Adieu

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photo de Anya Bartels-Suerdmont

mercredi 28 août 2013

Bilbao, Fuente Ymbro, Perrera, Fandiño, houle et naufrage

Vista Alegre est une arène égalitaire : tous les spectateurs, de la barrera jusqu'aux andanadas, sont dotés du même siège en plastique moulé-injecté bleu. Certains auraient beau vouloir se la péter, pas de discrimination fessière. Tout juste a-t-il été concédé aux généreux donateurs des barreras, une main courante où ils peuvent s'accouder. Sauf, qu'eux, sont exposés à la bruine cantabrique alors que ceux des andanadas, non.



En bois exotique, la main. Imputrescible et sans entretien, elle supporte tout : la sueur des paumes calleuses des joueurs de frontons, les humeurs oxydantes de l'océan, les coudes scrofuleux, l'ennui pesant des avants-bras languides devant la faiblesse de ces Fuente Ymbro, remarquables au standard de leur race brave. Magnifiques... mais naufragés. Moins invalides que leurs frères de Bayonne, mais quand même, de quoi stimuler un anti derechef et décevoir l'aficionado.


Les antis-nous, sont juste là, au coin de la rue à vociférer que la tauromachie, ce n'est pas leur culture. Je m'arrête pour demander à l'un d'eux si Llorca, Alberti, Bergamin, Picasso ne font pas partie de sa culture. Trois, quatre réponses fusent, nerveuses et trop rapides pour que je les comprenne. Je poursuis en bougonnant qu'ils n'étaient peut-être pas basques mais qu'en tout cas ils faudrait être un sacré counas pour penser qu'ils étaient Bulgares... Je suis seul sur Bilbao et je m'amuse comme je peux !



L'architecture de l'arène est plutôt moche et austère tandis que son design intérieur est très ''Super Dupond !'', bleu, blanc, rouge. Le sable n'est plus gris, comme on le lit partout, mais... brun. Ou alors ma vue baisse.



Ah... tiens, quand même..., si, on note la présence d'une tribune à huiles où les sièges rougeoient. Je suis trop loin pour voir si le velours rouge des théâtres Italiens a remplacé le plastique injecté-moulé dans la masse, pour accueillir la première pression à froid des huiles vierges de toute acidité tant qu'elles sont élues. Au fait, l'arène est à moitié vide.



Il y a de belles femmes à Bilbao...



Quoi, la resena ?



Il ne s'est pas passé grand chose, lecteur, tu peux patienter. Tiens, je te donne le titre du periodico si tu veux, en primer elegir. El Correo (de Bilbao) par la plume de Barquerito, titre :



Duelo menor, gana Perrera.



Bof, oui enfin, si l'on veut...



De belles femmes cuisses nues et bronzées, en mini-short et talons hauts, riches, distinguées, accessoirisées et parfumées, qui vous toisent avec dédain. Des putes, quoi... Bôah ça va, je déconneu... Tu sens que pour elles, un torero n'est qu'un bouseux primaire qui ignore tout de la finance et du clitoris, qu'on va le voir comme une mignardise d'apéritif encanaillé, surtout prétexte à ce qu'elle soit vues, elles... arborant leurs dernières trouvailles des rebaixas qui battent leur vide. Rebaixakoak, peut-être, en Euskal Herria... va savoir, lecteur, sûrement incapable de parler et écrire convenablement ta propre langue maternelle !!! (ouais, comme moi, je sais...)



''Olékakoak ! ''en tout cas, on ne crie pas, mais... Olé ! Comme dans toute l'Espagne Espagnole... (Faut deux ''E'' majuscules pour la tortilla minimum ?) Avec ce fond d'aficion qui sait déterminer dans l'instant la profondeur d'une passe, et alors le rugissement sans attendre, naît de la passe et se module même, enfle comme une vague plus elle est templée, plus elle est profonde, engagée, plus la houle noire est d'envergure, plus elle est surfée de ce Olé capable de scander l'équilibre de sa navigation jusqu'à ce qu'elle roule, liée à la suivante par l'écume de son courage puis casse parfois comme un short break sur le rivage quand un méchant hachazo de révolte désarme et immerge à nouveau dans le bouillonnement des difficultés.

( ben oui, j'étais en vacances dans les vagues à body-surfer... j'ai dégusté grave question lavage de sinus...)



A ce jeu, c'est Fandiño, Yvan-le-basque, qui réussit à surnager, recrutant les gorges avides du triomphe pays, hélas soudain coites lorsqu'une charge scélérate tirait d'autres bords.



A Perrera échut alors le moins faiblard de l'équipage, cinquième du lot comme de bien entendu, auprès de qui il put valoriser un ensemble plus structuré, introduction par cambios, thèse por derechazos, anti-thèse por naturales, commentaires d'enjolivements et synthèse d'acier réfrigérant. Les spectateurs pouvant enfin se décontracter les bras crispés en secouant avec insistance un de ces mouchoirs qui habitaient les poches des pantalons trop hauts de mon grand-père qui n'a pas connu l'avènement du Kleenex. Des agitateurs que le président Matias avait beau avoir dans le pif, il appliquait le règlement.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Tournedos à la gallega.
Moi, avec mon smartphone, je peux me photographier sans retourner l'appareil, comme tous ces cons qui, sans gêne, agrippent les people et même les toreros et, sourire idiot, bras droit tendu, se photographient à leur côté, épaule contre épaule et même tête contre tête.
Marc lui, il a tellement de flex, de reflex, de bridge, d'hybride, de compact et de tours dans son sac qu'il arrive à se photographier de dos, sans les mains, sur une plage du pays basque.
Il est tellement fort Marc, que Jacques Durand lui-même, aujourd'hui dans sa page taurine, lui décerne le titre "d'écrivain nîmois". Rien que ça !
Une amie qui n'entend rien aux choses taurines m'a dit que ce type, debout face à l'océan, ressemblait à Jean-Pierre Elkabbach. Elle le connait, alors si elle le dit...
JLB

Anonyme a dit…

Sur la deuxième petite photo du dernier post, on peut voir une scène traditionnelle du pays basque : un individu vêtu de noir s'enfuit après avoir perpétré un attentat sexuel sur une jeune femme aux cuisses nues et bronzées. Il tient encore dans sa main gauche un sex-toy de taille considérable. La belle masse son postérieur endolori.
Tu parles de "vacances dans les vagues" !
JLB

Marc Delon a dit…

Surtout que lire ça au moment où j'écris avoir conscience de n'être point capable d'écrire convenablement ma propre langue maternelle, ça réconforte...!
Vais essayer de continuer à ne pas le croire même si c'est jacques Durand qui l'écrit, sinon je vais essayer de bien faire, justifier le truc, quoi, et perdre toute spontanéité déconneuse qui est quand même ce qui me caractérise le mieux en tant "qu'écrivain nîmois"... au moins dans ce blog !

Pour le godemiché, l'agression sexuelle basque et Elkabbach, comme quoi avec une photo on écrit aussi pas mal de choses. Continue à légender, y'en aura d'autres...