Adieu

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photo de Anya Bartels-Suerdmont

mercredi 15 juin 2016

Dalton Trumbo, le talent pour viatique

Pour qui aime le cinéma, se pique d’écrire ou entretient un léger anti-américanisme primaire, cumulez les plaisirs à venir ou barrez les mentions inutiles, il faut aller voir ce film qui en pleine guerre froide montre une société paranoïaque en plein délire de suspicion se plaisant à confondre un communiste avec un traître ou un espion. Donald Trumbo n’est pas celui-ci, il est le plus talentueux des scénaristes d’un Hollywood qui soudain le rejette alors que ce qui plait à Trumbo dans le communisme, c’est cette idée, peut-être fausse, en tout cas d’un idéal séduisant, d’une certaine fraternité humaine. Au travers de son fils qui l’interroge sur ce qu’est un communiste il l’explique ainsi :
-       Toi si tu voyais quelqu’un qui a faim, tu regarderais ailleurs, tu lui dirais de chercher un travail ou tu partagerais ton sandwich ?
-       Je lui donnerais la moitié de mon sandwich…
-       Ben voilà, tu es communiste !
Bon, dans la vraie vie, nous savons bien que les Roumains par exemple, ne virent jamais la belle couleur ensoleillée des oranges que les apparatchiks du régime de Caucescu stockaient égoïstement dans leur frigo… Il y a la philosophie du truc, plaisante dans les livres et puis ce qu’en font les hommes qui l’appliquent dans leurs faits et méfaits…
Trumbo croupira une petite année en prison usant de stratagèmes pour arriver à nourrir malgré tout sa famille, en continuant à écrire des scénari signés par un autre. Car ce qu’on ne pourra jamais lui prendre, c’est son talent. Alors il va bosser comme un fou, bosser comme un ouvrier, dans la fumée de ses cigarettes, dans son bain, le jour, la nuit, il va créer, écrire, phosphorer non-stop pour jouir du jet de la création, gérer ses inspirations nombreuses, pour entendre ce bourdonnement du cerveau, ce souffle qui pulse dans la forge de la création quand on sent que c’est bon, quand on sent que ça vient et que ça se marie fidèlement avec les idées qu’on voulait coucher.
D’autres, remporteront les Oscars de ses textes, seront médiatisés à sa place, un peu penauds, un peu merdeux… car le génie c’est lui, définitivement, mouchant ses ennemis en triomphant avec son talent pour viatique.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

A la fois un frère Dalton et un Lucky luke de l'écriture, alors...

Marc Delon a dit…

Yes cow-boy, bien vu... si je l'avais trouvé moi, je l'aurais placé dans mon compte rendu !

Elisa a dit…

En tout cas cet article donne envie de voir ce film !