lundi 19 juin 2017

Barquerito a écrit :



On dit que les toreros viennent au monde pour nous apprendre à mourir. Moi je crois qu’ils nous apprennent à vivre. Ivan Fandiño perdit samedi sa dernière bataille parmi toutes celles qu’il mena car il vivait, sans doute sans le savoir, pour lutter et que tout ne s’acheva pas comme il le voulait.


Nous recevons à présent cette terrible leçon : c’est faux cette légende selon laquelle les rêves se réalisent. Ivan Fandiño était venu au monde pour ouvrir cette réflexion. Comment voyons-nous celui qui le tente et qui, pour quelle qu’en soit la raison (le toro, le vent, la chance, les magouilles administratives, les coups de poignard dans le dos et toute les saloperies humaines qui nous entourent et qui, je le suppose, doivent être en train de nous monter sérieusement au nez) ainsi que pour quelques autres raisons disais-je, nous fait prendre conscience que, non, tout ne se réalise pas comme on voudrait.
 

Ivan Fandiño était venu combattre et s’en est allé pour nous faire prendre conscience de toutes les fois où nous donnons plus d’importance au résultat qu’à l’intention. Toutes les fois où nous disons :


« Bah, je savais qu’il allait se tromper »


Ivan Fandiño venait de la partie sombre de la lune où mon père disait que vivaient les toreros qui n’arrêtaient pas de triompher en le méritant comme ce torero-là. Ivan Fandiño et son regard de Western étaient venus au monde pour nous faire réfléchir à la façon dont nous traitons ceux qui échouent, à ce qui est le plus important : gagner des guerres ou les faire.
 

Ivan Fandiño voulait être « pelotari », mais en réalité il naissait pour perdre toutes les batailles pour nous, comme un messie, comme s’il expiait tous les triomphes, toutes les conquêtes qui, à la fin, se terminaient avec les noms des autres. Fandiño, comme le silence dont a besoin la mélodie. Fandiño, perdant pour que les autres puissent gagner. Son cadeau a été la défaite, jusqu’à tout perdre, jusqu’aux battements de son coeur en route vers l’hôpital de Mont de Marsan. Payer le prix d’autres gloires …


 Quelle injustice, mais quel tribut !


Clôturant cette édition, je l’imagine ballotté, perdant les « alamares » aux portes de quelque ciel dans lequel il puisse y avoir une justice.


Mes respects, torero.


Merci

Merci à Maja Lola pour la traduction

dimanche 18 juin 2017

Le Petit Profit Tonitruant de la Dignité



Ivan Fandiño est mort et tout le monde s’en fout. Un peu comme est mort le PCF et comme se meurt le PS à l’exception de ses membres les plus opportunistes vite repeints des couleurs de la déambulation salvatrice. Marche ou Crève. Des tas de gens meurent tous les jours dans l’indifférence générale. Et même mieux, nous offrent ce sentiment de jouissance fugace et presque malsaine, d’en avoir réchappé. C’est encore l’autre qui a été frappé et la vie a soudain ce supplément de sel, ce pic de jouissance égoïste, ce sentiment de partie remise. De bonus, de sursis. Avec parfois cette concomitante sagesse, fugace elle aussi, de se dire mais pourquoi s’emmerder à ce point avec tous ces faux problèmes alors que tout peut s’arrêter d’une seconde à l’autre… ?

Il n’y a pas beaucoup de photographies où Fandiño sourit. Son visage évoquait plutôt un homme sombre, grave, à qui on n’aurait pas envoyé spontanément une grande claque dans le dos. Comme si la prémonition de la tragédie l’habitait déjà. Il était parait-il exigeant et profond, sûrement pas celui qu’il fallait inviter à une soirée comme ''ambianceur'' ni dans une arène comme chauffeur de tendidos pueblerrino. Un torero à décoder, profond, d’intimité, d’introspection claire-obscure, de vérité, sans grande transmission vers le public. Quand il officiait, on le sentait classique et compétent et personne n’avait peur pour lui, il ne donnait pas l’impression d’une quelconque fragilité. Et pourtant messieurs-dames, un autre aurait dit ''les gens'' mais je ne voudrais pas ressembler à un petit dictateur péruvien, ''Povrechito'' éructa hier un coup de corne dans le ruedo d’Aire sur Adour qui pourtant rime avec velours, avec amour, qui le raya de la carte. Les Baltazar Iban étaient bien armés, astifinos, solides, ne faisaient pas honte à la Fiesta Brava.

Il est passé des décennies sans que le grand interrupteur, qu’il s’appelle Dieu, la mala suerte ou la loi des séries, ne prélève de rêveurs belluaires en habit de lumière et puis, depuis quelques mois : El Pana, Victor Barrio, Renatto Motta, Ivan Fandiño.

Si personne ne torée pour mourir prématurément, tous prennent en compte qu’ils seront châtiés et que la mort brutale est une éventualité. Il faut croire que le romantisme de cette vie, les enjeux qu’elle convoque en valent la peine, loin des polémiques stériles.

Alors, si la mort donnée par ''Povrechito'' ne sera qu’un ''petit profit'' pour Fandiño lui-même, elle est comme pour José Candido Esposito mort en 1771, Pepe Hillo en 1801, Joselito en 1920, Ignacio Sanchez Mejias en 1934, José Falcon, Paquirri, El Yiyo et la cinquantaine de toreros non cités, une énorme contribution à la fête du courage, celle de la dignité. 
Tant que ce risque sera présent, elle clouera le bec, même s’ils ne l’avoueront jamais, à tous ceux qui condamnent sans faire cet effort qui ne coûte pourtant aucune blessure, sinon d’accepter de grandir, d’approcher un peuple comme le ferait un ethnologue, par l’anthropologie, la sociologie, la compréhension de son âme vivace et profonde au travers d’un rite qui se répercute, mortels que nous sommes, bien au-delà du niveau incriminé de faire bobo aux animaux ce qui est par ailleurs partout observé dans la nature quand ils s’entre-dévorent allègrement.



''Petit profit'' ou ''Petit rot'', on ne sait ce qu’il y avait dans la tête de celui qui le baptisa, éructa comme ses frères tueurs au fil des siècles, la grandeur tonitruante du combat des toros, ces fauves dangereux que l’on pourrait abattre caché en pleine nature avec un lance-roquette mais qu’un peuple choisit d’affronter au contact et à pied avec un chiffon et une épée au risque d’en mourir. Ceux qui trouvent le concept émouvant ne dénient pas aux autres le loisir de ne pas aimer, mais tous devraient pouvoir admettre la dignité de la chose. Ce que le couple à jamais uni Povrechito-Fandiño est venu nous rappeler. C’est ce qu’il faudrait pouvoir expliquer à la petite fille de deux ans qui s’étonnera bientôt de ne plus voir son papa, ce héros moderne et modeste dont elle pourra être fière à jamais.

Photo de Anya Bartels-Suermondt

mardi 2 mai 2017

Comment tricher au PNE...

Qu'il choisisse l'imaginaire ou que l'imaginaire le choisisse, c'est toujours contre le réel que l'écrivain travaille et de façon à l'oublier.
                                                                                                       F-R de Chateaubriand




A suivre...

vendredi 28 avril 2017

La Pensée du jour



Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.




Boileau

mercredi 26 avril 2017