Adieu

Adieu
photo de Anya Bartels-Suerdmont

mercredi 23 mai 2012

Dehors, plus rien n'est gris et tout est gris...


Encore groggy de la nuit, j'ai entrouvert les persiennes métalliques de la fenêtre de ma chambre et en une seconde j'ai perçu que plus rien n'était comme avant. Plus rien n'était gris. L'herbe était verte et le ciel azur. La petite pluie froide des jours derniers, s'était muée en bon gros soleil. De 15° on était passé à 24°, comme ça, par magie. Il y avait dans l'air comme un frémissement que je reconnaissais. Dehors, j'ai renversé la tête dans le soleil, le laissant me réchauffer. C'était bon. Cela diffusait mon sang un peu mieux dans tous mes membres dont le plus court n'était pas le moins irrigué et cela me réveillait doucement. Pour une fois, la cafetière s'est mise en branle immédiatement pour l'expresso du matin, tous réservoirs vides et pleins et voyants conformes. Vide celui du marc, pleins ceux de l'eau et du café en grain. Voyants verts. C'est un régal cette machine : elle moud les grains juste avant d'exprimer le café et tout l'arôme est dans la tasse. Tous ceux qui le goûtent, immédiatement frustrés de n'en avoir pas un aussi bon à la maison, m'opposent qu'elle doit valoir la peau des fesses... Un argument idiot dit avec l'aplomb de tous ces bobos écolos qui payent le café quarante fois plus cher au kilo grâce à leurs capsules alu chics et colorées. Ma cafetière s'est remboursée toute seule au bout de cinq mois... et comme je n'ai jamais fantasmé sur Clooney...

Bon, sinon, what else ? Espresso ristretto distillé à petite gorgée sur la terrasse en observant la navette frénétique des merles à bec jaune qui pillaient le cerisier de leur vol coupable et furtif, il a bien fallu partir travailler. En sortant j'ai croisé le ''regard camera'' de José Tomas, un portrait que j'avais accroché la veille au mur du salon, dont je vous reparlerai. Il n'exprimait rien de spécial et disait beaucoup à la fois. Je suis arrivé en retard à tous mes ''domiciles'' sans exception. Je n'avais pas la foulée du travail. Dans ma tête, déjà, le rendez-vous du soir. A vrai dire, leurs douleurs et jérémiades, leurs handicaps et leurs compensations ne me concernaient que très peu. J'ai averti tout le monde que « pour cause de Pentecôte » je ne les reverrai que mercredi prochain. Oui, dans une semaine.
Certains m'ont demandé quand commençait la feria. Aujourd'hui. Non, mais la grande feria, là, avec toutes les corridas, c'est quand ? Aujourd'hui. C'est ce week-end les corridas, alors ? Non, aujourd'hui. Pas la corrida ? Si, aujourd'hui. Ah, bon ? C'est aujourd'hui ? Aujourd'hui, à six heures. Noooon ? Si. Aujourd'hui. C'est dans le journal, la radio et la télé. Faut suivre. Le temps de tous ces vieux passe si lentement qu'il semble ne pas passer.

Dehors, les filles avaient troqué leurs jeans et bottines contre des robes légères et des escarpins élégants. Enfin, pas toutes, celles que je regardais, seulement. Une maman s'est engagée sur la chaussée poussant son bébé dans sa poussette. J'ai fait piler la petite Rover rouge que le garagiste m'a prêté pour la laisser passer ; elle avait une très belle allure et le sourire dont elle m'a gratifié donnait envie d'être le papa. Le printemps est bien là, plus rien n'est gris. La machine a vrombi à nouveau pour un nouvel espresso ristretto con minuto mecanico hecho en Cuba. La cendre vient de tomber sur le clavier, vous êtes au cœur même de ce texte... Le ciel est toujours d'azur et une brise légère s'est levée alors que l'échéance se rapproche. Mes pensées restent grises. A la maison, on a bien senti que petit à petit je me désengageais des charges du travail et de la famille. L'aficion obsédante en ligne de mire. Dans le terrain l'herbe est trop haute et la tondeuse en panne, dans la maison le frigo vide. Ça m'est devenu égal. Dehors plus rien n'est gris et tout est gris. Comme les six Victorinos Martin reclus dans leurs chiqueros où quelques claustrophobes amateurs de littérature viendront ce soir maculer leurs toilettes à la bouse fraîche dans le remugle des anthracites tout juste morts pour nous, en écoutant les nouvelles du prix Hemingway. Que la corrida ait été bonne ou non, qu'on ait eu raison ou non d'être impatient de la voir, est une tout autre histoire qui ne s'écrit jamais avant que le sable n'ait bu leur sang. Car, ne vous en déplaise, le seul spectacle dont les enjeux sont majeurs et réels va bientôt commencer.

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Comme quoi, un ciel bleu après la pluie, ça change tout.
gina

Pedroplan a dit…

Ben oui, et on était contents d'y être. Quand même. Et même si.
Et les filles étaint belles. Comme elles savent l'être quand il fait beau. Donc,noune sommes pas venus pour rien.

Maja Lola a dit…

Les chiqueros étaient relativement propres .... tout juste ce qu'il faut pour ne pas salir nos toilettes !

Belles lectures servies par des dictions intéressantes ...

Recherche vaine dans la foule d'un quidam peut-être déçu par la corrida de l'après-midi ?

Marc Delon a dit…

le quidam fortement sollicité par de multiples demandes a préféré les zapper toutes et rentrer sagement chez lui bosser (ça vient, ça vient...) sa journée de bloggeur après sa journée de kiné, d'autant qu'après trois heures debout et des kilos de matos photos à trimballer, non merci...

el Chulo a dit…

un quidam qui fait attendre una maja, un luxe machiste!

Maja Lola a dit…

Hola Chulo !

Eres todo un caballero ... a lo que leo ...