Adieu

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photo de Anya Bartels-Suerdmont

mardi 4 juin 2013

La Corrida Parfaite

Je voulais me fendre d'un compte rendu. Il aurait commencé comme ça :

A) Vous aimez Simon Casas :

Achetez son livre, vous aurez de quoi l'admirer un peu plus. Il s'y raconte au fil des époques de sa vie et n'est pas très critique avec lui-même. Vous découvrirez un parcours qui fut effectivement romantique et bohême, une aventure à peu de gens donnée, où l'on ne mangeait guère à sa faim, se nourrissant plutôt d'espoirs...

B) Vous n'aimez pas Simon Casas :

Achetez son livre ou si vous ne condescendez même pas à lui faire gagner les 6% du prix du livre, faites vous-le prêter, vous aurez de quoi le haïr un peu plus. Il s'y raconte au fil des époques de sa vie et n'est pas très critique avec lui-même. Ce qui peut vous permettre de le railler, comme par exemple lorsqu'il reprend le non-sens bien connu de "toro-artiste"... soit l'exemplaire qui a le bon goût d'entrer doucement dans la muleta après la pique, ce que les pragmatiques ont l'outrecuidance dénuée de sens artistique de nommer "toro faible". Bonne marrade.

C) Vous avez d'autres problèmes existentiels que de déterminer si vous l'aimez ou pas et nul besoin de vous déterminer par rapport à lui, au phare du Boucau ou je ne sais à quel autre car vous vous gardez bien d'avoir de la tauromachie une approche militante ou politicienne qui en gâcherait toute la saveur (mon cas)  :

Achetez son livre, il y parle d'une curiosité. Il s'y raconte - comme la totalité des gens qui écrivent, qu'ils en soient ou non conscients - au fil de sa vie et n'est pas très critique avec lui-même. Ca vous étonne ? La curiosité c'est que pour la première fois, il y évoque ses rapports avec Alain Montcouquiol. Et ça, c'est une énigme qui m'a  toujours interrogé : comment deux types aussi différents que l'eau et le feu, l'exhubérance et l'introspection, Ronsard et DSK, une larga afarolada de perfil et une naturelle dans le cacho, un aïoli de jouteur sétois et une mayonnaise parisienne, une... j'arrête ?, ok... enfin bref, ce genre de souvenirs que seule l'enfance met en présence.

Et puis j'ai reçu d'une amie ce post qui reprenait l'article de Marmande au sujet de ce livre, qui me coupait un peu l'herbe sous le pied... le voici donc puisque vous préférez être avertis du vide-grenier de Saint Quentin la Poterie en lisant Midi-Libre plutôt que d'acheter ''Le Monde''...



Les taureaux ont toujours le dernier mot




Hâbleur, génie picaresque des affaires et des "coups", phénix plusieurs fois ruiné, Simon Casas a réalisé le 16 septembre 2012, dans les arènes romaines de Nîmes, ce qu'il peut à juste titre appeler La Corrida parfaite. Soit l'impossible. José Tomas, torero mythique, acceptant de toréer seul six taureaux, et y parvenant dans l'état de grâce que seuls connaissent les artistes.


Cela vous arrangerait-il de vous figurer Casas en margoulin, Boix, le mentor de Tomas, en Monsieur Ramirez pour boxeur sur le retour, José Tomas, en toréador surfait ? Peine perdue. Boix est un ancien jazzman plutôt anarchiste, José Tomas, un lecteur d'Hegel (1770-1831) qui sait disparaître, et Casas, un incorrigible romantique à l'emphase débridée : " J'entends les tambours du bataillon des anges qui bientôt viendront me quérir pour me conduire au royaume incertain. Alors, que mes filles lisent ces mots pour comprendre que l'amour est à la vie ce que le taureau est au torero : un révélateur divin ! "


La vie à avoir peur


Au fil de la corrida parfaite qu'il relate, son livre évoque une histoire terrible, une histoire de garçons peuplée de noms de filles, de tragédies et de passions, une histoire d'hommes et de bêtes. Son texte, déchirant, très beau, et probablement damné d'avance parce qu'il parle de corrida, est adressé " à Alain Montcouquiol ". Silhouette noire et silencieuse, Alain Montcouquiol porte dans les rues de Nîmes le deuil de son frère, Nimeño II, le premier torero français de catégorie, victime d'un taureau de Miura (1954-1991).


Comment Alain Montcouquiol et Simon Casas se sont-ils croisés dans les années 1960 ? Comment, tous deux fils de prolétaires, de résistants, de l'après-guerre, plus ou moins rastaquouères, clochards célestes, auront-ils changé le sens de la corrida ? Comment tous deux, Nîmois, mais pas du bon côté de Nîmes, se sont-ils embarqués dans cette folie qui un jour, espérons-le, trouvera son Flaubert ou son Boulgakov ?


Pour l'instant, ils la vivent, ils l'écrivent, Montcouquiol chez Verdier, Casas Au Diable Vauvert, se croisant bonjour-bonsoir après avoir été inséparables. L'un, Alain, moine austère des ruelles nîmoises. L'autre, Casas, diable tapageur de ses arènes et de celles de Madrid, dont il assure désormais la direction artistique.


A 17 ans, sous les quolibets des aficionados français, ils sont partis sans un sou pour Madrid. Obsédés par l'idée d'être toreros, s'enivrant de Sartre, Camus, Baudelaire et Rimbaud, à l'Institut français - d'abord pour se réchauffer -, connaissant tout de la faim qui n'est rien à côté de la peur. Et, puisqu'ils ne savent rien, ils n'ont aucune peine à tout apprendre. C'est une histoire de passion, de fureur, d'amour à mort, pas une histoire pour faire des ronds dans l'eau au parc Monceau.


Une histoire de marcheurs dans les villes, et surtout, par millions de pas, dans la contre-piste des arènes, cette ruelle qui n'en finit pas de se mordre la queue : " Ces callejons où nous avons ressenti tant de peur ! " La vie à avoir peur, la vie avec la peur aux dents vertes pour compagne. Aujourd'hui, Alain touche 37 euros de retraite par mois. Simon ne sait s'il finira riche ou pauvre : " Viendra le jour où l'un de nous deux laissera l'autre - Lui ? moi ? Celui-là verra dans la tombe de l'autre les cendres de ses 20 ans. "


Et l'artiste des artistes, José Tomas ? Détient-il le mot de la fin ? Certainement pas. Lui qui ne se produit qu'au compte-gouttes, il était programmé le 20 mai à Nîmes. Dans une petite arène d'entraînement, un taureau vient d'en décider autrement. Il sera indisponible.


C'est une histoire où les taureaux ont toujours le dernier mot. Sur le sable, la mort est toujours là. Ce qui rend la corrida insupportable à certains, insoutenable à tous, indéfendable comme la mort.

Francis Marmande





7 commentaires:

el Chulo a dit…

il a été meilleur que dans ce texte, Marmande!

Marc Delon a dit…

et la dernière phrase, elle ne vaut pas son pesant de cahouètes peut-être ? Avec ce remate : indéfendable comme la mort.
C'est ça qu'il faudrait expliquer à Wolf... la seule et bonne raison de ne pas s'époumoner à défendre la corrida... ;-)

marianîmes a dit…

Moi ce que j'attendais, c'était votre nouveau message ! Je coche donc : d), je lirai le livre après ! Je me suis régalée de votre texte ! ... Marianne

el Chulo a dit…

ça n'est pas une idée nouvelle chez Marmande, et elle est excellente, c'est sûr.
pour le reste, c'est son fond de commerce de notoriété philosophique à wolf!
et tout à fait d'accord avec toi sur l'inutilité de chercher à "défendre" ou "justifier" la corrida surtout face à des gens qui soit s'en foutent, soit la haïssent!

el Chulo a dit…

au fait, je ne sais pas si cela t'a échappé, mais c'est la corrida de victoriano del rio, (les toros), qui a été primée à Madrid et par les 2 jurys! semble t'il! personne n'en souffle mot!

Marc Delon a dit…

Marianne se régale, c'est top.

Oui chulo ça m'avait échappé...

Par contre quand on tape sur ce sang sans discernement, comme s'il véhiculait la peste, à longueur d'année, je comprends qu'on n'en souffle mot... ;-)

el Chulo a dit…

sans discernement oui!