Adieu

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photo de Anya Bartels-Suerdmont

mardi 9 avril 2013

Le Fauve et l'Animal politique

A l’affût sur le cuir de buffle de mon canapé, j’étais happé par la beauté du Serengeti. Une beauté à retrouver la foi. L’énorme troupeau de gnous mu par son instinct migratoire, s’étirait en un galop apparemment désordonné dont les vues aériennes révélaient la cohérence. Nous traversions avec eux des paysages à couper le souffle. Dans la grande plaine, les hyènes, en bandes sournoises, convoitaient les faibles. Les femelles gnous interrompaient parfois leur galop automatique pour mettre bas des rejetons que des lionnes venaient croquer à leur croupe, encore gluants des humeurs utérines. Tout cela était d’une naturelle sauvagerie, d’une incroyable beauté radicalement incompréhensible à un adhérent végétarien de la SPA. Dont on peut remarquer d’ailleurs rien que par son arrivée dans ce texte, à quel point il détonne, jure et pollue cette Tanzanie où il se sentirait si mal, lui, l’ami des animaux dont il ignore tout.


Il suffisait de zapper pour arriver dans une autre jungle télévisuelle où d’autres fauves aux dents très longues qu’on avait élus pour nous servir, s’envoyaient à la gueule par des rugissements couvrant ceux du voisin, des menaces d’une perfide agressivité pour cacher qu’ils s’étaient servis. Si la sauvagerie des fauves du Serengeti n’était conditionnée que par la nécessité de vivre, celle du plateau télé en panique n’était motivée que par la nécessité de ne pas mourir politiquement.


Les gnous aussi innombrables que des millions d’euros sur les comptes suisses d’humanistes vertueux roses ou bleus, entreprirent de traverser la rivière Mara. Chaque individu caché par la multitude, conscient du danger et acceptant le principe du tribut sacrificiel hasardeux. Comme des contrevenants d’un peuple traqué par une administration fiscale. Naviguant toujours entre deux eaux, les crocodiles hypocrites guettaient les bonnes opportunités pour stocker des options roboratives et voter des lois auxquelles ils n’imaginaient pas se soumettre.
De jeunes gnous faibles étaient emportés par le courant, d’autres étaient stockés dans le compte courant des estomacs insatiables des fauves aux dents si longues et à la peau si dure que même morts ils finissaient parfois en porte-monnaie ou en sacs à main de journalistes assez fascinées pour copuler avec les animaux politiques et dont il ne fallait alors plus attendre aucune soif d’objective information. C’était fascinant.


Quand le zapping fou prit fin et qu’il fallut aller se coucher pour être capable de travailler le lendemain et gagner les clopinettes d’usage, on avait compris d’évidence ce que les fauves du Serengeti irradiaient de beauté biblique et ceux de l’hémicycle, d’abjection cynique. Avec peut-être cette transversale sentence que si partout s’appliquait la loi du plus fort, il y avait un univers muet où la cruauté était nécessaire et noble et un autre violent ou l’annonce fallacieuse de préceptes rabâchés amuseurs des foules comme « liberté, égalité, fraternité » ne correspondait à rien qui puisse régir la nature humaine, jamais. Seuls quelques cyniques manipulateurs qu’il faut dorénavant éviter de qualifier péjorativement de ''fauves'' tant les vrais apparaissent sympathiques, feignaient d’y croire pour mieux mener le troupeau dans lequel quelques-uns aussi naïfs que des gnous se persuadaient que l’Homme était bon, pour que leur système de pensée ne s’écroule point face à l’avidité génétique de l’animal politique. Chassez le naturel... etc. Comme un gnou.

13 commentaires:

el Chulo a dit…

magnifique écriture. bravo!

Anonyme a dit…

REMARQUABLE !

Gina

Maja Lola a dit…

A court de superlatifs .... Un "edito" brillant et original qui ferait une colonne d'un fameux journal !

Marc Delon a dit…

Le fan-club se déchaîne ce soir... Je n'ai pourtant pas encore fait ma déclaration de patrimoine... Profitez-en bien, l'inconstance étant une de mes caractéristiques, dès le prochain post je risque d'être beaucoup plus mou du gnou.

Anonyme a dit…

Gnous approuvons.
Et gnous vous envoyons un peu d'alegria avec "Pobre Miguel" de Triana Pura.
http://www.youtube.com/v/BjKvTZnpnF4
JLB

Marc Delon a dit…

c pas du "Hondo" si ? Doit être meilleure à la tortilla qu'au baile à cause d'un léger manque de souplesse de la ceinture pelvienne...
ça va, je sors...

Anonyme a dit…

Et quelques bons coups de knout à tous ces gnous voyous !

Maja Lola a dit…

Toujours le mot qui tue ce Marcos ... la brave Esperanza est déjà passée de vie à trépas et sa souplesse ne sera plus à mettre à l'épreuve.

Je crois que Miguel ne descendra plus de sa montagne.

Marc Delon a dit…

le mot qui tue, le mot qui tue... mais le geste qui soigne !

Anonyme a dit…

ADMIRABLE !!!

Victorina

Anonyme a dit…

LISABLE !!!

Anonyme a dit…

IMPOSABLE !!!

Anonyme a dit…

INDEMODABLE !!!