Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

vendredi 18 janvier 2013

Batucada de Javier Baron

Le rideau n'a pas encore fini de coulisser que déboule Javier Baron sur le tablao, une mitraillette Hotchkiss incontinente dans chaque cheville. Vous voyez Dustin Hoffman ? Avec l'accord de Christine Boutin vous le mariez à Roman Polansky, vous les faites se mélanger un peu et grâce au progrès sociétal qui inondera bientôt la planète, la PMA ou putain de maternité anti-naturelle, le rejeton qui en sortira c'est Baron craché. Les cheveux sont à peine un poil trop long pour être crédible en cadre dynamique embauché à la Défense, mais sinon, l'uniforme il l'a : costard gris sur camisa negra. 
 

C'est tonique, impétueux, viril, carré. Ça ne rigole plus, ça assure. Au service de quoi ? Rien... c'est ça le problème... rigueur ok, technique ok, mais pour... ? Pas assez grand pour être élégant, pas assez petit pour être explosif, chez Baron tout est moyen, sauf la technique, la sensibilité, la précision, l'élégance, dixit le cartelito de présentation chargé de t'influencer et sponsorisé par la MAIF. La prestation avec le gilet et le foulard ? Très moyenne et peu spectaculaire. ça se comprend d'ailleurs : on ne peut pas être au taquet tout le temps, spectateur avachi dans ton fauteuil de théâtre en velours fines côtes, rouge !



Sinon, comment que je me suis fait queni ce soir ? Vous voulez que je vous raconte ? Ah, je me suis bien fait queni ! Vous me connaissez, la moitié de la population me prend pour un fou et l'autre n'a pas confiance en moi... et donc ce soir, je n'ai trouvé personne au débotté pour m'accompagner après que celle qui devait se dévouer m'ait posé un lagomorphe. J'ai donc essayé de revendre ma place... vingt au lieu de vingt-neuf, sympa non ? Impossible et la sonnerie du théâtre qui retentissait... voyant tout à coup entrer une charmante jeune femme, je lui demande si elle vient acheter une place : oui-da ! Qu'elle me précise en somme... N'en faites rien chère amie, je vous l'offre, je ne veux pas la laisser perdre et vous en fait volontiers profiter ! Encore plus sympa, non ? Seul ''ennui'' lui précisè-je dans la foulée, vous serez assise à côté de moi... lui sussurre-je dans un sourire carnassier que 007 himself n'aurait pas renié dans les moments les plus ''hot''. Non, non, c'est très bien, me rétorque la belle enfant polie dans un gentil sourire entendu... (Saaaaalope!) et je tourne les talons comme si de sa présence peu me cherrait... (fuit l'amour il te suit, fuit l'amour il te suit... c'est la base...) je m'installe dans mon fauteuil contemplant celui de gauche, vide, avec une satisfaction certaine en pensant au joli minois qui allait le garnir et bientôt me donner de doux coups d'olécrane.



Et puis de loin, j'ai aperçu une rombière qui regardait dans ma direction, louchant sur ce fauteuil... Non, elle ne m'a quand même pas... eh bien si ! Lecteur compulsif jubilant de ma mésaventure ! Elle avait refilé ma place à la vieille ! Et s'il le faut la lui a vendu même !!! Doublement queni ! La vieille rombière obèse comme il se doit sentait fort, respirait fort et applaudissait fort, mais à part ça, rien qui puisse constituer une croustillante anecdote dont vous êtes si friands que vous préférez dès potron-jacquet courir allumer votre PC plutôt que d'aller faire un café à votre moitié qui certes, ne le mérite plus depuis longtemps. mais bon, vous vous gaussiez quand on vous disait : si vous vous aimez, ne vous mariez pas ! Eh bien maintenant c'est café à part, ordi à part et chambre à part !



Le spectacle ? Quelques remplissages en forme de solo de cajon ou guitare pour que souffle javier, un fameux baron de la danse pour la danse. 

 
Hombre !



Barón ou … Varón ? On ne se pose pas la question longtemps tant la virilité de la « faena » dépouillée, sobre et dense de Javier Barón a pris possession, dès l’entrée, de la scène du théâtre.

Masculin jusqu’à bout de ses tacones qu’il martyrise tantôt en leur infligeant des vitesses de zapateo proches de MACH2, tantôt par des effleurements nerveux, secs et rapides du bois de scène, donnant parfois l’impression de glisser et de produire à l’oreille comme un roulement de grosses billes jetées brusquement au sol. De fulgurants talons-pointes permettent à peine à l’œil de les distinguer.

Torero via des passes évoquées par d’amples torsions cambrées, muleta imaginaire tenue au bout du bras, postures castizas, bras déployées en corbeille dessinant ainsi, en ombre chinoise sur le cercle de lumière central, les cornes d’un bicho (le balcon donne parfois des angles de vue intéressants …)

Bailaor ayant toute la maîtrise d’un zapateo inventif scandant, tel un quatrième instrument, la guitare de Juan Campello, le chant d’El Galli et les percussions de José Carrasco.

Jaleo spontané à la fin …. chaleureux, souriant, festif. Tous ont fait leur patá, sauf le timide et longiligne percussionniste. 
                                   
                                                                              Maja Lola 



 

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Je suis la lectrice compulsive qui jubile, d'un côté.
De l'autre, avec Maja Lola, je martèle autant qu'elle à chaque paragraphe.

Gina

el Chulo a dit…

Ce viril Baron, Lola, était t'il parfumé au Varon Dandy?

Maja Lola a dit…

No sé, Chulo. Je n'ai pas eu le loisir de humer de près l'artiste ...
Mais un vieux souvenir me revient. C'est fou ce que le nez d'un enfant mémorise ! Une madeleine d'enfance ... ineffaçable.