Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

mercredi 17 avril 2013

Séville, Sévillanes, Sévillanités, Sévillanissime

<< Trente kilomètres. Dans quelques instants, s’il me plaît et une fois encore, je mangerai Séville. La Giralda, la plus belle glace à la pistache du monde, je la lécherai. Ce sera mon dessert mais, auparavant, j’aurai dévoré la Maestranza et mon visage heureux en sera barbouillé de crème rose et blanche >>

Sévillanes   de Jean Cau, 1987  ( édit. Atlantica )

L’auteur file vers Séville,  une amante en réserve, longtemps  délaissée, qu’il brûle de retrouver en espérant qu’elle n’a pas changé. Cela nous vaut une épopée autobiographique et picaresque dont les titres de chapitres nous renvoient aussitôt à Cervantès. Jean Cau a de la culture, de l’humour, de la familiarité et une connaissance étendue des mœurs de Séville et de l’Espagne. Au gré de ses caprices, nous  suivons tout ce qu’il communique de son exubérante passion. 
Dans Séville, on  observe les places, les statues, les rues, les coins et recoins célèbres marqués par l’Histoire, la Maestranza, les églises, toutes, certains hôtels qu’occupèrent les célébrités tauromachiques, les restaurants, leur cuisine, ses odeurs et  ses boissons. On rencontre les gens qu’il connaît déjà ou qu’il découvre par hasard, qui alimentent ses connaissances d’autres connaissances réalistes ou romancées, mythiques ou très actuelles et quotidiennes. Des aficionados, bien sûr,  malades hallucinés confinés  dans la secte de  leur aficion « portée au rouge », des toreros, anciens ou actuels, des célébrités, des gitans, des mendiants, des nains toreros, des cireurs de bottes, des vendeuses d’œillets, des muletiers. Et quelques personnages, le Curro par exemple, « enfui de la plaza… pour éviter les coussins noirs qui, comme un vol de corbeaux hors du gradin natal, allaient s’abattre sur lui… »

Ailleurs ce sont les Vierges rivalisant de coquetterie, et les Christs échappés des sacristies, puis  le peuple quand il  est « en crue »,  en processions de Semaine Sainte,  en délire de feria, « en armada qui se veut invincible » avant la Coupe d’Europe de football, ou  quand il se regroupe bruyant et bavard dans les bars, sur les places, devant  les casitas abandonnées à la guitare et au flamenco.

L’épopée picaresque s’intéresse aussi au merveilleux sorti des retables, des églises et des cimetières dans des anecdotes pittoresques inhérentes à la culture de tous les Sévillans. Un détour inattendu par l’Italie, pour les beautés artistiques, historiques et religieuses de cette  autre amante en réserve, par comparaison avec l’Espagne, nous la fera plus subtilement apprécier : « Italie aux joyeuses églises, aux statues pensives… qui s’est enivrée de couleurs, l’Espagne, d’or ».
Au passage, les réflexions sont nombreuses sur l’Histoire, l’Inquisition, les mœurs,  le machisme,  le gitanisme, la tauromachie, la politique et la corrida. L’auteur s’étonne  et s’amuse de toute une intelligentsia parisienne qui  se pique d’aficion mais qui est « Ô stupeur, de gauche. De gauche ! Rodrigue qui l’eût cru, Chimène, qui l’eût dit, Que la Gauche aux toros un jour se convertît ! ».
Il égratigne volontiers le tourisme, préoccupé qu’il est de voir au moins sa Séville, sinon son Espagne rester pure, fidèle à ses  traditions. Il s’en prend aux modes, à l’américanisme des « guitares électriques qui raclent le rock… » et dresse un diagnostic féroce de certaines mœurs : «L’Espagne ne pue plus délicieusement l’huile d’olive... Elle n’est plus, cette Andalousie des éventails et des paupières baissées …Elle s’est épluchée de ses volants et de ses châles… »

Le vagabondage espagnol est aussi voyage intérieur, connaissance approfondie de soi-même. Jean Cau nous confie ses doutes sur les raisons de son entrée en aficion,  cette passion pas partout avouable, dans le  sud de la France, chez lui, passons, mais à Paris !  Et puis cette passion serait-elle en train de mourir ? Il  est arrivé à l’auteur de se lasser de Séville, de faire un saut à Saragosse. Un jour, d’humeur morose, il écrit longuement son marasme et sa nostalgie de Paris : « j’en ai assez des toros, des grosses gitanes… et de leurs oeillets, des oranges amères, des retables trop dorés, du chorizo trop rouge, des litanies…, des caroubiers…, des pommes d’Adam des chanteurs flamencos… ». 
 Il a rencontré des aficionados blasés qui s’ennuient sur les gradins, et la pureté naïve des mœurs sévillanes ne le rend-elle pas un peu hautain et ironique par moments ? Que deviendra la corrida dans ce monde moderne ?
Même son écriture le préoccupe, lui, « torero de plume » qui a la passion « torère »  de la littérature (de l’art et de l’Histoire, devrions-nous ajouter). 
La réédition judicieuse de ce livre, toujours d’actualité, par Atlantica, l’aurait rassuré comme elle convainc les lecteurs, de la pérennité de la belle littérature :  « Sévillanes »  les maintient sous le charme par << la musique de sa prose qui emporte tout dans son flot harmonieux >>
                                                                                     GINA 

7 commentaires:

Maja Lola a dit…

Merci pour cette reseña Gina .... de la belle ouvrage qui m'a donné envie de relire ce "Sevillanas" de J. Cau que j'avais lu il y a quelques années....

Par ce beau printemps qui se montre enfin, une bien belle évasion andalouse.

Anonyme a dit…

Un incontournable de la bibliothèque de tout hispanophile. La passion et l'aficion y transpirent au goutte à goutte

Anonyme a dit…

Excellent résumé, anonyme, (et merci Lola) Tous les aficionados et les autres, ne peuvent ignorer cet ouvrage dont la structure, la culture, l'écriture, tout exude l'Espagne et ses particularités dans un style qui ne laisse pas oublier que jean Cau obtint un Goncourt. Judicieuse réédition.
Gina

el Chulo a dit…

j'avais envoyé un commentaire élogieux pour gina et disant aussi combien j'aimais ce cau là.

mais bon, sans doute n'est t'il pas arrivé.

Marc Delon a dit…

j'ai rien reçu chulo, tu auras cliqué de travers !
rien dans les spams non plus...

el Chulo a dit…

à mon age je clique de travers!

Marc Delon a dit…

et pour la mémoire ? parce qu'on peut recommencer son commentaire parfois...