Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

vendredi 3 février 2012

Froidure

Aujourd'hui, treize défections. Fait froid. Brrrrr... Les gens du Sud supportent mal la charge des températures négatives surtout quand la corne du Mistral s'y associe. Les mamies se sont désistées en toute hypocrisie : céphalées, gastro, enfin toute pathologie autre que celle pour laquelle elles viennent me voir, pardi. Rémission générale de l'algie originelle... Les plus calculatrices ont fait téléphoner par monsieur dont la voix hésitante trahissait l'embarras. Les jeunes, vingt deux et trente ans, n'étaient pas plus courageuses mais au moins ne me prenaient pas pour un con :

- Je suis chez moi, fatiguée, sous la couette, je n'ai plus envie de sortir.
- Ok, je comprends...

Dans les rues de Nîmes, les passants ne passaient plus guère.


Hier soir, Louise pleurait dans son lit, les cuisses dures comme le bois, contracturées par les efforts de sa gym et peut-être aussi parce qu'elle grandit. Massage papa, s'il te plaît. Elle a quitté son pantalon de pyjama et mis son doudou, un petit chien noir et blanc tout agréable à pressouiller avec des mains potelées, sur son intimité. C'est nouveau, cette pudeur naissante. C'est une petite femme et je suis un homme après tout. Je suis allé chercher mon huile dont j'ai toujours un flacon dans la portière chauffeur, prête à être dégainée. Masseur, ce n'est pas un statut social très reluisant -même avec de l'huile- mais c'est le mien et il est apprécié. Dès que le massage a commencé et que j'ai pris sa douleur en considération en la plaignant beaucoup sur un ton moqueur, des ébauches de rire se sont mêlées aux sanglots. Puis l'huile Weleda à la fleur d'Arnica qui pue et qu'on parfume à la lavande a commencé à faire son effet. Le petit chien glissait et je l'ai repositionné plusieurs fois jusqu'à ce qu'elle me dise que ça ne faisait rien, que j'étais son papa. J'ai pensé au malheur enduré par les petites filles que leur papa viole. Si tu savais ma fille comme le monde peut être moche. Les muscles se sont détendus. Pour finir, j'ai replié ses jambes et fait ballotter de mes deux mains chacune de ses cuisses comme si je voulais en séparer la chair de l'os. Elle m'a dit :

- Tu ressembles à ton père !

- Euh...mais...tu ne l'as pas connu...
- J'ai vu sa photo dans ton bureau, avec ta maman... quand tu étais bébé...
- … ah... oui... ah bon... ?
- Elle était belle ta maman... qu'elle m'a dit, droit dans les yeux.
- Euh... oui... et élégante aussi...
- Pas comme maman, alors ?
- Euh... non... pas comme maman...

- Mais tu comprends, maman avec son travail, elle peut pas...
- Ah oui ? J'en croise, moi, pourtant, des infirmières élégantes, en ville...
- ça l'intéresse pas alors …
- Voilà, je crois que c'est ça...
- T'as des mains magiques, papa, j'ai plus mal !
- Tant mieux ! Allez, dors maintenant...
- Bonne nuit papa...
-Bonne nuit ma fifille...
- Papa ?
- Oui ?

- Quand tu es dans ton bureau et que tu écris sur ton blog, tu la regardes défois la photo de ton papa et de ta maman quand tu étais bébé ?
-… Oui, Louise... souvent... dors.

6 commentaires:

Maja Lola a dit…

Une froidure directement pourvoyeuse de chaleur .... Inversement proportionnelle à la baisse vertigineuse du thermomètre, cette tranche de vie ordinaire nous réchauffe (sans massage à l'huile Weleda) nous, les lecteurs, simples passants sur ce blog ou contributeurs patentés.
Ce blog ? Il me plaît (et pas le seul d'ailleurs) .... pas de "panel cible" ni de calcul pour un lectorat élitiste, mais plutôt une page publique accessible à tous (discrets, réactifs, timides, grandiloquents, réactifs, obséquieux, acerbes, ironiques, jouisseurs, étonnés, prétentieux, émus, amicaux, jaloux, frustrés...) J'arrête là mon énumération ... d'aucuns me conseilleraient de me référer à Robert ou Tartempion.

Une simple, belle et touchante écriture qui nous émeut et nous réchauffe le coeur.

Allez, manteau, gants, cache-nez et ... en piste pour une nouvelle journée !

el Chulo a dit…

j'adore ce prénom louise!joli texte aussi!

Anonyme a dit…

Treize défections. Il neigeait tant que ça à nimes? Pauvre France!

Anonyme a dit…

Le kiné est surtout un papa qui joue son rôle avec amour et patience. Etre une petite fille dans cette situation, ( et au diable le grand Freud ) c’est la confiance en soi assurée, une grande confiance dans la vie, la joie de vivre, la protection contre le mal, des forces pour l’adolescence et plus tard, pour les moments où elle découvrira combien cette vie est parfois moche. Toute seule, elle comprendra que l’élégance n’est pas que dans le chic du paraître mais surtout dans l’Etre, ce que lui transmet sans le savoir à cet instant du coucher, son papa. Gina

El Jipe a dit…

Pénible, le Chulo ! C'est pile ce que je voulais dire, pour le prénom. J'ai une affection particulière pour "Louise". Et paradoxalement, je n'aime que très moyennenement "Louis". Ce doit être un prénom de fille, et même si je ne sais pas l'exprimer, je crois que c'est un prénom qui rime avec un physique. Quelque chose de doux et de poétique.

Anonyme a dit…

Superbe texte,
Il me touché sans route car ma grand mere s'appelait Louise et ma fille m'a fait Le meme coup avec mon pere décède de longue maladie...
Merci pour ce morceau de tendresse
Chf