Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

vendredi 21 septembre 2012

Vu.

Je savais qu’il ne fallait pas. Assis à la table du chinois du square de la couronne, devant mon canard laqué et mon riz blanc, je n’avais vraiment pas envie d’aller voir cette course de l’après-midi. El Juli s’y battrait ardemment et Castella feinterait avec nonchalance. Les deux feraient mine de citer en avant et puis par une lente rotation du corps, regardant le public, ils pivoteraient sur eux-mêmes pour finalement toquer de l’autre côté pour un de ces fameux 360° qui pesèrent jadis sur les foules avant de les lasser, devenant au passage un lieu commun d’école taurine. Je n’avais pas envie de retomber dans l’ordinaire, de revoir des arrimons poussifs, des enchaînements répétitifs. Aujourd’hui, je pense que ce solo de Tomas aurait constitué la fin parfaite de ma vie d’aficionado. Voir ça et rester là-dessus pour l’éternité. Mais c’est trop tard, par réflexe automatique j’ai déjà repiqué au truc. Je n’en ai conservé aucune image, de cette course de l’après-midi, absolument rien, exactement comme si je ne l’avais pas vue. Sur ce blog d’ailleurs voyez, je reste sur celle de Tomas, je n’ai pas envie de passer à autre chose. Cinquante ans de course vers les ruedos du monde en quête de la corrida et des faenas parfaites, de « La » rencontre, du toreo magique, rêvé, et c’est lui qui est venu, là, en bas de chez moi. Le ciel s’était ouvert, un bleu sans tâche coiffait le magnifique amphithéâtre éblouissant de lumière et le Mistral avait cessé. Ovation de bienvenue suivie d'un silence empreint de gravité. Et puis ça a commencé. Sur la plage, ça n’en finissait pas, cela se renouvelait à chaque toro. Un truc de ouf comme dit mon fils. Mon fils de dix-sept ans qui a vu cette course aux côtés de son grand-père. Ça y est, il est parti dans le grand songe, il a été électrocuté de la révélation. Il veut partir en Espagne avec ses copains, voir des corridas là-bas… Oh putain mon fils… tu ne sais pas dans quoi tu t’engages… Aujourd’hui, j’ai envie de garder ça pour moi, dans l’intimité de mes pensées, à jamais. Comme une magique, pure poésie de la vie. J’ai peur que Tomas m’ait supprimé le ressort de l’aficion, cette quête insensée jamais tout à fait satisfaite. Le conseil constitutionnel a dit ''oui'' mais il aurait bien pu dire non. Je crois que j’ai vu ce que je voulais voir. 

9 commentaires:

Pedroplan a dit…

La chance que nous avons c'est de l'avoir vue, cette corrida, après avoir écumé pendant 50 ans les gradins. Ceux qui ont commencé par cette corrida-là vont courir toute kleur vie à la poursuite du rêve...

Maja Lola a dit…

Finalement, tu aurais voulu qu'il dise "non" ?
Tu aurais adapté ton blog alors vers le macramé, la bourrée auvergnate, le rachalan de Ventabren ou le mijoteur de gardianne camarguaise ?

ludo a dit…

avec sa chute "le mijoteur de gardianne camarguaise" ruse. ouille ça sent la contrepèterie.
sinon, " Je crois que j’ai vu ce que je voulais voir."c'est marrant je crois que dans la corrida , et ailleurs, on ne voit jamais ce qu'on a voulu voir. et c'est ce qui m'intéresse.
bien à toi.

Anonyme a dit…

Nous sommes en 2050 le débat sur la tauromachie n'est plus d'actualité depuis longtemps.Les jeunes ne savent même plus ce que veut dire "zanti" et aficion. Un nouveau virus particulièrement pathogène qui décime les bovins s' est développé vers 2020 à force de manipulations génétiques, il fallait d'y attendre.Un nouveau spectacle est alors apparu déclenchant un engouement massif des populations : la course de sanglier. Vers les années 2030 une loi interdisant à tous les citoyens non agréés de chasser avec leur fusil avait été promulguée et c'est à ce moment que les sangliers on proliféré dans des proportions telles qu'on ne pouvait plus sortir la nuit. Les bêtes si nombreuses envahissaient les campagnes et les villes à la recherche de nourriture.On lisait régulièrement dans les journaux que des imprudents avaient péri attaqués par des sangliers affamés.Les éleveurs de taureaux ruinés se sont alors reconvertis dans la capture de sangliers sauvages et ont commencé à organiser des couses porcines, des écoles de porcimachie sont apparues.Bref une filière économique dynamique a vu le jour à la satisfaction générale.Cette filière s'est développée dans tout le pays et donne aujourd'hui du travail à tous.Grâce au sanglier la paix sociale est revenue , les charcutiers sont richissimes,nous n’élevons plus de volailles non plus, le virus de la grippe nous l'interdit.Les autres pays d'europe nous imitent.Que de problèmes auraient été résolus plus tôt si les gouvernements avaient compris que la solution c'était le sanglier! Mais je pense que vers 2090 nous seront obligés d'aller chercher des sangliers ailleurs, car la consommation est telle que notre production ne suffira plus.Il parait que l’Afrique du nord et le moyen orient sont des réservoirs inépuisables,leurs habitants n'en mangent toujours pas...
Marc, je viens de te donner le sujet qui va te faire gagner le prix Hemingway 2013. C'est à toi de broder maintenant.
isa

Marc Delon a dit…

Mieux et plus, ils seraient servis trois fois par semaine dans les hospices et les écoles ce qui empêcherait la population musulmane de s'intégrer devant cette caricature de la cuisine française

JPDL a dit…

Tu exprimes dans ton article mot pour mot ce que j'ai ressenti et ressens encore après cette corrida. Comme je l'ai mis sur facebook, José Tomas a changé quelque chose dans ma vie, mais je ne sais pas encore quoi ! J'ai presque envie de dire : après ça, je peux mourir, mais c'est plutôt un hymne à la vie qu'il nous a offert. Merci monsieur Tomas.

Anonyme a dit…

ce n'est pas une caricature!Nous sommes en 2050, toi et moi on a 93 ans.Les musulmans sont partis d'eux mêmes ou sont devenus athées comme tous les français.l n'y a plus de problème d’intégration depuis longtemps, notre pays les dégoute.Ils disent que notre pays est trop pollué par le cochon et que même l'air leur est irrespirable. Comme dans le cochon tout est bon, il n'y a plus un seul objet made in france qui ne soit pas à base de cet animal.Même les truelles ont des manches en couenne durcie.Nous avons des raffineries de saindoux pour fabriquer notre carburant.Notre industrie est florissante,il y a du travail pour tous, nous vivons l'age d'or.
Mais nous sommes si vieux...
isa

Anonyme a dit…

Ce n'est qu'en 2051 ,aprés des années de recherche intensive, menée par les principales universités en pointe d'Aquitaine, qu'est finalement découvert le COCHONGLIER ,semental'generis du nouvel apééro : LE "2051".
C'est de la silipoorc'valley de Ti'Rions d'Landes,centre névralgique de la tete du monde du management et du processus de réeducation por-productif intergalactique,que sont parti des encierros journaliers de missions commerciales qui ont,enfin, réussi à conquérir définitivement,et surtout constitutionnellement,le péril amarillo de l'Empire du Medio de Cocochinchina qui ne s'en est pas réveillé.
T'chin de Lapurdi.

Anonyme a dit…

C'est exactement ce que je ressens depuis dimanche dernier,que va t'on aller chercher de plus l'année prochaine, je ne sais pas non plus si j'ai envie d'y retourner très beau texte Marc.
Victorina