dimanche 16 novembre 2008

PUROS DE CUBA Y TOROS DE ESPANA

Rares sont les vieux couples qui n'entrent jamais en conflit. Puros et toros semblent être de ceux-là. Il est vrai que cette bonne entente fut facilitée par Séville, entrée historique de la production cubaine en Europe. De nos jours, l'Espagne consomme encore 45% des cigares exportés par Cuba. Il fut donc toujours fumé en corrida. Pour des raisons pratiques et physiques. Vous êtes sûr d'avoir deux heures à l'air libre pendant lesquelles votre moitié toujours soucieuse de l'hygiène de sa maison ne vous reprochera pas d'empuanter tapis et rideaux.
Ensuite, renforcer les plaisirs en les accouplant, ne nuit pas à la possibilité de passer une bonne après-midi : en supposant que la corrida est intéressante et comble la vue, on stimule aussi le goût et l'odorat par la combustion d'un grand module. De plus en plus fréquemment pourtant, on se trouve confronté dans les plazas à des "écologistes de l'air ambiant" qui vous contestent votre espace aérien vous demandant d'arrêter de fumer : l'occasion - restée unique j'espère- d'affirmer ma goujaterie:
"Ah ça madame ce n'est pas possible, nous sommes en plein air, ne venez plus si ça vous gêne. Bientôt vous demanderez aussi qu'on ne pique plus le toro et s'il a été invalide, qu'on le gracie ? Et moi, c'est votre parfum qui m'incommode".
J'ai remarqué que les reproches sont proportionnels à la hauteur de votre gradin. En barrera, aucune remarque, tolérance totale. Aux amphis, lynchage garanti si vous n'obtempérez pas. Entre les deux, la force d'une idéologie fluctuante : s'il est très révolutionnaire et populaire à Cuba de s'afficher puro en bouche, chez nous c'est un puissant symbole à effet contraire. Un ostensible et malodorant signe extérieur de richesse. Vous êtes fatalement un gros con de facho exploiteur des masses laborieuses, un gros richard imbu de sa personne, un vantard indifférent à la santé des poumons voisins. Une Chienne de Garde (vous savez la bande à Isabelle Alonso) croisée dans une soirée m'assura même que je devais avoir un tout petit pénis pour porter à ma bouche de tels substituts phalliques. Evidemment habitué a ce genre d'agression, ma répartie instantanée lui signifiant mon regret qu'elle ne soit pas jolie pour être invitée à vérifier si elle était ou non médisante, me fit replonger illico dans la catégorie des gros-cons-machos-fachos-fumeurs-vicieux-misogynes. Soit, on ne peut pas être aimé de tous, il faut l'assumer. Or, comme l'explique Michel Onfray :
Le cigare suppose la proximité amicale, complice, le lieu ad hoc, le retrait, l'état d'esprit libre et disponible pour des errances méditatives, le corps en état, l'âme libre pour le nomadisme spirituel, voire une solitude dense et joyeuse. Car le voleur de feu est tout le contraire d'un animal prédateur en quête de marquage de territoire. Il est plutôt familier des planètes où évoluent les artistes, là où les désirs et les plaisirs sont réconciliés pour le grand devoir qu'est la jubilation.
Fumer un bon Havane de temps en temps est autre chose que fumer continuellement la cigarette, c'est une conduite moins addictive et un plaisir éprouvé plus grand. Comparable à celui qui consiste à déboucher une bonne bouteille entre amis plutôt que de boire son litre de picrate quotidien. Comme le torero et la corrida, le cigare a ses "tripes", sa "cape" et ses "tiers". De sa cape, il faut évaluer sa qualité et une belle cape n'est pas toujours celle que l'on croit. Ne pas attacher d'importance à sa couleur, l'aspect foncé n'a rien à voir avec sa puissance comme l'expliquent les guides (Le Havanoscope) l'important c'est le gras qui s'évalue par le toucher. Une cape soyeuse, comme dans le toreo, est le signe de la qualité d'un cigare. Le guide nous apprend que :
Le vocabulaire de la dégustation du cigare est plus limité que celui du vin. Entre la sensation et l'expression, le vocable est sans doute plus pauvre, mais, paradoxalement, il apparaît plus précis dans la mesure où la terminologie souvent fleurie et parfois exagérément poétique du vin peut servir aussi à masquer le flou du jugement.
Voici donc un exemple de "resena" d'un cigare, en l'occurrence le plus vendu, le plus contrefait aussi, alors ayez à l'esprit que s'il vous a déçu il s'agit peut-être d'un faux...
Montechristo n°4
Le n°4 n'est pas le plus célèbre des havanes mais c'est le plus vendu au monde. A l'allumage, les notes sucrées et cacaotées l'emportent, assouplissant agréablement le palais. La puissance, suffisante et équilibrée permet un tirage parfait. Au deuxième puis au troisième tiers, les arômes glissent progressivement vers les épices (poivre vert), voire des notes animales (suint). Le final est plein et aromatique. Délectable, jamais rassasiant, ce puro est très séduisant. Il offre en outre, l'un des meilleurs rapports qualité/prix de sa catégorie.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Rapport qualité/prix?
Épicurien ou radin?
La Niña de la Luna.

Marc Delon a dit…

Rapport qualité/prix : une expression du havanoscope mais soit, hédoniste qui "s'oblige" à aller en Espagne acheter ses cigares à moitié prix, oui.

Victorina j'ai fait une fausse manoeuvre : je me suis trompé de clic... refuser au lieu de publier... si tu as le temps...

Marc Delon a dit…

Ah non, Victorina c'est toi qui t'es trompée ! tu as mis ton commentaire à "La pensée du jour"
On ira donc le lire en dessous...

Emma a dit…

dur d'imaginer une corrida sans cette douce odeur de Montechristo n°4!!!nous ne sommes vraiment plus libre de grand chose!!
la faena y perd son charme....

Marc Delon a dit…

Bon alors moi je veux la place à côté d'Emma à la prochaine corrida...

Xavier KLEIN a dit…

Au faite, la marque préférée à Bill c'était quoi?

Marc Delon a dit…

Buffalo Bill ? Billy the Kid ? Pour Clinton Bill c'était "Adelante en la foufouna" je crois. Infumable.