mercredi 14 septembre 2011

Rencontre Fortuite

Rentré vers vingt-trois heures de chez Sylvie la marraine de sa fille, Mathias se dirigea vers la salle de bains pour libérer sa peau de cette fin d'été qui poissait sa chemise sur son torse et son dos. Anne, sa femme, le précéda à une intersection du long couloir.

- Tu voulais prendre une douche, aussi ?
- Oui, mais vas-y, je la prendrai plus tard.
- Je n'en ai pas pour longtemps...

C'était vrai. Mathias avait épousé la seule femme qui ne s'enfermait pas des heures durant dans la salle de bain, en grimaçant devant le miroir jusqu'à trouver son apparence acceptable. D'ailleurs, aucun produit de beauté n'encombrait la paillasse. On ne pouvait pas dire qu'elle participait au grand marché de dupes de la cosmétologie qui prenait si bien les femmes pour des niaises, qu'il arrivait à générer des milliards d'euros à partir du rêve suscité par toutes les poudres et crèmes de perlimpinpin promettant une régénération de la peau, un effacement des rides et une dissolution des graisses. Le tout en trois semaines avec des résultats mesurables. Comment pouvaient-elles alors s'étonner que des hommes les méprisent constatant leur propension à donner encore du crédit à pareilles arnaques ? Le comble, c'était qu'elles le faisaient pour eux. Pour qu'ils les regardent encore, pour les attirer dans leur giron, toujours. Dans ce domaine, avancer en âge les abêtissait toujours plus. Tout le monde savait bien qu'il n'y avait que trois états fondamentaux où l'on se rangeait immanquablement au fil des ans : la jeunesse, la maturité, la vieillesse. Il fallait juste avoir la sagesse de ne pas ambitionner des qualités qui ne correspondaient pas à celui auquel vous apparteniez. On ne répertoriait d'ailleurs pas de jeunes voulant acquérir des rides... Mathias alla s'affaler dans le grand canapé de cuir noir défoncé et alluma la télévision. Il entendit tous ces piètres communicants d'agriculteurs de ''l'Amour est dans le Pré'' ahaner qu'ils voulaient une femme "naturelle". C'est certainement pour ça qu'ils n'en avaient pas puisque Mathias détenait la seule rustique non sophistiquée sur laquelle l'Oréal, Gemey Maybeline ou Lutsine n'avaient jamais eu aucune prise. Il pensa que c'est avec un de ces types-là, qu'elle aurait été heureuse. Avec un taiseux primaire, qui se dispersait moins, un chevrier du Causse, un gars simple, plus fiable que créatif. Prévisible. Constant.

''Les Français, l'Amour et le Sexe'', c'est là qu'il arrêta de zapper. Un charmant pâtissier trentenaire expliquait son goût pour varier les positions dans lesquelles il faisait l'amour à sa gogo-danseuse de copine qui...

- Ca y est, tu peux aller à la douche, j'ai fini !
- Mouuuais....




Cinq minutes et douze secondes. Le temps de son passage dans la salle de bain. Il n'y avait guère que la scuderia Ferrari qui pouvait mieux faire dans les paddocks de la F1.




... les positions dans lesquelles il faisait l'amour à sa gogo-danseuse de copine donc, - un métier parait-il très honorable - qui découvrait comme il était bon de s'abandonner à l'imagination de son partenaire doué pour la faire ruisseller de plaisir à un point tel, expliquait-elle, qu'elle avait cru la première fois avoir fait pipi ! Une femme "naturelle" quoi... pour le moins. Et d'enchaîner avec son copain en mimant les positions absolument géniales que la nuit des temps avait inventées avant eux, d'un air si satisfait de nous confier leurs exclusives génialités.




Mathias s'en retourna dans le pré où fusaient encore d'affligeants clichés toujours décrits par les mêmes locutions : "coups de foudre", "prince charmant" et autres billevesées stéréotypées qui font tricoter plus humide dans les chaumières et laissent transparaître le pathétique de ceux qui ne se douchaient qu'une fois par semaine et n'avaient eu que leur main pour partenaire sexuel depuis parfois un quart de siècle. On assistait incrédule au manège de ces femmes qui se seraient damnées pour enfin se caser et aux attitudes sans vergogne de rustiques qui se rabattaient instantanément et avec le même "amour" sur le second choix, après que la candidate élue se soit retirée de la compétition ayant tout à tour eu son moment d'espoir puis de désespoir avant la soudaine clairvoyante révélation de représenter pour le rustre, la bonne, l'ouvrière agricole et la pute soit autant de prestations qu'il ne voulait pas payer.




Il était grand temps d'aller se coucher mais devant sa télé, Mathias avait un peu l'attitude du pénitent. Se flageller un peu plus à rester là, avachi et poisseux sur le nubuck gras du canapé défoncé. Puis insidieusement arrivait un moment où il était trop épuisé pour se lever et se glisser dans son lit. Alors, souvent il restait là, à regarder les yeux mi-clos les plus soporifiques images capables de l'accompagner dans sa torpeur. Il se leva finalement vers une heure du matin et entreprit de régler l'alarme de son Iphone 4 que lui enviait son fils et qui lui servait de réveil. Impossible de mettre la main sur son téléphone. Introuvable. Il se saisit alors du téléphone fixe et composa son numéro espérant l'entendre sonner quelque part dans la maison.




- Allo, allo oui...? dit une très jolie voix comme réveillée en sursaut




- Sylvie...? Ah... mince, excuse moi... j'ai donc oublié mon téléphone chez toi...




- Euh... mais qui est-ce... ?




- Mathias... c'est moi, Mathias...




- Aaah Mathias... tu m'as fait peur, tu peux pas savoir... je venais de m'endormir, tu m'as réveillée en sursaut...




- Excuse moi... je cherche mon portable... je voulais le faire sonner pour le repérer. Donc tu dormais avec mon téléphonne sur ta table de nuit ?




- Avec le mien ! Mais Mathias... Mathias comment ?




- Ben... Mathias Ringelstein !




-... connais personne de ce nom-là...! dit-elle en riant.




- Tu... tu n'es pas Sylvie...? C'est sa fille ? C'est Pauline ?




- Si ! Je m'appelle Sylvie, mais je n'ai pas de fille qui s'appelle Pauline !




- Oh làlaaaa... alors je suis vraiment désolé, j'ai composé un mauvais numéro et je vous ai dérangée...




- Oui... ça doit être ça... mais bon... ce n'est pas grave...




- Vous êtes gentille... j'évite de vous dire bonne nuit, alors, avant de vous quitter ?




Elle a ri. Vu la touffeur qui sévissait partout dans le pays, elle était sûrement nue sous ses draps et son rire était amical et gai. Elle devait trouver que Mathias était encore plus distrait que ce qu'elle était ensommeillée. Que l'occurrence improbable de ce contact était finalement un aimable quiproquo. Elle était familière. Son rire était une cascade de notes fraîches débarassée des scories de la politesse et des conventions. Mathias la trouvait nue et crue en quelque sorte, dans toute sa vérité touchante. Ce moment était très érotique. Aucun des deux interlocuteurs bien qu'ils n'aient objectivement plus rien à se dire et soient épuisés, ne marquait d'impatience à raccrocher. Mathias s'excusa encore et se permit un






"Bonsoir alors, Sylvie..."




auquel une Sylvie totalement éveillée maintenant, lui répondit par un chaleureux




"Bonsoir Mathias, vous êtes pardonné, au fait..." dans lequel suintait toute la douceur du monde.




- Mais à qui tu parles ? Allez, viens te coucher maintenant, tu vas encore être crevé demain pour travailler !






disait Anne depuis la chambre. Mathias entra dans la douche qu'il subit jusqu'à ce que toute forme d'excitation soit lavée de son corps et de ses pensées.

27 commentaires:

Maja Lola a dit…

Il n'aime pas le rugby ce brave Mathias ?

Il aurait pu courageusement zapper au lieu de s'abrutir devant des rustiques "peopolisés" et certainement triés sur le volet via le prisme de nos brillants réalisateurs parisiens. Dommage qu'encore une fois on finisse par ridiculiser une profession qui n'en avait déjà pas besoin ...

Reste une moiteur assez évocatrice après le réveil fortuit de la belle endormie ... Allez ! Tout le monde à la douche !

el Chulo a dit…

Je n'ai pas compris un retour au je, mais pour le reste celà pourrait faire parfois penser à du Carver ce qui est plutôt un compliment, tu le sais.

Marc Delon a dit…

Damned ! me serais-je trahi ? Vais corriger ce "je" de ce pas !

Entendez-vous hein, parce que entre Maja Lola qui trouve ça, sur ma suggestion, plutôt "roman-feuilleton" et toi qui cite Carver, y'a un monde.
Comme je suis EXTREMEMENT modeste je ressens et partage plutôt l'avis de Maja Lola.

Je crois que si j'étas capable de faire du Carver en une demi-heure à la place du massage d'un patient qui n'est pas venu, ça se saurait, non ?

Content que ça t'ai plu en tout cas !

Marc Delon a dit…

Gina qui a TOUT lu, donc fatalement "Nous Deux" et Carver, viendra sûrement trancher maintenant que ses randonnées alpestres touchent à leur fin...

el Chulo a dit…

"j'ai écrit que celà pourrait faire penser à du Carver'" pour le type de thèmedu quotidien , la façon de le traiter. reste certainement à le retravailler dans la concision et la force minimaliste.

Marc Delon a dit…

Oui... jen e commets que des mammouths imparfaitement dégraissés. Je pense que sur la photo du rugby plus bas, les Espagnoles y arriveront mieux...

el Chulo a dit…

bof, arrête marc de déconner!

Marc Delon a dit…

mais si j'arrête je meurs chulo, c'est ma raison de vivre, déconner...
Tiens j'me casse, vais voir ce qu'il reste des Miuras... si je ne suis pas pris dans l'apéro géant vous aurez des photos ce soir... mais n'espérez pas trop !

Marc Delon a dit…

et à "Mathias" faut un "t" ou deux "t" ?

Anonyme a dit…

Mais quel R. Carver ? Celui dont on a admiré le "minimalisme" qui n'était en réalité qu'un sabrage littéraire par son éditeur ? Il n'y avait pas plus de minimalisme chez Carver que d'âme chez ce tordu de Lisch. La littérature de Carver est parmi les plus incroyables bidouillages du vingtième siècle. Y compris de la part de sa seconde épouse et des escrocs qui se sont occupés de ses textes de façon posthume (à des fins politiques gauchisantes d'ailleurs). Pauvre Carver !
Le "je" qui = Marc (?) et qui arrive comme un poil sur le gazpacho dans ce texte m'a également surpris.
Totalement immergé dans les toros des deux côtés des Pyrénées, je passe la tête un court instant dans ton blog, avant de repartir encore plus au Sud.
Entendu dans les tendidos, samedi à Arles pendant la faena de Morante, un échange a gusto entre un "spectateur" et un "aficionado" : l'un criant "musica" et l'autre répliquant "la musique c'est lui". Joli non ? Ole !
Pendant ce temps, "les bourgeois laqués" (Francis Marmande) de Dax s'indignent. Et Zocato sent le vin cuit !
Youpi ! Un premier pas a été franchi à Vic pour débarrasser les ferias de ces hordes dégueulasses et dégueulardes de jeunes ivrognes. Qui aura le courage de suivre et de prendre de vrais mesures ?
La démocratie française ne cesse de m'étonner....
JLB

Anonyme a dit…

Un seul T avec un nuage d'ole.
Buen aprovecho
JLB

Anonyme a dit…

je voulais dire bien aprovecho.
Sans t
Et prospérité
JLB

Anonyme a dit…

Un seul "t" !

Maitresse à lunettes

Anonyme a dit…

ça pourrait être le script d'un épisode de "un gars, une fille" ou "scènes de ménage". Écris-en une cinquantaine et appelle Alexandra ou Audrey Lamy.On sait jamais...entre gens du Gard on peut bien s'entraider...
isa

Elixirman a dit…

Hello Marcus !

Pour tenir le coup et éviter de t'endormir sur ton canapé, as tu pensé au dopage ?

A la question, "Est ce que votre femme s'est dopée ?", le mari de Jannie Longo a répondu:
"Elle ne boit que du café ma Longo ...!".

Marc Delon a dit…

"On ne pouvait pas dire qu'elle participait au grand marché de dupes de la cosmétologie qui prenait si bien les femmes pour des niaises, qu'il arrivait à générer des milliards d'euros à partir du rêve suscité par toutes les poudres et crèmes de perlimpinpin promettant une régénération de la peau, un effacement des rides et une dissolution des graisses"

C'est hyper facile de se faire haïr des femmes en une phrase...

Maja Lola a dit…

C'est l'angle d'accroche que tu aimerais bien que les femmes saisissent, n'est-ce pas ? Etonné que tu es qu'aucune n'ait réagi ?

Peut-être parce qu'elles le savent, ne sont pas si dupes que ça, mais que cela ne les empêche pas de vivre d'illusions. Se oindre de crèmes parfumées, abuser de gestes de soins féminins ne porte préjudice à personne ... sauf, bien sûr, au porte-monnaie. Mais là on touche à la façon de dépenser ses "pépettes" ... et entre hommes et femmes, il y aurait beaucoup à dire.

Marc Delon a dit…

Sacré Maja Lola... not at all... c'est qu'à la relecture j'ai trouvé ça dur et injuste, gentil garçon que je suis ;-)

Vous avez toutes réagi par ce silence tonitruant d'ailleurs...

Sinon j'ai acheté ma Nivea Q10 l'autre jour : ça pue,ça poisse, ça brille : je garde mes rides !

el Chulo a dit…

L'étonnant JLB va me refaire le coup des centrales japonaises sans le moindre danger en zones hautement sismiques et au niveau de la mer en zones exposées aux tsunamis!
comme dirait p.dac: "je suis pour tout ce qui est contre tout ce qui est pour" ou inversement je ne sais plus.
j'ai seulement parlé d'une similitude d'ambiance et parfois de traitement, et je conçois qu'on puisse aimer ou detester carver.

Anonyme a dit…

Sauf que je me sens classée parmi les niaises - ce qui est assez souvent vrai -, je dirais que j'aime cette histoire empruntée comme l'aurait fait, je crois, Carver que je connais assez peu, à un événement très quotidien. Tout est mené allègrement, plusieurs plans se mêlent habilement ce qui n'exclut pas les réflexions. Bravo. Mais Carver se serait moins emballé dans de courtes phrases reposantes our le lecteur.
Gina

el Chulo a dit…

la photo avec l'éclairage sur le coté qui tue est magnifique!

Marc Delon a dit…

Si Chulo... j'ai développé ce fichier un peu (beaucoup) sombre pour qu'on voie les pépites luminescentes que l'habit de ce peon réfléchiqqait sur les vieilles pierres romaines quasi...

el Chulo a dit…

magnifique!

Marc Delon a dit…

Ouais enfin, il réfléchissait plus qu'il ne réfléchiqquait...

Maja Lola a dit…

Elle est effectivement très belle cette photo. J'aime aussi beaucoup ce rouge velouté du capote ainsi que les mains brunes.

Marc Delon a dit…

c'est pour lui, le rouge du capote, que je n'ai pas donné la version en noir et blanc qui fonctionne pas mal non plus.

el Chulo a dit…

merde arrete avec photoshop