Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

mardi 14 août 2012

Enfer ou Paradis : pour son prochain ou le suivant ?

Un caillou. Né d’un volcan à cause d’un point chaud et d’un déplacement de plaque sur ce point. Ainsi s'est formé l’archipel, et la grande île qu'on appelle Hawaii ou Big Island est le plus important de ces cailloux au sud du tropique du Cancer. Une route en ferait à peu près le tour en six heures, une autre la traverse en deux heures.  Il reste peu de place pour un large bord de mer alors qu'on avait en tête pas seulement des volcans mais des plages et des cocotiers.

Certes, on a les cocotiers, les rois parmi tant de palmiers à papayes, à mangues ou à bananes, portant le panneau « beware the falling coconuts ». On dresse la tête et on scrute là-haut, parfois très haut, ces grosses boules vertes qui, au moindre balancement peuvent vous tuer. Quant aux plages, elles ne sont jamais immenses : très réduites au contraire voire inexistantes quand les falaises volcaniques qui dressent parfois à plus de deux cents mètres au-dessus de l'eau, les arbres de la rain-forest, des forêts d'eucalyptus ou au contraire, la nudité de leur basalte brun ou rouge, s’effritent puis s'éboulent sous les coups de butoir de la vague toujours furieuse et écumante de rage, agacée qu’elle est par le vent et les surfeurs qui se rient d’elle. Ou alors ce sont les coulées de lave qui, au long des XIX° ou XX° S ont morcelé les plages actuelles, les ont encombrées de rochers, d'îlots, et colorées de noir souvent, de blanc et même de vert..

A l’est, sur la côte sous le vent, arrosée tous les jours et festonnée d'arcs en ciel au moindre rayon de soleil, là où les températures n'excèdent pas 28°C dans l'air ou dans l'eau, les petites plages se dissimulent sous les arbres tropicaux, les plus grands, les plus gros et les plus compliqués qu'on ait pu rencontrer, entortillés dans des lianes qui montent ou descendent ou prennent racines et s'enchevêtrent avec d'autres plantes parasites qui rivalisent de hauteur, d'audace et de beauté pour envahir le maître tronc et ombrager des fougères arborescentes qui se disputent l'espace . Toutes sortes d' oiseaux les habitent, certains rouges ou jaunes, siffleurs, racacaleurs, piailleurs qui s'animent bruyamment de la tombée de la nuit jusqu'au matin. Les fleurs sont nombreuses partout, en haut, en bas, sur les arbres ou sur les buissons ou au ras du sol, agressives, rouges orange, bleues, impudiques avec leurs attributs sexuels bien dressés ou largement ouverts.

Les plages de l'ouest sur la côte sèche qu'on atteint après avoir traversé (sauf si on les avait contournés), les volcans endormi ou actif qui s'élèvent au-dessus de quatre mille mètres et occupent le centre de l'île, et après avoir rencontré onze zones climatiques sur les treize de notre planète (disent les climatologues) sont tout de même ombragées de feuillus et jonchées d' arbres morts aux silhouettes émouvantes. De petits crabes les parcourent en courant se réfugier dans les trous qu'ils creusent instantanément. Des dindes ou des poules sauvages y promènent leur nichée, insoucieuses des mangoustes peu craintives et nombreuses.

C'est sur les volcans, en altitude que nichent les nénés, ces oies sauvages, rares, protégées et célèbres de la grande île. Dans le Parc national des Volcans, le Kilauea le plus actif du monde, sans relâche, crache son épaisse colonne de fumée toxique (mais les rangers ne vous quittent pas des jumelles !), incandescente, grandiose et impressionnante la nuit. On a envie de s'attarder dans ce parc, de parcourir ses nombreux sentiers de randonnées qui l'encerclent ou traversent sa caldera, cette espèce de grand chaudron dont le fond est pavé de dalles basaltiques fissurées d'où s'échappent en permanence de la vapeur d'eau ou des fumeroles soufrées. Ailleurs, plus au nord, on peut gravir les pentes caillouteuses d'un autre volcan endormi, le Mauna Kea qui dépasse les quatre mille mètres, et admirer les télescopes du plus grand observatoire du monde où travaillent en collaboration plusieurs pays dont la France.

Ensuite on mérite l'ombre d'une plage. L'océan reste le paradis des adeptes du snorkeling, ceux qui avancent équipés de masque et de palmes à la recherche de tortues et de requins petits et inoffensifs paraît-il, qu'on voit parfois du bord, de dauphins ou de raies manta. Les tortues sont partout qui déploient leurs pattes comme des ailerons et nagent en dressant la tête sauf si elles digèrent, placides et momifiées sur des basaltes avec un phoque tout aussi repu qui vient les rejoindre ; les jolis poissons jaunes ou bleus, rayés de noir, de la télé, là, enfin, on les voit. Le surf sert souvent de barque à fond plat et les tout-petits l'utilisent en le promenant sur l'eau.

A l'ombre des arbres, ou sous de grands chapiteaux installés sur la côte pluvieuse, chacun trouve son parking gratuit, de l'eau potable, des tables de pique-nique et des barbecues, des douches et des toilettes propres avec des rouleaux de papier en attente, et trois poubelles écologiques. On se prend à penser à la France ! Les campeurs ont leur coin non clôturé, gratuit, pourvu qu'ils aient un permis.

Mais, il n'y a jamais foule sur les plages. Ce sont les barbecues qui rassemblent les mangeurs de hotdogs du weekend. Et alors, on admire ce paisible melting-pot de Canaques bruns, courts et vigoureux, accompagnés de leur vahiné - style inchangé depuis Gauguin et si attirante pour l'Européen qui ne dissimule pas sa convoitise -, les Asiatiques aux petites femmes fines et les grands Américains blonds. Les enfants pullulent, souvenir peut-être du temps de la polygamie quand les gens vivaient nus, que les femmes avaient droit à six maris qu'elles renvoyaient à tour de rôle et recevaient au gré de leurs désirs par une simple indication sur la porte : NEXT. On reste rêveuses !

Maintenant, malgré la difficile mise au pli de la morale chrétienne par les missionnaires, tout ce monde vit décontracté dans ses t-shirts ou chemisettes, ses robettes ou shorts aux impressions voyantes et colorées, en tongs obligatoires, fleurs dans les cheveux et colliers artisanaux même pour les hommes, que ce soit au travail, dans les petites villes, dans les ports ou à la campagne. Ainsi va la douce vie à Hawaii calme et pacifique comme l'océan qui ne l'est guère. Dommage que l'obésité s'y soit répandue comme la culture américaine chez ces indigènes qui, à 90%, avaient demandé leur appartenance aux USA et exigé une forme d' autonomie économique pour échapper à l'esclavage des champs de canne à sucre ou d'ananas. Ils ont imposé l'élevage des bovins, leur café kona, leurs noix macadamia et continuent de se nourrir de poi une espèce de purée de taro gluante et grise à goût fade de châtaigne dont on se demande pourquoi elle est si chère dans les supermarchés !.

Ainsi la déesse Pele mérite bien qu'on la célèbre, qui leur a donné la terre. Comme les Islandais, au Christianisme, les Hawaiiens mêlent des rites animistes qui expliquent ces colliers, ces fleurs, ces croix de cailloux blancs et autres inscriptions sur la lave noire, que l'on rencontre inopinément disposés partout.
Résultat, on est fort loin des sacrifices humains qu'exigeaient les monarchies, il n'y a pas si longtemps, du cannibalisme qui coûta la vie et la cuisson du pauvre capitaine Cook, lequel avait même baptisé l'archipel du joli nom «  Iles Sandwich » et qui bénéficie d'un monument sur la côte ouest, quasi inaccessible par une petite route empierrée ! Cette cohabitation paisible partout où se côtoient et se mélangent les ethnies, sur les aires de pique-nique, sur les plages, dans les rues ou les galeries marchandes comme dans les aéroports, vous laisse un avant-goût de paradis. 
                                                                                    GINA

17 commentaires:

el Chulo a dit…

bravo gina! ça donne malgré tout envie, je parle de l'extrême américanisation pour le malgré tout.

Maja Lola a dit…

Bravo Gina ! Notre globe trotteuse géniale qui nous fait voyager sur notre chaise longue ...
Un texte dont la simple lecture nous fait vivre de manière saisissante la découverte d'une île chargée pourtant de tant de clichés marketing réducteurs.
Passionnant car abordant tous les aspects historiques, géographiques, culturels, sensoriels ... et sous la plume experte de Gina !

Avec les carnets de Chulo, Marc et Gina, l'été sera un sacré bon cru !

P.S. "Paradis ET enfer" ... l'un n'allant pas sans l'autre ;-)

Marc Delon a dit…

Quel racacaleur ce Chulo ! Il est urgent qu'il aille visiter les USA... Gina ne se perd jamais dans les dictatures communistes, elle ne se déplace qu'au sein de pays ultra-américanisés. Elle aime...

Ben alors Gina, et la vague ? La fameuse, la mythique, celle qui attire les surfeurs du monde entier qui viennent s'écorcher sur les coraux ? Pas vue ? Pas entendu parler ? Ben merde alors, elle est pourtant aussi importante à surfer que pour un coureur d'encierro Pamplona ! Surfeuse de papaye !

Maja Lola a dit…

Rien compris Marcos. La vague racoleuse du surfeur est assez médiatisée et suffisamment éculée ... Gina a bien d'autres choses à nous faire découvrir ... digo yo.

Sinon Gina, tu as vu de beaux surfeurs toniques et musclés ? Je dis ça comme ça ....

el Chulo a dit…

mon cher marcos, j'ai le regret de t'ind former que pourt mon travail certes j'ai pas mal sillonné lzes states: washington, boston, new york, tampa, atlanta, chicago t le middle west, san feancisco, los angeles et le nouveau mexique.

Marc Delon a dit…

et tu n'as pas aimé, chulo ?

el Chulo a dit…

la californie, assez oui, new york, oui, le middle west à dégueuler, sans parler du texas, la floride pour les aligators, mais surtout surtout, salinas affreux, qui ressemble tant à la violence des raisins de la colere et monterrey, ses phoques braillards et ses goelands voleurs où j'ai cru revivre rue de la sardine et tortilla flat. j'y allais manger tous les soirs une année, les horaires américains permettant largement une bonne heure de route.D'autant qu'avant, on traversait le très select Carmel!

Anonyme a dit…

Merci à vous d'avoir lu.
Je répondrai à Lola que j'ai vu de beaux surfeurs et surfeuses sortant une planche de leur  4, 4  et se la prenant allègrement sous le bras ou sur la tête mais je n'en ai vu aucun rester sur sa vague trop vite brisée et écumante, plus de quelques secondes.

En revanche, Marc, c'est dans le Maine ou en Australie à Surfer Paradise ( (c'est pour la beauté du mot que je le précise) que j'ai vu des hommes s'enrouler dans une vague, se laisser avaler puis réapparaître et glisser jusqu'au rivage à la verticale.
Les gens s'amusent, se prélassent mais comme le skieur moyen de chez nous qui ne songe à se choisir du hors-piste ou de la piste noire. Pour les championnats, l'endroit en revanche, doit être remarquable.

Je précise que j'aime voyager en priorité dans un pays dont je pratique la langue (et dont je connais l'authentique gentillesse des habitants) ce qui me permet la liberté d'espace et de durée que n'offre pas le voyage tout fait. Je me le réserve pour mes vieux jours. Car, c'est partout que je voudrais aller. Loin de moi l'idée d'identifier les gens à leur régime politique ou à leurs politiques !!!. La nature humaine est la même partout, même si les existences sont différentes qui les rendent plus ou moins accueillants et sympathiques au point que dans certains pays, on ne se sent pas bien.

Chulo, dans le Midwest , il y a quand même Chicago, ce bijou architectural.
La Floride, je n'irai jamais : une amie de là-bas m'a dit « ça ressemble à la Grande Motte !

Anonyme a dit…

J'ai oublié : J'aime bien le titre.

Marc Delon a dit…

<< Loin de moi l'idée d'identifier les gens à leur régime politique ou à leurs politiques !!! >>

ah oui, je confirme ! Hollande ne me représente pas, moi ! Mais bon, Sarkosy non plus !

Bon sinon, Gina, on ne vous demandait pas tant de confession intime ! << je pratique la langue et j'ai vu des hommes qui se laissaient avaler... >> eh bien dites donc !!! c'étaient de bonnes vacances !!!
Bon, ok, je sors, je retire , j'ai rien dit, pardon, je recommencerais toujours, c'est ma nature, faut pas venir me provoquer, d'autant que, c'est bien connu, le sexe a une fâcheuse propension à venir se fourrer partout...

Ce que j'en disais, c'était pour amuser la galerie... ah làlàaaaa ces petites filles et leur naïveté con-génitale...

Anonyme a dit…

"Petites filles et leur naïveté con-génitale" ? dit sur un ton con-descendant par le maître des lieux prête à sourire ....
Naïveté ? Etes-vous sûr ?

el Chulo a dit…

franchement gina, chicago certes, mais pour voir le middle west, prenez donc l'avion, allez à 200 miles au sud et vous verrez champain par exemple!
quel joli port de pêche et si accueillant avec des bars où la ségrégation se pratique encore, me cago, ça fait peur!
la californie est pleine de charme surtout san francisco et le nouveau mexique est d'une beauté époustouflante.
Mais pour San Francisco et sa sublime région et route, la one one, je peux avoir été très influencé par ma passion pour steinbeck, pélerinage à Monterrey et même, horreur, salinas.

Marc Delon a dit…

Aaaaaaah c'était du porno chic alors....

Anonyme a dit…

Comme il sied à un blog de cette qualité ...

Anonyme a dit…

Chulo, vous auriez pu le dire qu'on connaissait les mêmes coins. J'ai découvert San Francisco cette année. Je connaissais Palm Spring et le Joshua (?) parc ; en Arizona, Phoenix et Tortilla flat. C'est à cause de Jim Harrison que j'ai un jour poussé jusquà Nogales à la frontière du Mexique et jusqu'à Gallop au Nouveau Mexique en efffet très spécial, très beau avec un grand goùt de revenez-y.

Marc, j'ai ri et je maintiens donc que j'avais raison, il se fourre partout.

el Chulo a dit…

anonyme,

le "tortilla flat" dont je parle est le très célèbre roman de steinbeck qui se déroule à "monterey" californie, ainsi d'ailleurs que "rue de la sardine", monterey où je faisais mes pélerinages quasi quotidiens. je n'ai pas la chance de connaître tortilla flat arizona! mais quel bonheur de diner dans les restaurants sur pilotis, en plein air, avec en dessous les chiens de mer, et au dessus les mouettes voleuses et déféqueuses pour faire écho à marc.

Anonyme a dit…

Chulo, je vais lire tout de suite Tortilla Flat que mon mari vient de me trouver en attente sur une étagère. Je crois bien ne l’avoir jamais lu.
J’imagine votre restau construit sur pilotis comme de nombreuses maisons d’Hawaii et un Steinbeck qui serait très occupé aujourd’hui à parler de la misère encore croissante des victimes de banquiers.

Et je vous souhaite de voir un jour « mon » Tortilla-flat, son authentique bar avec six habitations qui s’étirent sur une rue et qui semble servir encore de halte de diligence, là-bas sur la pittoresque Apache Trail après le barrage de Roosevelt.

Décidément, le blog nous entraîne vers de beaux rêves et souvenirs.