fade à longueur de TV et de net...

Anonyme a dit…

et y'a une garantie ? Photosmotstoros rembourse si on n'est pas d'ac avec Gina ???

Marc Delon a dit…

Non, "Photosmotstoros" t'oblige à en acheter un autre pour le relire comme il faut...

Alain Rudler a dit…

Chère Gina
« Ce qui est dit n’est jamais ce qui est entendu », cette formule à été ressassée pendant la formation à l’écoute, elle avait pour effet de révéler les risques voire les dangers de l’interprétation.
Maintenant que mon livre est parti ailleurs je me rends compte qu’il pourrait être dit de lui « ce qui est écrit n’est jamais ce qui est lu ». L’acte et la démarche. Je me dis que, vu l’esprit particulier du bouquin qui touche « la chose psychologique », il faut s’attendre à des lectures plus divagatrices que pour un ouvrage technique. Je dois dire que les retours de mon nouveau lectorat me surprennent avec jubilation par leur diversité, parfois jusqu’à la contradiction. Certains personnages sont aimés autant que détestés, d’autres sont jugés sans merci et innocentés après relecture. Me voilà replongé, sans conséquences nuisibles néanmoins, dans le marigot de ce « foutu ressenti » qui brouille les pistes et rebat le jeu de cartes sans joker. Rien ne ressemble à l’idée de ce que l’on souhaiterait voir dit au sujet de sa projection écrite. C’est ici que j’en viens à vous chère Gina. Quand on est un marmot givré de foot on rêve fatalement, au moins une fois, que l’on traverse le terrain en dribblant tous les joueurs adverses avant de crucifier le gardien. La description que vous faites de mon roman/récit (comment avez-vous deviné ?) correspond entièrement et sans le moindre oubli à ce que je me proposerais devant mon miroir solitaire. Je ne parle pas de ce que ça vaut, mais seulement de ce que ça dit, merci Gina.
Les nouvelles possibilités éditoriales que le numérique nous offre maintenant nous libèrent présentement des filtres subjectifs des gardiens du temple du Verbe pour nous en remettre directement et frontalement à celles et ceux qui prennent de leur temps pour nous découvrir….ou nous redécouvrir, toute la nuance est là. Je vous jure qu’il n’est pas douloureux de déplaire éventuellement à celles et à ceux qui vous pensaient meilleurs, sur ce coup là !

Anonyme a dit…

Cher Alain
Le livre n’appartient-il pas au lecteur une fois qu’il est écrit, et les interprétations comme les identifications ne sont-elles pas ce qui constitue le plaisir de lire ? A chaque lecteur sa lecture.
J’ai bien apprécié que grâce à cet espace de liberté que nous offre Marc, j’aie pu m’abandonner (sans retenue thérapeutique !) à dire sans trop divaguer que votre texte est un beau roman tant par son contenu, sa structure que son écriture.
Si le commentaire vous a convenu, merci de me l'avoir signalé, j’en suis ravie et vous renouvelle bien sincèrement mes plus vifs encouragements.

Je conseille vivement la lecture de Noir foncé aux amis de Marc qui lisent son blog
Gina