jeudi 19 janvier 2012

NFF : Maria Toledo ; Josele



Maria y José ya no están en Belén




Les chemins flamencos sont multiples. Et sans opposer tradition et création, les courants novateurs sont plus ou moins heureux. A vouloir chercher l’originalité et la créativité jusqu’à l’excès, on aboutit parfois à des « mayonnaises qui ne prennent pas ».

La première partie du spectacle de ce soir fait partie de ceux-là.

Maria Toledo, superbement moulée dans un fourreau rouge pailleté et fendu comme il se doit a fait un spectacle « Dalidesque » perchée sur de l’escarpin de 20 centimètres à faire fantasmer tous les fétichistes refoulés de la salle.
Sculpturale et belle, nimbée d’une superbe chevelure blonde, sa voix est sans conteste chaude et captivante. Elle assure, la belle. D’autant qu’elle est pianiste aussi. Mais son jeu de piano pâlichon et sans saveur n’a rien apporté à son chant, semblant plus une entrave à sa voix qu’une mise en valeur. Elle n’avait pas besoin de ça.
Un moment interminable d’un sirupeux violon pour accompagner notre Dalida nostalgique, puis La Bohème d’Aznavour chantée partiellement en français (surprise sympathique) a donné une note finale plutôt heureuse, même si elle m’a mis le moral en berne … « la bohème …. et nous étions … heu-reux …. (j’avais oublié mes kleenex à la maison).

Un « fino fresquito » plus loin … pour calmer le spleen de ma bohème à moi …


Josele, el Niño, sobre et élégant avec sa chemise blanche cravatée fait une entrée en matière plus que prometteuse. Ses doigts agiles s’échauffent et nous plongent promptement dans le bonheur.


Son toque est dans la lignée du grand Paco de Lucia … de la dentelle à l’oreille, de la légèreté non dénuée d’un fort caractère. Falsetas reconnaissables et un toque a compás qu’il « offre » à ses deux chanteurs avec un sourire complice et une attention permanente.
Dans sa virtuosité musicale, il sait se mettre à la disposition des cantaores et d’Alain Perez qui ponctue la guitare sèche du maestro d’une basse originale du plus bel effet, seule touche « exotique » de cette seconde partie du spectacle.
Inutile d’énumérer les palos qu’il a abordés. Nous n’en sommes pas à des inventaires …. Seuls les accords sont encore à mon oreille et restent des moments de grand bonheur.
Mais cette soirée nécessitait la cerise sur le gâteau, le point final qui nous laisserait un goût exaltant en bouche : la danse de Juan de Juan a été ce moment.
Une danse puissante et sauvage inspirée par des musiciens exceptionnels. Une fougue qui semblait se perdre dans des abîmes et que seules ses chaussures rouges réussissaient à canaliser, n’a pas eu raison de ce bailaor surprenant.



Car sa danse n’est pas dentelles, fioritures et effets de style. Elle est puissante et virile. Les taconeos rapides des ses chaussures rouges sont à peine visibles à l’œil nu mais bien audibles, presque jusqu’à l’exaspération. Une patá de sa jambe droite répétitive le fait bondir comme un fauve, cheveux mouillés collés au visage. Mais Juan n’en a cure … il tord ses chevilles pour frapper le sol de tous les angles possibles de ses zapatos rojos qui en portent les empreintes … Quel cordonnier pourra effacer ces belles blessures infligées au cuir par tant de virtuosité du maestro ?



Un final, comme toujours, joyeux, généreux et communicatif et me voilà partie à travers les rues glaciales de la ville …


Devant le mur de la Maison Carrée j’ai cru voir courir une paire de chaussures rouges.



Maja Lola




Le Coup du Fourreau


Cette fois-ci, lecteur, il ne t’échappera pas que j’ai pu prendre connaissance de la resena de la Lola avant de produire la mienne… il était temps que je reprenne les rênes de la déconnade de ce blog comico-taurin avant que la prose Maja-Lolienne ne s’impose par trop… Savez-vous qu’elle est pressentie dans une revue d’Art en ligne qui requiert ses services maintenant ? C’est comme je vous le dis, on vous tient au courant… En tant que fétichiste épanoui je m’inscris tout de suite en faux : les talons de la Toledo culminaient à 14 centimètres, pas plus ! Pour le fourreau rouge par contre, todo perfecto ! Moulant à souhait il était aussi agréable de la regarder arriver que s’en aller… Ben oui, mais pourquoi taire ce que tous les hommes pensaient, bien hypocritement calés dans la profondeur frustrée de leur fauteuil sous le regard en biais de leur inquisitrice conjugale ? Aaaaaah comme ils auraient voulu se lever du velours rouge, escalader les rangées de fauteuils bave aux lèvres, puis se battre comme des spermatozoïdes, pour atteindre la scène et arracher enfin ce fourreau sculptural, strassé et rouge pour, à même la chair laiteuse et palpitante sentir le flamenco les posséder ! Bon, on se calme, ce n’est que onze heures du matin, tout va bien, le ciel est bleu, làààààààà, soufflez… Enfin tout ça pour dire que si la chanteuse pianiste diplômée en droit rappelait Dalida à la revistera, je pense moi que tous les dalidas étaient dans la salle qui louchaient sur la silhouette de rêve. A en taconear de rage sur place… Bon, sinon ? Sa prestation ? Il s’agit d’une artiste qui hésite encore : Luz Casal ou Inès Bacan, vers qui me diriger ? J’ai préféré quand le rythme se ralentissait et que le cante flamenco affleurait, moins quand les mélodies la faisaient se rapprocher de la variétoche. Quant à « la Bohême » en francespagnol bien qu’elle ait requis notre indulgence et comment, lecteur, ne pas accorder son indulgence à une belle jeune femme qui te le demande en te le susurrant ainsi dans une robe-fourreau rouge pailletée qui moule si parfaitement ses… bon ok… il faudrait quand même lui dire qu’on ne chante pas « on est toro » mais « on est heureux »… quoique… à Nîmes ce n’est pas si choquant avec tous ces minotaures et tauromaches qui courent les rues. Et ses jolies boucles blondes qui cascadaient jusqu’à ses épaules ?


Le Fou du Bourreau


Pourquoi les espagnols portent-ils toujours des cravates affreuses ? Est un de ces mystères liés à l’Espagne que je n’ai jamais résolu. A moins que le goût français jamais ne s’accorde avec le goût espagnol ? Robe-fourreau exceptée ? Avec son physique et sa tenue d’aristo échappé d’un conseil d’administration, Josele, el niño, attaque fort. Enfin quelqu’un qui a une vraie guitare et pas une mauvaise gratte de bodega. Celle-là sonne distincte et musicale. Il a un bon shampoing aussi. Je vous annonce qu’il souffrira d’arthrose des inter-phalangiennes, plus tard. Avec les contraintes qu’il impose à ses doigts, il ne peut en être autrement. Sa main gauche est une araignée agile et distordue qui fond sur les cordes comme une mygale sur ses proies, tandis que la main droite peut à loisir se faire fougueuse rythmique ou délicate ponction de notes, au choix. L’ensemble est une cuadrilla de jeunes types tous talentueux avec un chanteur joufflu-barbu qui pourrait envisager une carrière solo.


Mais voici qu’au moment judicieux où l’on commençait à penser qu’il y avait un risque que l’on s’enfonçât dans la routine ‘’guitaristique’’, de haut vol certes, déboule un mal-coiffé, un jockey du zapateo, un Lucky-Luke des tablaos, un petit démon. Assez laid à regarder danser finalement – pas de délié ni d’amplitude – mais alors électrifié de première ! D’un électromyogramme à affoler le neurologue le plus aguerri ! Tous les pic-verts réunis de la forêt de Brocéliande ne font pas autant de bruit que lui, et pourtant ce sont des pros… A un moment, au bord de la scène, zapateant de plus belle, j’ai cru qu’il allait sauter sur Maja Lola qui à deux rangées du bourreau de planches appelait d’évidence cet envol de ses vœux les plus raisonnables… pour les plus fous, allez savoir… en tout cas avec ses deux copines dans quel état il les mettaient, le frénétique ! Et vas-y que je me trémousse sur mon siège, que j’applaudis comme un Inuit tentant de se décongeler los dedos, que je crie des ‘’Olés’’ à gorge profonde et déployée.... Alors évidemment l’autre nervoso pardi, il taconait de plus belle ! Oooh là-làààà quel échange ! Il a mouillé la chemise et au sens propre ! Plus il était décoiffé et en sueur, plus la bande des trois était subjuguée. A un moment il a enchaîné sept pirouettes d’affilée et il allait si vite qu’il y eût sept projections toupineuses de perles de sueur sur fond noir. J’espère que cela a été filmé au ralenti, cela doit être très beau, cette brumisation centrifugée argentée qui atterrissait sur les genoux des filles qui la récupéraient pieusement avant de s’en oindre le visage avec délectation en poussant des râles de désir et des feulements de frustration… Bon, il est possible que j’exagère à peine mais excellente soirée donc, au final. Le peuple espagnol sait communiquer avec les siens. Suffirait de changer de cravate et l’harmonie règnerait.






PS : por Maria ''del Fourreau'' Toledo : soy uno masajista frances muy agradable pero biodégradable tambien y si jo no habla bien tu lengua, quisiero te digar que si tu guapos musclos te duele despues tu scenica performance, puedo venir -petit, petit, petit - a mi cabineto de fisiotérapia por una pequenita séance - gratis naturalmente- de intense relaxacion...


Si venga con el bailaor freneticos mi amiga Lola sera muy contenta...


PPS : photos chouravées à l'Iphone, même qu'Houria elle n'y a vu que du bleu...























5 commentaires:

el Chulo a dit…

faut vraiment que je m'y colle au flamenco!

el Chulo a dit…

pas si facile de se mettre au niveau de notre chère immigrée ibère..
en tous cas, ici, du très bon delon.
continuez continuez!

el Chulo a dit…

il y a aussi le bout du fourreau!

Marc Delon a dit…

Pfffff... espérer rivaliser avec Maja Lola sur ce terrain ? Il y a plus de probabilités pour que Maria del fourreau Toledo sonne à la porte de mon cabinet...

ludo a dit…

Je soupçonne Bellito de programmer à chaque festival un joli petit lot dont on dit par chez moi en clignant de l'organe ( visuel of course ) : "et ça ? ça louche ?".
le mystère des cravatesest insondablement international, pas seulemnt franco-ibérique : pourquoi les dogons n'en portent pas, par exemple ?
quant aux patronymes , il en va de même : a-t-on idée de s'appeler Jean de Jean. Tu te vois annoncer sur ta plaque du cabinet : Marc de Marc, kiné ? franchement.
sinon, je me régale à vous lire. d'ailleurs je me suis permis d'en profiter, mais chuuut. c'est une surprise.

ludo