Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

lundi 23 mars 2015

Fumette Story

Inherent vice de Paul Thomas Anderson

Alors là... j'avoue, je n'ai pas tout compris... c'est peut-être pour ça que j'ai aimé.
Enfin, aimé, c'est peut-être un peu fort. Disons que je n'ai pas détesté me faire enfumer deux heures et demie durant, par ce ''power flower thriller'' jointé et déjanté, par sympathique réminiscence nostalgique des Seventies. Eh ouais, je suis assez vieux pour les avoir traversées.
Tout en ayant ressenti la déception d'une musique de film pas à la hauteur alors que l'époque avait pourtant produit du choix psychédélique à la bonne fragrance de marijuana.
Joaquim Phoenix alias Doc Sportello plante un détective halluciné sous permanente inhalation herbeuse exotique. C'est comme un Puzzle géant, un labyrinthe incompréhensible, une jungle inextricable. Et au bout de... pas longtemps, on est aussi perdus que le Doc, à croire que la fumée de ses pétards traverse l'écran. On balance en danger de quitter prématurément la salle entre l'envie du décrochage et l'intérêt de l'image mais au fil des tafs tirées par une loco Sportello à faire pâlir celle de la ligne Anduze-Saint-Jean du Gard, et une fois admise l'idée qu'on restera enfumé par l'énigme brumeuse, on perd la force de s'en aller et on laisse, dépité, planer le planant scénario que chaque information supplémentaire devrait contribuer à dénouer – c'est notre vœu de spectateur – mais complique encore un peu plus. Or, si le Doc vaporetto fume pour oublier, nous, à qui cela pourrait faire passer le temps, on se rappelle que désormais tout est interdit. Des fois qu'il y aurait un détecteur de fumée brumisateur de mousse apyre au-dessus de nos têtes...
Bref, faut pas y aller avec un esprit sain et rationnel, un raisonnement logique ou une quête impatiente de vérité : passez d'abord à la Bodeguita écluser trois Mojitos, rejoignez, titubant, la salle obscure en tirant sur votre puro négligemment écrasé d'une rotation pointée de l'avant pied sur le trottoir du Sémaphore sous le regard horrifié-répprobateur des enseignants socialistes de la Rome française et de la Madrid languedocienne, faites-vous tancer par le caissier de ce haut lieu de la culture nîmois pour lui avoir demandé s'il restait encore des places au fond alors qu'il en a vendu quatre... calez-vous dans votre fauteuil de la rangée du fond, donc, et, jambes allongées, yeux mi-clos, c'est parti pour la fumette embrumée du tendre Doc Sportello qui a comme nous tous, gardé dans un coin de sa tête un souvenir ému de son premier émoi, un vice propre à l'amour, qui l'amènera à s'enfoncer dans ce pétrin glauque et fumant.

1 commentaire:

gina a dit…

C'est savoureux ...à lire, excellent!

Si " faut pas y aller avec un esprit sain et rationnel, un raisonnement logique ou une quête impatiente de vérité", alors, on est trop intelligent, on n'ira pas.