Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

lundi 19 septembre 2016

Du Soporifique au Rêve éveillé




Dimanche matin j’avais oublié trois trucs : mon portable qui aurait pu me servir pour la prise de note, mes lunettes de soleil qui m’auraient aidé à supporter la luminosité agressive du matin et la défection de Roca Rey qui aurait pu me laisser au lit.


A Thomas Joubert avec sa gueule amanoletado jadis connu sous le sobriquet de ‘’Tomasito’’, échut le premier Victoriano del Rio qui  ne s’avéra pas, mais alors pas du tout, le toro de confirmation d’alternative rêvé. Et tant mieux. Non pas que l’on souhaite aux torero le moindre échec ou que l’on se réjouisse qu’il l’ait envoyé à l’infirmerie, pas du tout, mais simplement parce qu’on aime la corrida.


Toi y’en a pas comprendre ?


Alors, rappel : si la corrida est belle, c’est parce qu’elle est à peu près inconcevable, qu’on ne peut l’écrire à l’avance, qu’elle réserve des surprises, du danger, de l’aléatoire, qu’elle est prompte à te faire vibrer pourvu que le lissage du toreo 2.0 voulu par tous les forcenés de l’organisation ait malencontreusement laissé s’immiscer une ‘’erreur’’ surgie d’un fond de caste inopiné et inapproprié et donc particulièrement jouissif pour un aficionado qui ne fait pas se pisser de rire son avatar démoniaque, en se regardant devant la glace enfiler sa chemise de circonstance, tu sais, spécial corrida, avec plein de petits toros dessus.


Et ce premier toro, manso sur les bords, sérieux, très compliqué, méchantas, dangereux comme un toro sauvage quoi, bref, normal, comme devraient l’être tous les toros de combat, pour une fois ne représentait pas un référentiel collaborant mais un problème en piste dis-donc, l’outrecuidant… non mais oh ?! Ca va pas non ? On est à Nîmes quand même, merde ! C’est pas la peine de faire des brindis avec des gentils cui-cui dedans pour donner aux autres des aurochs à s’envoyer par-delà la gargamelle ! Trop de toro, donc pour Tomasito (plus joli que ‘’Thomas Joubert’’ pour un torero, non… ?) qui dès l’entame fut en retard d’une demi-seconde dans chaque suerte, ou le vit passer à trois, voire un millimètre de son corps de souffreteux élancé impavide et glabre ( j’ai lu quelque part que pour bien écrire il ne fallait pas employer trop d’adjectifs, c’est pour ça…) jusqu’à la collision prévisible car le gars semble écarter toute collusion avec l’ordinaire des petites compromissions anodines qui donnent tous les avantages ce dont abusera Manzanares aujourd’hui.


Collision par fauchage bilatéral des postérieures à la Teddy Riner, reprise encornée au sol et mise à feu en orbite d’où le facies amanoletado sera, par l’aléatoire des lois de la réception bordélique du tournoiement aérien, sorti en guise de train d’atterrissage amateur ce dont il résultera tout à la fois un Knock-Out des familles pour l’impétrant, une pâmoison brève de quelques cougars maternelles, ainsi que quelques clichés spectaculaires que leurs auteurs penseront extraordinaires.


JBJ en pleine maîtrise de ses moyens et du métier, expliquera aux néophytes en quelques séries comment ne pas douter avec un tel toro qui lors d’un cite bondira littéralement sur lui.


Manzanares entame son premier qui poussa au cheval en engageant la propulsion et sans plus vouloir sortir, en fentes avant par doblones puis abusera du pico pour citer cet adversaire du spinnaker qui lui sert de muleta. Pourquoi en faire plus puisque même la lame basse lui décrochera l’oreille ?


Le suivant est pour JBJ, il sort amoindri par la première pique et le torero écourtera donc la deuxième. Doblones doux, une série centrée, une décentrée, au choix, une autre sur un mètre carré sans céder un pouce de terrain. Un désarmé, cambio, trinchera dédaigneuse, pecho toreando, désarmé à nouveau en prépa de suerte à matar ce qui fait toujours mauvais effet et bascule instantanément ton statut de maestro dominateur en celui de clown égaré… Recibir concluant malgré la puntilla qui le relève pour un temps. Oreille.


Manzanares revint pour danser avec son toro à la belle robe chorreado qui charge son capote avec franchise. La première pique trasera le plaque au sol, tandis que la deuxième se plantera pas loin de l’épaule… La star ne se montrera pas motivée, trop de vent dans le spinnaker, des séries disparates, dilution, capitulation, que le suivant te dame le pion !


JBJ revient, et dès le capote, s’engage avec autorité pour une série commencée par ses amies véronique, delantale et chicuelina, rematée à une main. L’animal recevra ensuite deux gratouillis dorsaux avec ce bâton long et fin, par habitude désuète, appelé ''pique''.


 A peine le temps d’être déçu, qu’il s’empare des banderilles pour nous les planter por dentro, al quiebro et por… nous faire plaisir, al violin ! Entame de rodillas vite interrompue pour cause de haute probabilité d’incrustation imminente dans les tablas… mais l’homme se donne car Manza débouté et Tomasito ensuqué, une voie royale s’offre à lui pour triompher. Aranjuez déboule soudain par concerto des tendidos et avec lui la lenteur et la profondeur conséquentes. Des séries liées, inspirées, enracinées, un peu de gaucherie pour les chipoteurs en ce qui concerne la préparation des cites en cornet de poissons – c’est plus fluide chez Ponce…or, pour des poissons, la fluidité, c’est important - mais bon, sans conteste il est a gusto et pour une fois, transmet, sort du soporifique pour toréer comme dans un rêve et enfin conclut par un super recibir final pendant que des gros counas réclament l’indulto ! (vous vous reconnaissez ?) Juan bauptista s’assied sur l’estribo et attend la chute du cornupète… Que demande le peuple ? Deux oreilles bien sûr… et bien, non, ça ne lui suffit pas, il veut le rabo… alors là, n’importe quoi ! L’arène devient folle, le bobo avant de reprendre son TGV agite, frénétique, son mouchoir YSL comme si son honneur en dépendait, on veut le mayoral en piste ! On donne la vuelta à ce toro regular, faiblard sous la pique, le seul sentiment prévalant au palco étant : le peuple en veut ? Qu’on lui en donne ! On déglutit un peu, avec ce goût amer dans la bouche qui d’un bon moment passé se transforme en foutage de gueule généralisé. Pas de doute, on est bien à Nîmes.


Joubert alias Thomas, alias Tomasito, compté jusqu’à neuf, is back ! Son toro, un ‘’réglisse-menthe’’ bien armé prendra deux bonnes piques, propres, nettes, la troisième pour la forme, piquero raccompagné jusqu’à sa sortie par les applaudissements. Ce toro est le seul du lot à avoir rematé dans les tablas. Joubert joint les pieds, thomas cite de loin et Tomasito entame sa faena par statuaires puis est désarmé, cherche une zone déventée, reprend par séries brouillonnes, il est évident qu’il n’a pas le métier de ses compagnons de course mais il ne cède jamais, se croise et résiste impavide aux charges, peu importe leur trajectoire, parfois séparées de lui par un papier JOB qui attendrait du Pall Mall, comme lors de molinetes donnés de face.


Il en termine lui aussi par un recibir caïda concluant, délivrant le conclave de tout complexe à exiger deux pavillons auriculaux-glorieux comme pour le soigner de sa ''bouffe''subie avec le premier.


Une course pas superlative mais où l’on s’emmerda quand même moins qu’à beaucoup d’autres.


Pour l’aprem ne comptez pas sur moi, je ne m’y suis pas déplacé. Tout ceci n’est que mon avis, vous l’avez lu gratuitement et n’y étiez en rien obligé… ok ?





















3 commentaires:

Marc Delon a dit…

Bon... en fait... après visionnage video, Toamsito se fait marcher sur la joue par une postérieure d'où le KO... comme quoi, s'il y a bien un mec dont il ne faut pas croire les délires sur parole, c'est bien moi...

Anonyme a dit…

Ca il y a longtemps qu' on le savait Marco; Mais c'est ce qui fait un peu ton "charme" (litteraire en ce qui me concerne, je laisse le reste pour les dames).JG

Anonyme a dit…

trop bon le portrait amanoletado au regard désabusé....