Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

lundi 14 janvier 2013

Flamenco de Bellota

Hélas, à peine aviez-vous repris goût aux resenas en double aveugle de votre pareja chroniqueuse flamenca préférée, que celle-ci avait fait l'impasse, et sans s'être concertée, sur la cousinade organisée par le nîmois Antonio Moya d'Utrera... qui pour ce qu'on en a rencontré, généra des appréciations aussi diverses que variées. Unetelle déclara que « voilà, le flamenco que j'aime c'est ça, sans chichi, simple et authentique, comme il est pratiqué entre eux quand il n'y a pas de public » tandis qu'un autre nous déclara « qu'à part Moya et un autre, le reste de la troupe ne motivait pas le déplacement » débrouillez-vous avec ça et vos canaux informatifs payants habituels dûment corrompus par le système.



Ce soir, nous avons fait le déplacement. En se concertant. Avec la parfaite, la distinguée, la fine, la délicate, l'incomparable Maja qu'est Lola. Alors qui ai-je vu ? Ah oui, le territorio flamenco de l'Extremadure, avec tout d'abord l'entrée tonitruante d'une immense silhouette, tranchante comme une lame et sèche comme une trique, mixte entre Averel Dalton et un ténor de la NBA pour un baile de grande amplitude : tu m'étonnes, avec ses 2m08 au bas mot, victime de son morphotype, qu'il était. Et encore quand on dit bas... Un physique à tourner dans le ''Django Unchained'' du dernier Tarantino que je vais m'empresser d'aller voir because i love westerns movies y Tarantino tambiem. Bref, sous le grill des sunlights, aucun mosquito dans l'espace aérien personnel du cow-boy qui défouraillait d'impressionnants moulinets dans le vent, à tout va, sans recharger. Une sorte de Don Quichotte de la plancha, quoi... (pas mécontent de ma trouvaille... ben si, les moulinets sous le grill... non ? Laisse tomber...) Suivit une jeune fille -dix huit ans parait-il- strictement vêtue comme une anabaptiste Amish, chanteuse déjà bien talentueuse qui saura nous émouvoir dès qu'elle aura perdu deux ou trois êtres chers, vécu des amours malheureuses et se sera colletée à une misère encore plus noire que celle, commune, de l'Extremadure abandonnée, son austère patrie.



Entra ensuite un cantaor distingué vêtu comme Franck Sinatra en récital au Carnegie Hall qui dilata illico la pupille de Lola qu'est Maja, éminente recruteuse à qui on ne l'a fait pas question repérage instinctif de représentant avantagé du genre masculin : la preuve, elle était assise à côté de moi... (Oaah ça va... on peut déconner, non ?) L'élégant, qui doit aller sur Madrid acheter ses costumes ajustés – ouais parce que je les ai faites les vitrines de Caceres et Trujillo, moi...- tient bien la note, est un virtuose de l'expiration forcée, vibrée, modulée, jusqu'à s'étouffer, mais todo perfecto. A séduit mes deux oreilles que j'aurais pu lui attribuer en trophée si je n'étais pas si attaché à tous mes appendices, quels qu'ils soient.



Puis, « Django déchained'' revint, redistribuant des beignes imaginaires à de virtuels adversaires qui inspirèrent peut-être à ma voisine de droite les coups de coudes qu'elle me refila dans le flanc, le corps agité de soubresauts que seul Peterhansel connut dans les dunes du désert d'Atacama. Vérification faite, elle réprimait à grand peine de puissants éternuements puis cherchait des kleenex récupérateurs d'humeurs dans toutes les poches impraticables de son blue jean slim destroy.



Al final, la troupe s'emballa, tous ensemble tous, pour un final à la Coppé, décomplexé, lâchant enfin cette retenue à la Fillon pour faire de la scène une sympathique auberge espagnole enfin flamenca, dans ce putain de théâtre qui s'y prête si peu, où les spectateurs bien rangés sur leurs tendidos auraient la fâcheuse tendance bien franchouillarde à vivre le moindre « Olé ! » fusant dans l'obscurité comme une incongruité.



Mon errance solitaire pendant l'entracte alors que Lola cédait à ses nombreuses obligations mondaines, me conduisit devant une table où l'Extremadure pas bégueule et opportuniste faisait découvrir son jamon de bellota qu'un trancheur professionnel en livrée n'avait pas le temps de découper devant une rangée de poules que leur ligne aurait pourtant dû préoccuper, qui le picoraient frénétiquement sans laisser à l'assiette le loisir de s'emplir. N'écoutant alors que ma mauvaise éducation, je réussissais dans la mêlée à m'emparer d'un retaillon dudit jamon, audace que je ne devais pas regretter tant la viande était fondante et le gras exhausteur de ce fameux goût inimitable de ''beurre rance de noisetier'', le rang serré des poules picoreuses se reconstituant immédiatement en décochant ses regards réprobateurs oblitérant toute chance de récidive. Buenas noches. 
                                   


 
EXTREMADURA, TERRITORIO FLAMENCO



Belle surprise que cette soirée de flamenco puro et dépouillé grâce à ces artistes extremeños talentueux et généreux …

Du haut de ses 18 printemps, Celia Romero, entourée d’un cuadro dont la jeunesse ne nuit à la maîtrise de leur art, nous ont servi une première partie toute en sobriété dans un crescendo rythmique des palos que la jeune chanteuse annonçait avec fraîcheur et (presque) timidité.

Soleá, Alegría, Malagueña, Tango et Bulería. Oui, ces jeunes prometteurs et talentueux sont une pépinière de futurs grands triomphateurs de tablaos. Deux palmeros, Pilar Garcia et Félix Romero, Francis Pinto à la guitare et la voix pure de Celia Romero qui, dans une Alegría, prenait des timbres rappelant Mayte Martín … et voilà une mise en bouche qui nous conduit vers l’intensité de la seconde partie …



(D’aucuns m’ont avoué avoir dégusté un délicieux « pata negra » d’Extremadura servi à l’entracte : je ne puis, hélas, vous dire si la bellota l’avait suffisamment parfumé …. !)



Pedro Cintas, élégant et racé de mise, nous affranchit bien vite : le ramage est encore plus brillant que le plumage. Sa voix est forte, sans voile, bien posée et capable de sortir toutes les nuances (matices) de quejíos longs, profonds, douloureux, qui captent l’écoute et l’émotion.

Tango et Bulería offrent au danseur Jesús Ortega champ libre pour exprimer tout son art. Coiffé d’un moño à la Joaquin Cortés, il se lance dans des zapateos puissants et secs, au compás maîtrisé, et des glissements latéraux rapides des pieds qui paraissent peu habituels, dans un braceo tout en hauteur (il doit mesurer 2 m !).

Généreusement, le final en groupe de tous les artistes, classique dans le genre jaleo, offrent une patá à digne des bons tablaos … mais tout en sobriété, moins bruyants … différents des autres régions flamencas plus agitanás mais pas moins méritants : une autre forme d’art, plus en harmonie avec la région rurale, rude et secrète qu’est l’Extremadura.

Belle soirée …. n’étaient les « ouais …. » ….. « vas-y …. » d’un quidam qui hurlait deux rangs derrière, persuadé qu’il était de suivre un match de foot au Stade des Costières !
                                                                                           Maja Lola


 

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Entre Le Monde selon Marc et La Pensée des lumières, on s'offre un grand moment de lecture.
Gina