Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

mercredi 16 janvier 2013

Une Vedette peut en cacher une autre...

Ce théâtre convient très bien pour les récitals... de variétoche... Parce que bon, madame Carmen Linares a beau être une grande chanteuse, une grande dame de la chanson vraisemblablement, a eu beau recruter des textes d'Alberti, Garcia Lorca, elle nous a produit un gentil récital auquel « Flamenco » en tant qu'adjectif ne sied guère. Et dans le genre, j'aurais préféré Luz Casal alors... Une très bonne chanteuse en tout cas, la preuve, à la première berceuse je me suis endormi. Comme un bébé. C'est que toutes ces danseuses qui virevoltent sous mon nez, là, depuis dix jours, ça me file un de ces tournis... et encore ne parlè-je pas de la frustration de ne pas virevolter de concert, tandis que Lola, elle, comme toute femme, est au moins aussi épanouie dans l'idée que dans l'action, faut voir la pêche qu'elle a en ce moment, d'admirer ces jeunes caballeros se trémousser gaillardement sur scène ! Madouée... ! Elle vole, la Lola, overboostée par les chorégraphies castizas... elle gère même les abonos de ses amis, les rendez-vous mondains, les accointances passagères, me présente à une foultitude de gens venus d'on ne sait où, trinque à la pleine lune, avec modération bien sûr, distinguée en toutes circonstances, me rédige ses resenas au cordeau que d'autres bloggueurs m'envient – non, j'ai l'exclu pour Lola ! - , c'est une véritable plaque tournante du festival ! In-con-tour-nable ! C'est l'Espagnole type, plus ça bouge, plus elle est contente... elle est dans son élément, quoi... Z'avez pas un problème de charges salariales à régler à l'organisation du festival ? Si ? Ben, si vous embauchez Lola, à mon avis vous pouvez licencier le régisseur, l'attaché de presse, les guichetières, les ouvreuses, j'en passe et des plus débordés. Bon plan. Elle peut même aller en Andalousie négocier les prochains contrats... et qu'elle me ramène ''mon'' Capullo de Jerez... et bien sûr me nomme masseur attitré de toutes les danseuses, normal.

Bon enfin, madame Linares a dit au revoir puis est revenue avec la brunette qui dansait et là, oui, là, enfin, il s'est passé quelque chose : la brunette a tout donné et disant cela je n'exclus pas son joli corsage tout fripé qui balconnait si bien. Et là, alors, oui, après le Clang ! final du dernier coup de talon, les applaudissements crépitaient beaucoup moins mollement et on pouvait aller se coucher, exténués, pour tenter de rattraper le déficit de sommeil qui nous accable. Enfin... quand je dis ''nous'' je parle de moi... car pour avoir la resena de Lola faudra attendre, hein... parce que pour elle, la soirée commençait à peine et elle se cherchait un restaurant pour commencer sa nuit à se sustenter... Demain huit heures, elle sera au boulot fraîche comme un gardon... resena écrite... tandis que mon visage se creuse et que je ressemble à Lendl au tie-break du cinquième set, question cernes... 
Mais elle, c'est une Espagnole, on peut pas comprendre... En plus, s'il le faut, allez savoir, elle chante ?!?



Carmen Linares et le talent salvateur


Carmen Linares est certes un monument. La expectación était au programme mais la decepción en a été le remate.

Dès le premier chant, « La Luz que a mí me alumbraba », sa voix paraît voilée, en souffrance technique (et non émotionnelle) étouffée littéralement par des instruments trop nombreux et hauts en sonorité … deux guitares, un cajón et un piano.

Vient aussitôt l’idée d’un hypothétique problème vocal. Puis, au fil des chansons, il apparaît qu’avec un accompagnement instrumental plus modeste, sa voix se pose mieux sur le registre chanté, recouvre sa limpidité et sa maîtrise.

« Mis hojos sin tus ojos », de Miguel Hernandez qui m’ont émue aux larmes, « Moguer », de Juan Ramón Jiménez , les « Bulerías lorquianas », de Garcia Lorca et le « Se equivocó la paloma » de Rafael Alberti, restent les moments exceptionnels de ce récital.

Hélas, tout le spectacle de Carmen Linares n’a été qu’une suite inégale de prestation de voix.

Non, il ne suffit pas de chanter des poèmes d’Alberti, Hernandez, Garcia Lorca. Encore faut-il que l’interprétation les porte et les magnifie … cela n’a pas été le cas ce soir. Même le « Anda Jaleo » final de GL manquait de nervosité et d’allant et s’approchait plus de la sage comptine que du fougueux chant de mort de la paloma.

Tout le respect envers cette grande dame reste cependant intact … fière et droite appuyée au piano, elle a su malgré tout nous laisser entrevoir des instants fugaces de poésie et d’émotion.

Mais ce soir, le spectacle a été « sauvé » par un bel instrument singulier et exceptionnel …. la bailaora Belén Maya.

Un maniement sans faute de bata de cola et une ventilation au mantón plus loin, la danseuse a été exceptionnelle d’inventivité gestuelle, de technique, de grâce, de sourire, de générosité.

Du pur bonheur de voir ces deux femmes d’âges si opposés et de qualités artistiques si différentes, former une pareja émouvante en se démontrant, devant le public ravi, une affection presque filiale.

                                                                            Maja Lola

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Le spectacle était surtout dans la salle, selon le narrateur qui se réveille pour notre plus grand plaisir en écrivant !
Lola, j’ai compris, une Espagnole, c’est la nuit qu’il faut l’inviter pour papoter.

Gina

Anonyme a dit…

Je ne serai pas le passant qui passe, qui jette un oeil et s'esquive furtivement. Ce que je lis depuis quelques jours dans ce blog,sur le festival flamenco, est trop remarquable pour que je ne m'écrie pas : je me régale ! Merci à tous les deux.
Et quel est donc ce mystère qui fait que les espagnol(e)s sont beaucoup plus résistant(e)s que nous à la fatigue ? Je crois que ce peuple en a tellement bavé depuis des siècles, jusqu'à bien plus récemment que nous, qu'il s'est forgé une santé de fer et que ses contemporains en détiennent encore le bénéfice. Je crois aussi que lorsqu'il fait la fête, l'Espagnol la fait de toutes ses forces alors que nous, nous gardons toujours une réserve, nous "pensons", nous nous regardons festoyer. C'est penser et jouir en couinant qui nous épuise et c'est ce que me disait un jour Lendl que j’interviewais.
Voici même que, succombant à l'embrujo de Maja Lola, je viens avouer aujourd'hui que "les joues de bronze de la statue du Nimeño" c'était moi...j'avais oublié de signer.
Mais dis donc, Marc, c'est pas le tout ça, tu te disperses... Tu vas te faire engueuler par J. Le Gall et sa redoutable Melle Poupart ! Moi je bosse au lieu de faire le gandin.
Allez les Delon-Lola... et ne changez pas cette équipe qui gagne.
JLB

Marc Delon a dit…

merci JLB ; ah bon, elle est redoutable miss Poupart ? je ne vais pas tarder à le savoir alors parce que c'est vrai que je n'ai pas fait grand-chose depuis, pour ce projet....

el Chulo a dit…

Alberti, Hernandez, Lorca, en effet ça fait rêver.

Très beau duo. La confrontation des deux compétences ou connaissances est géniale!

Meme JLB a été conquis, alors!

Bravo!

Maja Lola a dit…

Merci JLB. Je crois que votre analyse sur les ibères est assez juste ....

Pour le pas de deux plumitif j'avoue y prendre grand plaisir. Et si, en plus, ces reseñas sont appréciées, c'est un must !

Je crois que j'avais un peu deviné que l'intervention sur les joues de bronze venaient de vous ... !

Merci Chulo pour tes compliments. Je ne sais pas si le flamenco t'intéresse mais, crois-moi, si tu "plonges" dedans tu y trouves des merveilles. Mont de Marsan n'est pas loin de chez toi ? As-tu eu l'occasion de t'y rendre pour leur fameux festival ?