Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

jeudi 31 mai 2012

Bilan et commentaires subjectifs sur la Feria 2012


Les Gagnants :

El Juli, Castella, Castaño, Ponce, les moins de 16 ans.

El Juli pour sa faim, son mental énorme, son aficion, on pourrait allonger la liste bien longtemps encore. Après sa mort, il ne devrait pas sombrer dans l’oubli mais au contraire devenir un torero d’époque. Castella pour sa maîtrise et son aguante qui lui permettent parfois de triompher devant plus complet que lui… Ponce pour sa science du toreo, cette exceptionnelle longévité et facilité qui réduisent tous les toros, ceux pour personnes âgées comme ceux pour les belluaires, il les aura tous tordus plus de vingt ans durant. Les ados, moins de 16 ans, dont mon fils, qui ne payèrent que 10,50 pour un amphi. Je dois donc 10,50 euros à Casas, puisque il les a roustis en mentant sur son âge – il en a 17 - brave petit ( c'est moi qui finançais ) Moi je payais pas, je faisais les grilles, à son âge. Je l'ai trop bien élevé.

A tout seigneur tout honneur, si j’ai gardé Castaño pour la fin, c’est parce que ce torero modeste s’est grandi dans le combat de six Miuras et a grandi avec lui ceux qui l’entouraient et aura même grandi la tauromachie tout simplement. Loin des bulles et des paillettes, ce modeste qui malgré sa réussite ne secouait pas les bras ni cambrait le rognon pour recruter les ovations, aura réussi à structurer et mettre en scène sur un long terme épuisant et Ô combien dangereux, toute la valeur et la beauté du combat qui nous passionne. Je n’oublierai jamais non plus ce grand toro de Miura qui parcourut à deux reprises avec envie les cent mètres qui le séparaient du cheval. Comme le faisait remarquer le chulo, célèbre commentateur de ce blog, il ne serait pas injuste d’associer Casas instigateur audacieux de cette affiche. Oui, parce qu'ici on dira ce qu'on pense de lui en mal et en bien.

Les Perdants :

Les toros qui comme les histoires d’amour finissent mal en général ; Simon Casas qui ne manque pas de doigté ; Solubilitus le faux preux

De grands toros il n’y en eut pas d'autre que ce Miura pour le souvenir, et on aimerait en voir plus. Mais comme les prix littéraires sont trustés par les trois, quatre, grandes maisons d’éditions, comme les films primés à Cannes sont issus des mêmes producteurs, les toros de Nîmes viennent toujours des mêmes élevages ou origine. Ca s’appelle des ''toros de garantie'' et ça ne nourrit souvent que la garantie de l’ennui comme le faisait remarquer Victorina. Pour ma part, pour une fois que j’étais au niveau du sol, cela m’a sûrement paru plus spectaculaire que pour les spectateurs perchés.

Après la main de ‘’Dieu’’ soit Diego Maradona et son but illicite pour qualifier l’Argentine, il y eut cette année le doigt du Diable puis son bras, disqualifiant Nîmes et le personnage un peu plus. De tout temps j’ai pensé qu’il s’agissait d’un cynique qui prenait volontiers les autres pour des cons. Je lui ai même entendu le dire un soir de confidence lors d'un rincon. Maintenant, je pense que si ce volet est une réalité, il y en a d’autres aussi, comme par exemple souffrir d’être détesté chez lui. S'y étant souvent employé lui-même, on ne peut pas vraiment le plaindre... Il n'aura jamais vraiment su trouver le ton pour nous convaincre ici. Pourtant même parmi ses détracteurs, l'angoissante question ne trouve pas de réponse : qui pour être meilleur à son poste sur Nîmes ? Du temps de Piles on s'était quand même bien emmerdés... même si aujourd'hui il fait justement remarquer que si Casas était entraîneur ou président de foot il serait interdit de stade ! 
Parfois génial communicant il est parfois aussi très maladroit : « je suis un artiste, un humaniste, une star internationale » etc, soit toute chose qu’il n’y a jamais lieu d’auto-proclamer et dont il faut laisser l’autre juger, en toute modestie, c'est la moindre des bienséances. Je profite de ces lignes que vous relirez à loisir pour préciser à celui, tenté par la calomnie, qui m’a soudain décrit « soluble dans le callejon » qu’il n’y a qu’à lire mon blog pour s’apercevoir que c’est un blog d’auteur et non pas de presse, comme le sien peut-être, et que je n’ai pas d’inquiétude à nourrir sur un carottage éventuel de laisser-passer pour la contre-piste car je n’ai jamais imaginé l’avoir avec constance. Cela faisait 54 ans que je n’en avais pas eu (et jamais demandé ! ) et que cela ne me manquait pas… J’ai toutefois grandement apprécié d’y être pour les photos que j’ai pu faire au plus près de mon désir de cette série de portraits d’avant course, j’en remercie chaleureusement celui par qui cela a été possible qui n’est pas Simon Casas et qui m’a fait remarquer qu’avec tout ce que j’en avais dit (dans « Toros » , dans mon blog…) « je ne devais pas beaucoup l’aimer » prouvant par là son son ouverture d’esprit.
Je n’ai jamais demandé d'accréditation à Nîmes, mais à faire en ces lieux l’inventaire de ceux croisés dans le callejon, je ne pense pas être le plus illégitime pour rendre compte même en ne disant exclusivement que ce que je pense… De plus je suis super-compact : certains ont pour le même site un chroniqueur et un photographe, moi je fournis un ''deux-en un''. Saisie, secrétariat, mise en page, etc, un vrai couteau Suisse !

Je trouve bien sûr ces suspicions ridicules, à mon endroit en tout cas, elle n’émanent le plus souvent que de beaufs frustrés de pouvoir et de considération et ne visent par défaut et rebond qu’à s’auto-encenser. Je me méfie de tous ces preux chevaliers qui lavent plus blanc que blanc sautant sur la moindre soi-disant ambiguïté pour suspecter l’autre avec qui l’on prétendait être ami. ‘’Solubilitus’’, désolé, j'ai bien noté que j'étais visé mais n'ai jamais ressenti être atteint ; regarde au zénith, gare à ton cul, ta flèche revient ; toi et ta rancœur, je vous emmerde d’autant plus que ces allusions non fondées ne trahissent que la vulgarité d’états d’âme que tu me prêtes mais qui en fait t’appartiennent. Moi je n'aurais jamais une vie si étriquée que le fait d'avoir ou non accès au callejon me fasse me renier ! Pour toi par contre, vu le raisonnement qui préside à ta réflexion cela doit quasi équivaloir à la quête du Saint Graal. Allez, courage, tu l'auras un jour, tu l'auras...



9 commentaires:

pierre sanchez a dit…

Oui...
On est souvent dur avec Simon Casas. Surtout les siens de chez lui, surtout ceux qui s'y connaissent, qui partagent le même savoir que lui.
Un cynique de notre temps n'a rien à voir avec un Diogene de l'époque antique. Le sens de ce mot a perdu sa vertu et sa sagesse au fil du temps.
Mais de sagesse et de vertu le commerce partout dans le monde n'en a point... C'est sa règle de ne pas en avoir et de prendre la multitude pour des cons...
Casas est le patron d'une entreprise de spectacle. Il possède à mon sens la première des qualités qu'un patron se doit d'avoir pour vendre du spectacle, il a le charisme, ( le charme qui t'endort, et alors?) Personne en France dans ce milieu n'a acquis une telle légitimité, il me semble irremplaçable. Vous ne croyez pas que vous êtes un peu trop juge avec lui ?
On ne juge que ceux qui luttent, que ceux qui tentent de dénouer le combat, que ceux qui tentent de trouver place au milieu des autres, (une entreprise au demeurant si vaine).
Casas, on le sait bien, ne veut pas des autres au final. Ce qu'il cherche avant tout c'est son identité, autrement dit lui-même. En ce sens il se rapproche des cyniques anciens qui prônaient l'autosuffisance.
Laissons le mûrir sa vie d'artiste, toucher sa solitude profondément. Il laissera les clés dans peu de temps je crois, et là c'est certain, on l'aimera davantage, on finira même par le regretter...

pierre sanchez a dit…

Musil

"Vous savez, ce qui est très important pour un autrichien de mon espèce, n'est-ce pas, c'est l'ironie. Musil sans ironie, c'est impensable. L'ironie, c'est une nécessité de résister... au côté atroce de notre temps. Un ironique ne se mêlerait jamais dans la politique, dans l'action. ça, c'est anti-ironique, et s'il le fait, il devient cynique n'est-ce pas?"

Anonyme a dit…

Bravo pour tes commentaires objectifs,en effet les toros sont plus impressionnants du callejon que des amphis et merci de le souligner.
Je suis ravie pour toi que tu aies passé ton WE dans le callejon, cest une vraie experience a faire, tout aficionado devrait y passer pour se rendre compte de la charge du toro qui arrive plein galop,te regarde droit dans les yeux, s'arrête aux planches et te fixe...
Victorina

el Chulo a dit…

muy bien surtout le couplet callejonesque. moi, j'aurai attendu 64 ans et ne dois qu'à mon frère d'assister à une corrida par an dans ces conditions. je n'ai par ailleurs jamais rien dermandé et c'est toujours lui qui me le propose.
voilà donc, en ce qui me concerne je pense que si le callejon est bien placé c'est une façon géniale de voir la corrida auttrement, au milieu des professionnels, je parle des cuadrillas et des toreros. Les commentaires valent parfois leur pesant de cacahuètes.
il n'est reste pas moins que lorsque je rejoins ma place, je me sens vaguement honteux d'être si heureux.
m'ouvrant à un ami influent de ce problème il m'a dit de ne pas m'en faire et d'en profiter car beaucoup n'avaient pas plus leur place que moi dans ce cercle.
en tous cas, mort aux cons!

Marc Delon a dit…

Oui Pierre, qu'on regrettera Casas quand il n'y sera plus, c'est certain. S'il n'y en a qu'un qui n'est pas "mondialisé" dans la forme et dans le fond, c'est bien lui. De plus il a un parcours quasi romantique qui ne se verra plus...
Maintenant il n'y a qu'à lire ses interwiews ou ses annonces pour se tordre de rire... ou savoir que vraiment pour dire des trucs pareil il doit nous prendre pour des imbéciles... (ce qu'on est peut-être ? )
Je crois d'ailleurs que beaucoup de Nîmois ont de la tendresse pour lui, qu'ils savent qu'il essaye souvent de les avoir, mais ils aiment ça car c'est tellement incroyable d'entendre un type oser ce que tout un chacun ne se permettrait pas... C'est comme une histoire marseillaise dont personne ne serait dupe...

Marc Delon a dit…

j'ai oublié un argument de poids anti-solibilitus :

quand je me permets de dire ce que je pense sur Casas alors qu'il finance un prix Hemingway que j'aimerai tant gagner (ouais Pierre, moi aussi...) je crois que je fais suffisamment la preuve de mon indépendance.

Pedroplan a dit…

C'est vrai qu'on rigole plus avec Casas que jadis avec Ferdinand

Marc Delon a dit…

Morbleu... le pedroplan doit avoir la cinquantaine bien tassée !

Pedroplan a dit…

Eh oui, on vieillit doucement à force. Mais j'ai quand même pas connu l'époque Sauze