mercredi 21 janvier 2009

NIMES FLAMENCO FESTIVAL : POINTURES ET MANUCURE



Pour cette deuxième soirée du festival, moins de monde et moins de spontanéité. Mais les règles de l'équation sont respectées : moins par moins ça fait plus. Plus d'art, de maîtrise et de sentiment car hier soir, après le championnat régional de la veille, on jouait plutôt en ligue un.
DIEGO CARRASCO
J'ai eu l'impression d'avoir affaire à un maître. Heureux d'être accompagné par son fils, un alter ego juvénile qu'il encouragea d'un pouce levé à la fin du premier morceau, il chantera "pour les hommes, pour les gitans des gañanias, pour sa femme" et dédiera ce concert au frère aîné de Paco de Lucia, Ramon de Algeciras décédé le jour même. Un maître, "Carrasco Nimès de la frontera" comme il s'auto-baptisera, qui aurait ingurgité tout le flamenco et serait capable de régurgiter le sien propre, d'une si singulière façon. Un magicien de la modulation de ses deux instruments, la guitare et la voix. Ici le "Ay" des autres chanteurs se mue en "lé" donnant une autre couleur à la douceur de notes médianes ou à la profondeur templée et très grave. Quand enfin ce magicien se dresse pour toréer sur la scène, on se prend à rêver à ce toro imaginaire qu'il pourrait faire passer avec délice, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive soudain qu'il y en a réellement un qui pointe l'ombre de sa corne sur sa guitare-muleta. Olé ! maestro. Gracias. Salut l'artiste.

ANTONIO REY
Quand Antonio Rey pénétra sur la scène, personne n'applaudit. Dans sa livrée noire et blanche, on crut qu'on allait enfin pouvoir commander la paella du célèbre restaurant Duran de Figueras à ce maître d'hôtel. Mais dès qu'Antonio taquina sa guitare on sut, malgré le vide de l'estomac, que l'on ne resterait pas sur sa faim. Il commença seul, dans le faisceau blafard d'un projecteur qu'il fixait droit dans les yeux comme pour puiser à cette unique source, sa lumineuse inspiration. Sa main gauche si agile semble compter plus de cinq doigts et comme dans le ruedo pour les toreros, est celle qui conquiert les oreilles. Les nôtres en l'occurence. Mais soudain, un drame en piste : Antonio Rey l'homme aux dix médiators digitaux se casse un ongle : AFEITADO ! Ne riez pas, l'instant est grave. L'incident a plus de conséquences que pour une secrétaire de parti, visionnaire, de se filer un stylo dans l'oeil ou pour Obama de perdre son métissage ou pour Michael Jackson de noircir à nouveau. Le doigt d'Antonio est désormais aussi précis face à la corde qu'une corne "freshly afeited" face à un Burladero qui malgré le cabeceando nourri semble s'éloigner. Mais comme dans la vie chaque fois qu'un homme a un problème, une femme dévouée, Mara Rey, vole à son secours une lime à ongles dans la dextre. Et voici notre Antonio, un petit sourire gêné à la commissure, qui se livre à une séance de manucure-express pas très très virile... Le concert reprend par son flamenco policé aux intonations parfois "presque" philarmoniques par la présence de ce violon. La fin, avec le concours de la voix du père et le déchainement dansé de Mara Rey qui sur la scène répandra les plumes roses de sa coiffure dans le poétique contraste de leur chute lente et floconneuse centrifugée par sa tempêtueuse interprétation... Oléééé moi je redis...






















4 commentaires:

ludo a dit…

extraordinaire la première photo. tu devrais lui envoyer (diego carrasco est loco de toros ).

ludo

emma a dit…

me langui demain soir de gouter a un peu de flamenco!!!tu decris ca si bien, et josé tomas alors????tu l'oubli pas ok??promis????hé hé hé

Nadège a dit…

continue de "n'y connaître rien au flamenco" comme tu l'écris parce que la manière originale dont tu racontes lss spectacles a une fraîcheur de ton éjouissante.Ole !

maria a dit…

bravo pour le texte et les photos . peut être qu'il vaut mieux novice que professionnel ou "aficionado"pour apprécier le flamenco ? il ne faut pas toujours savoir tout sur tout , sinon tout serai fade . j'espère que je me suis compris moi-même. merçi , et bon, flamenco - amicalement Maria -