Adieu

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photo de Anya Bartels-Suerdmont

dimanche 10 février 2013

Django déchaîné deux fois

En 1858 dans les grandes plantations de Louisiane, la vie n'est pas coton pour tout le monde. C'est en quelque sorte le postulat de base à partir duquel Tarantino tisse l'histoire d'un des couples de ces quatre millions de noirs déportés qui furent exploités avec indignité, humiliés cruellement jusqu'aux sommaires exécutions seulement dictées par le mauvais vouloir de maîtres inhumains. Soit un terreau fertile pour le Western, ce genre souvent mu par le ressort de la vengeance. Mais ici, le plat se mange très chaud et le héros est un anti-héros motivé par l'amour qu'il porte à sa femme soit le cas de figure idéal pour que le spectateur lambda noue avec lui d'étroits liens d'identification. Enfin, du moins pour ceux qui aiment leur femme. Aimer, au sens absolu, donc chimique s'entend, c'est à dire ceux qui sont en couple depuis moins de trois ans. De quoi réduire le sous-ensemble du spectateur lambda... qui devait déjà l'être par sa couleur de peau. Armstrong je ne suis pas noir, je suis blanc de peau... mais quand il faut chanter l'espoir... (Nougaro)

Ici, le héros (Jamie Foxx) n'est pas le vengeur emblématique attendu, le Charles Bronson ou le Clint Eastwood, non, ces figures-là tiennent plutôt le rôle des méchants comme ce rôle de propriétaire machiavélique qui sert beaucoup mieux un Di Caprio quittant enfin l'adolescent bouffi transi d'amour ou le père de famille hagard, pour prendre plus d'envergure. Ou encore Christoph Waltz même s'il est moins impressionnant dans ce rôle de dentiste itinérant que dans sa fantastique prestation de colonel SS de Inglorious Bastards, qui reste très convaincant dans ce rôle d'un personnage fin stratège, connaisseur de l'âme humaine, raidissant - au besoin seulement - les incultes barrant son passage, en de distingués assassinats toujours précédés d'une fine allocution au riche vocabulaire pour arguer d'exquis raisonnements finalement ponctués par la fatale syntaxe de son colt.

C'est donc un jour cette redoutable fine équipe d'un intellectuel humaniste désireux d'aider un musclé revanchard, tous deux fines gâchettes, à retrouver la femme de ce dernier, une jolie esclave (Kerry Washington) que tous les hommes séquestreraient volontiers, qui arrive enfin à la propriété où elle est pour l'heure enfermée nue dans ''l'étouffoir'', une cuve métallique en plein soleil, histoire de lui inculquer quelques rudiments des bonnes manières en pleine adéquation avec le service zélé de ces magnanimes employeurs, comme la brimade, le viol, le fouet, etc, bref, la routine. On n'est là bien sûr plus très loin du déchaînement de Django, l'esclave libre.

On restera toujours surpris par le traitement ''Tarantinien'' de ce qui blesse ou tue, ces impacts de balle aux bruitages et dégâts largement exagérés avec geysers de sang sous pression qui donnent parfois le sentiment d'avoir basculé dans un jeu vidéo. Alors allons-y pour les super gargouillis de dégâts vasculaires, les résonances en écho de ''traversée de barbaque'' puisque c'est sa signature. Pour ma part, cela nuit à l'impact... que la scène pourrait avoir sur moi, dans sa crédibilité, mais bon...
Vous sortirez de là rasséréné, chaque chose ayant repris sa place, le héros anti-héros kidnappant sa moitié radieuse sur son beau cheval blanc, le couple se retournant pour assister au feu d'artifice final, l'explosion multi-flammes de la maison du mal enfin purifiée où tous les méchants finissent leur carbonisation rédemptrice. Tarantino vieillirait-il ? Pas forcément, le western est un genre simple faisant appel aux émotions de base, non ? Il nous repose, ne remettant jamais la logique en question et c'est peut-être pour ça qu'on l'aime et qu'ils nous rassure. Non ?

4 commentaires:

Anonyme a dit…

OUI !

Maja Lola a dit…

Merci Marc. Voilà une reseña qui m'exempte d'aller voir Django (en fait, ce n'était pas prévu) ...

1°) Parce que "mon" western est définitivement fossilisé dans mon panthéon idéalisé d'enfance

2°) Parce que je n'aime pas les Tarentinades et leurs ultra violences hémoglobinaires gratuites

The end

Marc Delon a dit…

Puis-je en profiter pour te donner du ''travail'' ?
Va voir BLANCANIEVES et fais nous ta resena por favor...

Maja Lola a dit…

C'est déjà fait .... reseña en gestation ... cerveau un peu en déroute .... retour au reptilien ?