Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

vendredi 17 août 2012

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Les bras en Cruz, c'est comme ça que Fernando a quitté le ruedo de Las Ventas porté par ses peones pour rejoindre précipitamment l'infirmerie. C'est une scène à la Goya, qui se répète, périodiquement. Cela fait maintenant longtemps que personne n'en est mort. Infirmerie... Ce dernier terme anodin me fait toujours sursauter quand il s'agit d'y transférer des types qui ont mangé de la kératine par voie directe, into the bide. Celui que Durand avait décrit comme un torero au faciès de brise-glace a jeté un froid dans le rond quand c'est lui qui a été disloqué. C'est ma copine Joséphine qui va être contente, ça lui fait une cicatrice de plus à photographier... Pour le commun des mortels, l'infirmerie c'est là où on aimait bien aller se faire poser un joli petit sparadrap chez la seule personne du collège chez qui ne faisait sentir aucun rapport de hiérarchie : elle nous soignait gentiment et puis c'est tout... un peu de rouge sur le genou, un sparadrap mignon, un mouchoir en papier, des paroles réconfortantes et on séchait ses larmes. De nos jours, je suppose que tous les produits sont sous clé et qu'une fonctionnaire terrorisée flanquée d'un surveillant armé officie entre deux cures de sommeil à l'hôpital psy du coin, derrière une grille que même le coup de pied rageur d'un gentil sauvageon ne peut enfoncer ? A cause de ce souvenir d'enfance, du coup, tout est faussé. Dans mon cerveau reptilien, quand j'entends qu'un torero est allé à l'infirmerie, je commence par l'envier avant de me raviser. Cruz c'est un belluaire fragile, un de ces toreros sans physique, à la Gilles Raoux ou Ruiz Manuel, fétus de chair balayés par la houle noire avec los Huevos pour ancre et dont on sait que les mouillages dans les cirques de pierre vont alterner la sang la sueur et les larmes.
Fernando Cruz, au fond de son lit, n'est plus désormais qu'un bulletin de santé : dix jours d'hôpital, un mois de convalescence avec de redoutables et essentielles questions à résoudre, aussi sociétalement incorrectes que : pourra-t-il chier à l'avenir ?
Modernité oblige, la video laisse une sorte d'amertume quand apparaissent les choix multiples proposés aux spectateurs : si tu as ''Liké'' la cornada dans le buffet, clique sur ''Like'', voyeur, si tu veux la partager aimablement, comme une victoire sur les tortionnaires, clique sur ''Share'' et enfin tu peux cliquer sur ''Later'' peut-être une mise en stock pour la voir plus tard ? Je ne sais. En tout cas, le brise-glace pourfendu c'est ''later'' qu'il réapparaîtra ça c'est sûr, mais il va pas ''Share'' avec personne parce que c'est dans son bide à lui que ça gargouille et je ne crois pas qu'il ait ''Liké'' quoi que ce soit dans cet épisode-là. De quoi ? On ne l'a pas poussé à descendre dans cette arène pour se faire bouléguer les intestins ? Justement, c'est ça qui est émouvant et beau.
Photo taurologia.com

1 commentaire:

el Chulo a dit…

de plus ce torero est blessé souvent et gravement. pas vraiment par maladresse, mais par désir de toréer.
de plus c'est vrai qu'il ne ressemble pas vraiment à une gravure de mode, comme nos fragiles figuras.